CHAPITRE YI
Des Conférences '.
La conférence est une instruction dans laquelle un ecclésiastique propose au prédicateur des questions sur la religion, et celui-ci y répond. Celte manière d'enseigner, qui nous vient de la nature, a été usitée dés les premiers siècles^. Les évêques interrogeaient le peuple et en étaient interrogés ; les religieux surtout en faisaient un fréquent usage, comme on le voit parles écrits de Cassien et de saint Basile. Aujourd'hui les conférences sont moins en vogue; mais cependant leur utilité est incontestable : le peuple y accourt avec plaisir, les entend avec charme, les suit avec d'autant plus de facihté que les demandes qui entrecoupent l'instruction réveillent son intérêt et soutiennent son attention. Elles donnent lieu d'expliqueila doctrine d'une manière familière et à la portée de tout le monde, de développer les vérités pratiques et de descendre à des détails qui n'iraient que difficilement dans un autre genre d'instiuction, d'ouvrir les yeux aux pécheurs sur les vices de leurs confessions, sur de:obligations de restituer ou de réconcilier qu'ils se dissimulaient ;i eux-mêmes, et d'instruire tous les fidèles sur des points important> auxquels ils n'avaient jamais pensé. Elles ont encore un aulre avantage, elles servent même à toucher les pécheurs et à les convertir, parce qu'on y fait venir à son gré l'occasion de parler avec force ei chaleur des grandes vérités de la religion et des nnsi'einières. Enliii, elles sont utiles pour varier le mode d'instruction et 6ler le dégoût de ce qui est toujours le même.
» Voyez Tastoral de Lunogcs, t. II, 11- jiiii Lie, t. II, c. ix. — * DiDtioiiuaiiv ae Trévoux, art. Homélie.
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Les conférences ont leurs règles, comme tous les autres genres de prédication ; et si l'on n'y était fidèle, elles tourneraient au déshonneur de la parole de Dieu, au détriment de la religion et à la perte des âmes.
IMl faut s'y interdire la plaisanterie, les expressions puériles, basses ou qui portent à rire. Le caractère de la chaire doit être toujours grave et sérieux; la plaisanterie doit en être bannie ; elle ô(erait au prédicateur l'autorité et l'onction, à l'auditeur le recueillement et la piété. Ce n'est pas qu'on ne puisse rabattre quelque chose de la gravité du sermon à raison des détails où il est bon d'entrer , mais ces détails doivent toujours être accompagnés de réserve et tendre à l'édification.
2° Il ne faut pas y proposer certaines objections contre la religion qu'il serait dangereux de développer au peuple, soit parce qu'il ne serait pas en é!at d'en saisir la réfutation, soit parce que, très-attentif à l'objection, il pourrait être distrait à la réponse, et ne remporter de la conférence qu'une arme contre la reli-;ion, une tentation pour la foi. Les mat ères les plus propres aux conférences sont les préceptes que la cupidité oppose au devoir, tout le détail du Décalogue et spécialement les matières de justice, de restitution et de contrats, toutes les parties du sacrement de pénitence, les actions ordinaires de la journée, et enfm les questions morales ou cas de conscience.
5° Le prédicateur qui ouvre la conférence doit commencer par un texte de TÉcriture sainte, relatif aux quesiions qu'il veut traiter, le développer comme dans les exordes ordinaires, de manière à amener le sujet, à moins que la conférence ne fit suite à d'autres conférences antérieures ; dans lequel cas il se bornerait à reprendre en peu de mots ce qui aurait été dit, pour lier l'instruction dernière avec la présente. 11 propose ensuite son sujet, en fait sentir l'utilité et l'importance, afin d'exciter l'attention, et le di\ise en deux ou trois questions principales ; par exemple , s'il traite la confession générale, il annonce qu'il examinera si elle est utile à tout le monde; si elle est nécessaire à plusieurs; si elle n'est impossible à personne. — Après cet exorde, il dit quelques mots pour entrer en matière, puis annonce que pour mieux éclaircir la cliose, il va prier son interlocuteur de lui adresser en toute liberté des questions sur ce sujet. Alors commence le dialogue, et voici les devoirs de l'interlocuteur : 1° 11 ne doit proposer que les demandes convenues auparavant ; en agir autrement, ce serait exposer la véiité à être mal
4C0 TRAITÉ DE LA rRÉDICATION.
dôfondue. 2° Il ne doit point se borner à des demandes courtes et sèches, mais résumer, en l'approuvant, ce qu'a dît le prédicateur dans l'exorde ou la réponse, et mettre ensuite sa demande dans tout son jour pour qu'on puis^^c mieux saisir la réponse. 5° Il doit proposer ses demandes autant que possible par forme de cas de conscience ou de la manière que les auditeurs les proposeraient en sa place, de sorte que, contents de voir faire ces questions, ils en attendent la solution avoc avidité. 4** Il doit manifester et reproduire souvent le désir de s'instruire, de connaître la vérité et de la mettre en pratique, et après une réponse, dire qu'il l'a bien comprise, 1 1 répéter brièvement, s'avouer vaincu en louant l'érudition du prédicateur, sa clarté dans l'exposé, sa solidité dans les preuves, le remercier de sa patience pour l'instruire, et exprimer les bons sent imcnls et les résolutions que lui a inspirés l'instruction, selon qu'il présume que les auditeurs sont affectés. 5° Il doit ne faire ces questions qu'à propos, selon qu'elles sont amenées par le sujet, et les lier entre elles, de sorte (|ue l'une conduise à l'autre, et qu'ensemble elles fassent un tout ou un sermon suivi. G" Il lui est permis d'assaisonner ses demandes de quelques traits d'esprit, afin de réveiller l'attention des assistants, qui s'attendent à trouver dans le rôle de l'interlocuteur de quoi piquer leur curiosité. — Maintenant, voici les devoirs du prédicateur conférencier : 1° Il doit répéter exactement la question proposée, et l'expliquer aux auditeurs s'il présume qu'ils ne l'aient pas bien comiirise; il doime ensuite sa réponse, mais une réponse toujours claire , victorieuse et péremptoire : il vaudrait mille fois mieux ne pas se faire proposer une question que de la résoudre imparfaitement. 11 explique cette réponse avec beaucoup de netteté et de précision, la prouve par l'Écriture et les Pères, la raison, les similitudes et les exemples ; il y joint de saintes affections et de pii'ux mouvements, mais des mouvements vifs et coiiçiis en peu de panles: une courte morale, pressée avec solidité et force, fait souvent alors plus d'impression que les plus beaux sermons. 2" La réponse terminée, il demande à son interlocuteur s'il a bien compris, loue son intelligence et l'encourage à faire de nouvelles questions. o° Il répond toujours dans un style soutenu, moins famil.er que le catéchisme, moins élevé que le sermon, jamais négligé. i" Pour conclusion de la conférence, il recueille des questions trailésquehiues pratiques chrétiennes, en démontre l'obligation aux fidèles, les invite à rentrer en lux-mèines pourvoir comment ils s'en sont acquittés, les exhorte à micUx faire désonnais, et Uur en