‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 82 sur 89 · DE LA DÉFINITION DU CATÉCHISME · texte numérisé non relu

DE LA DÉFINITION DU CATÉCHISME

* Le mot catéchisme vient de deux mots grecs, zarà î/ov, secun-

* diim sonum, et signifie instruction de vive voix, parce que, dans

* la primitive Église, il y avait une loi, dite la loi du secret, qui dé-

* fendait d'écrire les instructions sur nos sacrements et nos mys-

* tères de peur qu'elles ne tombassent entre les mains des païens,

* qui en auraient abusé. En vertu de celte loi, la doctrine chrétienne

* ne se transmetlait guère que par la tradition orale ; et les instruc-

* lions aux catéchumènes se faisaient toutes de vive voix, jamais par

* écrit, à très-peu d'exceptions prés. De là le nom qui leur a été

* donné de catéchisme ou catéchèses. Le catéchisme est donc une

* instruction familière sur les éléments de la doctrine chrétienne,

* laquelle se fait ordinairement par forme de dialogue entre le caté-

* chiste et ses auditeurs.

* On appelle encore catéchisme un livre qui contient, dans la

* forme la plus succincte, les vérités élémentaires de la religion,

* disposées avec ordre par demandes et par réponses, et mises, au-

* tant que possible, à la poi tée des enfants, auxquels on le fait ap-

* prendre par cœur. L'usage d'un livre de ce genre pour l'enseigne-

* ment de la religion remonte à environ trois cents ans, époque à

* laquelle saint Ignace et ses disciples firent revivre la coutume de

* caléchiser les enfants. On ne saurait dire les fruits immenses qui

* en sont résultés; et quelque ignorance qui règne parmi les chré-

* tiens, elle n'est pas comparable à celle qui désolait la face de l'É-

* glise avant cette époque.

* Mais maintenant que toute la doctrine chrétienne est recueillie

* dans un abrégé authentique, que faut-il entendre par l'expression

* faire le catéchisme, et (luel est le sens que l'Église y attache?

* Est-ce se borner à faire apprendre et réciter ce livre élémentaire ?

* ÎVullement; et le pasteur qui l'entendrait ainsi aurait la plus fauss>

* idée de son ministère. Dans le sens de l'Église, faire le catéchisme,

* c'est l'expliiiuer aux enfants et leur en donner rintclligeiice. Oue *leur servirait en elTet de savoir le catéchisme par cœur, s'ils Ui' le

DU CATECHISME. 4il

* comprenaient pas? La foi qui sauve n'est pas un acte de la mémoire,

* mais de Tt ntendement ; elle ne consiste pas à retenir des mots,

* mais à connaître et à croire des doctrines ; et peut-on dire qu'on

* croit une doctrine quand on ne s'en fait aucune idée, et qu'on a

* seulement la mémoii^e chargée de mots aussi peu compris que ceux " d'une langue inconnue ? Ceux là seulement savent donc le caté-

* clîisrae d'une manière utile au salut, qui en comprennent assez bien

* le sens pour pouvoir le traduire et le rendre exactement dans leur

* manière habituelle de parler. Or un enfant ne peut arriver jusque-

* là sans le secours d^un catéchiste qui lui explique en détail et les

* mots et les choses, et qui ait la patience de lui répéter ces expli-

* cations, de les lui redire sous mille formes, jusqu'à ce qu'on se

* soit assuré, en l'interrogeant, qu'il a bien compris. Car, quelque

* clair et simple que puisse être le catéchisme, il diffère essentielle-

* ment, dans ses expressions et ses tournures, du langage que par-

* lent les enfants; ils n'y trouvent presque aucun des termes qui

* eur sont famihers, ou, s'ils en trouvent quelques-uns, le plus sou- *vent ils n'y donnent pas le même sens. D'ailleurs, en supposant

* qu'ils comprissent la lettre de ce livre élémentaire, la doctrine

* s'effacerait bientôt de leur jeune et mobile intelligence, si elle n'y

* était gravée par une explication nette et frappante, propre à pro-

* duire sur eux une impression durable. Faire le catéchisme, ce n'est

* donc pas seulement le faire apprendre et réciter, c'est encore

* l'expliquer et faire comprendre.

* En vain objecterait-on que le catéchisme, entendu dans ce sens,

* serait une fonction impossible, que les enfants et les gens grossiers,

* qui sont en grand nombre parmi le peuple, ne peuvent apprendre

* que des mots, qu'il n'y a aucun moyen de faire entrer dans leur

* âme des idées spirituelles et l'intelligence des vérités chrétiennes.

* Nous convenons sans peine que la chose est souvent difficile, qu'elle

* demande beaucoup d'industrie, de patience et de douceur ; mais

* qu'elle soit impossible, nous le nions, excepté tout au plus pour

* certains êtres stupides dont la raison est encore en enfance. Car

* quiconque est capable de pécher doit être capable d'acquérir la fo/

* sans laquelle on ne peut recouvrer la justice perdue ; autrement k

* salut lui serait impossible. Or c'est un fait incontesté que ceux

* qu'on nous représente comme trop bornés pour comprendre le

* catéchisme sont capables de pécher et souvent pèchent tous les

* jours en bien des manicres. D'où je conclus, par une conséquence

* rigoureuse qu'ils sont capables d'acquérir la foi; et, par une autre

412 TRAITÉ DE I.A I'RÉDICATION.

* con>équence qui dérive de la première, qu'ils sont susceptibles de

* comprendre le calédiisme. El, en effet, qu'on étudie de près ces

* gens grossiers, on verra qu'ils ne sont point aussi dépourvus d'in-

* telligence qu'ils le paraissent, qu'ils savent bien supputer exacte-

* ment ce qui leur est dû ou ce que doit leur rapporter telle entre-

* prise, qu'ils ont même souvent beaucoup de finesse pour tromper *ceux avec qui ils trafiquent, pour se procurer du profit ou s'épar-

* gner de la perte, il ne faut donc jamais se décourager ni désespérer

* du succès, mais se souvenir qu'il y a très-peu d'enfants ou d'igno-

* rants qui ne soient susceptibles d'être solidement instruits si l'on

* se met à leur portée, et si l'on emploie les bonnes méthodes que

* nous tâcherons d'exposer plus bas.

* De ces observations il suit que si un curé veut se décharger sur

* un autre, par exemple, sur le maître et la maîtresse d'école, de la

* peine de faire apprendre le catéchisme, il doit toujours, par lui-

* même ou par quelque ecclésiasiique, en donner l'explication et ne

* rien négliger pour en faire parfaitement comprendre le sens. C'est

* là une fonction essentiellement sacerdotale, qu'il ne peut aban-

* donner à aucun laïque. Giézi eut beau appliquer sur l'enfant mort

* de la Sunamile le bâton du prophète, non sîirrexit puer: il fallut

* qu Elisée vînt en personne, et l'enfant ne recouvra la vie que lors-

* que le prophète, se rapetissant à sa taille, eut appliqué sa bouche

* à sa bouche, ses mains à ses mains, ses yeux à ses ycux^ Image

* touchante du prêtre qui doit par lui-même, et non par un minis-

* 1ère étianger, donner comme une nouvelle vie aux enfants en les

* instruisant et se rapetissant jusqu'à eux.

DE l'importance DO CATÉCHISME.

Trois considérations nous feront sentir l'importance des ca!éjhismes : 1° leur excellence; 2Meur nécessité; 5" leurs uvai.tagos.

* De l'excellence dos catéchi--nies.

* C'est une erreur grossière de regarder la fonction de calérhist.!

* comme une fonction bjsse, peu honorable et peu digne d'un homme

* IV lUi,., IV.

* do lakiit : rien, au contraire, dans tout le ministère ecclésiastique,

* de plus excellent, rien dont un prêtre doive se tenir plus honoré.

* Les plus illustres exemples et les plus fortes raisons nous en four-

* niront la preuve.

* Qu'y a-t-il, en effet, de plus excellent qu'une fo:iclion qui a été

* celle de Jésus-Christ pendant sa vie publique, celle des apôtres et

* de tous les hommes apostoliques, celle des plus grands docteurs

* et des plus saints évoques? or telle a été la fonction de catéchiste.

* Jésus-Christ est descendu du ciel en terre, non pour faire des dis-

* cours oratoires, mais pour faire des catéchismes : il a catéchisé ses

* apôtres, il a catéchisé les Juifs, il a catéchisé les petits enfants.

* L'Évangile nous raconte comment il aimait à être entouré d'eux, à

* les serrer dans ses bras et à les bénir : Sinite panmlos venire ad

* me, et ne proliibueritis eos... et complexans eos, et marins irnponens

* super ilLs, benedicebat eis. Sur quoi le chancelier Gerson fait ce

* pieux commentaire : 0 piissime Jesu, qnis nUràpost te verecunàa-

* bitîiresse humilis ad parvulos? qnis elatus de svâ magiiitudine vel

* scientid, parvitatem parvidonim, ignorantiam vel imbecillitatem

* audehit aspernari, qiiandô tu qui es Deus benedictus in sxcula, in

* quo sunt omnes thesauri sapientix et scientix ahsconditi, iisquead

* castissimos parvulornm amplexus heata brachia mansuetus inclinas

* atque circumligasl... eos sapientix verbis exhortabor, ut, si quis * parvidus est, veniat ad me. Les apôtres, à l'exemple de leur ado-

* rable Maître, ont catéchisé l'univers. Car, s'ils ont converti le

* monde, ce n'a pas été par de grands discours, no7i in sublimitate

* sermonis, non in persuasibilibus humanx sapientix verbis, mais

* par des catéchismes sur les éléments de la rehgion nouvelle qu'ils

* prêchaient; ils se rapetissaient au milieu des peuples pour leur

* expliquer ces leçons éléms^itaires, ainsi qu'à de petits enfants :

* Facti sumus parvuli in medio vestrûm tanquàm si nutrix foveat

* filios suos. A l'exemple des apôtres, les plus beaux génies et les ' plus grands évèques se sont fait honneur de la fonction de caté- ' chistes : saint Cyrille de Jérusalem, saint Grégoire de JNysse, saint ' .\ugustin, ont, non-seulement fait le catéchisme, mais écrit sur es ■ ministère des ouvrages remarquables. Saint Jérôme, jusque dans

sa dernière vieillesse, s'offre à enseigner le catéchisme au fîls de Lœta, dame romaine : Ipse me magistrum spondeo, dit-il, et balbulientia senex verba fonnabo. On peut même dire que piîudant biea des siècles l'enseignement par forme de catéchisme fut la manière d'instruire qu'employaient ordinairement et les évoques et les pas-

411 TRAITE LE LA rUi:!)lCATION.

* leurs. Dans des temps plus rapprochés de nous, nous voyons saint

* Ignace appeler autour de lui des troupes d'enfants pour leur ensei- *gnor le catéchisme; et comme pour l'en détourner on lui disait

* qu'ils no viendraient pas l'entendre : « Quand il n'en viendrait

* qu'un, répondit-il, ce serait toujours un assez grand auditoire. »

* Nous le voyons, lorsqu'il fut nommé général de sa compagnie, coin.

* mencer l'exercice de sa charge par aller faire le catéchisme dans

* une éghse de Rome pendant quarante-six jours, et s'ohliger par

* vœu, ainsi que ses compagnons, à cet important ministère. JNous

* voyons saint Vincent Ferrier, saint François Xavier, saint François

* Régis, parcourir les provinces et les royaumes en y expliquant le

* catéchisme, le cardinal Bellarmin remplr lui-même cette fonction

* dans sa métropole de Capoue et dans les autres paroisses de son

* diocèse, où il allait même souvent tout exprès ; nous voyons Clé-

* ment XI s'arrêter dans les rues de Rome pour interroger sur le

* catéchisme les enfants qu'il y rencontrait et distribuer dis mé-

* dailles ou des chapelets à ceux qui avaient le mieux répondu; saint

* François de Sales enfin faire ses délices de catécliiser les enfants

* tous les dimanches*, et, quand des occupations indispensables

* l'en empêchaient, ne vouloir se décharger de cette fonction que

* bur les digiiitaires de sa cathédrale ou les personnes les plus ca- *pahles de sou clergé. A ces graves autorités nous ajouterons encore

* l'exemple du pieux Gerson. Ce grand docteur, chancelier de l'Uui-

* versilé de Paris, et la plus éclatante lumière de son siècle, jugeant

* l'œuvre des catéchismes plus excellente que l'enseignement de la

* théologie dans la première chaire de la capitale, se retira à Lyon

* pour y consacrer le reste de ses jours à catéchiser les enfants ; et

* comme une pareille conduite lui attirait des critiques, il composa

* pour son apologie le traité De parvulis ad Christum trahendis,

* qu'on ne peut lire sans attendrissement. Vous ressemblez, dit-il à

* ses censeurs, aux disciples qui voulaient éloigner du Sauveur les

* petits enfants, comme si c'était une chose indigne d'un si grand

* Maître de leur donner ses soins ; mais méditez bien ce que dit l'É-

* « Cet aimable et vraiment bon père, » disent les historiens de sa vie (!o P. do La Rivière, p. 3(J'2, cl Auguste de Sales, p. 2>3 et 28 i), o était assis sur un 8 trône élevé de quelque cinq degrés; toute l'armée enfantine l'euvironuait. « c'était un contentement nonparcil d'ouïr combien familièrement il e\p.>sait les « rudiments de noire foi : i\ ciiaque propos, les ritlies compai'aisons lui nais- « saienl en la bouche; il regardait son petit monde, et son petit monde le rogar- « dait; il se rendait enfant avec eux pour former en eux l'homme inièricur et « l'homme parlait selon Jésus-Christ. »

. DU CATEGiilSME. 415

* vangile : Jésus en fut indigné, indigné tidit. Et, en effet, ajoute le

* pieux docteur, je ne connais rien de plus grand dans l'Église de

* dieu: Nescio prorsùs an quidquam majns esse possit quàm taies par-

* vulorum animas quasi plantare aut rigare, partem non indignam

* Jiorti ecdesiastici, uteis det incremenlum Chnstus...portio Ecde-

* six non vilis est pueronim cœtiis... taliiim estenim regnum cœlo-

* mm; et comme on lui objectait qu'il pourrait travailler au salut

* des âmes avec plus d'éclat dans les prédications solennelles : Oui,

* répondit-il, je pourrais y travailler avec plus d'éclat, mais non pas

* avec plus de fruit, forte pomposiùs^ sed non efficaciùs neque fruc-

* tuosiiis: réponse bien digne de l'esprit de foi qui animait ce grand

* homme. Conformément à ces beaux exemples, de toutes parts,

* aujourd'hui comme dans les temps anciens, les pasteurs les plut;

* recommandables se consacrent avec zèle à l'œuvre des calé-

* chismes, de sorte qu'il est vrai de dire que depuis l'origine du

* chiistianisme jusqu'à nos jours, l'amour de Jésus-Christ pour l'en-

* fance n'a point cessé de vivre au cœur de l'Église et de ses pasteurs ;

* dans tous les siècles, le prêlre qui a compris son ministère a

* mis sa plus douce gloire à être l'apôtre et le précepteur de l'en-

* fa 11 ce.

* Spectacle touchant, mais que nous explique surabondamment la

* raiàon éclairée par la foi : car, 1" qui n'estimerait honorable la

* fonction d'instruire le fils d'un roi et d'élever l'héritier présomptif

* de la couronne? Or que fait le catéchiste, s'non instruire les enfants

* de Dieu et élever les héritiers du royaume des cieux? C'est là,

* disait Gerson à ses adversaires, unefonction grande, noble, sublime,

* qui ne peut que rehausser la dignité do clianceher de l'Université.

* 2" Se peut-il rien de plus excellent que de tracer dans l'âme simple

* des enfants les premiers traits de la religion chrétienne, d'enrichir

* leur intelligence naissante de la doctrine céleste de Jésus-Christ,

* de faire goûter à leur cœur les choses de Dieu et de l'éternité, et

* par là de maintenir dans l'innocence des âmes pures que le souffle

* du péché n'a pas encore flétries, de conserver à l'Esprit-Saint ces

* sanctuaires où il se plaît à habiter, de préparer pour la communion

* ces temples neufs dont Notre-Seigneur aime à avoir les prémices,

* et que la pureté baptismale rend si propres à la piété, à toiUes les

* vertus? Il est vrai qu'ils ne sont pas tous dans cet état d'innocence;

* malheureusement plusieurs en sont déchus ; mais ceux-là mômes

* offrent un autre genre d'intérêt : car, comme les arbres qui ont " pris une mauvaise direction se redressent plus facilement quand ils

416 TRAITÉ DE L.\ PI\r;DICATION,

* sont jeunes encore, le temps de l'enfance ou de la première jeu-

* Jiesse est précisément le moment favorable pour corriger les

* mauvaises habitudes; si on les laisse s'enraciner et vieillir, le mal

* ûera presque incurable. 5*^ L'excellence d'une fonction s'accroît en

* proportion de la sublimité et de rutiblé de son objet ; or quoi de

* plus sublime et de plus utile qut; l'enseignement du catéchisme?

* Par là on met à la portée des plus humbles esprits les plus hautes

* vérités ; on les leur apprend en peu de temps avec une entière cer-

* litude, et l'on rend populaire la plus sublime sagesse. Le petit ' enfant dont la raison vient à peine d'éclore connaît déjà Dieu et sa

* lui, la religion et ses mystères, le vice et sa vertu, les sacrements

* et les dispositions qu'ils demandent, les peines et les récompenses

* de la vie future ; et, en sachant une seule page de son catéchisme,

* il sait plus de vérités que n'en contiennent tous les ouvrages dos

* philosophes ensemble ; d'où l'on peut conclure combien cet ensei-

* gnement de la religion, quelque humble et modeste qu'il paraisse

* aux yeux du monde, est plus excellent que toutes les écoles de l'an-

* tiquité les plus vantées, que les doctes leçons des plus grands

* maîtres dans les sciences humaines.

De la nécessité des catéchismes.

Pour comprendre l'immense nécessité des catéchismes, il suffit de savoir qu'^ l'E|;:lise les prescrit, que la charité les commande, que la justice en fait un devoir à tous ceux qui ont charge d'âmes.

i° L'Église les prescrit. Le concile de Trente, dans sa xxiv* session, chapitre iv, impose aux évoques l'obligation de veiller à ce que les pasteurs fassent le catéchisme aux enfants au vwins tous les dimanches et jt)U!S de fêle, et de les y contraindre au besoin par les consures ecclésiastiques : Ejiiscopi saltem dominicis et aliis festivis diebus piœros in singidis parûchiis fidei nidimenta diligenter ah iis ad quos spectabit doceri ciirabunt... et si opus sit, etiamper censuras ecdesiasticas compellcnt. Et, pour prévenir les fausses inlerpiélilions que la nt''glig(>nce pourrait donner à ces paroles, Clément XI fit rendre, en 1715, par la congrégation du concile, un décret défendant expressément toutes vacances pour les catéchismes, et même l'inleriuplion d un seul DimaiK he dans l'aïuiée. La même congrégation renituvela le même déciet sous Benoît XIV, en 1744, ajoutant que, quand il ne viendrait (junn seul enfant au catéchisme, il fau-

drait le faire également, etiamsi mdlus nisi umis ad auâiendum accédai. Suivant un autre décret de celte congrégation, un curé ne peut pas même envoyer les enfants de sa paroisse au caléchisme des paroisses voisines, quelque rapprochées qu'elles* soient ; il est obligé de le faire dans son église, ou par lui, ou par ses vicaires. C'est ainsi que la congrégation a interprété les paroles du concile de Trente; et les évoques ne les ont pas entendues dans- un sens moins rigoureux. Saint Charles, dans ses célèbres conciles de Milan, ne se contente pas de rappeler souvent à tous les pasteurs l'obligation du catéchisme ; il veut encore que, lorsque les enfants, à raison de la distance des lieux, ou de la difficulté des chemins, ou de l'intempérie des saisons, ne peuvent venir à l'église, le curé ou son vicaiie aille leur faire un catéchisme à part dans quelque village plus rapproché de leur demeure, où il rassemblera tous les enfants des environs. Benoît XIV, encore archevêque de Bologne, publia trois lettres pastorales sur cette importante obligation, et, devenu pape, il donna sur la même matière denx encychques où, rappelant celles de plusieurs de ses prédécesseurs, il recommande avec les plus vives instances à tous les ministres de TEglise de se donner sans réserve à une œuvre de zèle aussi essentielle. Clément XI, dès son élévation au pontificat, rassembla tous les curés]de Rome pour leur rappeler que le premier de leurs devoirs était de catéchiser exactement les enfants. Enfin, les statuts de tous les diocèses en font une loi ris'oureuse ; plusieurs même portent suspense, ipso facto, contre tout pasteur qui manquerait deux Dimanches dans un mois de faire le catéchisme; et, s'ils permettent l'interruption de quelques Dimanches au temps des moissons ou des vendanges, contrairement au décret de la congrégation du concile de Trente, ils font compenser cette lacune par les catéchismes sur semaine qu'ils prescrivent avant la première communion.

2" Ce que l'Église prescrit si sévèrement, la charité seule le commande. N'est-ce pas, en effet, un devoir de charité de venir au secours d'un enfant qui est près d'être entrauié par un torrent et englouti dans un abîme ? Or telle est la position des enfants privés d'instruction religieuse : abandonnés à la séduction des* mauvais exemples qui les entourent, des mauvais discours qu'ils entendent, des mauvaises compagnies qu'ils fréquentent, de leur propre cœur, où connnencent à fermenter les passions naissantes, leur perte est inévitable, si, volant à leur secours, on ne fait entrer dans leur âme les vérités de la foi pour servir de digue au terrent qui les menace,

Quoi ! dit lo pioux Gerson, si un bœuf, situi âne tombe dans un fossé, on se bâte de l'en retirer, et on ne tendiait pas une main secourable à ces pauvres enfants qui sont sur le bord du précipice ! Où serait la charité? Si un incendie éclate, menace de porter au loin ses ravages, on croit que c'est un devoir de travailler à l'éteindre, c'est-à-dire à sauver quelques maisons de pierre et de bois ; et les âmes des enfants, ces temples du Dieu vivant, ces sanctuaires du Saint-Esprit, on les verrait en proie aux feux des passions que les démons et le monde cherchent de toutes parts à allumer dans leur cœur, en danger d'être atteints par les flammes de l'enfer, et un ministre de Jésus-Christ douterait si c'est pour lui un devoir de travailler à éteindre cet incendie dont les conséquences sont à la fois éternelles et si affreuses! Encore une fois, où serait la charité? Mais ce n'est pas seulement ici un devoir de charité, c'est encore un devoir de justice pour tout pasteur des âmes. •

En effet, tout pasteur est chargé en justice de donner à son troupeau l'instruction religieuse nécessaire au salut : or ce n'est que par les catéchismes qu'il peut donner cette instruction ; aucune autre prédication n'en peut tenir lieu. Les prédications ordinaires n'expliquent point les vérités élémentaires et les faits qui sont les fondements de nos dogmes ; elles supposent tout cela connu des auditeurs; et, en conséquence, elles n'en parlent pas, ou ne le font qu'en passant, d'une manière sommaire et abrégée, incapable d'instruire ceux qui les ignorent. Puis traitant chaque fois dos vérités détachées, elles ne montrent jamais l'ensemble de la religion ; ce n'est que dans les catéchismes qu'on voit cette suite et ce bel ordre de vérité qui s'enchaînent l'une à l'autre. Ajoutez à cela que, ne disant les choses qu'une fois, sans les répéter sous diverses formes jusqu'à ce qu'on les comprenne, sans interroger pour s'assurer si l'on comprend réellement, et sans rien faire apprendre, elles sont tout à fait insuffisantes pour enseigner la religion à ceux qui ne la connaissent pas. — Il ftuit donc des catéchismes, et il les faut, remarquons-le bien, dans le premier âge de la vie, soit parce que le pasteur est redevable de l'instruction religieuse à cet âge comme aux autres, soit parce que, s l'on arrive à une jeunesse avancée sans coijnaitre la religion, il n'est pas probable qu'on s'applique alors à l'étudier. L'ignorance fera qu'on n'en comprendra ni l'importance ni la nécessité ; puis, à un certain âge, les travaux et les occupations de la vie n'en laissent guère le loisir; on a honte de redevenir enfant, le respect huniam arrête; enfin, on n'a plus la nième mémoire qu'autrefois, et l'on

n'apprend qu'avec une extrême difficulté. On ne saura doncjamais sa religion si on ne l'a apprise dans l'enfance par des catéchismes bien faits ; et de là quelles conséquences terribles dont le pasteur négligent portera la responsabilité devant Dieu ! De là point de prière, on n'en connaît ni la nécessité, ni les conditions, ni les formules ; de là les passions sans frein, les devoirs sans motif; quand on ne connaît d'autres biens et d'autres maux que ceux de la vie présente, on est capable de tous les crimes; de là toutes les prédications sans fruit, toutes les exhortations à la vertu sans intérêt comme sans effet ; de là tout le ministère du prêtre paralysé et toutes ses fonctions stériles ; au saint tribunal, on ne sait ni les vérités nécessaires pour la validité de l'absolution, ni la manière de s'accuser, ni la nature de la contribution ; au lit de mort ou dans la maladie, on n'entend rien ni aux actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition que le prêtre suggère, ni aux vertus de patience et de résignation qu'il cherche à inspirer, aux dispositions que demandent les derniers sacrements, et l'on meurt sans espérance comme sans crainte. Voilà les maux que produit le catéchisme mal fait ou omis : qu'on juge de là combien est grave pour un pasteur l'obligation de le faire et de le bien faire *.

* Nous convenons cependant qu'il est des cas où un pasteur ne

* peut pas remplir celte obligation, aussi souvent du moins que le

* prescrivent les lois de l'Église ou les statuts des diocèses : tantôt

* c'est la mauvaise disposition des peuples, qui ne veulent pas en-

* voyer les enfants au catéchisme ; tantôt c'est la faible santé du

* pasteur, la charge de plusieurs paroisses, ou quelque autre ob-

* Elles sont donc bien vraies, les éloquentes paroles de SlasslUon aux pasteups qui négligent le catéchisme : « Ces enfants que vous laissez croîlre dans l'igno- « rance de nos mystères, ce sont des plantes que vous laissez sécher dès leur «naissance. Vous aurez beau les arroser, les cultiver dans la suite; le mal est a sans remède. . . Vous n'avez donné, ce semble, à ces innocentes victimes la vie « de la grâce par le baptême que pour la leur ravir et les étoufier dès le berceau « en ne les nourrissant pas du lait de la doctrine sainte. Ils porteront devant « Dieu le titre auguste et ineffaçable du christianisme; mais ce titre sera le titre « tenible de votre condamnation, bien plus que de la leur : il sï'lèvera contre a vous et demandera vengeance de la profanation et de l'avilissement où vous a l'avez laissé après en avoir embelli leur âme. . . Et ce qu'il y a de triste, c'est «que vous préparez à vos successeurs le même scandale; vous laisserez en a mourant, au milieu de votre peuple, une plaie où leur zélé ne pourra peut- « être jamais trouver de remèdes, car quel fruit pourra faire apîès vous un a saint prêtre dans une paroisse où il ne trouvera aucune connaissance de la a religion, où il faudrait ramener aux instructions de l'enfance des fidèles que « leur âge ou leurs occupations en rendront désormais incapables?»

* sfacle : mais alors il faut en référer à l'évéque et s'en tenir à ses

* prescriptions,

* Nous convenons encore qu'il est ennuyeux, pour un homme

* d'un esprit vif et d'un caractère ardent, d'enseigner les premiers

* éléments de la religion à des enfants qui manquent souvent ou

* d'ouverture ou d'altention. Mais le sentiment du devoir ne doit-il *pas l'emporter sur tous les ennuis et les dégoûts? Mais n'a-t-il pas

* fallu qu'on ait eu la même patience à notre égard, pour nous en-

* seigner à nous-mêmes le catéchisme, pour nous faire connaître

* les lettres, épeler les syllabes et joindre les mots? Et pourquoi

* n'aurions-nous pas pour les autres la patience dont il a fallu qu'on

* usât envers nous? Si un ami ne se lasse point de montrer et d'ex-

* pliquer à des amis venus d'un pays lointain tout ce qu'offre de re-

* marquable le lieu de sa demeure, quoiqu'il voie ces choses tous

* les jours et qu'il les ait déjà montrées et expliquées cent fois à

* d'autres, si la douceur de l'amitié répand même un charme secret

* sur ces actes d'obligeance, que sans cela l'on trouverait souverai-

* nement ennuyeux, comment la charité pastorale prendrait-elle à

* dégoût la mission si belle de redire aux enfants les éléments de la •foi, et de leur montrer Dieu, Jésus-Christ et ses mystères? « Si un

* « père, dit saint Augustin', met sa joie à balbutier des demi-mots

* « avec son fils pour lui apprendre à parler, si une mère goûte plus

* « de plaisir à verser dans la bouche de son enfant un aliment pro-

* « portionnè à sa faiblesse qu'à le prendre elle-même, si une poule

* « couvre de ses plumes traînantes ses petits encore tendres, et les

* « appelle d'une voix entrecoupée sous ses ailes pour les mettre à

* « couvert de l'oiseau de proie qui voudrait les enlever, avec quel

* « bonheur le prêtre doit-il se rapetisser à la portée des enfants

* « et surmonter, à force d'amour, les peines inséparables de leur

* « instruction, lui en qui la charité doit avoir mis des entrailles de

* « père, de mère, les entrailles même de Jésus-Christ, cet ado-

* « roble ami des enfants, qui a tant fait et tant souffert pour le salut

* « de leur âme? »

Des avantages du catéchisme.

Le catéchisme est la source des plus précieux avantagea, et pour les paroissiens et poui le catéchiste lui-même.

* De catechis. rudibus, c. i et kiu.

* SECTION I>■^ * Avantages du catéchisme pour les paroissiens.

* On ne saurait dire tous les avantages que îe catéchisme bien fait

* procure à une paroisse. Aucune prédication ne lui est comparable,

* et c'est évidemment la meilleure manière d'apprendre la r(;ligion,

* jene dis pas seulement aux enfants, njais aux personnes de tout

* âge et aux peuples entiers qui ont le malheur de l'ignorer, lorsqu'on

* peut les attirera cet exercice ou que la prudence permet de le sub-

* stituer au prône du Dimanclie. En effet, les autres genres d'in-

* struclion ne comportent ni certaines expressions trop communes,

* ni certaines tournures trop familières et cependant si utiles pour

* se faire comprendre, ni certains détails ou certaines répétitions

* qui dégoûteraient et ennuieraient la masse des auditeurs, et dont

* cependant les intelligences bornées auraient besoin. Dans le caté-

* chisme, au contraire, on parle familièrement comme dans la con-

* versation ; on emploie, quand cela est utile, les expressions popu-

* laires et le patois même du pays, on peut même répéter plusieurs

* fois la même chose sans inspirer de dégoût, parce que ces répéti-

* lions, au lieu de se faire par la même personne, se font avec une

* agréable variété, par divers enfants qui répondent aux questions

* qu'on leur adresse. Les autres genres d'instruction exigent une

* fatigue de l'esprit pour soutenir son attention, un travail de l'in-

* telligence dont beaucoup même ne sont pas capables pour suivre la

* rapidité du discours et les raisonnements du prédicateur; et, d'un

* autre côté, celui-ci ne peut s'assurer ni si on l'a compris, ni même

* si l'on a été attentif; dans le catéchisme, au contraire, où le dis-

* cours est coupé par des questions et des réponses, l'attention si

* soutient sans peine ; tout y est plus clair, plus net, plus à la portés

* des esprits bornés; l'on peut s'assurer par des interrogations se

* l'on a été bien compris, éclaircir jusqu'aux derniers restes d'obs-

* curité qui seraient demeurés dans les esprits ; et tout cela sans

* fatigue pour les auditeurs, auxquels le catéchisme offre plutôt une

* récréation pieuse et utile par le vif intérêt qu'inspirent les réponses

* des enfants, les traits d'hibtoire entremêlés et toutes les indubtries 'qu'on emploie pour captiver l'attention. Enfin les sermons sont

* comme ces grandes pluies qui, entraînées par leur propre violence,

* ne pénètrent que les terres déjà cultivées, et coulent sur les autres;

* tandis que les catéchismes sont comme ces pluies douces, mais

* rôilôrôos, qui s'infiltient insensiblement même dans les terres sans

* culture, ci les disposent à porter des fruits ; Tesprit des auditeurs

* s'y remplit, suavement et sans effort, des vérités saintes, et leur

* cœur s'y forme aux maximes de l'Évangile. La justesse de ces re-

* marques est confirmée, du reste, par l'expérience : c'est un fait

* reconnu qu'un bon catéchiste est plus utile à une paroisse qu'un

* grand prédicateur, et que les personnes du monde profitent plus

* en assislantà un bon catéchisme qu'en entendant plusieurs beaux

* sermons.

* Toutefois ce n'est encore là qu'un premier avantage du caté-

* chismo, avantage dont le pasteur ne peut pas même toujours faire

* jouir son peuple : car combien de paroisses oîi l'on essayerait vai-

* nement d'allirer les grandes personnes au catéchisme, et où l'on

* éloignerait le peuple des saints offices, si l'on y intercalait cet

* exercice ! Mais alors le catéchisme offre un autre avantage, celui

* de régénérer la paroisse par les enfants. C'est même là la seule

* ressource qui reste dans bien des paroisses où régne une épou-

* vantable ignorance en matière de religion, où, par conséquent, la

* foi a disparu et toutes les passions sont sans frein, où l'on n'atlache

* plus aucun intérêt au culte divin, aux sacrements, à l'élernilé, où

* l'on vit et l'on meurt comme la brute : le catéchisme, voilà pour

* un pasteur le dernier espoir de son âme affligée , comme ce

* doit être sa première sollicitude. En s'attachant aux enfants, il '^ créera par eux une génération nouvelle et chrétienne ; ces enfants

* donneront le bon exemple dans l'intérieur et au dehors de la fa-

* mille; leur conduite seule sera une censure tacite et souvent effî-

* cace de la dissolution des autres : au moins ils seront plus lard

* des pères de famille chrétiens; il aimeront la religion, ses céré-

* monies et ses prêtres, élèveront leurs enfants dans la piété, et la

* paroisse se trouvera ainsi renouvelée au bout d'un temps plus

* ou moins long. En continuant les catéchismes, on verra lo bien

* s'accroître de plus en plus, la science de Dieu et l'amour de la

* religion se perpétuer, la vertu prendre racine dans les familles,

* les abus et les désordres disparaître; le vrai christianisme s'éta-

* blira dans tous les cœurs, et Dieu sera servi en esprit et en vérité.

* C'est ainsi que toute l'Eglise a été renouvelée aux seizième et dix-

* septième siècles par les catéchismes auxquels se dévouèrent les

* plus grands èv^]ues et les plus saints prèlrcs, saint Charl.s, doni

* Darlhèleniy des Martyrs, saint François de Sales, saint Vincent de M*aul et M. Olier; et c'est ainsi encore aujourd'hui qu'on sauctiliera

* les paroisses ; la piété y régnera, les vertus solides y fleuriront en

* proportion du plus ou moins de perfection et de zèle avec lequel

* on fera le catéchisme : l'un est la mesure de l'autre, et le sera

* toujours.

* Souvent même on ramènera les parents par les enfants. Les

* soins qu'on donne à ceux-ci, l'amitié qu'on leur témoigne, Tinté-

* rêt qu'on leur porte, les petites récompenses qu'on leur distribue,

* concilient au pasteur l'affection et la confiance des parents ; et ces

* dispositions favorables sont déjà un grand acheminement vers la

* conversion. Puis le changement que le catéchisme opère dans les

* enfants, leur docilité, leur modestie, leur piété, leur application à *bien remplir tous leurs devoirs, font comprendre aux parents

* l'empire de la religion, leur en inspirent l'estime et l'amour avec

* le remords de l'avoir abandonnée, et de là résulte une nouvelle

* impulsion vers le retour. Enfin, l'enfant parle dans la maison pa-

* ternelle de ce qu'on lui a enseigné au catéchisme ; il y récite sa

* leçon, il raconte les histoires édifiantes qu'il a retenues, et rem-

* pht ainsi dans la famille les fonctions de catéchiste : s'il est pieux

* et zélé, il fait plus encore, il parle explicitement à ses parents de

* l'obligation de se confesser, du bonheur qu'il aurait d'aller avec

* eux à la sainte table le jour de la première communion : il presse,

* il sollicite, il prie, il conjure, et souvent ce petit apôtre gagne les

* volontés qui étaient d'abord les plus rebelles. Tel fut le moyen

* par lequel saint François Xavier commença la conversion des

* Indes : tous les jours il parcourait les rues de Goa, la clochette à la *main, pour appeler les enfants au catéchisme, et ceux-ci, gagnés

* au christianisme, y déterminaient leurs parents par leurs exemples

* comme par leurs discours.

*Mais les enfants n'obtinssent-ils pas toujours ce consolant ré-

* sultat, au moins il remporteront du catéchisme l'inestimable avan-

* tage de s'être préparé pour eux-mêmes l'assurance du salut la

* mieux fondée qu'ils puissent avoir en ce monde. Le catéchisme

* jette la semence de toutes les vertus dans le cœur des enfants et y

* fait germer la vraie piété avant que le vice y ait pris racine. Si

* ensuite il se laisse entraîner par les passions du jeune âge, l'expé.

* riencft démontre que ces premières impressions vertueuses re-

* preiment tôt ou tard le dessus ; l'âge des passions passé, il suffit

* qu'ils éprouvent quelque maladie grave, quelque grande adversité,

* et, les illusions du monde venant à disparaître, ils se rappellent les

* leçons reçues au catéchisme, comprennent qu'il n'y a rien de so-

*lide ici-bas que lo salut, et rovieinient à la vertu. Presque jamais

* il n'arrive qu'après avoir été bien instruit de la religion dans sa

* première enfance on meure impénitent, au lieu qu'il est trés-diffi-

* cile et presque impossible que ceux qui n'ont pas été formés par

* de bons catéchismes rentrent dans la bonne voie, môme à la

* mort. Leur ignorance fait qu'ils n'attachent aucun intérêt à tout ce

* qu'on peut leur dire, et ainsi ils ^ont dans un état presque déses"

* péré. Là où aucun fondement n'a été jeté, on ne peut élever que

* des ruines.

* Heureuses donc les paroisses instruites par de bons caté-

* chismes! Toutes les fonctions du ministère y sont faciles et pro-

* titablos. Toutes les prédications y sont comprises, et la semence de

* la divine parole, tombant sur une terre bien préparée, produit au

* centuple. Le ministère du tribunal perd ses plus grandes difficul-

* tés : les pénitents se sont bien examinés, s'accusent comme il faut,

* connaissent les dispositions requises ; et le confesseur n'a qu'à leur

* rappeler ce qu'ils savent, qu'à les presser de se l'appliquer à eux-

* mêmes. La visite des malades n'est pas moins facile ; leur foi éclai*

* rée les dispose à entrer volontiers dans les sentiments de contrition

* et de pénitence, de confiance et d'amour, d'abandon et de sacrifice

* qu'on leur suggère ; et, quand même ce seraient des pécheurs qui

* auraient croupi dans le désordre, il est toujours aisé, dés qu'ils

* sont instruits, de les rappeler à la religion : s'il est des exceptions

* à ce principe, elles sont rares.

* De toutes ces observations nous sommes autorisés à conclure

* que le catéchisme est pour les paroissiens la source des plus pré- " cieux avantages ; il l'est encore pour le catéchiste lui-môme : c'est

* ce qui nous reste à démontrer.

" Avantages du catécliisine pour le catéchiste lui-mi^me.

* Le premier avantage que le catéchiste retire de sa fonction biafî ■" remplie, c'est de se former au ministère de la chaire. En catéchi-

* sant, on s'enhardit à parler en public, on s'habitue à rendre ses

* pensées avec naturel et onction, à gesticuler sans contrainte, à

* improviser au besoin ; plus tard, exercé que l'on est à discourir « sur toutes les maliéres de la religion, on compose sans peine des

* sermons et des prônes ; et comme on ne craint pas que la mémoire

* vienne à manquer, parce qu'on a la facilité d'y suppléer, on dé-

* bile avec aisance ; on n'est point esclave du mot à mot de son ma-

* nuscril, et l'on peut se livrer aux inspirations du moment, à ces

* élans heureux d'une âme pénétrée qui vont droit au cœur des au-

* diteurs.

* En même temps que le catéchiste acquiert la facilité de parler

* en public, il gagne dans l'esprit des peuples l'estime et la con-

* fiance nécessaire au succès de sa parole. Caries fidèles ne peuvent

* voir un prêtre, surtout un prêtre dont ils apprécient d'ailleurs

* le mérite, s'appliquer avec assiduité aux catéchismes, sans admi- "^ rer son humilité, sa modestie, sa foi, son zèle et la pureté de ses

* intentions. Comme ses fonctions sans éclat n'ont rien où l'amour-

* propre puisse se complaire, c'est à leurs yeux une preuve non équi-

* voque que ce prêtre est un homme de Dieu, et ils lui donnent toute

* leur estime et leur confiance ^

* Mais outre ces avantages, il en est de plus précieux encore

* comme intéressant directement la sanctification du catéchiste lui-

* même : d'un côté, il n'y a point là à craindre la vanité qui enlève

* quelquefois aux prédicateurs une partie de leur mérite, quand ce

* n'est pas leur mérite tout entier ; et de l'autre, il y a tout à gagner.

* Indépendamment des indulgences précieuses que le saint-siège y

* a attachées^, on y gagne des mérites proportionnés aux peines de

* celte fonction, aux dégoûts qui l'accompagnent, et au peu de con-

* sidération que lui accorde le monde, on y gagne les magnifiques

* récompenses promises à ceux qui instruisent, les autres dans la

* justice : Qui ad justitiam erudiunt multos, (ulgehunt quasi stells:

* in perpétuas xternitates'^ , on y gagne l'expiation de ses péchés,

* conformément à ces paroles de saint Jacques : Qui converti fecerit

* peccatorem ab errore vise, suse, operiet multitudinem peccatorum'* , " paroles riches de consolation et d'espérance pour le catéchiste,

* qui, par les soins qu'il donne aux enfants, retire les uns de l'état

* du péché, en préserve les autres, ouvre à tous la voie du salut. On

* y gagne les grâces attachées à la miséricorde spirituelle la plus ex-

* cellente, puisqu'ici s'appliquent dans toute leur énergie littérale les paroles de Jésus-Christ : Qui susceperit iinum parvulum talein

* in noviine meo me siiscipif^ Quandiîi fecistis uni ex hisfratri-

• Voyez la lettre de saint François Xavier au P. Barzée, en 1549, § 6, dans h' Guide de ceux qui annoncent la parole de Dieu, p. 302. — "^ Benoit XIV acccrde sept ans et sept quarantaines cJiaque fois, et une indulgence plcnière chaque mois. — ' Daniel, m. 3. — ■* Jacob, v, 20. — * Matlh., xviii, 5.

*bus mais minimis, mihi fecistis^. Enfin on y gagne les grâces

* spéciales qu'obtiennent les prières des enfants pour celui qui les

* instruit.

* « Chers enfants, disait le pieux Gerson, venez à moi ; nous nous

* « communiquerons mutuellement les biens spirituels; je vous

* « donnerai le lait de la doctrine, et vous, vous m'ouvrirez le ciel

* « par vos prières, vous intéresserez en ma faveur vos bons anges,

* « qui voient toujours la face du Père céleste ; vous me gagnerez le

* « cœur de Jésus-Christ, qui aime tant les petits enfants et ceux qui

* « en prennent soin. » Les espérances du fervent catéchiste ne fu-

* rent point trompées ; et ce fut un touchant spectacle de voir, pendant

* sa dernière maladie, les enfants se rendre dans l'église où il leur

* avait fait tous les jours le catéchisme, et là, à genoux devant le

* saint sacrement, redire plusieurs fois la prière qu'il leur avait re-

* commandée : Mon Dieu, mon Créateur, ayez pitié de votre pauvre

* serviteur Jean Gerson.

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