‹ Traite de la predication a l'usage des seminairesChapitre 83 sur 89 · DES QUALITÉS REQUISES POUR BIEN FAIRE LE CATÉCHISME · texte numérisé non relu

DES QUALITÉS REQUISES POUR BIEN FAIRE LE CATÉCHISME

C'est un fait d'expérience que tel est le catéchiste, tels sont les enfants : s'il est mou et lent, tout est endormi ; s'il est ferme et vigilant, tout est attentif et sur ses gardes ; s'il est vif et actif, tout est riant; s'il est négligent, tout est désordre ; s'il ne se montre pas le maître, les enfants le gouvernent ; s'il est impérieux, ils le raillent. Aussi est-il moins facile qu'on le pense ordinairement de bien faire le catéchisme ; c'est là un talent rare, peut-être même plus rare que celui de la prédication, et on ne saurait trop le demander à Dieu, qui seul peut le donner. Il faut pour cela cinq choses, science, piété, douceur, zèle et prudence : ces différentes qualités du bon catéchiste feront le sujet des développements suivants.

De la science requise pour bien faire le catéchisme.

* Sans doute, il n'est pas nécessaire qu'un catéchiste ait la

* science profonde d'un habile théologien ; mais il doit avoir une

* instruction solide, des idées claires, sûres et exactes sur les parties

« Matth., XXV, 40.

* essentielles du dogme et de la morale, c'est-à-dire sur le symbole,

* les sacrements, les commandements de Dieu et de l'Église, les vi-

* ces et les vertus. Car son ministère lui impose le devoir d'expli-

* quer toutes ces matières avec ordre, justesse et précision, de

* proportionner ses explications à la capacité des enfants et des

* simples et de varier ses expressions et ses tournures sans altérer

* ou obscurcir le fond de la doctrine. Or ceci demande plus que des

* connaissances superficielles, et celui-là seul en est capable qui a

* fait une étude suivie et sérieuse de la religion, acquis un fond solide

* de théologie dogmatique et morale, joint à l'habitude de la jus-

* tesse et de la netteté dans les idées. Encore faut-il de plus qu'il se

* rende actuellement ces matières présentes et familières, tant par

* de mûres réflexions sur les vérités à expliquer que par la lecture

* des ouvrages où elles sont le mieux traitées ; qu'il sache s^énoncer

* avec aisance et clarté, et qu'il possède même assez de connaissan-

* ces variées pour pouvoir intéresser les enfants par des histoires et "* des comparaisons, des rapprochements et des exemples. Le caté-

* chiste qui n'a pas celte mesure de science fera nécessairement

* de très-grandes fautes. 11 enseignera des erreurs et des hérésies

* sans même s'en douter ; il altérera le dépôt de la foi et donnera

* aux enfants des idées fausses qu'ils conserveront peut-être jusqu'à

* la mort. Lors même qu'il ne leur enseignerait pas d'erreurs, ses

* explications inexactes ou tout à fait insuffisantes donneront heu à

* des doutes qui ébranleront ou détruiront peut-être entièrement leur

* foi. Les inconvénients que nous signalons pour le dogme se repro-

* duiront pour la morale. Ses décisions hasardées, tantôt trop sévères,

* tantôt trop relâchées, fausseront les consciences, et seront cause

* d'un nombre incalculable de péchés mortels. Puis, ne sachant pas

* discerner les points sur lesquels il faut insister, il perdra un temps

* précieux à des questions inutiles ou ridicules, il ne saura pas pré-

* senter la religion de manière à en donner une idée grande et éle-

* vée, à en inspirer l'estime et l'amour; il n'aura ni ces vues nettes

* que l'esprit saisit avec facilité et retient avec plaisir, parce qu'elles

* sont parfaitement claires, ni ces mots propres, ces expressions ajustes qui les rendent avec précision, ni cet ordre qui suit la pro-

* gression naturelle des idées, et classe chaque chose à sa place; de

* sorte qu'oK ne remportera de son catéchisme que des notions im-

* parfaites ou confuses, peu de connaissances solides et durables;

* et il ne formera qu'une génération mal instruite et peut-être

* sans religion. Ces courtes considérations sont sans doute plus que

m TRAITÉ DE LA PRÉDICATION.

* suffisantes pour faire sentir la nécessité de la science dans le caté-

* chisme.

• De la piété requise pour bien faire le catéchisme.

* Si la science peut former des enfants instruits, à la piété seule

* il appartient de les rendre vertueux ; seule elle en connaît le secret

* et sait l'employer. Que faut-il, en effet, pour arracher l'homme à

* ses penchants et lui faire emhrasser la vertu pour laquelle il a

* naturellement peu de goùl? il faut autre chose que la parole hu-

* maine ; il faut la grâce de Dieu, qui, seul, tenant les cœurs dans sa

* main, sait les façonner à son gré,leurdonnerdes penchants vertueux

* et le goût de la piété. Or, cette grâce, si nécessaire, on ne l'ohtient

* qu'autant qu'on la demande par une prière fervente, et que, se

* dépouillant de son propre esprit, on s'unit à l'esprit de Dieu pour

* être animé et dirigé par lui ; toutes choses que ne fait point le caté-

* chiste qui n'est pas pieux. N'attendant rien que de lui-même, il ne

* prie pas ou il prie mal pour le succès de son ministère, il remplit sa

* céleste fonction d'une manière tout humaine et fait son catéchisme

* comme un professeur fait sa classe, sans union avec Dieu, sans vue

* de Dieu. Le catéchiste pieux, au contraire, n'attendant rien que

* de la grâce, prie avec zèle et persévérance. 11 prie pour lui, afin

* d'obtenir les lumières, la charité, le zèle, la patience, toutes les

* vertus que requiert sa fonction ; et il prie pour ceux qu'il caté-

* chise, afin de leur obtenir un esprit et un cœur dociles, c'esl-à-

* dire l'attention et l'inlelligcnce, la bonne volonté et le courago

* de la vertu. Avant le catéchisme, il va se prosterner devant le

* saint-sacrement, et là, se confessant incapable autant qu'indigne

* de remplir dignement un si grand ministère, il implore le secours

* de Dieu, se met entre ses mains comme un organe, un instrument,

* pour ne rien dire et ne rien faire que par son mouvement et sa

* conduite ; il se recommande à la sainte Vierge, aux patrons et aux

* anges gardiens des enfants, et récite avec piété le Yeni Saucte et VAue

* Maria. De là, se rendant au lieu du catéchisme, il salue, dès l'en-

* tréc, avec un grand respect intérieur, lange gardien de chaque

* enfant et commence avec joie sa belle et aimable fonction. Pon-

* danl le catéchisme, il envisage tons les enfants, tanquàm Chmtuni

* membratim divisnm, selon la touchante pensée de saint Augns-

* lin; et son cœur s'élève souvent vers le ciel par de courtes aspi-

* rations, pour appeler l'esprit de Dieu à son aide et s'unir à lui. il

* prie de même après le catéchisme, fait prier les âmes ferventes;

* et par tous ces moyens il attire les bénédictions célestes sur ses

* travaux : première raison qui démontre la nécessité de la piélé

* dans le catéchiste.

* Une autre raison non moins décisive, c'est que le catéchiste qui

* n'est pas pieux n'a pas grâce pour toucher les cœurs ; il parle de

* Dieu et de nos mystères d'une manière sèche et froide, comme do

* choses indifférentes ; il a beau crier et s'agiter, tous les enfants

* n'en reconnaissent pas moins qu'il n'est point touché, et dès lors

* impossible qu'il touche. C'est bien pire encore lorsqu'il donne des

* signes d'ennui et de dégoût, s'impatiente et se met eu colère,

* laisse échapper des mots et des gestes peu édifiants, peu dignes

* de son caractère. Rien de tout cela n'échappe à l'œil extrêmement

* perçant des enfants; ils prononcent par instinct que c'e^t mal, et

* dès lors leur cœur se ferme à l'action de sa parole. 11 en est bien

* autrement du catéchiste pieux ; il ne parle qu'après s'être bien pé- *nétré aux pieds du crucifix ou dans la ferveur de l'oraison; tout ce

* qu'il dit est accompagné d'une onction céleste qui indique l'homme

* de Dieu ; et de son âme brûlante s'échappent des paroles de feu

* qui pénètrent et échauffent les âmes. Tout en lui fait impression,

* tout émeut, son ton, son geste, son maintien, son regard, son style,

* qui part du cœur et va droit au cœur. Point d'enfant qui ne con>

* prenne ce langage. Profitant de l'empire que sa piété lui donne

* sur les cœurs, il les forme à la vertu par des pratiques propres à

* leur en inculquer l'estime et l'amour; troisième raison qui établit

* ia nécessité de la piété dans le catéchiste. C'est un fait d'expérience

* que les pratiques extérieures sont nécessaires à l'homme, plus

* encore à l'enfant, pour faire naître dans son âme, y développer tt

* entretenir le sentiment de la vertu ; elles fixent la mobilité de ses

* pensées, donnent un aliment à ses affections, et lui inspirent des

* disposllioiis auxquelles il n'aurait pas même songé. Mais ces prali-

* ques, le catéchiste pieux peut seul les lui inculquer. Lui seul sait

* par expérience celles qui peuvent le mieux former et nourrir l;i

* piété. Lui seul a le tact, l'industrie, la manière intéressaiile et ai-

* niable propres à les faire goûter aux enfants et à les leur faire

* accepter avec un empressement saintement joyeux ! Voyi'z-lo, le

* catéchiste pieux : avec quel art il s'empare de ces âmes neuves.

* de ces cœurs, qui à un âge ausi tendre, sont encore, comir.e

* la cire molle, susceptibles de prendre toutes les impressions !

* Comme il les façonne à la modestie et à l'obéissance, leur inspire

* l'amour de Dieu et de la très-sainte Vierge, leur en suggère les

* pratiques les plus propres à leur âge ! Tantôt c'est à la vue de la

* croix un acte d'amour de Dieu ou de détestation du péché, de

* désir du paradis à la vue du ciel, d'adoration en passant devant

* une église, d'offrande de son cœur à Dieu au son de l'horloge, de

* contrition avant de s'endormir, tantôt ce sont différentes pratiques

* à l'époque des fêtes pour honorer les mystères ou les saints; et à

* l'aide de ces exercices, petits si l'on veut aux yeux du monde,

* mais grands par leurs résultats, il forme et nourrit dans les cœurs

* l'esprit de prière, l'amour de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge,

* les vertus chrétiennes et la vraie dévotion. Voilà le bien que fait le

* catéchiste pieux ; mais celui qui ne l'est pas ne fera rien de toutes

* ces choses ou les tentera sans succès : la piété seule en inspire le

* goût et donne le tact nécessaire pour y réussir.

* De ces observations nous pouvons conclure combien la piété est

* essentielle au catéchiste ; elle peut suppléer le talent, mais le ta-

* lent ne peut la suppléer. On se demande quelquefois d'où vient

* qu'en certains catéchismes, malgré les qualités brillantes et les

* soins de celui qui les dh^ige, tout languit, ce n'est que froideur et

* dissipation ; tandis que dans d'autres, sous un catéchiste à talents

* très médiocres, tout réussit et prospère. La raison de cette diffé-

* rence n'est autre, pour l'ordinaire, que le défaut de piété : on ne

* touche pas, parce qu'on n'est pas touché ; on n'embrase pas,

* parce qu'on n'est pas embrasé; on ne convertit pas, parce qu'on

* ne prie pas ; dans les saints tout le contraire arrive.

* De la douceur requise pour biea faire le catéchisme.

* Saint Paul reconunande d'instruire le prochain dans un esprit de

* douceur : Instruite in spiritu lenitatis^ , et lui-même traitait les

* fidèles avec la douceur d'une nourrice pour son enfant, tanquam

* si nutrix foveat lilios suos^. Le cœur liuniainveut être tiaitê ainsi;

* on n'en peut rien faire qu'en le maniant doucement et cordiale-

* ment. Saint Augustin nous apprend qu'il n'a été attiré lui-même à

* la religion que par là, et qu'il dut le principe de sa convorsion aux

* bontés de saint Ambroise à son égard : Cœpi amare hominctn^

* Galat , M, 1 — - I ïhess., ii, 7.

* dit-il, non ut doctorem veritatis, secl ut benevolum in me*-. Mais si les

* hommes faits ne se gagnent que par douceur, à plus forte raison

* les enfants. Aussi Notre-Seigneur a-t-il voulu nous donner l'exemple

* en ceci comme en tout le reste : Et complexans eos et imponens

* manus super ilios, benedicebat eis^. Sur quoi Gerson s'écrie: « 0

* « bon Jésus ! quand je vous vois étendre vos bras pour serrer avec

* « tant de tendresse sur votre poitrine ces petits enfants, je me sens

* a ému jusqu'au fond de l'âme. Oh ! je veux aimer ceux que vous

* « aimez tant, je veux imiter votre bonté, et, comme vous, avoir

* « pour eux des entrailles maternelles. » Tel est, en effet, le seul

* moyen de réussir ; il faut commencer par gagner le cœur des en-

* fants et s'en faire aimer. Si l'on se borne à se faire craindre, ils ne

* viendront qu'avec répugnance au catéchisme, comme à un exer-

* cice odieux, s'en absenteront le plus souvent qu'ils pourront, et

* qnand ils ne le pourront pas, ils écouleront sans intérêt, unique-

* ment pour ne pas être punis ; ils useront de dissimulation et le

* cœur ne se laissera point manier, toucher et changer. Il est donc

* essentiel de se faire aimer. Or, on ne parvient à être aimé qu'en ai-

* mant soi-même d'un amour plein de douceur. La douceur de la

* charité est la clef des cœurs, c'est elle qui les ouvre, elle en est

* l'aimant, c'est elle qui vous les attache. La rigueur les intimide et

* les trouble, la dureté les rebute ; le ton sévère, l'air sombre, les

* manières brusques, l'humeur qui s'emporte, les expressions dures,

* les termes injurieux ou ironiques, et plus encore les mauvais trai-

* tements, les aigrissent et leur font perdre toute confiance, sans

* compter que les parents s'en offensent et que les paroissiens s'en

* scandalisent. On perd donc tout dés qu'on manque à la douceur,

* et si Ton prétend se faire respecter en commandant avec empire,

* en reprenant avec aigreur, en se fâchant à tout propos, on se

* trompe ; on se lait seulement haïr. Si l'on veut imposer aux enfants

* ce doit être par l'ascendant de son ministère, de ses vertus et

* d'une fermeté sans humeur, dont encore il ne faut faire usage que

* lorsqu'elle est nécessaire ; car on ne doit employer l'autorité qui

* intimide que rarement, avec discrétion et seulement comme un

* moyen pour passer de là à l'amour qui gagne les cœurs : Discite,

* disait saint Bernard, matres esse, non dominos, omr.cm ostendenles

* mansuetudinem ad omnes'". Nemini vis adhibe-.da, disait dans le

* même sens saint François Xavier, nisi amoris et caritatis, nec ts sit

* (catechista) qui timeri magis quàm amari velit.

^ Confcss., lib. Y. — * Marc, x. 10. — ' Serm. ii, in Cant.

432 Tl'.AlTÉ DE LA l'UÉDICATION.

* Mais, d'un autre côlé,ilnefaut pas faire consister la douceur dans

* une molle condescendance qui flatte les défauts des enfants au lieu

* de les corriger, qui leur accorde tout ce qu'ils demandent, leur

* permette tout ce qui leur plaît, et les laisse se familiariser avec ce-

* lui qu'ils devraient respecter; car de là il résulte que, n'étant plus

* contenus par la crainte, ils se dissipent, ils se relâchent, ilsnian-

* quent d'égards et en viennent souvent jusqu'au mépris, fruit troj;

* ordinaire de la familiarité. Il ne faut pas confondre non plus ladou-

* ceur avec celle tendresse de cœur, celte affection tout humaine

* pour ceux que distinguent un extérieur agréable, la naissance, la

* fortune, l'esprit, la sympathie d'humeur et de caractère. Le caté-

* chii^te ne saurait trop se tenir en garde contre un tel sentiment où la

* nature a beaucoup plus de part que la grâce, ni trop éviter toute

* liberté, toute caresse ou manifestation d'un attachement trop hu-

* main.

* La vraie douceur a des caractères bien différents des deux défauts

* que nous venons de signaler: pleine du souvenir de Jésus-Christ,

* si tendre envers les enfants, et touchée uniquement des vues de la

* foi, elle s'annonce au dehors par la sérénité du visage, une affabi-

* lité noble, une .certaine suavité dans la voix et les manières qui

* gagnent le cœur; elle parle le langage de la bonté, se rapetisse

* avec les petits et dépose tout air de hauteur et de majesté, con-

* vaincue de la véiité de cette parole du poêle :

Non batt' conveniunt nec eâdem sede morantur Majestas et amor

* Elle s'intéresse comme une mère à tout ce qui regarde ses en-

* fants bien-aiinés, compatit à toutes leurs peines, tâche d'adoucir

* les sujets d'amertume qu'ils rencontrent et leur dit à propos des

* paroles de consolation et d'encouragement. Après avoir ainsi go-

* gné leur cœur, elle profite de cet état d'aisance où elle les a mij;

* pour exercer leur intelligence par des questions sur le catêchisnio,

* leur inspirer le désir de savoir, et les stimuler par les moyens d'è-

* mulation dont nous parlerons plus bas. Pour y mieux réussii-,

* elle s'abstient soigneusement de tout ce qui pourrait leurèlio

* désagréable, connue de leur donner des sobriquets, de leur

* demander plus qu'ils ne peuvent savoir, de les couvrir de confii-

* sion pour leur ignorance ou leur incapacité, de les reprendre pu-

* bhquement quand la faute n'est pas publique; et, alin d'avoir â los

* punir le moins pOiS.ble, elle s'attache à prévenir les fautes par

* foutes les précaulions que la charité inspire, par un regard jeté à

* propos, un avis bien placé, un mot d'encouragement, etc.. Si mal-

* gré tout cela, les enfants ne sont pas sages, elle est indulgente au-

* tant qu'elle le peut sans inconvénient, corrige d'un ton ferme

* quand il le faut, mais sans aigreur et sans dureté ; punit au besoin,

* mais sans jamais frapper, toujours avec modération et sang-froid,

* en laissant espérer au coupable d'être encore aimé s'il devient plus

* sage, et faisant agir sur tous la religion et les sentiments, bien plus

* que la terreur et les menaces.

" Du zèle requis pour bien faire le catéchisme.

* On entend par zèle un désir ardent de faire connaître et aimer

* Dieu par les enfants, et de sauver leur âme, quoi qu'il en doive

* coûter. Si cette flamme sacrée de la charité ne brûle pas au fond

* du cœur, le peu d'éclat qui accompagne la fonction de catéchiste,

* l'ennui attaché à la répétition continuelle des mêmes choses, la lé-

* gèreté, l'indocihté, souvent même la grossièreté des enfants, fe-

* ront prendre leur instruction à dégoût, et l'on ne s'y prêtera plus

* ([u'avec répugnance, sans intérêt, sans préparation, comme un

* homme rebuté. De là on entrera facilement, et pour la moindre

* contradiction, en mauvaise humeur ; on perdra l'esprit de dou-

* ceur, si nécessaire à ce ministère, et l'on ne fera de catéchismes

* que le moins qu'on pourra, s'en déchargeant sur d'autres, s'il est

* possible, dussent-ils s'en acquitter mal. Mais, au contraire, si une

* foi vive, si une charité ardente allume dans le cœurun grand désir

* de sauver ces chers enfants, de leur faire connaître et aimer

* Jésus-Christ, cette disposition de zèle soutiendra le courage parmi

* les difficultés et les contradictions, triomphera, par la patience,

* des ennuis et des dégoûts, portera à préparer avec grand soin cha-

* que catéchisme, à ne rien négliger pour y donner cet intérêt qui

* tient les esprits toujours attentifs; et, si quelques-uns ont besoin

* de leçons particulières, on ne craindra pas d'ajouter, par un gé-

* néreux dévouement, de nouveau.^ travaux aux leçons publiques.

* Ce zèle embrassera tous les enfants sans exception ni distiuc-

* lion, parce qu'aux yeux de la foi les âmes valent toutes le même

* prix ; ce qui n'empêchera pas cependant la tendresse et la sollici-

* tude du catéchiste d'entourer d'un intérêt tout spécial trois classes

* particulières du petit troupeau confié à ses soins, savoir : 1° les

* enfants encore innocents, sanctuaire de la divinité qu'il est si inté-

* fessant de conserver purs; 2" les pauvres, qui sont si chers au

* cœur de Notre-Seigncur, et dont il est juste d'honorer la condition

* si sublime aux yeux de la foi, sans cependant négliger les riches

* et encore moins les choquer; 5" les enfants qui ont eu le malheur

* de naître de parents sans mœurs et sans foi, d'être élevés dans

* une ignorance profonde de la rehgion, de sucer, avec le lait, l'ha-

* bilLide du vice, de ne voir que mal autour d'eux, de n'entendre

* que blasphèmes ou railleries sur la piété et nos mystères. INe dùt-

* on sauver qu'un seul de ces pauvres enfants dont la position est si

* à plaindre, on devrait estimer bien employé tout le temps qu'on

* leur consacre; et dussent-ils résister à tous les efforts du zèle, il

* faudrait encore les leur prodiguer par l'espoir qu'après avoir tra-

* versé l'âge des passions, ils se rappelleront les leçons de l'enfance

* et reviendront à Dieu, surtout s'ils ont le bonheur d'éprouver

* quelque grand revers.

• De la prudence requise pour bien faire le catéchisme.

* En vain on aurait du zèle, si la prudence ne l'accompagne : loin

* d'être utile au bien, il serait la source de beaucoup de maux; et

* pour le concevoir, il suffit de parcourir les divers objets sur lesquels

* doit s'exercer la prudence.

* 1° Il faut une grande prudence pour se modérer, se régler et se

* gouverner soi-même. Si on se laisse dominer par son imagination,

* par un zèle impérieux, roide et opiniâtre, qui prend toutes ses

* pensées pour des volontés du ciel, on perdra tout ; plus d'une fois

* une seule saillie de ce faux zèle a suffi pour aliéner des enfants

* sans retour. Le zèle prudent n'agit jamais dans un premier mouve-

* ment, ou dans un moment d'émotion; il attend qu'on soit calme

* et qu'on se possède; il ié[léchil,pric et consulte avant de se déter- '^ miner, calcule les conséquence de telle mesure avant de la prendre,

* ou de telle parole avant de la dire, et ne se laisse jamais emporter

* par l'empressement naturel ou par le caractère.

* 2° La prudence n'est pas moins nécessaire pour varier sa conduite

* selon les personnes. 11 est des caractères qu'il faut attendre, d'au-

* très qu'il faut presser, des circonstances où il faut être doux, con-

* soler et encourager, d'autres où il faut être sévère, menacer o<

* corriger. Dans les rapports avec les gar(,;ons, il faut être ferme

* quand on leur parle à tous en général, doux et tendre quand on

* leur parle en particulier. C'est le contraire pour les personnes du

* sexe; il faut un grand fond de douceur quand on leur parle en

* général, et une grande réserve dans les rapports privés. On voitpar

* ces courtes indications comment l'esprit de discrétion et de pru- "* dence varie ses moyens : c'est là une affaire de tact dans laquelle ■* le bon sens devine plus que les règles ne peuvent prescrire.

* 5<* Il faut la prudence pour ne laisser soupçonner aux enfants

* aucune acception de personnes. Si l'on témoigne plus d'affection

* à l'un d'entre eux qui est bien vêtu qu'à un autre qui est pauvre, si

* on lui parle souvent, d'un ton plus honnête, et qu'on le loue ou

* qu'on le récompense davantage, ils l'auront bientôt remarqué, et,

* dès lors, se croyant méprisés, ils regarderont le catéchiste comme

* un homme injuste, lui retireront à la fois leur respect et leur con-

* fiance; et leurs parents, partageant les mêmes sentiments, écla-

* teront en murmures contre une manière de faire qui les humilie.

* Pour prévenir de tels inconvénients, il faut traiter si également les

* uns et les autres^ que personne n'ait sujet de se plaindre; et après

* avoir loué ou récompensé un enfant riche, il faut louer ou récom-

* penser quelque enfant pauvre qui le mérite ; après avoir parlé à ■* celui-ci, parler à celui-là ; et que les règles de bienséance envers

* les riches soient compensées par les égards de bonté envers les

* pauvres.

* 4° Une grande prudence est nécessaire pour discerner la portée

* d'esprit, le caractère et le cœur de chaque enfant, et juger d'après "* cela ce qu'on doit lui dire, et lu manière de le dire. Car on doit

* varier, selon les circonstances, ses discours et son genre; il ne faut

* pas entrer dans les mêmes développements avec les enfants de huit

* à dix ans qu'avec ceux de douze à quinze; il ne faut pas parler à un

* enfant timide comme à un enfant vain et présomptueux; on peut

* même dire que chaque catéchisme, comme chaque enfant, a sa

* nuance particulière qu'il faut observer en parlant, si on veut être

* compris et goûté.

* 5" Il faut surtout une prudence céleste pour traiter ce qui a

* rapport à la sainte et aimable vertu. On ne peut point passer sous

* silence le sixième précepte ouïe troisième péché capital, parce que

* les enfants demanderaient raison de cette omission; et d'un autre

* côlé, quand on en parle, il faut en dire assez peu pour que ceux

* qui ignorent le mal ne l'apprennent'ni ne le soupçonnent, et que

* ceux qui le savent n'en aient pas l'imagination blessée; et tou!o-

-iriO TRAITÉ DE LA PllÉDICATION.

* fois il faut en dire assez pour inspirer à tous l'iiorreur de l'impu-

* i-el6, pour on retirer ceux qui y sont tombés, pour en préserver ceux

* qui sont innocents sans leur laisser soupçonner qu'il y a quelque

* chose de plus à savoir là-dessus; ce qui exciterait leur curiosité à

* des recherches et à des questions dangereuses. Nous indiquerons

* plus tard la manière de procéder à ce sujet ; mais quoi que nous

* puissions dire, il restera toujours une part immense, uniquement

* du ressort de la prudence, ne fût-ce que pour répondre aux inler-

* rogations que font par simplicité ou curiosité certains enfants sur

* celte matière, demandant par exemple ce que c'est que la pureté,

* la luxure, l'œuvre de la chair, etc.. On conseille dans ces cas, ou

* de ne pas paraître entendre, ou de mépriser la question comme

* peu importante, et de parler d'autre chose, ou de répondre en

* termes vagues par exemple, que la pureté consiste à être sage, la

* luxure à nêtre pas sage, sans affecter un air de mystère qui, irri-

* tant la curiosité, provoquerait de nouvelles questions. Si l'on savait

* que l'interrogation est faite par malice, il faudrait répondre par un

* regaid foudroyant, par un mot d'indignation, par exemple, ce n est

* pas de cela qu'il s'agit, et reprendre aussitôt son sang-froid ordi-

* naire, pour qu'on n'aperçoive que le moins possible la portée de la

* question.

DE CE qu'il faut ENSEIGNER AD CATECHISME.

Tout ce que nous avons dit dans le troisième chapitre du premier livre sur la matière de la prédication, s'applique ici en très-grande partie, de sorte que nous nous bornerons à quelques courtes observations.

i° On doit ne traiter au catéchisme que ce qui regarde la foi et les mœurs, s'abstenir des questions subtiles ou de pure curiosité qui ne sont point essentielles au salut, des opinions problématiques qu'il importe fort peu aux enfants de connaître, et des objections contre la religion, à moins que ce ne soient des objections vulgaires et connues de tous.

2" Il faut enseigner avec un soin particulier les premières vérités

et surtout les trois piincipaux mystères, les répéter souvent pour

les imprimer d'une manière durable dans l'esprit des enfants, et leur

faire produire non moins souvent les actes de foi, d'espérance et d.>

hailé, avec l'énoncé bien clair et bien compris du motif de chaque

acte. Par exemple, après qu'un enfant a dit : Je crois tout ce que Dieu a révélé à son Église, il faut lui demander pourquoi il le croit, et lui faire répondre que c'est parce que Dieu est la vérité même qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. Après qu'il a dit : J'espère la vie éternelle et la possession de Dieu dans le ciel, il faut lui faire dire qu'il l'espère parce que Dieu lui en a promis les moyens, et que Dieu ne peut manquer à sa promesse. Après qu'il a dit : J'aime Dieu de tout mon cœur, il faut lui faire dire qu'il l'aime, parce que Dieu est en lui-même infiniment aimable, infiniment bon : sans ces motifs compris par l'esprit et sentis par le cœur, il n'y a point d'actes des vertus théologales.

5° 11 faut expliquer toutes les vérités dont la connaissance est de nécessité de précepte, comme les sacrements, les commandements de Dieu et de l'Église, la manière de baptiser, les obligations du chrétien en faisant remarquer combien elles sont raisonnables, faciles et avantageuses, même pour la vie présente, les péchés intérieurs qui se commettent par pensées, par désirs, par résolutions, par intentions, par dispositions du cœur, en agissant contre sa conscience ; et pour prévenir les illusions si communes sur tous ces points, il est essentiel de faire bien comprendre que souvent on pèche quoiqu'il n'y ait aucun acte extérieur, que l'acte extérieur luimême est plus ou moins grave en raison des dispositions intérieures avec lesquelles on le fait, et qu'en conséquence ils doivent se demander souvent : quel est le motif qui me fait désirer, dire ou faire telle chose? D'où vient le plaisir que j'ai à penser à ceci, ou à dire cela?

A° Il faut bien exphquer en quoi consistent les vertus chrétiennes : rien n'est moins connu dans le monde, même parmi les personnes qui font profession de piété. On croit que tout consiste à éviter le péché ; et les vertus chrétiennes, ces vertus si belles, l'honneur du christianisme, l'ornement de l'Église, ces vertus qu'un Dieu est venu nous enseigner par ses exemples et ses leçons, on les ignore, on ne sait pas en quoi elles consistent ; qu'on juge de là où en est la pratique. C'est ainsi que la religion est privée d'une de ses gloires, les âmes d'une des connaissances les plus précieuses : et quelle en esf la cause, sinon le prêtre qui n'a pas instruit l'enfance sur un sujet si utile au salut? Qu'on interroge les enfants qui ont le mieux suivi tout le cours des catéchismes : en est-il un qui sache ce que c'est que l'humilité, l'abnégation, l'esprit de foi, le recueillement, etc...? Il a obligation rigoureuse de ne plus laisser une pareille lacune dans

l'enseignement de la religion, et de se rappeler que la morale clirétiennc a deux parties : Déclina à nialo et (ne bonum.

5» Il faut se faire une loi d'une exactitude parfaite dans la doctrine, sans jamais se permettre la moindre exagération. C'est un zèle fort mal entendu de présenter comme péché mortel ce qui ne l'est pas, afin d'en inspirer plus d'horreur aux enfants : le désir du bien fait souvent donner dans cet excès sans en calculer les conséquences ; par exemple lorsqu'on présente comme quelque chose d'énorme le mensonge , la gourmandise, la désobéissance, la non-assistance à Vêpres ou à une classe. Par ces exagérations, on est cause que les enfants se formant une fausse conscience, pèchent mortellement là où il n'y a en soi que péché véniel. D'un autre côté cependant il faut prendre garde de les enhardir au mal par une manière maladroite de leur exposer la vraie doctrine, comme ferait celui qui leur dirait en riant ou d'un air indifférent qu'il n'y a pas grand mal à cela, que ce n'est que péché véniel. La prudence veut qu'on ne parle de ces fautes que d'une manière grave et propre à leur en inspirer de l'éloignement, qu'on les en détourne, non pas, doit-on leur dire, qu'elles soient péché mortel, mais parce qu'elles déplaisent à Dieu, elles l'offensent, il les punira sévèrement dans le purgatoire, et quoique vénielles, elles disposent au péché mortel et mettent le salut en péril.

DE LA PRÉPARATION Qu'eXIGE LE CATECHISME.

Le catéchisme, pour être utile, demande une préparation sérieuse, beaucoup plus soignée qu'on ne le pense ordinairement ; et quiconque méditera la manière de le bien faire, telle que nous l'exposerons ci-après, comprendra que ce n'est pas là un exercice qui s'improvise. On peut même dire que celui qui habituellement ne le prépare pas, on ne le prépare que par manière d'acquit, n'est pas exempt de faute grave : car c'est un fait d'expérience qu'alors il y a dans l'instruction des inutilités et des redites, des omissions et des inexactitudes, des décisions hasardées, des choses vagues, des digressions déplacées : on parle beaucoup et on instruit peu. Alors i| y a obscurité dans la manière de présenter les choses ; il est impossible d'avoir l'idée nette et l'expression juste quand auparavant on ne s'est pas rendu compte à soi-même de ce qu'on doit diie et de la manière de le dire ; on parle au hasard, on e^t long, diffus ou trop relevé; et n*eiit-on pas tous ces défauts, on aurait au moins celui de

DU CATÉCHÎSME. 439

ne point se faire comprendre : car les enfants, et on en peut dire autant des esprits bornés, ont leur manière à eux de concevoir les choses et de rendre leurs conceptions ; et ce qui est clair pour lo commun des hommes ne l'est nullement pour eux. Si l'on veut en être compris, il faut, dans une préparation sérieuse, étudier le petit cercle de leurs connaissances , prendre là le point de départ, la règle de ses explications et la manière de les conduire pas à pas avec ordre et méthode, à magis noto ad minus notum; il faut réfléchir sur le sens qu'ils attachent aux mots, sur la manière dont ils expriment leurs pensées dans le langage ordinaire, et d'après ces diverses données, se tracer son plan d'instruction et en combiner tout le détail ; autant de choses qui demandent une forte préparation. Mais ce n'est pas tout : lorsqu'on a négligé de se préparer, on ne rend pas le catéchisme agréable et intéressant, et les enfants, dégoûtés, sont distraits et inattentifs ; on n'y porte pas soi-même d'intérêt, parce qu'on sent au fond de sa conscience qu'on s'acquitte mal de son devoir, et surtout parce qu'on ne possède pas son sujet, faute de s'en être bien rempli auparavant: quand on n'est pas maître de sa matière, on est froid, languissant, incertain de ce qu'on va dire, et gêné dans sa marche. On s'aperçoit que les enfants ne comprennent point, mais on ne sait pas s'énoncer autrement : l'occasioa se présente de dire des choses très-utiles relatives au sujet, mais on est incapable de les dire ; les enfants adressent des questions imprévues, et l'on est embarrassé pour y répondre.

Il faut donc se préparer avec soin; et voici en quoi consiste cette, préparation :

1° Il faut bien étudier la lettre ou le texte du catéchisme, afin d'être en état d'en expliquer clairement tous les mots, et de déterminer les points sur lequels il faudra insister et ceux qu'il suffira d'exposer.

2" Il faut lire les meilleurs auteurs sur la leçon à expliquer, par exemple, le Catéchisme du concile de Trente, les Catéchismes de Constance (4 vol.), de Montpelher (édition de Charency, 6 vol.), de Couturier (4 vol.), de Bourges, par M. de la Chétardie (2 vol.), de Collot, (1 vol.), de Fleury (1 vol.), de Nantes (1 vol.); le Catéchisme de Bellarmin, que Clément XI, Benoît XIV et plusieurs autres papes ont si vivement recommandé, en exprimant le désir qu'il fût le seul enseigné dans toute l'Église catholique ; l'Explication du catéchisme de Genève, par Duclot (7 vol.); la Science pratique du catéchiste, par M. Cossart (1 vol. in-S"); le Catéchisme expliqué par 400 traits d'iiis-

4i0 THAITÈ DE LA PRÉDICATION.

toire, par M. Guillois, ancien curé du Mans; mais surtout le Caléchisuie de la foi et des mœurs, par M, de Lantages, réimprimé au Puy en 1845 (1 vol.), et enfin les auteurs même de théologie. En faisant ces lectures, on extrait, sur un cahier à part, ce qu'on trouve de plus utile ; on le résume ensuite, on le met en ordre en se rappiochaiit le plus possible de la leçon à expliquer, et on tâche de s'en bien pénéircr.

5" Après (ju'on a ainsi préparé ce qu'on doit dire, il faut préparer la manière de le dire, en recherchant les moyens de rendre ses pensées assez clairement pour instruire, assez pieusement pour toucher, assez agréablement pour intéresser, et choisissant d'avance les comparaisons, les exemples, les histoires propres à ce triple but, quelquefois même jusqu'aux expressions et aux tournures qu'on emploiera pour se mettre à la portée des enfants.

A° Avant, pendant et après cette préparation, il faut demander par des prières ferventes la grâce de remplir dignement un si saint ministère, se pénétrer d'un vif désir d'y procurer le bien des âmes et la plus grande gloire de Dieu, et tenir son intention dirigée uniquement vers celte noble fin. Cela fait, on pourra aller avec confiance faire le catéchisme ; Dieu le bénira.

DE LA MAMLRE DE FAIRE LE CATÉCniSMB.

Nous abordons ici une matière sur laquelle l'expérience seule peut donner des leçons utiles ; toutes les théories seraient suspectes et nous pardonnerions de n'y avoir pas confiance. Aussi, est-ce de l'expéiience seule que nous avons pris conseil pour traiter tout cet article: nous n'y disons rien qui n'ait été mis en pratique pendant près de doux siècles dans les catéchismes si justemen* célèbres f!e Saitit-Sulpice de Piiris, et qui ne s'observe encore maintenant, noneeulement dans celte paroisse, mais dans un grand nombre de paroisses de France. Toutes les règles que nous donnons ont été prouvées bonnes et utiles i)arles résultats, et d'éclatants succès en garantissent la saf;esse : nous avons donc droit à être cru dans l'exposé que nous allons donner de la manière de faire le catéchisme.

Pour «"ûinplir dignement ce saint ministère, trois choses sont essentielles. 11 faut : 1" établir dans le catéchisme une discipline exacte; 2° bien instruire les enfants; 3" travailler â leur sar.tlifjcalion.

Des moyens d'établir une discipline exacte dans le catécliisme.

La première condition pour bien faire le catéchisme, c'est desavoir maîtriser les enfants, etles tenir dans le silence et le recueillement. Souvent ils sont pétulants et volages, ne pensent qu'à s'amuser, ne sentent point le prix de rinslruction, et n'assi&tent au catéchisme qu'à contre-cœur. Si on ne sait pas les contenir, ils mettent le trouble, n'écoutent pas et empêchent les autres d'écouter : on passe soi-même la moitié du temps en avertissements et en réprimandes ; on interrompt à chaque instant le fil de l'instruction pour gronder celui-ci, châtier celui-là ; on crie beaucoup et Ton fait peu de fruit. Plusieurs moyens concourent à maintenir l'ordre et la discipline dans le catéchisme. Ces moyens sont : 1° un local convenable et un placement bien fait ; 2° un bon règlement à l'observation duquel on tienne la main ; 5° une manière d'interroger et de parler qui intéresse les enfants et les tienne toujours en haleine; 4° l'émulation excitée et les récompenses données à propos ; 5° les punitions infligées avec discrétion; 6" quelques exercices ou cérémonies extraordinaires sagement ménagés ; 7° la bonne tenue des registres du catéchisme.

Du local et du placement

1° La nef de l'église, à moins qu'elle ne soit petite, ne convient pas pour le catéchisme, soit parce qu'on ne pourrait, sans se fatiguer beaucoup, s'y faire entendre assez et soutenir le ton de voix facile et naturel qui convient, soit parce que les enfants y seraient distraits par des allants et venants et tout ce qui se passe dans l'église, soit enfin parce que les étrangers qui entreraient pourraient les intimider et nuire à cette aisance dont ils ont besoin pour bien s'expliquer. 11 faut donc, si la chose est possible, choisir une chapelle retiice et disposée de manière qu'ils puissent s'entendre les uns et les autres quand ils répondront, et qu'on puisse surtout soi-même se faire entendre facilement de tous, les avoir tous sous les yeux et les surveiller sans changer de position.

2» En face des enfants, il doit y avoir, autant que possible, un autel i^vec une statue ou un tableau propre à les édifier, à fixer leur légè.

4i2 TRAITÉ DE LA PRÉDICATION;

rcté et à recueillir leur esprit dans la prière. A côté de l'autel doit être une chaire pour le catéchiste, parce que de là il surveille mieux et est écoulé avec plus de respect et d'attention. Au défaut de chaire, il faut au moins une estrade un peu élevée, d'où il domine tous les eiîfnnts, afin de contenir continuellement tout l'auditoire par son regard. Enfin, s'il ne peut avoir d'estrade, il doit au moins éviter de parler en marchant et de changer trop facilement de place.

o° Les chaises ne conviennent pas pour faire asseoir les enfanis; un siège si mohile rendrait trop difficiles l'ordre, le calme et le silence : il faut des hancs qui soient sans dossier, pour ne gêner ni la circulation ni la surveillance, et d'une hauteur proportionnelle à la taille des enfants, afin que, quand ils seront assis, ils n'aient les pieds ni suspendus en l'air ni étendus sous le siège de leurs voisins. Ces hancs doivent être établis parallèlement les uns aux autres, et à une distance réciproque telle, que les enfants puissent sortir librement de leurs places. Si le catéchisme est nombreux, il est bon de le diviser en quartiers, et de laisser entre chaque quartier un passage pour la circulation.

4° Le local ainsi préparé, il ne reste plus qu'à y attirer et à y placer convenablement les enfants. Pour cela il faut annoncer au prône, quinze jours d'avance, l'ouverture des catéchismes, et pendant ces quinze jours s'informer avec soin des enfants en état d'y venir, s'entendre avec leurs parents ou leurs maîtres pour qu'ils les y envoient, leur parler à eux-mêmes avec une bonté paternelle, et leur faire promettre de s'y rendre. A la première réunion, ils se placent dans l'ordre où ils entrent, le visage tourné vers l'autel, les garçons d'un côté ou par devant, les filles de l'autre ou par derrière, à moins qu'on ne pût faire un catéchisme séparé pour les garçons et pour les filles, ce qui serait incomparablement mieux. A la fin de cette première réunion, on inscrit exactement sur un registre les noms et prénoms des enfants, leur domicile, leur âge, leur mesure d'instruction ou le temps depuis lequel ils fréquentent le catéchisme ; mais on ne fait encore aucun placement définitif-, on le réserve pour le catéchisme suivant, afin d'avoir le temps de prendre des renseignements sur chaque enfant. Dans ce placement, duquel dépend en grande parlii' le bon ordre, il faut : 1° séparer ceux qui savent lire et ceux qui ne le savent pas, ceux qui ont l'âge de se préparer à la première communion et ceux qui ne l'ont pas; ^^ placer bien en vue les plus dissipés et les plus volages, en ayant soin cependant de les entremêler avec ceux sur la sagesse desquels on peut le mieux compter ; 3" ne

pas placer im enfant riche à côté d'un enfant en haillons, ce qui pourrait fâcher l'amour-propre des parents, mais mettre ceux d'une condition aisée à côté de la classe moyenne et ceux-ci à côté des plus indigents, en variant de telle sorte sur chaque banc le placement de ces trois conditions, que cela ne puisse pas être trop remarqué. Après cette opération, il faut recommander aux enfants de ne pas changer de place et y tenir la main.

Du règlement du catéchisme.

Il est très-utile de faire et même d'inscrire sur une pancarte propre et décorée un règlement de catéchisme qu'on expUque au commen cément et au milieu de l'année, et qui demeure affiché dans l'endroit où se fait le catéchisme, si cet endroit est une chapelle particulière. Cette pratique inspire aux enfants plus de respect pour les prescriptions qu'on a à leur faire, et empêche qu'ils ne les attribuent au caprice. On pourrait même, pour les confirmer encore dans ce sentiment, faire signer ce règlement par l'évêque ou un grand vicaire, et y faire apposer le sceau de l'évêché. Yoici les principaux articles de ce règlement, avec leurs commentaires qui exphquent la manière de les faire observer.

Art. 1". — Tous les enfants devront être arrivés à V heure précise pour l'ouverture du catéchisme.

Pour obtenir cette exactitude, il faut d'abord en donner l'exemple en commençant toujours à la même heure, n'y eût-il qu'un petit nombre d'enfants arrivés; il faut leur en exphquer les avantages, qui sont de faire tous ensemble la prière en commun, de ne pas distraire et troubler les autres, comme cela a heu quand on arrive tard, de ne pas se faire une réputation de paresseux, mais au contraire d'édifier tout le monde par son empressement à venir entendre la parole de Dieu ; enfin, il faut exiger que les enfants viennent s'ex. cuser quand ils n'arrivent pas à temps, et leur faire sentir ensuite leur faute dans le cours du catéchisme, en disant par exemple à un enfant retardataire qu'on voit attentif : « Paul, vous écoutez bien, je « suis content de vous; si vous étiez venu à Vheure,je vous aurais donné « un bon point; vous auriez eu telle récompense, telle charge, etc.,.

€ Je demanderais telle réponse à Pierre., mais il est arrivé tard, n — Il est surtout nécessaire de prévenir les absences totales, et, pour cela, il faut montrer avec énergie aux enfants le tort quelquefois irréparable qu'ils se font en manquant un catéchisme, perdant l'instruction qui s'y donne et les grâces que Dieu y attache. Si, malgré ces remontrances, quelques-uns s'absentent, il faut les menacer de ne point leur donner de récompenses, de les remettre à une autre année pour la première communion, etc. Si ces moyens sont sans effet et qu'ils s'absentent encore, on les place sur un banc à part qu'on appelle banc d'ignominie, d'où ils ne peuvent plus sortir qu'après avoir réparé leur faute par une ponctualité parfaite au moins dans cinq catéchismes consécutifs.

Âr.T. 2. — A un signal donné, tous les enfants entreront dans la chapelle du catéchisme, les garçons les premiers et les filles ensuite, et se rendront deux à deux, avec modestie, chacun à sa place, sans précipitation et sans passer par-dessîis les bancs. Au signal donné ^ on se mettra à genoux saiis bruit : on suivra la prière avec piété, et on attendra de nouveau le signal pour se relever.

Cette entrée du catéchisme est de la plus grande importance, parce que, si elle se fait d'une manière tumultueuse et dissipée, on ne pourra plus ramener les enfants au recueillement. 11 serait même à désirer qu'on pût leur assigner un certain endroit de l'église où ils attendraient en silence et en prières l'ouverture du catéchisme. Pendant l'entrée générale, on doit exercer la plus grande vigilance pour maintenir l'ordre, prévenir la dissipation; et, quand les enfants sont assis à leur place, il faut, après avoir rappelé par quelques mots, le respect avec lequel se doit faire la prière, leur donner un premier signal pour se lever, un autre pour saluer l'autel, un troisième pour se mettre à genoux, faire ensuite réciter par l'un d'eux, posément et à haute voix : Notre Père, Je vous salue. Je crois en Dieu^ Je me confesse, les commandements de Dieu et de l'Église; et lorsqu'à un nouveau signal ils se sont relevés et assis, on entonne ou l'on fait entonner un cantique, après lequel on interroge sur la \ftçon assignée.

Art. 3. — On observera, pendant toute la durée du catédiisme, la modestie et le silence.

Celle modestie consiste à rester tranquille à sa place, sans tourner la tête de côté el d'autre et sans déranger ses voisins; à avoir les yeux fixés sur celui qui parle, à tenir les bras croisés si ce sont les garçons et les mains jointes si ce sont les filles, excepté les moments où il leur est permis, soit d'avoir un livre entre les mains pour chanter un cantique ou marquer la leçon, soit d'écrire pour prendre des notes sur l'instruction. Le silence consiste à s'interdire toute parole, même dite à voix basse, et toute espèce de signe. C'est là l'article essentiel ; et pour l'obtenir des enfants, il faut leur déclarer d'un ton ferme et qui annonce une volonté forte, qu'on veut un silence parfait et leur en dire la raison ; il faut leur en donner l'exemple en s'abstenant de parler toutes les fois qu'un signe ou un regard peut rendre la pensée, en faisant faire tous les mouvements et toutes les évolutions au signal d'un livre ou d'un claquoir, en parlant le plus bas possible quand il y a nécessité de le faire, et souffrant même quelquefois un petit désordre plutôt que de rompre le silence pour y remédier; il faut enfin éviter de reprendre souvent, de crier et d'éclater en reproches quand un enfant cause et se dissipe, mais parler peu, à propos, et surtout parler le langage de la religion et du sentiment. Une première fois on se contente de regarder cet enfant en continuant le catéchisme; une seconde fois on s'interrompt en l'envisageant d'un œil fixe, mais sans rien dire; une troisième fois on dit : J'aperçois un enfant qui n'écoute pas ; s'il recommence, il aura l'affront d'être nommé devant tout le monde. Une quatrième enfin : Pierre, il faut donc vous faire connaître à tous comme un enfant désobéissant ! Ou bien : Pierre a envie de parler, à ce qu'il paraît; eh bien, faisons-le parler, et on lui fait plusieurs ques tions. Une autre fois : Dieu vous voit, mon enfant; ne craignez-voiis donc pas de Vofferiser? Ou bien : Vous avez déjà oublié; je vous aurais cru plus docile. Ou bien encore : Pierre, de quoi vient on de parler? et s'il ne répond rien ou s'il répond mal : Voilà ce que c'est que de ne pas écouter. Voyons Jean, il écoute bien ; je suis sûr qu'il répondra à merveille. D'autres fois on fait semblant de n'avoir pas vu; et ensuite en particulier on avertit l'enfant en ajoutant que, par attachement pour lui, on lui a épargné la honte d'être repris publiquement, qu'on attend de son bon cœur qu'il ne vous fera plus cette

peine, qu'autrement on serait obligé d'en venir à des châtiments sévères. Par tous ces petits moyens on o])tient le silence dos enfants, sans recourir presque jamais aux punitions, pourvu qu'on sache leur témoigner de l'intérêt et entremêler à propos la douceur et la fermeté.

Art. h. — On saura toujours parfaitement sa leçon, et si on ne la sait pas, on en préviendra avant le catéchisme et l'on en dira la raison.

Chaque enfant doit savoir si parfaitement sa leçon avant d'entrer au catéchisme, qu'il n'ait plus besoin de regarder dans son livre. C'est pourquoi il est prescrit de tenir son livre fermé pendant tout le temps, excepté le moment où il faut marquer la leçon pour la fois suivante. Sans cette précaution, on verrait les paresseux s'occuper à apprendre au heu d'écouter les explications.

Art. 5. — Lorsquon sera appelé pour réciter le catéchisme, on commencera et on finira par le signe de croix; et l'on répondra à voix haute et posée, de manière à être entendu distinctement de tous.

Le catéchiste examinera comment on fait le signe de croix et tiendra la main à ce que tous les enfants le fassent comme il faut. Il veillera aussi à ce que tous se fassent bien entendre : cela est important pour soutenir l'attention générale ; et lui-même doit en donner l'exemple en parlant toujours si posément et si distinctement, qu'on ne puisse rien perdre de ce qu'il dit.

Art. 6. — On écoutera avec attention tous ceux qui répondront, et on ne se moquera point des fautes qui pourraient leur échapper.

Le catéchiste doit encore ici donner l'exemple, ne pas rire ou se moquer de ce qu'un enfant pourrait dire de ridicule ou d'absurde, et éviter même de l'humilier, à moins que son ignorance ne vieime de paresse ou de dissipation, et qu'on ne soit fondé à croire que cette humiliation lui sera utile.

Art. 7. — Dans le chant des cantiques qui aura Uni au commnicernent, au milieu et à la fin du catéchisme, on s'appliquera à

prendre Vair qui sera donné et à suivre le ton général sans aller plus ou moins vite, saiis crier plus ou moins fort.

Ce chant des cantiques est très-important : 1'^ pour en introduire l'usage dans les familles, les ateliers et réunions, à la place des chansons licencieuses qui s'y chantent trop souvent; 2" pour délasser les enfants, qui ont besoin de yariété et ne sont pas capables d'un sérieux trop continu ; 5° pour les instruire agréablement et les édifier par les pensées pieuses ou les bons sentiments dont ces cantiques sont remphs ; 4° pour cacher ou couvrir le bruit qui se fait inévitablement, soit dans le passage d'un exercice à un autre, soit au moment du dépsr., e! éditer par 1? aux enfants qui croient que le catéchisme est toujours calme et recueilli, la tentation de se dissiper. — Mais pour obtenir ces résultats, il faut que le catéchiste forme par lui-même ou par d'autres un chœur d'enfants qui aient du goût et delà voix; que ceux-ci chantent d'abord seuls pour enseigner l'air aux autres, puis alternativement avec le catéchisme quand la majorité des enfants sait assez l'air pour qu'il n'y ait plus de cacophonie à craindre ; il faut ensuite que ces chanteurs connaissent et aient marqué d'avance les cantiques qu'ils doivent chanter, afin qu'au moment même où le catéchiste le dit, ils entonnent sans aucun retard. Le temps qu'ils mettraient à chercher le cantique dans leur livre ferait une lacune pendant laquelle les enfants se dissiperaient. Enfin, il faut que les paroles du chant soient à la portée des enfants, sans toutefois avoir rien de bas et de trivial; que les airs soient faciles à retenir qu'on chante posément, avec ensemble, peu à la fois : trois ou quatre strophes au plus sufOsent pour délasser les enfants et renouveler leur courage. 11 est à désirer que le cantique ait quelque rapport avec la matière du catéchisme ou avec la fête du jour. Quant au cantique de l'ouverture et au cantique de la fin, ils peuvent être habituellement les mêmes et doivent être fort courts.

Art. 8. — On terminera le catéchisme par la prière suivie du chant d'un cantique pendant lequel on se retirera en ordre et en silence.

Le catéchisme fini, on donne le signal pour que les enfants se mettent à genoux, et on appelle successivement quatre d'entre eux, désignés au catéchisme précédent, pour réciter les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition : ils prononcent de leur place chacun un acte à haute voix et sans précipitation. Après la prière,

4i8 TRAITÉ DE LA PRÉDICATION.

on fait asseoir les enfants, lecliœur entonne le canliqne, et, après la première strophe, on donne le signal pour le premier banc, qui se lève et défile en ordre; immédiatement après, et sans laisser de lacune, le signal pour le second banc, et ainsi de suite, veillant à ce que les enfants s'abstiennent de courir, de se précipiter ou de passer par-dessus les bancs.

Art. 9. — Les enfants qui se préparent à la première communion se confesseront tous les mois, et les autres au plus tard tous les deux mois.

Nous dirons plus tard les avantages de cette piatique. Si on ne confesse pas les enfants soi-même, il faut exiger un billet de confession, pour s'assurer que tous sont exacts.

De la manière d'interroger et de tenir toujours les enfants en haleine pendant le catéchisme.

Après que les enfants ont chanté deux ou trois strophes du cantique indiqué pour le commencement, on donne, à l'instant même où ils achèvent la dernière strophe, quelques petits coups de claquoir pour indiquer que c'est la fin du chant, et aussitôt, sans aucune lacune, commence l'interrogation ou la récitation de la lettre du catéchisme. Pour cela, on appelle Tenfant par son nom et son prénom, en évitant de défigurer le nom, ce qui dissiperait l'auditoire et humilierait l'enfant; et si le nom par lui-uiêine était ridicule, il faudrait s'abstenir de le prononcer publiquement, mais interroger le voisin et dire ensuite : Voyons le suivant. Si l'enfant est timide, il faut l'encourager, l'aider au besoin en lui disant le premier mot de la réponse ; lui faire, s'il le faut, une demande très- simple à laquelle il n'ait à répondre que otii ou non, ou à laquelle aient déjà répondu deux ou trois des plus savants, et louer modérément sa réponse en faisant valoir le peu qu'il a dit. Si, au contraire, il est vain et présomptueux, orgueilleux et dissipé, il faut, s'il répond mal, le repren. drc un peu sévèrement ou s'adresser à un autre qui soit en état de mieux répondre et qui l'humilie par le contraste : s'il répond bien, il est bon de temps en temps de lui faire sur-le-champ une question à laquelle il ne puisse pas répondre, et de lui dire ensuite qu'il y a

DU CVTECIIISME. 449

hien des choses qu'il ne sait \)as encore et qu'il pourra apprendre s'il est attentif et appliqué.

Quant au commun des enfants qui ne sont remarquables ni par feur timidité ni par leur présomption, on leur rendra l'interrogation pleine d'intérêt, et on les tiendra toujours en haleine, en observant les six avis suivants : 1° Une faut suivre, en interrogeant, ni l'ordre alphabétique ni l'ordre des placements, mais passer subitement d'un quartier à un autre, d'un banc à un autre, de sorte que chaque enfant s'attende, à tout moment, à être interrogé, même celui qui l'a été au dernier catéchisme. 2-^ L'interrogation doit être vive, rapide, animée ; il faut qu'il y ait toujours quelqu'un qui parle, soit le catéchiste qui interrogi^, soit l'enfant qui répond; et pour cela le catéchiste doit savoir les demandes par cœur et prévoir, pendant les réponses, le nom qu'il va appeler ensuite. Si l'enfant ne répond pos, on passe promptement à un autre sans répéter la demande, en marquant d'une mauvaise note celui qui n'a pas su, et ne souffrant pas qu'il s'excuse ou qu'il réplique, a" On ne doit mêler à l'interrogation ni réflexions sur le catéchisme, ni commentaires : cela ferait languir la récitation et par suite l'attention. 4° Il faut viser à interroger le plus grand nombre possible d'enfants, et pour cela ne pas faire plus de deux ou trois demandes à chacun, ni interroger trop souvent les mêmes, à moins qu'on n'ait à proposer aux plus habiles quelques demandes difficiles afin d'engager les autres, par cette distinction, à se rendre dignes du même honneur. 5° On inscrit sur le registre du catéchisme, à côté du nom de chaque enfant, une note indiquant la manière dont il a répondu, savoir : le n" 5 à celui qui a récité parfaitement, 4 à celui qui récite bien, quoique d'une manière moins remarquable que le premier, 5 à celui qui récite médiocrement, 2 à Celui qui récite mal, i à celui qui récite très-mal, et zéro à celui qui ne suit pas du tout. On n'accorde le n° 5 que très-rarement et pour des réponses longues et difficiles ; on le fait beaucoup valoir auparavant, et, lorsqu'on l'a donné,>on en parle avec emphase, de manière que les enfants regardent comme un triomphe d'en avoir obtenu un. Quelquefois, cependant, on en peut gratifier, par indulgence, un enfant qui a besoin d'être encouragé ou ménagé, pourvu que les autres ne puissent pas soupçonner la faveur. 6'^ 11 est très-ulile, pour provoquer plus fortement l'intérêt, d'entremêler dans l'interi ogatioii des à-propos courts, vifs et piquants; par exemple: C'est bien, Louis; mais Jacques va mieux savoir encore. — Voilà un enfant qui fait honneur à ses parents, à sa classe, à sa pension. — S'il ne sait pas, il

iSO TRAITÉ DE LA PRÉDICATION.

paraît que cet enfant ne veiU pas faire sa première communion. — Il a mal fait son signe de croix, il 71 est pas étonnant qu'Une sache pas, etc. D'autres fois, ces à-propos peuvent avoir pour objet d'établir une rivalité entre les gaiçons et les filles, entre les enfants de différents quartiers, et de faire des défis à qui répondra le mieux.

Après que la lettre du catéchisme a été ainsi récitée, on indique la leçon pour le catéchisme suivant, et, afin que persoime ne prétexte ignorance, on demande successivement à deux enfants quelle est la leçon qu'on vient de donner, et on les oblige à parler assez haut pour que tous entendent.

Cela fait, on passe à un autre genre d'interrogation qui a pour objet de rappeler les explications données aux catéchismes précédents, afin de les graver dans la mémoire des enfants et de les lier avec ce qu'on va dire. Pour cela, le catéchiste doit avoir analysé d'avance ces explications et les avoir réduites sous la forme dune série de questions claires, précises, enchaînées l'une à l'autre. 11 les propose ensuite successivement d'une manière vive, animée et par une sorte de défi, à Tun des enfants qui ont méj'ité le n" 4 ou 5 : cette espèce de combat entre l'interrogateur et l'enfant savant excite l'intérêt des auditeurs, qui prennent parti, redoublent d'attention et sont comme en suspens dans l'incertitude de la victoire. Le prix de la victoire est un bon point ^, et trois bons points valent une gravure. D'autres fois, pour mettre de la variété et accroître rinlérôl, on établit la lutte entre plusieurs enfants : ainsi, après avoir interrogé un des forts et obtenu une bonne réponse, on réitère la même question ù un plus faible, comme si le fort avait mal répondu; on demande ensuite à un troisième lequel des deux a raison, et, après qu'il a répondu que c'est le premier, on leur propose à eux deux, alternativement, des questions jusqu'à ce que l'un d'eux vienne à répondre mal : et la \ictoire et le bon point demeurent à celui qui a toujours bien répondu. Par ce moyen on fait redii'e sans dégoût plusieurs fois les mêmes choses, et on les grave ainsi dans la mémoire. Mais, pour bien réussir dans cet exercice, il est plusieurs règles à observer : l" 11 faut bien se posséder et avoir une grande liberté d'esprit, soit pour tourner ses demandes d'une manière piquante en rapport avec les réponses, soit pour pousser les enfants, soit pour apprécier ce ([u'ils disent de bon et le faire valoir, ou pour suppléer adroitement à ce qui manque à leurs réponses, de sorte qu'ils soient coih

• Nous dirons [Aas bas ce qu'il lïuit entendre \\\v un bon iioiiit.

tenls. 2° Il ne faut demander aux enfants que ce qui leur a été dit, répété et clairement expliqué dans le catéchisme précédent, de manière que ce soient les mêmes définitions, les mêmes preuves et presque toujours les mêmes mots. Par là ils s'habituent au langage doctrinal, et répondent avec facilité, hardiesse et plaisir; au lieu que si l'on varie les définitions, les preuves et la manière de rendre la même pensée, leurs idées se troublent, leur mémoire s'embrouille, ils ne savent plus à quoi s'en tenir, se chagrinent de ne pas paraître savants et de ne pouvoir comprendre ce qu'on exige d'eux. 5° Il faut éviter les questions vagues ou trop générales, obscures ou embarrassantes, subtiles ou trop relevées, et ne faire jamais aux enfants que des demandes qui soient à leur portée, de telle sorte que, s'ils ne savent pas, ce soit leur faute. En agir autrement, c'est les décourager et les dégoûter. Ainsi, après avoir interrogé un enfant sur la première qualité de la contrition, je ne demanderai pas un autre : Quelle est la seconde? mais bien : Quelle est la seconde qualité de la contriiion'! Et si je veux interroger Pierre sur la même question que je viens de proposer à Phihppe, je ne dirai pas : Et vous, Piéride? mais je reprendrai la question en entier. 4° Pour s'assurer qu'on comprend et inculquer fortement les vérités importantes, il est utile de reproduire certaines questions sous différentes formes : par exemple, un enfant vient de dire que le baptême nous fait enfants de Dieu et de lÉglise; demandez à un autre : Quel est le sacrernent qui nous fait enfants de Dieu et de l'Église ? il répondra : C'est le baptême. Ajoutez : Avant le baptême, sommes-nous enfants de Dieu et del'Èijlise? il répondra: Non. Demandez: Par quel sacrement devenons-nous enfants de Dieu et de r Église ? — Autre exemple : un enfant a répondu que la contrition doit être intérieure, c'est-à-dire dans le cœur ; demandez-lui : Ne suffit-il pas de lire l'acte de contrition qui est dans le catéchisme? Pourquoi la contrition doit- elle être dans 'e cœur et non pas seulement sur les lèvres ? C'est, mes enfants que c'est le cœur qui a péché; c'est donc le cœur qui doit se repentir. La contrition est le remède du 'péché; si le péché est dans le cœur, elle doit donc y être aussi ; le remède pour une blessure faite au pied s'applique au pied et non pas à la main. En reproduisant ainsi les questions, on les grave dans l'esprit des enfants, 5" Lorsque les enfants sont partagés de sentiments sur une réponse, il ne faut pas se hâter de donner la solution ; il vaut mieux les tenir quelque temps en suspens ; ils récouteiit ensuite avec plus d'intérêt et la retiennent mieux. 6° Il faut faire parler beaucoup les enfants, et parler peu soi-

4ô2 TIIAITÉ DE LA l'KÉDICATION.

inêms : ils s'écoutent volontiers les uns les autres, mais, si le ratécliiste leur parle trop, ils s'ennuient et ne songent plus qu'à s'amuser et se dissiper. Leur cerveau, dit Fénelon, est comme une bougie allumée au vent : sa lumière vacille toujours. L'enfant voit une mouche, il suit sa marche, ses mouvements, son vol, et n'écoute plus. 11 faut donc le tenir en haleine en lui faisant craindre d'être interrogé à chaque moment, en réveillant son attention et piquant sa curiosité par le désir d'entendre ce que disent ses camarades.

Après ces diverses interrogations, on rend compte, comme nous le dirons à la section suivante, des analyses ou résumés écrits de l'instruction précédente, quand on peut en obtenir ; et, après ce compte rendu, on indique un cantique que les chanteurs entonnent aussitôt. Ce cantique fini, on fait l'instruction, c'est-à-dire qu'on explique la leçon de catéchisme qui a été récitée : c'est là l'exercice principal, essentiel et fondamental. Comme nous en traiterons dans un paragraphe à part, nous observerons seulement ici que, pourcaptiver l'altenlion des enfants et maintenir une exacte discipline, il faut leur montrer un visage ouvert et aisé, éviter le ton et le style suivi du prédicateur, prendre au contraire le langage de la conversation à phrases courtes et très-coupées, interroger fréquemment et varier les formules d'interrogation, surprendre et récréer par des tournures piquantes, des saillies modestes, des reparties inattendues et des mots pour rire, proposer de petits cas de conscience dans la solution desquels on se trompe à dessein pour se faire redresser par les enfants.

Cette instruction finie, on fait réciter l'évangile du jour à ceux qui l'ont appris, et qui ont dû en averlir par un billet remis en entrant au catéchisme, et on leur marque, sur un registre ad hoc, un bon numéro s'ils l'ont bien su. Le devoir du catéchiste est d'encourager celte récitation le plus possible, en louant beaucoup ceux qui y sont fidèles, en promettant un prix à la fin de l'année; et si, malgré ces exhortations, personne ne récite l'Évangile, il le lit lui-même. 1/évangile récité ou lu, il y ajoute une homélie de six à sept minutes, qui doit être claire, foito, pressante et louchante. Nous dirons plus tard comment la faire.

Après rhomélie, on nomme trois ou quatre enfants qui se sont fa;l remarquer i)ar leur modestie et leur application, et on leur domie à chacun un bon point. Yieiment ensuite les avis qui consistent ù rappeler les articles du règlement sur lesquels on se relâche, à parler v.nx enfants de leur assiJiiilé ou de leuis aljsences, de leurs progrès

et de la consolation qu'ils donnent ; à leur annoncer le jour et l'heure du catéchisme suivant, les fêtes de la semaine, les jours d'abstinence et de jeûne, etc.. Et, après cet avis, on termine comme il a été dit à l'article 8 du règlement.

Nous observerons seulement en finissant que, toutes les fois qu'on parle aux enfants, il faut toujours prononcer posément, distinctement, en appuyant sur les mots et prenant le ton, l'air, le maintien qui conviennent au.\ circonstances.

Des moyens d'exciter l'émulation.

Rien de plus important que d'intéresser les enfants au catéchisme par des moyens d'émulation et d'encouragement. Ces moyens sont nécessaires comme contre-poids à la légèreté du jeune âge, à l'éloignement naturel qu'on éprouve alors pour l'élude, l'applicalion et le sérieux de la réflexion; et en même temps ils ont l'avantage de hâter les progrès dans la science et la piété, surtout de faire aimer le catéchisme, chose de la plus grande importance : car si cet exercice est pour les enfants comme une partie de plaisir, ils y viendront volontiers, écouteront avec intérêt et aimeront la religion qui leur procure des jouissances si pures et si douces; si, au contiaire, cet exercice n'a rien qui les flatte, qui les intéresse et les amuse; s'il leur est triste et désagréable ; si le temps qu'on y passe, au lieu d'être compté parmi les moments heureux de la vie, est pour eux un moment de contrainte et d'ennui, ils concevront, peut-être pour toujours, un préjugé fâcheux contre le catéchisme, et par contre-coup, contre la religion, qui ne leur apparaîtra plus que comme quelque chose de dur et d'ennuyeux, contre la vertu même, dont ils se seront fait dès lors une idée triste et sombre^

L'expérience a démontré l'utilité des moyens suivants pour exciter l'émulation et l'encouragement, savoir: 1° les louanges; 2° les distinctions honorifiques; 3° les bonnes notes et les bons points; A" la classification des enfants en plusieurs divisions, selon le mérite ; 5° les rivalités et provocations; 6° l'usage des analyses; l' les récompenses. Nous allons expliquer les avantages de ces divers moyens, et la manière de les employer.

* Voyez le développement de celte vérité dans le Catéchisme historique de Fleury, discours préliminaires, et dans Fénelon, Éducation des filles, c. v.

1" MOYEN. — Les louanges.

Parmi Ses motifs propres à louchor une âme raisomiable, .1 n'y en a guère de plus efficaces que l'honneur et la honte ; et quand on sait y rendre les enfants sensibles, on peut tout obtenir d'oux. Avec une louange donnée à propos, on les éleclrise, on les remplit d'ardeur, on les rend sages et studieux. Il faut donc intéresspr leur amour-propre au succès, les louer du peu qu'ils font afin d'en obtenir davantage, et joindre même aux éloges, si on le croit utile, quelques témoignages extérieurs d'estime et de confiance, quoique toujours avec la réserve voulue. Si on nous objectait que les louanges sont dangereuses pour la vanité, nous répondrions que saint Paul et tous les saints ne se sont pas fait scrupule de les employer pour encourager les faibles et leur faire mieux goûter ce qu'ils avaient à leur dire, qu'à plus forte raison on peut se les permettre à l'égard des enfants; que d'ailleurs il y a un moyen d'obvier, au moins en partie, au péril : c'est de leur bien faire comprendre que toute gloire doit être rapportée à Dieu seul comme source unique de tout bien; et ce sera là une leçon utile pour toute la vie.

2"= MOYEN, — Les distinctions honorifiqiœs.

Nous nous bornerons ici à en indiquer deux, qui peuvent être établies partout : la pi'emière, c'est le titre de dignitaires du catéchisme, titre en vertu duquel on est placé sur un banc particulier, qu'on appelle le hanc dlionneur. On fixe certaines conditions pour y être admis, par exemple d'avoir toujours parfaitement répondu et été parfaitement sage pendant deux mois; et si on ne persévère pas, on passe aux bancs ordinaires. La deuxièîue distinction honorifique, c'est d'être le premier de son banc : cet honneur s'accorde au concours parmi ceux du même banc, sauf les premières fois, où l'on n'occupe la place que provisoirement.

On ne saurait dire combien ces distinctions inspirent d'intérêt pour le caéchisme aux parents, qui sont flattés de la distinction accordée à leurs enfants, et combien elles sont utiles aux enfants euxmêmes : elles leur font aimer le catéchisme, elles excitent leur émulation, elles les encouragent à la piété et à la science.

5® MOYEN. — Les bonnes notes et les bons points.

Les notes consistent dans les chiffres 5, 4, 5, 2, 1, 0, qui se traduisent par très-bien, bieii, médiocre, mal, très-mal,' nul. On les proclame tous les mois, et les deux qui ont eu le plus de bonnes notes ont un prix à la fin de l'année. La chose se décide par raddi tion de tous les chiffres obtenus, et c'est le total le plus élevé quj l'emporte; d'où l'on peut conclure le tort que font les mauvaises notes à celui qui en aurait eu de très-bonnes.

Les bons points consistent en une petite carte ou feuille de papier sur laquelle on empreint, avec un cachet, un chiffre quelconque, ou sur laquelle on écrit tout simplement le mot Bon point. Les enfants qui en ont gagné trois et les dignitaires qui en ont gagné deux ont droit à une graMire que le catéchiste leur donne en échange.

4® MOYEN. — La classification des enfants en plmieurs divisions selon

le mérite.

Ce moyen est très-simple ; il consiste à ériger dans le catéi;hisme trois ou quatre divisions, selon le nombre des enfants. On annonce, un mois d'avance, que la manière dont ils se conduiront et dont ils répondront pendant ce mois décidera à quelle division ils appartiendront. La classification une fois faite, on avertît les enfants qui sont dans une division inférieure qu'il dépend d'eux de monter à la division supérieure : ils n'ont qu'à s'en rendre dignes par leur application et leur bonne conduite ; comme aussi ceux qui sont dans une division supérieure passeront à la division inférieure, si leur science et leur piété ne satisfont pleinement. Au premier catéchisme de chaque mois, on accompht ces promesses ou ces menaces, et on fait monter ou descendre selon le mérite. Ce moyen a une vertu merveilleuse pour réveiller le zèle et l'ardeur des enfants.

5^ MOYEN. — Les rivalités et provocations.

Cela peut se faire de deux manières : 1» quand on veut interroger un enfant, on en charge un autre d'être son émule, c'est-à-dire de répondre à sa place toutes les fois qu'il ne saura pas répondre, ou de le reprendre quand il répondra mal. Si l'émule réussit, il gagne une bonne note ou un bon point auxdépens de l'autre qui le perd; et s'il

ne sait pas repondre ou reprendre, on s'adresse à un troisième, à un quatrième, jusqu'à ce qu'on ait obtenu la vraie réponse, et celui qui la donne gagne autant de bonnes notes qu'il y en a eu qui n'ont pas pu répondre. 2° On peut diviser les enfants en deux partis, sous deux cbefs cRoisis parmi les plus habiles, et chacun a son émule dans le parti opposé. A certains jours, les deux partis se proposent réciproquement un même nombre de questions, soit sur la lettre, soit sur l'explication des catéchismes précédents; et on donne pour récompense aux vainqueurs des bons points ou une gravure,

G* MOYEN. — Les analyses.

Les analyses consistent à rédiger l'instruction donnée par le catéchiste. C'est là un des plus puissants moyens d'intéresser les enfants à ce que l'on dit et d'obtenir d'eux une sagesse parfaite. Jaloux de bien faire leur rédaction, ils sont silencieux, attentifs, tout occupés à prendre des notes sur l'instruction et à la graver dans leur mémoire pour la reproduire sur le papier. De plus, hors du catéchisme, ce travail les occupe utilement, les force à se rappeler ce qu'on leur a dit et à s'en rendre un compte détaillé, nourrit en eux les saintes pensées, l'amour de la vertu, et diminue l'affection au péché ; puis cela les habitue non-seulement à saisir, mois à retenir les divisions et les plans des discours qu'ils entendent. Enfin, ces analyses se Hsentdans les familles et y répandent la connaissance et l'amour de la religion ; on les relit soi-même avec plaisir à un âge plus avancé, et ces souvenirs produisent des impressions de vertu.

On ne saurait donc trop encourager les enfants qui en sont capables à faire ces analyses ; et pour les y exciter, il faut leur promettre en récompense les plus beaux prix à la fin de l'année, louer beaucoup, en se plaignant du petit nombre, le zèle de ceux qui en font, lire avec soin en son particulier et corriger chaque analyse, lui donner une noie proportionnée à son mérile, choisir la meilleure, à laquelle on donne le numéro 6 et dont on se fait remettre une copie pour relier ensemble, à la fin de l'année, tous ces petits chefs-d'œuvre; enfin, il faut rendre compte publiquement de ce qu'il y a de mieux dans ces rédactions, lisant même quelquefois les passages les plus saillants et reprenant en peu de mots ce qui a été présenté d'une manière inexacte. Il esta propos de commencer ces comptes reiuliLs par les [ilus faibles qu'on encourage, et de faire croître l'intèrôt et

l'attention à mesure qu'on approche dun° 6. Si un enfant avait copié dans un livre, il ne faudrait ni le nommer ni lui donner de note, mais l'avertir en particulier.

Ces analyses doivent toujours se terminer par une résolution et une prière; mais quand on en rend compte, on ne nomme jamais les enfants.

Si on ne peut pas obtenir d'analyse, il faut au moins engager les parents ou autres pieux laïques à interroger les enfants pendant la semaine sur ce qu'ils ont entendu au catéchisme. Cet usage grave les vérités dans l'esprit des enfants et les rappelle à la mémoire des parents : c'est une sorte d'apostolat exercé dans la famille.

7^ MOYEN. — Les récompenses.

Les récompenses gagnent le cœur des enfants, les excitent à bien faire, leur font aimer le catéchisme et le travail. Aussi saint François de Sales S le cardinal Bellarmin*, César de Bus, dom Mabillon^, Clément XI et autres saints et grands personnages illustres par leur zélé pour les catéchismes, tenaient à distribuer des récompenses aux enfants; les conciles eux-mêmes recommandent cette pratique* et disent que, comme l'argent est le nerf de la guerre, les récompenses sont le nerf du catéchisme ^, qu'on ne peut mieux employer qu'à cette dépense ses propres revenus ou l'argent des fabriques ^ ; et que si ces deux ressources ne suffisent pas, il faut faire le Dimanche dans l'église des quêtes à cette intention. On peut donner pour récompense des médailles ou des chapelets; mais ce que les

* « Toulos fois et quantcs, dit Auguste de Sales, que les enfants répondaient « bien, il leur donnait des images, des médailles bénites, des chapelets, de « petits livres de prières, et autres choses qu'il portait toujours avec soi pour a Us récompenser. » (Vie de saint François de Sales.)

^ Voyez sa vie, par INicolas Frizon, p. 255. 5 Vie de Mabillon, par dom Ruinart.

* Synod. Brixiens., an. 1605, p. 557 Munusculis juventutis sfudia excitare nilanliir. Constit. Synodal, diœc. Constantien., an. 4009, p. 188. Fidei riidimenta, adhibitis etiam munusculis tradant. Synod. Antuerp., an. 610. Emanturpnemia ad pueros excilandos.

5 Const. diœc. Sedunens. , an. 1626, p. 375. Sicut nervus belli est pecunia, ità etiam catechismi sunt munusculn.

6 Const. Synodal, diœc. Con.'^t. ubi suprà- Dans l'état actuel, on ne pourrait guère, sans inconvénient, employer aux prix l'argent de la fabrique : en tout cas, on ne pourrait le faire qu'autant que cette dépense aurait été votée dans le budget et approuvée par l'évêque.

enfants aiment le mieux, ce sont des images ou des livres. La distribution des images se fait tous les mois et celle des livres à la fln de l'année. Chacune a ses règles propres.

Page 1