‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 70 sur 89 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Du Prône '.

Le mot prône vient du grec Troôvaov (en avant du temple ou du sanctuaire), et s'appliquait autrefois à l'instruction qu'on domiait dans la nef de l'église aux catéchumènes et aux chrétiens réunis. Aujourd'hui ce mot a différents sens : il signifie, 1° le prône qui se trouve imprimé dans tous les rituels, et dont tous les ôvêques prescrivent la lecture à certains jours ; 2" il se prend souvent comme terme générique pour signifier toute espèce d'instruction qui se donne à la messe paroissiale; 5° pris dans son sens propre et strict, il désigne une instruction courte et simple qui se fait le Dimanche pendant la messe de paroisse, sur un sujet de dogme ou de morale. Ainsi le prône diffère de l'homélie en ce qu'il ne s'attache jamais qu'à un sujet détaché, sans se proposer la paraphrase de l'Ecriture sainte ; et il diffère du sermon en ce qu'il ne s'asservit pas aux règles que donne la rhétorique pour le discours oratoire : c'est le langage plus simple d'un père à ses enfants, d'un maître à ses disciples : l'artifice de la rhétorique est la chose du monde à laquelle il pense le moins.

Le prône, ainsi entendu, est souvent plus utile que le sermon, en ce que son genre étant plus simple, il est plus à la portée des ouvriers, des pauvres, des esprits non cultivés, et plus propre à répandre l'instruction parmi le peuple : souvent aussi il est plus utile que l'homélie, en ce que, ne partageant point l'attention sur plusieurs objets, il peut mieux mettre dans tout son jour le sujet détaché qu'il traite, en tirer des conséquences et en faire des applications pratiques, réfuter les objections et poursuivre les contradicteurs dans tous leurs retranchements. Le secret pour prendre une place est de réunir toutes ses forces sur un seul point plutôt que de les éparpiller de manière à attaquer faiblement sur plusieurs points à la fois.

Pour obtenir ces heureux résultats du prône, voici les règles qu'il y faut observer.

1" Il faut préparer son prône avec soin et plusieurs jours d'avance.

* Voyez Pastoral (le Limoges, t. II, I!« partie, lit. ii, c. v;ii.

594 TRAITE DE LA PnEDICATION. .

C'est une grande illusion de croire qu'il suffit d'y penser la veille : laclarlé de rinstruction, les détails de mœurs, l'oiiclion de la piété, ne s'improvisent guère ; et la prédication sans préparation n'acquitte pas la conscience du pasteur, parce que, comme nous l'avons développé ailleurs, au lieu d'avoir cet intérêt, cette force, celte clarté propres à instruire et à loucher, elle n'a le plus souvent d'autre effet que de dégoûter de la parole de Dieu.

2* La matière des prônes embrasse tous les devoirs de la vie chrétienne ; et il est important de les passer successivement en revue dans le cours de chaque année. Mais il faut s'attacher surtout à inculquer fortement et à rappeler souvent certains points essentiels, savoir : 1° les fins dernières, la folie de l'homme qui ne s'inquiète pas de son éternité, la haine du péché et le bonheur que donne la vertu, qui est la source des vraies joies, un remède à tous les maux, une consolation à toutes les peines ; 2"^ la fuite des occasions qui exposent l'innocence, comme les compagnies dangereuses, les paroles libres, etc. ; 5° l'usage fréquent des sacrements de pénitence et d'eucharistie, et les dispositions qu'ils exigent, matières qu'il est important de rappeler chaque année à l'époque du carême : 4° la charilé envers le prochain, d'où l'on infère le pardon des injures, le support des défauts, la paix dans les ménages, la douceur des rapports entre les parents et les enfants, les maîtres et les serviteurs, la cessation des médisances, des injustices, des jurements, des emportemenls et des querelles; 5° la relation de toutes ses actions à une fin surnaturelle, la dévotion au Saint-Sacrement et à la sainte Vierge, le souvenir de la présence de Dieu ; 6" la réforme des vices les plus communs, des abus ou des désordres principaux et la pratique des vertus les plus négligées ; et l'on ne doit pas craindre d'insister sur ce point avec une sorte d'importunité, parce que les remèdes doivent se continuer aussi longtemps que dure la mahulie : c'est ainsi que le pratiquaient les Pères. Saint Ambroise a fait plusieurs discours de suite contre l'usure; saint Chrysoslome ne se lassait point d'invectiver contre la colère et d'exhorter à l'aumône*; saint Augustin poursuivait les abus tant qu'il en restait un seul vestige. Mais pour ne pas indisposer les auditeurs par des redites ennuyeuses, il faut diversifier l'entrée, le tour, les détails et la conclusion de son discours, de telle sorte qu'il paraisse toujours queUpuî chose de nouveau, quoique le fond soit le même. Il est essentiel que les auditeurs ne puissent pas dire ni

* Voyez cil pailiculier son lioiuolie xv, sur ri'i>îlrc aux Uouuiiiis, vrai cliofd'œuvre.

Page 1