CHAPITRE YII
Des discours ponr vêtares et professions reISgleases*
On fait ordinairement un discours à la cérémonie de la prise d'habit et de la profession d'une religieuse : on peut réduire à cinq chefs
* Orat. XXIX, in Gordian,
364 TlUiri:: DE LA l'HEDICiTION.
principaux les iiléos qui doivent entrer dans ces sorics de discours.
1° On l'élicite la religieuse de ce qu'elle quille le monde : car le monde est, 1° une vanité, une flour qui se fane, une vapeur qui disparaît, un songe qui s'évanouit; 2" une mer remplie d'écueils, où le salut est difficile, où la vorln même fait souvenl naufrage; 5" une source de peines, de mécomptes, de chagrins et d'ainertumes. Le monde ne fait que des malheureux ^
2" On la félicite de ce qu'elle entre en religion. On lui en fait voir les avantages, les douceurs, les consolations. Des plaisirs purs, les joies de l'Esprit-Saint, l'onction de la grâce, l'espérance de la gloire, adoucissent les privations du cloîlre.
o" On lui développe les engagements de l'état religieux, qui consistent à sacrifier à Dieu ses biens par un dépouillement sans réserve, ses sens par une pureté sans tache et des mortifications constantes, son cœur et sa volonté par une obéissance entière.
4" On l'exhorte à avancer de jour en jour dans les voies de la perfection, parle recueillement, le silence, les exercices de piété, l'imitation des beaux exemples qu'elle aura sous les yeux.
5° On finit par une exhortation aux assistants, où, après leur avoir fait admirer le sacrifice de la personne qui entre en religion, on les invile à profiter de cet exemple, à imiter par les dispositions de leur cœur ce que celte vierge prudente va faire à la face du ciel et de la terre, c'est-à-dire à quitter d'affection tous les biens de ce monde, à renoncer aux plaisirs des sens, à mourir à toutes les choses créées, comme on voudrait l'avoir fait à l'heure de la mort, et à renouveler dans ses dispositions les promesses de leur baptême.
Voici quelques modèles des divisions qu'on peut adopter dans ce genre de discours :
1" Modèle. — Les uns condamnent la personne qui entre en religion ; et ceux-là il îAxl les confondre en leur faisant voir h sagesse d'une telli! détermination, premier point ; les autres la plaignent, et ceux-là il faut les éclairer en leur faisant voir la sainteté de cette détermination, second point ; d'autres enfin la regrettent, et ceux-là il faut les consoler en leur faisant voir le bonheur de celle consécration, troisième point.
2* Modelé. — En quittant le monde, on ne fait que quitter un séjour de malheur, premier point ; en entrant en religion, on trouve le bonheur, deuxième point.
• Voyez iioiniLiloue, scnuoii sur les récompenses des saints
ORAISONS FlINÈliBES. '05
Z^ Modèle. — Les exercices spirituels, qui sont difficiles dans le monde, sont faciles dans la religion, premier point : les goûts spirituels, qui sont inconnus aux gens du monde, sont communs en religion, second point; le salut, qui est si exposé dans le monde, est plus en sûreté en religion, troisième point.
On peut consulter sur ce genre de sermons, Bourdaloue, qui a jusqu'à neuf discours sur l'état religieux ; Bossuet, qui en a treize; Massillon, qui en a quatre ; le P. Ségaud, qui en a deux.
* CHAPITRE YIII
* Des oraisons funèbres.
* L'orateur, dans ce genre de discours, ne doil point so proposer
* pour fin principale de louer sou héros ; ce serait dégrad. r la chaire
* sacrée que de la faire servir à la vaine louange de la créature. Il
* doit encore moins se permeltre des louanges qui ne seraient pas
* fondées; la flatterie, défendue partout, l'est bien davantage dans la
* chaire de vérité ; et la religion ne souffre pas qu'à la face des au-
* tels, au milieu des saints mystères, on accorde un éloge public à
* celui qui ne le mériterait pas. De là celte loi de l'Église qui défend
* de prononcer aucune oraison funèbre sans la permission de l'é-
* vêque, lequel seul doit jugor si le déluiit est digue de cet honneur.
* fùifin, il ne doit rien louer dans son héros de ce qui n'est pas louable
* selon le christianisme dont la doctrine céleste ne connaît de vrai-
* ment bon, de vraiment grand, que ce qui est sanctifié par la grâce.
* Célébrer la naissance, la fortune, la gloire et les honneurs que la
* foi place au rang des vanités, ce serait se mettre en contradicli( n
* avec lésus-Christ; ce serait, pour ainsi dire, abjurer l'Évangile.
* Que doit donc faire l'orateur qui a reçu la mission de faire une
* oraibon funèbre? i* 11 do!t se proposer pour fin la gloire de Dion
* et l'utilité des auditeurs ; la gloire de Dieu en célébrant l'action de *la Providence ou de la grâce sur le défunt, l'utilité des auditeurs
* en puisant dans la vie et la mort de son héros des loçons de vertu,
* de zèle pour le snlut, de mépris pour le monde et pour lout ce qui
* passt', de sorle que la louan^^c n'apparaisse dans le discours que
* comme moyen de faire glorifier Dieu et de sanctifier les fidèles.
* C'est ainsi que Bossuct, dans son Oraison fimèbre du Grand Condé,
* se propose de montrer « que ce qui fait les liéi'os, ce qui porte la
* « gloire du monde jusques au comble... ne serait qu'illusion si la
* « piètc n'y était jointe, et enfin que la piété est le tout de l'homme. »
* Bourdaloue rapporte également l'éloge du môme prince à l'iiistruc-
* tion de ses auditeurs, comme on le peut voir djjns l'oraison funèbre
* qu'il en a faite, une des compositions qui font le plus d'honneur à
* son génie. 2° L'orateur doit choisir un texte qui mette la vie et le
* caractère du héros devant les yeux, et qui en soit comme un éloge
* abrégé. Si même il en trouve un qui puisse être supposé dans la
* bouche du défunt, en sorte que les auditeurs se le représentent le
* prononçant lui-même, ce sera un mérite de plus. L'exorde doit
* être entrecoupé de gémissements et de plaintes sur la fragilité des
* choses humaines ; c'est la douleur elle-même qui doit parler et
* éclater en regrets. — La division pourrait êlre moins marquée que
* dans le sermon ; il sufiit qu'une proposition l'indique sans que l'o-
* rateur la signale à l'attention. — Le corps du discours doit êire
* tout empreint de zèle pour la gloire de Dieu et le bien des âmes ;
* il demande un style noble, plein de dignité, de force et surtout de
* naturel, tel qu'il convient à l'organe de la douleur publique, le-
* quel ne fait en quelque sorte que prêter sa voix au peuple con-
* sterne. — Vers la fin, il faut prendre un essor plus sublime, donner
* à l'accent de la douleur plus d'énergie, de majestueuse tristesse,
* et frapper ses plus grands coups pour laisser dans les âmes les im-
* pressions profondes de grâce et de salut qui doivent être le fruit de
* celte lugubre cérémonie. Un certain désordre éloquent est là bien
* à sa place ; et les circonstances d'une mort édifiante, ou quelques
* paroles du défunt, présentées avec des traits et des couleurs con-
* vcnables, termineront heureusement le discours.
* Bossuet est le modèle incomparable en ce genre; après lui, mais
* à une distance immense, vient Flèchier, dont les grâces sentent
* l'affectation, et qui laisse à désirer du côté de l'onction et de la
* chaleur.