‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 48 sur 89 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la ninnière de traiter les mystères de IVotre-Seigneiir ou de la sainte Vierfire '.

* Nous entendons ici par le nom de mystères, non- seulement les

* actions de Notre-Seigneur qui ont un rapport immédiat à notre

* saUit, comme sa Naissance, sa Circoncision, sa Passion, sa Résur-

* rection et son Ascension, mais encore les merveilles que Dieu a

* opérées en la sainte Vierge, comme sa Conception Immaculée, sa

* Nativité, son Annonciation, son Assomption, ou les actions qu'elle a

* faites par inspiration divine, comme sa Présentation, sa Visitation,

* sa Purification. Le prêtre doit avoir à cœur de faire connaître et

* Voyez le P. Albert, I" partie, c. xi. — Pastoral de Limoges, t. II, H* partie, til. II, c. II.

326 TRAITÉ DE LA rREDICATION.

* aimor ces mystères : son talent y trouvera une ressource immense,

* un riche trésor des plus sublimes considérations et des plus beaux

* mouvements. Les Pères et les docteurs de l'Église, les orateurs

* ecclésiastiques modernes, et à leur tête Bossuet, Bourdaloue, Mas-

* sillon , n'ont cessé de fouiller cette mine si féconde et ne l'ont pas

* épuisée; elle ne le sera jamais ; elle ne saurait l'être, parce que tous

* les mystères sont en Dieu un chef-d'œuvre de sagesse et de bonté,

* et que tout ce qui est de Dieu est infini. Négliger les mystères, C2

* serait donc se priver des richesses de son art, et ôler à son discours

* la couleur qui lui convient pour lui donner une couleur mondaine

* qui, dans la chaire, est une couleur déplacée, un défaut réel et non

* un mérite.

* Tuutefois ce n'est encore là que la moindre des considérations

* qui doivent porter le prédicateur à traiter ces beaux sujets. Les

* avantages spirituels qui en reviennent aux auditeurs lui en font un

* devoir bien plus pressant. Les mystères, en effet, sont l'aliment

* le plus solide et le plus utile de la piélè chrétienne : ils forment le

* fond et comme la substance de toute la religion, et on ne la con-

* naît bien qu'autant qu'on les connaît. Ils parlent au cœur, ils l'é-

* chauffent et l'embrasent; ils lui demandent des sacrifices, lui en-

* seignent toutes les vertus, lui disent tous ses devoirs, et le cœur

* ne peut rien leur refuser. La morale que le prédicateur en déduit

* est toujours naturelle, parce que chacun sent que les mœurs doi-

* vent être conformes à la croyance ; et elle est en même temps tou-

* jours pressante, parce que le mystère lui sert de preuve.

* C'est donc manquer essentiellement à son devoir que de ne pas

* exposer aux fidèles la doctrine et l'esprit des mystères, et cette

* faute serait plus grave encore les jours où on les solonnise: car le

* dessein manifeste de l'Église, en consacrant des fêtes particulières

* en leur honneur, a été que les fidèles entrassent, ces jours-là, dans

* l'esprit propre du mystère qu'on célèbre et en attirassent sur eux

* les grâces et les vertus. Or, c'est un devoir pour le prédicateur de

* seconder cette vue de l'Église, en expliquant aux peuples le mys-

* tère du jour, non par quelques mots dits en passant dans l'exorde

* ou ailleurs, mais par un discours destiné tout entier à ce dévelop-

* pement et où la morale n'intervienne qu'en second et connue ac-

* cessoirc. Les fidèles s'y attendent et ils en ont le droit : si le prédi-

* cateur frustre cet espoir, il les mécontente, il leur porte un pivju-

* dice grave en les laissant dans l'ignorance de la partie principale

* de la religion: et cette faute est moins excusable que jamais, au-

* jourd'hui où la foi est si faible, le christianisme si peu connu, et

* son esprit si oublié.

Pour traiter dignement les mystères, il faut : 1° les faire connaître ; 2° les faire honorer; 5° faire participer les fidèles aux grâces qui y sont renfermées; A° diviser son instruction de manière que ces trois objets soient remplis avec ordre et clarté. Tout ceci demande des développements que nous allons donner dans les articles suivants.

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