DES MISSIONS ET RETRAITES
* en soit, on ne peut conclure de leurs rechutes, ni qu'ils aient reçu
* indignement l'absolution ; le sacrement de pénitence ne rend pas
* impeccable; ni qu'ils n'aient pas été assez éprouvés; l'action de
* la grâce qui touche les cœurs donne quelquefois une garantie plus
* grande des bonnes dispositions actuelles du pénitent que la durée
* de l'épreuve ; et cela est vrai surtout dans une mission où il se
* fait comme un ébranlement général au fond des âmes. Là il n'est
* pas rare de trouver dans les pénitents des signes non équivoques
* d'un changement de cœur opéré par la grâce, changement qui
* peut-être ne sera pas durable dans un grand nombre, mais qui
* n'en est pas moins réel pour le moment présent ; et c'en est assez
* pour la vaUdité de l'absolution, qui dès lors, à moins de preuves
* du contraire, pourra être un point de départ pour une nouvelle
* confession, quand ce pénitent retombé reviendra à Dieu.
Pour réussir dans les missions et les retraites, il est plusieurs règles à observer. 11 faut : 1° prier beaucoup pour atlirer les bénédictions de Dieu sur ses travaux : tout ce que nous avons dit ailleurs sur la nécessité de la prière pour le succès de la prédication s'applique éminemment ici. Un missionnaire doit être par excellence un homme de prière, à l'exemple des apô!res, ces grands missionnaires qui n'ont converti le monde qu'à force de prier et de prêcher tout ensemble : Nos vtro orationi et minislerio verhi instantes erimus.
2° 11 faut beaucoup édifier les peuples qu'on veut évangéliser. On s'attend à trouver dans les missionnaires des hommes de Dieu, pleins de foi et de dévouement, disposés à s'immoler, à donner jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la conversion des pécheurs : si quelque chose en eux trompait celte attente, ce seiait un scandale, et la mission serait manquée. Ils doivent donc donner partout de saints exemples, ne point aller manger ou jouer en ville, se montrer toujours prêts à confesser ceux qui se présentent, toujours modestes, réservés et pieux dans leur conduite, toujours courageux et mênic joyeux parmi les plus grandes fatigues de ce pénible ministère.
3° Les prédications de missions ou de retraites ne doivent point avoir pour objet des vérités isolées, mais bien un système complet des grandes véiités de la religion, afin que, se soutenant l'une par l'autre et se prêtant mutuellement force, toutes ces instructions, dirigées vers un même but, composent comme un corps d'armée bien ordonné et bien serré pour livrer as^saul au pécheur et vaincre la ré-
408 TRAITÉ DE LA I'I\K!iICATION .
sislancc des passions. Ou commence [lar exposer l'importance de la mission ou de la reiruite, et la manière d'en profiler; puis on Iraite l'importance du salut, la nécessité d'une sincère conversion et en quoi elle consi^ite, le péché, sa malice vi ses effets, les quatre fins dernières, les dispositions pour la confession, savoir : l'examen, la contrition, le ferme-propos, rinlégrité de la confession et la mauvaise honte qui n'a pas le courage de la franchise, la confession générale, la fuite des occasions, le délai de la conversion ; de là passant aux vertus et aux vices, on traite l'amour de Dieu, la charité envers le prochain, l'amour des ennemis, le pardon des injures, la restitution, la patience dans les croix, puis les vices les plus communs dans la paroisse, comme le jurement, l'ivrognerie, etc.. On traite ensuite les moyens de se soutenir dans la piété, qui sont : la prière, la fréquentation des sacrements, la dévotion à la sai:.te Vierge ; enfin, on expose les dangers et le crime de la rechute, les moyens de la prévenir ou de la réparer, et l'on finit par la persévérance dont on expose l'obligation et les moyens. Tel est à peu près le système de prédications dotit se compose une mission ou une retraite.
4° Quant à la manière de traiter ces vérités, il faut les avoir méditées et en être fortement pénétré, parler un langage que tout le monde puisse bien comprendre, être solide dans les preuves et les raisons, fort et véhément dans les mouvements. Le pathétique est de mise dans tous les discours de mission : les grandes images, li;s figures à effet, comme la supposition, l'apostrophe, l'interrogation à laquelle on répond soi-même, en un mot, tout ce qui peut réveiller l'attention, frapper l'imagination, loucher le cœur, trouve sa pîace dans ce genre de discouis. On peut y être simple, plein d'aband. n, moins soigné dans son style : on passe à un missionnaire bien des négligences dans l'expression, à raison de ses grands travaux et de son zèle.
5° H faut joindre aux prédications divers exercices qui font or linairement, quand ils sont bien dii igés, de salutaires impressi.M s : ces exercices sont 1" les conférences sur les preuves de la relii^: n, sur l'examen de conscience, sur les devoirs d'état, sur les vici s les plus communs dans la paroisse ; nous avons dit plus haut la manière de les faire; 2" le chant des canli(|uos avant le siiinon ou la co:iféférence : après avoir glosé un peu sur les couplets (pii prôtoi.l le plus aux sentiments, on les entonne avec âme et chaleur, et le p' uple, qui en a bien saisi le sens, les reprciul avec enthousiasnio. Sou*
veiit CCS cantiques font plus d'effet qu'un sermon, et ont en outre l'avantage de fournir matière aux chants du peuple pendant ses travaux et de bannir ainsil'usage des mauvaises chansons; 5° certair.es cérémonies d'éclat, comme la réparation des injures faites au Saiat- Sacrement, la rénovation des promesses du baptême, la consécration à la sainte Vierge, la plantation de la croix : tout cela, fait avec intelligence et goût, sagesse et prudence, produit d'heureux effets dans les âmes.
6" Il faut joindre à tous ces moyens de succès des avis donnés à propos: ainsi, si l'on prêche une retraite dans une communauté, il faut insister dès le principe et revenir, autant qu'il est besoin, sur le silence et la règle, deux moyens essentiels pour les fruits de la retraite. Si c'est dans une mission, il faut recommander l'assiduité et la ponctualité aux exercices, le recueillement dans l'église, etc.. Les circonstances font connaître les autres avis qu'il est plus utile de donner.
7" Un an après la mission, il serait à désirer qu'on pût donner une retraite de huit jours dans la paroisse, pour ranimer ceux qui se relâchent, rappeler ceux qui déjà se sont égarés et soutenir les bons. Il serait même très-utile d'y prêcher régulièrement une retraite annuelle, et tous les cinq ans une nouvelle mission pour donner un nouvel élan à toutes les âmes. Quiconque connaît la facilité de l'homme à se relâcher comprendra l'importance de ces moyens de salut.
8° Les vies du P. Eudes et du P. Brydaine et les sermons de ce dernier feront connaître, mieux que nous pourrions le dire, le genre missionnaire, ses moyens et ses effets.