DES MISSIONS ET RETRAITES
* retraite proprement dite soit souverainement importante pou!'
* retirer une âme du péché ou ranimer sa ferveur si elle est dans la
* justice, c'est là une vérité si rebattue qu'il serait déplacé autant
* que superflu d'y insister ; mais il n'en est pas de même des mis-
* sions, et ces saints exercices trouvent des contradicleurs jusque
* dans le sanctuaire ; il est donc important d'en démontrer ici l'im-
* mense utilité. — Nous pouvons l'établir par l'autorité et par la
* raison.
* Depuis l'origine du christianisme, il s'est toujours fait des mis-
* sions dans l'I'^glise : les apôtres n'étaient que des missionnaires,
* leur nom seul le dit; et après eux, qui a converti successivement
* toutes les nations à l'Évangile, qui les convertit encore aujour-
* d'hui, sinon des missionnaires ? Qu'ont voulu et qu'ont fait depuis
* leur naissance les ordres si illustres de Saint-Dominique et de
* Saint-François? Ils ne se sont employés, en grande partie, qu'à
* donner des missions. Saint Vincent de Paul n'a formé que pour
* celte œuvre une congrégation de prêtres, comme l'indique le nom
* qu'ils portent, de prêtres de la mission. Saint Liguori croyait ne
* pouvoir jamais trop multiplier les missions dans son diocèse, et
* les réitérait le plus possible dans toutes les paroisses, sans excep-
* lion. M. de la Moite, évêque d'Amiens, faisait de môme; aidé des
* Jésuites qu'il appelait à son secours, il y travaillait on personne ;
* et, l'expérience lui démontrant toujours de plus en plus l'excel-
* ience de cette œuvre, il y consacrait encore jusque dans ses der-
* nières années tout ce que la nature affaiblie lui laissait de forces.
* On pourrait joindre à ces illustres exemples, saint François de
* Sales, Bossuet, Fénelon, et presque tous les évoques de la catho-
* licite qui ont eu à cœur de faire donner dans leurs diocèses les
* saints exercices de la mission. Or, quel prêtre pourrait sans témé-
* rite penser autrement que ces grands hommes et tous ces saints
* personujiges.
* Une pareille présomption serait d'autant plus coupable que le
* sentiment de ces hommes éminents repose sur les raisons les plus
* évidentes : car, 1° si le pasteur ordinaire peut entretenir, par ses
* instructions, le bien qui existe dans sa paroisse, il est sans em-
* pire sur les pécheurs qui ne viennent point à l'église ; et même il
* a peu d'influence pour convertir ceux qui y viennent, ou pour ra-
* nimcr les tièdes qui sont partout en si grand nombre, parce
* qu'habitué, comme on l'est, à entendre toujours sa voix, on y est devenu insensible; or, la mission a l'avantage de faire venir à
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* l'église ceux qui n'y vi;naient pns, de faire entendre à tous des vo'x
* étrangères qu'on écoute d'a!)ord avec l'intérêt de la curiosité, et
* qui pou à peu s'emparent des ànn:-^ et les gagni''nt à Jésus-Christ.
* 2° Il y a dans les missions une multiplicité d'insti'uctious et d'^xer-
* cices qui fait au moins apprendre la religion à ceux qui l'ignorent et
* réveille les consciences endormies; il y a une sorte d'entraînement
* général qui emporte les volontés et détermine à fouler aux pieds
* le respect humain, à restituer au prochain ce qui lui est dû, à se
* réconciHer avec ses ennemis, enfin, à se couverlir entièrement
* et franchement; c'est ce qu'atteste une expérience journalière.
* 5" Il est bien des fautes qu'on n'oserait jamais avouer à un prêtre
* du lieu et qui tiennent ainsi les coupables éloignés des sacrements;
* il est bien des confessions que le confesseur ordinaire croit bonnes
* et que la honte de lui dire certains péchés rend sacrilèges depuis
* longues années : or, dans une niission, tout cela se répare ; là, il
* n'y a plus lieu à la mauvaise honte; on fait volontiers les aveux les
* plus pénibles à un prêtre étranger dont on n'est point connu et
* qu'on ne reverra plus. 11 est donc vrai de dire que les missions
* produisent des biens immenses, soit pour l'instruction des igno-
* rants et la conversion des pécheurs, soit pour le renouvellement
* entier d'une paroisse.
* Mais, objecte-t-on, les missions ne produisent que des fruits
* éphémères ; les pécheurs, faute d'avoir été éprouvés, retombent
* aussitôt après, et leurs confessions sont un travail à refaire. A cela
* nous répondrons : i* que ces fruits, fussent-ils éphémères, sont
* d'un très-grand prix ; ce n'est pas une petite chose d'empêcher un
* grand nombre de péchés mortels par la suspension des mauvaises
* habitudes, au moins pendant quelque temps, de faire cesser le
* respect humain, ne fût-ce que quelques semaines, et d'arrêter la
* prescription de l'esprit irréligieux qui lient tant d'hommes éloi-
* gnés de la fréquentation des sacrements; 2° toute mission produit
* des fruits qui ne sont point aussi éphémères qu'on le dit, savoir
* une plus grande coiniaissance de la religion, de ses dogmes et de
* ses préceptes, la réparation des confessions sacrilèges, et la per-
* sévérance, au moins de quelques-uns, plus ou moins nombieux
* en proportion du zèle qu'apporte le pasteur à entretenir les fj-uils
* de la mission. Quant à ceux qui ne persévèrent pas, le souvenir
* de la mission et la connaissance plus grande qu'ds ont acquise de
* la religion feront naître en eux des remords que certaines cir-
* constances pourront plus tard rendre elficaces; mais, quoi (iu':l