DES ORNEMENTS QUE COMPORTE LE PANÉGYRIQUE
Ce genre de discours admet le style élégant et fleuri, et même le style élevé et pompeux, comme inspiré par le saint enthousiasme du prédicateur qui a médité son héros et vient avec une pieuse ostentation communiquer à ses auditeurs l'admiration dont il est pénétré. L'éloge est une couronne ; il est permis de l'orner de Heurs, et même de diamants si l'en peut. Cependant tout ne doit pas être également semé d'ornements; il faut de la variété ; un discours où tout brillerait finirait par éblouir, et déplairait à force de vouloir plaire : il faut des ombres pour faire mieux paraître les traits ([ui doivent irapi>er.
PANÉGYRIQUES DES SAIISTS. oCl
Les grandes actions demandent beaucoup d'ornements; celles qui sont moins importantes veulent être moins ornées ; mais toujours il faut une sainte gravité qui corresponde à la vie grave et édifiante du héros, une éloquence noble, éloignée de toute affectation, qui doive sa beauté plutôt aux choses qu'aux mots, plutôt à la matière traitée qu'à l'esprit de l'orateur.
Voilà ce que peut être le panégyrique ; mais il n'est point rigoureusement nécessaire qu'il soit tel ; et, quoiqu'il soit permis d'y employer toutes les richesses de l'éloquence, on peut aussi le présenter dans le langage le plus simple. Car, dit saint Basile ^ l'école du christianisme ne suit point en cette partie les préceptes et les règles des rhéteurs : les vertus des saints n'ont pas besoin des ornements et des fleurs de l'éloquence humaine; elles brillent assez par leur propre éclat, et le narré simple et sans art qu'en fait le prédicateur suffit à la louange du héros chrétien, comme à l'édification, des auditeurs : Sacra Scliola, dit le saint docleur, praeceparketôriim aut instiluta non seqidtur : 7mdam rerum expositionem pro encomio habet, quam sanctis et nobis satis esse existimat. D'après ce principe, un bon prêtre, quelque occupé qu'il soit par les travaux du ministère, peut donner souvent pour instruction à son peuple les panégyriques des saints. 11 raconte avec simplicité les traits édifiants qui embeUissent leur vie; il y ajoute quelques réflexions morales, tire des conséquences pratiques ; et cette méthode, plus facile que les panégyriques solennels, est souvent plus utile.
Si, du reste, le prêtre désire des modèles pour se former à ce genre d'instruction, l'antiquité lui en offrira des plus magnifiques dans saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome ; et la chaire française, dans Fléchier, Bourdaloue, Bossuet, Ségaud e^. de Larue.