‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 79 sur 89 · DES MISSIONS ET RETRAITES · texte numérisé non relu

DES MISSIONS ET RETRAITES

* retraite proprement dite soit souverainement importante pou!'

* retirer une âme du péché ou ranimer sa ferveur si elle est dans la

* justice, c'est là une vérité si rebattue qu'il serait déplacé autant

* que superflu d'y insister ; mais il n'en est pas de même des mis-

* sions, et ces saints exercices trouvent des contradicleurs jusque

* dans le sanctuaire ; il est donc important d'en démontrer ici l'im-

* mense utilité. — Nous pouvons l'établir par l'autorité et par la

* raison.

* Depuis l'origine du christianisme, il s'est toujours fait des mis-

* sions dans l'I'^glise : les apôtres n'étaient que des missionnaires,

* leur nom seul le dit; et après eux, qui a converti successivement

* toutes les nations à l'Évangile, qui les convertit encore aujour-

* d'hui, sinon des missionnaires ? Qu'ont voulu et qu'ont fait depuis

* leur naissance les ordres si illustres de Saint-Dominique et de

* Saint-François? Ils ne se sont employés, en grande partie, qu'à

* donner des missions. Saint Vincent de Paul n'a formé que pour

* celte œuvre une congrégation de prêtres, comme l'indique le nom

* qu'ils portent, de prêtres de la mission. Saint Liguori croyait ne

* pouvoir jamais trop multiplier les missions dans son diocèse, et

* les réitérait le plus possible dans toutes les paroisses, sans excep-

* lion. M. de la Moite, évêque d'Amiens, faisait de môme; aidé des

* Jésuites qu'il appelait à son secours, il y travaillait on personne ;

* et, l'expérience lui démontrant toujours de plus en plus l'excel-

* ience de cette œuvre, il y consacrait encore jusque dans ses der-

* nières années tout ce que la nature affaiblie lui laissait de forces.

* On pourrait joindre à ces illustres exemples, saint François de

* Sales, Bossuet, Fénelon, et presque tous les évoques de la catho-

* licite qui ont eu à cœur de faire donner dans leurs diocèses les

* saints exercices de la mission. Or, quel prêtre pourrait sans témé-

* rite penser autrement que ces grands hommes et tous ces saints

* personujiges.

* Une pareille présomption serait d'autant plus coupable que le

* sentiment de ces hommes éminents repose sur les raisons les plus

* évidentes : car, 1° si le pasteur ordinaire peut entretenir, par ses

* instructions, le bien qui existe dans sa paroisse, il est sans em-

* pire sur les pécheurs qui ne viennent point à l'église ; et même il

* a peu d'influence pour convertir ceux qui y viennent, ou pour ra-

* nimcr les tièdes qui sont partout en si grand nombre, parce

* qu'habitué, comme on l'est, à entendre toujours sa voix, on y est devenu insensible; or, la mission a l'avantage de faire venir à

403 TRAITÉ DE LA riŒDICATlON.

* l'église ceux qui n'y vi;naient pns, de faire entendre à tous des vo'x

* étrangères qu'on écoute d'a!)ord avec l'intérêt de la curiosité, et

* qui pou à peu s'emparent des ànn:-^ et les gagni''nt à Jésus-Christ.

* 2° Il y a dans les missions une multiplicité d'insti'uctious et d'^xer-

* cices qui fait au moins apprendre la religion à ceux qui l'ignorent et

* réveille les consciences endormies; il y a une sorte d'entraînement

* général qui emporte les volontés et détermine à fouler aux pieds

* le respect humain, à restituer au prochain ce qui lui est dû, à se

* réconciHer avec ses ennemis, enfin, à se couverlir entièrement

* et franchement; c'est ce qu'atteste une expérience journalière.

* 5" Il est bien des fautes qu'on n'oserait jamais avouer à un prêtre

* du lieu et qui tiennent ainsi les coupables éloignés des sacrements;

* il est bien des confessions que le confesseur ordinaire croit bonnes

* et que la honte de lui dire certains péchés rend sacrilèges depuis

* longues années : or, dans une niission, tout cela se répare ; là, il

* n'y a plus lieu à la mauvaise honte; on fait volontiers les aveux les

* plus pénibles à un prêtre étranger dont on n'est point connu et

* qu'on ne reverra plus. 11 est donc vrai de dire que les missions

* produisent des biens immenses, soit pour l'instruction des igno-

* rants et la conversion des pécheurs, soit pour le renouvellement

* entier d'une paroisse.

* Mais, objecte-t-on, les missions ne produisent que des fruits

* éphémères ; les pécheurs, faute d'avoir été éprouvés, retombent

* aussitôt après, et leurs confessions sont un travail à refaire. A cela

* nous répondrons : i* que ces fruits, fussent-ils éphémères, sont

* d'un très-grand prix ; ce n'est pas une petite chose d'empêcher un

* grand nombre de péchés mortels par la suspension des mauvaises

* habitudes, au moins pendant quelque temps, de faire cesser le

* respect humain, ne fût-ce que quelques semaines, et d'arrêter la

* prescription de l'esprit irréligieux qui lient tant d'hommes éloi-

* gnés de la fréquentation des sacrements; 2° toute mission produit

* des fruits qui ne sont point aussi éphémères qu'on le dit, savoir

* une plus grande coiniaissance de la religion, de ses dogmes et de

* ses préceptes, la réparation des confessions sacrilèges, et la per-

* sévérance, au moins de quelques-uns, plus ou moins nombieux

* en proportion du zèle qu'apporte le pasteur à entretenir les fj-uils

* de la mission. Quant à ceux qui ne persévèrent pas, le souvenir

* de la mission et la connaissance plus grande qu'ds ont acquise de

* la religion feront naître en eux des remords que certaines cir-

* constances pourront plus tard rendre elficaces; mais, quoi (iu':l

Page 1