‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 59 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la manière de prêcher sur la prière '•

Nous entendons ici par la prière tous les devoirs et hommages qui constituent le culte intérieur dû à Bien, parce que telle est l'acception commune de ce mot, bien différente de son sens rigoureux et grammatical qui ne comprend que la demande. Or, il est peu de sujets sur lesquels il soit plus essentiel d'instruire les fidèles, parce que l'homme étant obligé de rendre à Dieu ses devoirs d'adoration et d'amour, et ayant d'un autre côté tant de grâces temporelles et spirituelles à demander, il a besoin de connaître à fond tout ce qui regarde cet important sujet, afin de savoir adresser à son Créateur des hommages qui l'honorent et des supplications dignes d'être exaucées. Les instructions à faire sur cette matière sont de deux SOI tes : les unes regardent la prière en général, les autres ont pour objet les prières parlicuhères. Nous traiterons successivement des Uiies et des autres.

' Vo^ez Pastoral de Limoges, t. II, II» partie, lit. u,

35i TRAITÉ DE LA PRÊDICATIOK.

AIITICLE I".

DE l'instruction SOK LA IT.lÈRE ES GKNÉliAL.

Trois sujets s'offrent ici à traiter, tous d'une égale importance : •!• les motifs qui doivont nous porter à prier; 2° ce qu'il faut demander dans la prière ; 3' les conditions ou qualités de la bonne prière.

Les motifs de prier peuvent se réduire à trois : ce sont la nécessité, refficacité et les consolations de la prière. — 1** On prouve la nécessité de la prière par quatre chefs de preuve : le premier est l'obligation naturelle imposée à tous d'adorer, de remercier, de louer Dieu et de lui demander pardon , le second, c'est la loi positive que Jésus-Christ a faite de la prière ; le troisième, c'est l'impuissance oîi nous sommes d'accomplir les préceptes, de vaincre les tentations, de faire quoi que ce soit de méritoire, de nous sauver en un mot sans la grâce, laquelle ne s'accorde ordinairement qu'à la prière ; la quatrième enfin se déduit de tout ce que nous avons à demander à Dieu, soit pour notre vie temporelle, soit im. faveur des personnes qui nous sont chères, de nos parents, de la société entière. — 2» Quand même la prière ne serait pas aussi absolument nécessaire qu'elle l'est en effet, tant d'efficacité lui est promise que cela seul devrait suffire pour nous e.vcUer à prier. Si un roi avait promis d'accorder tout ce qu'on lui demanderait, en faudrait-il davantage pour exciter ses sujets à lui adresser des requêtes? Or, c'est là précisément ce que Dieu a promis à la prière : ces promesses sont réitérées en cent endroits de l'Écriture : elles sont munies de l'autorité du serment : Amen^ amen dico vobis S clies cmbrasseiit tout ce que nous pouvons chrétiennement vouloir : Quodcumque volucritis petetis et ftet vobis*- ; elles sont faites pour tous sans distinction de petits et de grands : Principis aures paticis patent, dit saint Chrysostome, Dei verô omnibus volentibus. Elles n'excluent pas même les plus grands pécheurs ; témoin le publicain à la porte du temple ; ce qui fait dire à l'Apôtre que Dieu est riche envers tous ceux qui l'invoquent : Dives in omnes qui invocant iHum^. Dieu y a donc engagé sa parole, il ne peut rien refuser à la prière, et elle lui

* Joann , xiv, 12 et se(i. — * IJcin, xv, 7. — * Rom., x, 12.

MANIERE DE riiECIlEIl SLR LA PRIERE. 353

fait vioîjnce, selon l'expression de saint Jean Climaque : Oratio vim Deo infert. Seulement, il faut faire observer aux fidèles que Dieu ne manque pas à sa promesse quand il ne fait pas à l'instant même ce que nous lui lemandons, soit parce que souvent nos prières n'onf pas les qualités voulues, soit parce que la faveur que nous sollicitons, tantôt n'est pas ce qui est le meilleur pour nous, tantôt nous sera plus ulilemenl accordée plus tard, de sorte que Dieu seit mieux nos intérêts, en ne faisant pas à linstant ce que nous demandons ; et c'est là nous exaucer dans un sens plus excellent : le délai même a souvent l'avantage d'exciter en nous le désir et l'estime des biens de Dieu, et de nous provoquer à prier avec plus de ferveur. — 5° Les consolations de la prière sont un troisième motif de nous appliquer à ce saint exercice : l'expérience démontre que c'est dans la prière que l'âme affligée trouve sa consolation, l'âme fervente les plus purs plaisirs de la vie, toute âme chrétienne le calme des passions, le goût de la vertu et le bonheur attaché à l'innocence. Le prédicateur, en développant ces pensées, fera bien de recommander la pratique des oraisons jaculatoires qui attirent tant de grâces à l'âme et l'unissent à Dieu.

Après avoir ainsi exposé les motifs de prier, une autre nuestioii se présente : que pouvons-nous demander dans nos prières? Nous pouvons demander : 1° tout ce qui est nécessaire ou utile à notre âme ; 2° la délivrance des maux temporels en tant qu'il est expédient pour noire salut que nous en soyons délivrés; 5° tout ce doiit nous avons besoin pour la vie du corps et pour la position social i que la Piovidence nous a faite; 4° toutes ces mêmes grâces pour le I)rochain, le bien de l'Église et de la société ; enfin tout ce qui intéresse la gloire de Dieu et la propagation du royaume de Jésus-Chrisî. Toute demande en dehors de ces indications ne doit pas entrer dar.s nos prières, et ne serait pas exaucée.

Les motifs et l'objet de la prière ainsi exposés, il ne reste plus qu'à en dire les qualités. Ces qualités sont : 1° le respect extérieur 1 1 intérieur pour la majesté de Dieu, et par conséquent l'attention .'iii sens des paroles qu'on prononce, ou du moins à quelque pen» cée pieuse propre à honorer Dieu; 2M'humil;té inspirée par uii

sentiment profond de nos misères, et par une foi vive des grandi'urs de celui à qui nous parlons; 5° la confiance dans la miséricorde divine et dans les promesses faites à ceux qui prient comme il laut ; A" un grand désir d'être exaucé; S*» la persévérance dans la prière.

DE l'iNSTRCCTIOX SUR LES PRltp.liS PARTICULIÈRES.

La plupart des fidèles ne comprennent rien aux prières qu'ils font, par exemple, à l'Oraison dominicale, à la Salutation angèlique, aux acles des vertus théologales, aux prières du matin et du soir, au signe de la croix ; et de là vient qu'ils récitent ces prières sans piété comme sans attention; leur culte est tout machinal, tout dans le mouvement des lèvres ; ce n'est point le culte en esprit et en vérité. Il est donc très-important, pour prévenir ou corriger ce mal, de faire des instructions sur les prières particulières les plus ordinaires aux fidèles; et voici les règles à suivre en cette matière : 1° 11 faul expliquer le sens de tous les mots de la prière, de sorte qu'il n'en reste pas un seul incompris pour les auditeurs. 2° Il faut faire ressortir lexcellence et la beauté de celle prière. 5° Il faut indiquer les sentiments pieux et les saintes affections qui en doivent accompagner la récitation. 4° 11 faut les engager à repasser souvent dans leur esprit les explications données , en redisant lentement cette même prière, et s'arrêtant à goûter ce que chaque mot bien compris leur inspire de pieux et d'utile.

CIlÂPiTRE VI

Des panégyriques des saints <.

* Il faut bien distinguer le panégyrique d'un saint d'avec son liîs- * (o:re : celle ci s'applique à faire connaître toutes les actions et I -s

i Voyez le V. Albert, ll'part., c. xi.— rr.storal ila Limoi^cs, t, 11, Il'iiart., lit. II, c. IV. — dn iiadc, liv. IV, c. iv cl v.

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