PANÉGYRIQUES DES SAINTS S
* circonstances de sa vie; mais le panégyrique ne parle que de ce
* qui est sujet d'édification; il indique à peine en passant les actions
* qui ont rendu son héros célèbre ; et il insiste sur les moyens qui
* l'ont sanctifié, pour montrer aux peuples combien il est digne de
* leur faire eomprendre en quoi consiste la véritable sainteté, leur
* prouver qu'ils peuvent, qu'ils doivent l'acquérir, et les y exciter
* par ce qu'il y a de plus puissant sur le cœur je l'homme,
* l'exemple et la récompense. Ainsi le panégyrique ne loue les
* saints que dans un double but : le premier, d'engager les peuples à
* les honorer et les invoquer; le second, de porter les auditeurs à
* la vertu en leur offrant des modèles qui les instruisent et les ani-
* ment à la fois ^ Tout ce qui ne se rapporte pas à cette double fin,
* ou la dévotion envers le saint ou l'imitation de ses exemples, est
* un hors-d' œuvre dans le panégyrique et doit en être sévèrement
* élagué.
* De cette notion du panégyrique, il est facile d'en inférer les
* grands avantages : des exemples de piété et de verîu s'écoutent
* plus volontiers, excitent plus d'intérêt, font plus d'impression sur
* les cœurs et se retiennent mieux que toutes les réflexions. Souvent
* des hommes que les exhortations les plus véliémentes avaient
* trouvés insensibles ont élé gagnés et convertis par les grands ' exemples des saints : il semblait qu'en leur montrant la voie que
* ceux-ci ont suivie on en était les épines, que la pratique de la
* vertu n'était plus pour eux aussi difficile, et qu'ils pouvaient bien
* ce que d'autres avaient pu: Quod isti cur non ego? Celait ce qui
* Taisait dire à saint Augustin : Solemnitates martyrum exhortationes
* martyriorum siinV-; et à saint Basile: Hxc est martyrum vera
* laus alios ad eormn virtiitem xmulandam invitare ', Aussi voyons-
* nous que les Pères se plaisaient à présenter au peuple les pané-
* gyriques des saints : saint Cyprien a fait les panégyriques des pre-
* miers martyrs, et il y déploie une éloquence qui ne le cède en
* rien à Cicéron et à Démosthènes. Saint Basile, saint Grégoire de
* ^îazianze, saint Chrysostome, saint Augustin, nous ont aussi laissé
* un grand nombre de panégyriques ; et cet exemple est digne d'étro imité. Toutes les fois que l'Église honore un saint d'un culte so-
* lennel, il est dans les convenances de prendre pour matière de
* prédication le panégyrique de ce saint : toute autre matière serai
* V( et iUis deb'tiis honor dicetur, et nobis virtutîs exempla monstrentur. S. Clirys., t. HI, serm. i de Marlii.
* Serm., 47, de Saact. — ^ lloin. 20, in quadraginta Martyres.
5f6 TRAITE DE U PREDICATION.
•coiilraiie à l'esprit de ri\glisc, tromperait l'uttonle des fidèlrs,
* arilii;orail leur piélé, et leur serait beaucoup moins utile. Il est
* même bon de choisir de temps en temps, le dimanche, pour sujet
* d'instruction, le panégyrique du saint le plus remarquable qui se
* trouve dans la semaine. 11 est tellement dans la nature de tous
* les hommrs d'aimer à entendre raconter des histoires, que ce gr;nre
* de prédication ne pent être que très-agréable autant qu'util* aux ■* auditeurs.
* Pour réussir dans le panégyrique, il faut connaître : ["les sources
* d'où se tire l'éloge des saints; 1" la manière de le présenter ; 5° les
* ornements (jue comporte ce genre de discours. Ce sera le sujet de
* trois articles.
DES sorncES d'où se tiue l'éloge des satnts.
Il est cinq sources principales d'où l'on peut tirer l'éloge des saints. On le déduit: 1° ».e la posititui où ils se sont trouvés; 2° des actions qu'ils ont faites; 3° des intentions qu'ils ont eues ; 4" des paroles qu'ils ont dites ou qu'on peut leur appliquer ; 5" des comparaisons ou parallèles avec d'autres hommes.
L'éloge des saints se lire de la position où ils se sont trouvés, f.es circonstances de position font, en effet, merveilleusement ressoitir leur vertu, soit lorsqu'à i-aison de ces circonstances la vertu leur a été beaucoup plus difficile et a exigé d'eux un plus grand courage, soit lorsque jouissant ou pouvant jouir des avantages temporels de la naissance, de la fortune et des talents, ils en ont fait un saint usage ou un génénux mépiis, pbiçant en première Vij^ne leur sanctific.ition et regardant tout le reste comme de la boue. Ainsi, par exemple, c'est un grand sujet d éloge d'avoir été vt-rtueux au sein d'une famille idolâtre ou sans religion, comme saint .Martin; d'avoir eu le courage du martyre étant encore dans un âge tendre, comme sainte Agnès ; d'avoir été humble au milieu des grandeurs, morlifiè parmi les délices, recueilli au milieu de mille affaires, connue saint Louis j" de s'être [lu dans la pauvreté et l'ignominie lorsqu'on pouvait Ô'.^'C riche et honoré, comme saint Alexis ; d'avoir vécu dans l'opulence et d'avoir cous eré à Dieu toutes ses richesses justju'à t'irc [luspau\re que les pauvres eux-nu'ines pour l'amour de Jésus-
PANÉGYIUQUES DES SAINTS. 353
Christ, comme sainte Poule, au témoignage de saint Jérôme. Mais le prédicateur ne doit rapporter ces circonstances de position qu'autant qu'elles servent à relever la sainteté : s'il paraissait les apprécier comme le monde, il dérogerait à son caractère de ministre de l'Évangile, qui n'estime les choses que d'après le mérite qu'elles ont devant Dieu.
L'éloge des saints se tire des actions qu'ils ont faites ; et ici il faut: 1° faire un choix des actions principales, sacrifiant les traits moins importants, du moins les effleurant légèrement ou se hornant à les indiquer en masse; 2° dans ce choix, il faut s'attacher beaucoup plus à l'imitable qu'à l'admirable, à l'édification des peuples qu'à la gloire des saints, aux actions de vertu qu'aux faits miraculeux qui ont étonné l'univers. C'est une erreur du inonde d'attacher la sainteté à des actions extraordinaires, et de n'estimer dans les sainls que les faits qui portent le cachet du merveilleux. Le prédicateur doit détruire ce préjugé et apprendre aux fidèles que la sainteté consiste dans les vertus cachées et qui paraissent communes, dans cette piété uniforme et constante, sans éclat exléiieur, qui suit toujours d'un pas égal la route du devoir, qui est exacte dans les petites choses aussi bien que dans les grandes, se piépare à celles-ci par la fidélité à celles-là, et anime les unes et les autres par une foi vive et une ardente charité. 5° Le choix des actions ainsi fait, on les relève par l'étude des circonstances qui les ont précédées, accompagnées ou suivies, comme le temps, le lieu, la manière, l'occasion, etc.. Quis, qnid, ubi, etc. C'est par ce procédé que saint Chrysostome relève la victoire du chaste Joseph : 1° il était à la fleur de l'âge, à cette époque de la vie où les passions sont plus fortes et la raison plus faible ; 2° la femme de Putiphar lui propose le crime dans un lieu secret et éloigné de tous les regards ; 5* c'était pendant l'absence de son mari ; 4° toutes les précautions étaient prises pour que personne, ni de la maison ni du dehors, n'en sût rien ; 5" Joseph était esclave, et c'était une personne riche et puissante qui le tentait ; C" c'était la maîtresse de la maison qui, s'il ne consentait, allait le diffamer et le loerdre, et malgré tout cela le saint jeune homme triomphe de la tentation, retenu par la crainte de Dieu et la pensée de son devoir.
St>8 TRAITÉ DE LA l'IlEDICATION.
On déduit l'éloge dos saints des intentions qu'its ont cncs dans toute leur conduite. En effet, leur plus grand mérite n'est pas dans les actions extérieures, qui ne sont, en quelque sorte, que l'écorce de la vertu, mais bien dans les intentions ou dispositions intérieures qui ont animé ces actions et en ont fait des œuvres saintes. Voilà ce qui constitue le vrai mérite aux yeux de Dieu. Ilomines vident ea qux parent^ Dcus autem intuclur cor. Le panégyriste doit donc pénétrer dans les dispositions intérieures des saints, se rendre compte de leurs intentions, de leurs vues de foi, de leur grand désir de plaire à Dieu en toutes choses, et révéler aux fidèles ces secrets de leur belle âme.
Les paroles qu'ont dites les saints ou qu'on peut leur appliquer peuvent servir beaucoup à leur éloge. Il y a une grâce particuliéie et comme un parfum de piété attachés aux paroles des saints ; elles sont l'expression de la beauté de leur âme, elles portent avec elles lumière et onction, et se retiennent avec autant de facilité que de plaisir. Le prédicateur peut donc utilement en enrichir son discours. Il peut môme souvent appliquer à son héros les paroles de l'Ecriture ou de la tradition, par le moyen de cette fornmie ou autre équivalente : Notre saint avait appris des livres sacrés, de saint Aiigiistin, de saint Chrijsostome, etc.. , que...., et on cite ici leurs paroles. Par là, le panégyrique se trouve nourri des plus belles maximes de lÉciiture et des Pères, fort d'autorité et de doctrine.
Les comparaisons et les parallèles sont ime riche source d'éloges, et le panégyriste ne peut rien trouver de plus propre à faire ressortir les vertus de son héros. Ces comparaisons peuvent se faire de trois manières, ou par opposition, ou par ressemblance, ou par dissemblance : 1° par opposition, si, par exemple, je compare les sentiments, les paroles et les actions du saint dont je fais l'éloge avec les sentiments, les paroles et les actions des honnnes du monde, et que par le contraste qui ressort de celte comparaison, je rehausse le courage et la sagesse des saints, leurs vues plus hautes, leurs sentiments plus généreux et plus nobles ; 1" par ressemblance, si, par