‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 69 sur 89 · DE L'HOMÉLIE · texte numérisé non relu

DE L'HOMÉLIE

cienne loi dont la connaissance serait nécessaire à l'intelligence du passage, enfin ne rien laisser d'obscur sans l'éclaircir. Si c'est une parabole, il faut n'en développer la lettre que pour en expliquer l'esprit, et en faire ressortir le dessein plutôt que les circonstances historiques, dont plusieurs ne sont quelquefois qu'un accessoire en dehors du sujet. Si le texte y prête, on peut joindre des réllexions dogmatiques, rarement des considérations physiques, jamais do discussions critiques, à moins qu'elles ne naissent du sujet et ne soient utiles aux auditeurs. 2° Pour l'explication du sens moral et spirituel, il faut choisir les considérations les plus simples et les plus naturelles, les plus pieuses et les plus adaptées aux besoins de la paroisse, et éviter les interprétations forcées, les allégories poussées trop loin, comme on en trouve dans saint Grégoire pape et dans saint Augustin; c'était le goût du siècle de ces grands hommes: vivant de nos jours, ils parleraient autrement. 5° Pour les applications pratiques, il faut se conformer à ce que nous avons dit à ce sujet dans la première partie du premier hvre sur la manière d'adapter la prédication aux besoins des auditeurs. 4° Quant aux exhortations analogues au sujet, elles doivent être vives, pressantes, pathétiques, accompagnées d'affections et de pieux mouvements.

Mais en quelles formes convient-il de présenter ces homélies? On peut distinguer ici quatre manières :

La première serait de réduire tout l'Évangile du jour à un seul sujet et à une division régulière, lorsqu'on le peut sans forcer le sens. Ainsi, dans l'Évangile de l'Enfant prodigue, on pourrait montrer : 1° le malheur du pécheur qui a abandonné Dieu ; 2° les sentiments dans lesquels il faut revenir à Dieu ; 5° la bonté de Dieu envers le pécheur qui se convertit. On peut de même considérer dans l'Évangile de la Magdeleine : son péché, sa pénitence, sa parfaite réconciliation avec Dieu; dans la Cananée : les motifs de prier, les qualités de la prière, les fruits de la prière ; dans la Samaritaine ; ce que fait Jésus pour elle, ce qu'elle fait pour Jésus ; dans le Mauvais riche : ses péchés, qui consistent à être vain, fastueux, sensuel, et son châtiment ; dans l'Évangile du Pharisien et du Publicain : les effets de l'orgueil et de l'humilité; dans la Parabole de la semence : la nécessité et l'utilité de la parole de Dieu, les obstacles qui en empêchent le fruit, et ce qu'il faut faire pour en profiter.

La seconde manière est de prendre deux ou trois traits de TÉvangile relatifs à une vertu ou à un vice, de les traiter l'un après l'autre quoique disparates et incapables de former entre eux une division

S9i TUAITE DE LA PI'.ÉDICATION.

jiislc, pt do les dévelùpper selon ce que nous avons dit de la manière de traiter les vertus et les vices.

La troisième manière est d'expliquer, dans un premier point, 'Evangile du jour tout entier, et d'en déduire, dans un second point, les conséquences morales et pratiques : c'est la méthode de saint Jean Chrysostome.

La quatrième manière, c'est d'expliquer toutes les phrases de 1 Evangile, et de tirer de chacune d'elles, à mesure qu'on l'explique, l 'S affections et les moralités qui en découlent : changeant ainsi de ]iiatiéres presqu'à chaque verset, on a lieu d'attaquer plusieurs vices, d'enseigner plusieurs vertus, de recommander plusieurs pratiques utiles, et, par cette variété, chacun trouve dans l'instruction un secours à ses besoins, un remède à ses faiblesses. D'un autre côté, cependant, cette méthode a son inconvénient, c'est qu'en voulant lout expliquer il est difficile de rien approfondir, de remuer et de toucher les cœurs. On n'a guère que le temps d'effleurer les matières.

Si, à raison de lalongueur des offices ou de quelque autre obstacle, on ne peut pas faire, certains dimanches, une longue instruction, on pourrait exposer brièvement l'Évangile, et en tirer, pendant cinq à six minutes, une ou deux réflexions intéressantes. Si elles étaient proposées d'une manière claire et touchante, les auditeurs les écouteraient sans en rien perdre, et en proflteraient plus quelquefois que d'un long discours.

Les modèles les plus parfaiis d'homélies sont, parmi les Pères latins, saint Ambroisc et saint Grégoire le Grand; parmi les Pères grecs, saint Chrysostome sur saint Matthieu. Dans ce dernier, l'homélie a tonte la force, toute la grandeur, tout le sublime d'un discours chrétien. On y trouve des tours d'éloquence qui saisissent, des portraits du cœur humain frappants de vérité, des peintures du vice, des mœurs et des scandales de son siècle, qui montrent tout le zèle d'un honmie apostolique, enfin, un style noble, élevé, brillant, ingénieux, véhément, qui ravit et entraîne les lecteurs. Parmi les modernes, mais à une grande distance, brille au premier rang le cardinal de La Luzerne, dans son Explication des Evuntiiles, puis l'abbé (le Monmorel, M. Godeau, évêque de Grasse, le P. Maimbourg, Lambert et Lachétardie.

Un pasteur se composerait facilement à lui-môme d'excellentes homélies en notant, à mesure que les pensées se présentent dans ses lectures on ses réflexions, ce que les évangiles des dimanches et iéles olnenl de plus reniarijuable, de plus pieux et de plus utile.

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