LES HISTOIRES
Les histoires édifiantes réunissent au pkis haut point les avantages de la comparaison, de la parabole et de l'exemple; elles rendent le catéchisme agréable aux enfants, révci'leul leur attention, et les ramènent au recueillement ; elles se gravent dans leur mémoire, touchent leur cœur et y laissent des impressions durables de vertu. Souvent même la promesse de leur raconter une histoire curieuse s'ils sont sages, suffit pour les contenir pendant tout le catéchisme.
Il est certaines règles à observer dans le choix et le récit de ces histoires : 1° l'histoire citée doit être vraie ; nous en avons dit la raison plus haut, p. 218. 2» L'histoire doit être grave : si elle n'avait pour but que de faire rire, elle dissiperait les enfants et leur ferait perdre le respect pour la parole de Dieu. 3° Elle doit être remarquable ou par le fond des choses, ou parce qu'elle s'est passée dans le pays même, ou parce que les personnages qu'on donne comme modèles n'ont trouvé, ni dans leur condition ni dans leur sexe, l'énergie de la vertu que nous admirons en eux, et souvent ils n'ont pas eu les mêmes grâces que nous. 4° Il faut, en la racontant, rendre les faits sensibles par la représentation vive de leurs circonstances et de la manière dont les choses se sont passées, faire parler les personnes en leur prêtant des colloques courts, au moins trèsvraisomblables, si ce ne sont pas les discours mêmes rapportés en suljslance par les historiens, et faire en sorte que les enfants croient les voir et les entendre. 5» Il faut fixer sur le point principal l'attention des enfants qui souvent se porte sur des détails accessoires, et ne pas couper son récit en leur adressant des questions. G° Il faut ne citer qu'avec beaucoup de réserve les exemples de l'histoire profane, s'attacher à donner aux enfants plus de goût pour les histoires saintes que pour les autres, et, en conséquence, leur raconter le plus possible les traits frappants des vies des saints, mais surtout les histoires tirées de l'Écriture sainte '. Celles-ci ont l'avantage non-seulement d'intéresser la curiosité des enfants par ce qu'elles ont de singulier,
* Si'-^cz FJnùon, EclitcatLn des (lUcs, c, vi.
de mcrvi^illeux et de louchant, mais encore de leur faire comprendre la religion, de leur en découvrir l'origine, les fondements et la substance. Car la religion est tout historique ; c'est par un tissu de faits merveilleux que se prouve son établissement, sa perpétuité et tout ce qui doit nous la faire pratiquer et croire. Dieu l'a voulu ainsi, afin qu'elle fût accessible aux petits et aux simples par les faits populaires sur lesquels elle repose, et qu'on pût par là leur faire concevoir et retenir les mystères.
Qu'on parle à des enfants des mots Mystères, Trinité, Incarnation, Wédemption, Nature, Personne, Péché originel et autres semblables, et qu'on les leur explique par une définition, ils en saisiront très-dilTicilement le sens, ou plutôt ils ne les comprendront aucunement ; mais qu'on emploie la méthode historique, et tous ces mots s'éclairciront dans leur esprit. Par exemple, qu'on commence par les entretenir de la beauté du ciel, du soleil, des astres, de la terre, et qu'on ajoute : « Il a fallu un bien grand esprit pour faire de si « belles choses; il n'y a qu'un Dieu qui ait pu faire tant de meru veilles ; c'est le Dieu unique, et il ne peut y en avoir plusieurs. » Qu'on passe de là à l'histoire de la création de l'homme, en faisant remarquer que le corps vient de la terre et l'âme du ciel. « L'homme (( devait être heureux, etc. Mais, Adam ayant désobéi à Dieu et « voulu se rendre égal à lui, Dieu le chassa du paradis et le con- « damna, avec tous ses descendants, à être malheureux sur la terre a et réprouvé dans l'enfer, comme un roi chasse de son royaume un « sujet rebelle avec tous ses enfants. C'en était fait de nous tous, si « Dieu le Fils, égal à son Père, n'eût pris un corps et une âme « comme nous et ne fût mort pour nous sauver. » Ici on raconte l'his'oire de Jésus-Christ, en faisant remarquer les miracles qui prouvent sa diviuité ; puis la descente du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, en faisant observer tous les miracles que cet Esprit divin opéra par les apôtres, d'où l'on conclut également qu'il est Dieu ; cl comme l'enfant sait d'eilieurs qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il saisin sans peine la distinction des trois personnes en une st-ule naîure; cl si l'on ajoute que ce Dieu en trois personnes ou ces trois personnes on un seul Dieu sont ce qu'on appelle la sainte Trinité, il comprendra tout le sens de ce mot, autant qu'il est donné à l'houMno de le comprendre. Qu'on lui demande ensuite s'il comprend comment ces trois personnes ne font qu'un seul Dieu, il répondra que non. « Je « ne le comprends pas non plus, reprendra le caléchisto, et voilà « pourquci nous l'appelons le mystère de la sainte Trinité. Car uu
8 mystère, c'est une vérité qu'on ne peut comprendre. » Il sera facile d'extraire également de l'histoire précédente le sens des mots incarnation, rédemption, nature, fersonne, péché originel; el, cette explication terminée, on demandera aux enfants comment se souvenir de tout ce qu'on leur a raconté : ne serait-il pas bon d'en avoir un petit abrégé qu'on apprendrait par cœur? a Mes enfants, peut-on « leur dire alors, cet abrégé est fait depuis longtemps et par des « hommes bien savants, puisque le Saint-Esprit lui-même les avait « instruits : savez-vous où il est? C'est le Symbole des apôtres. » On le récite aussitôt en leur faisant remarquer, article par article, que tout ce qu'on leur a dit s'y trouve : on leur fait de même repasser les chapitres du catéchisme relatifs au Symbole, et on leur fait observer le rapport de chaque réponse à chaque partie de l'histoire de la religion qu'on leur a racontée.
Fleury estimait cette méthode si propre à enseigner la religion aux enfants, qu'il a composé dans cette vue son Catéchisme historique ; FéneJon et RoUin la recommandent comme la meilleure de toutes, et même comme la seule bonne; un grand nombre de pas. leurs en ont fait l'expérience et proclamé l'excellence ; enfin Bossuet lui-même, dans son Catéchisme, indique en tête de chaque chapitre une histoire par où il veut qu'on commence. On doit toutefois observer que cette méthode ne s'applique guère qu'au Symbole, et est peu praticable pour les sacrements, les commandements de Dieu et de l'Église, les péchés, les vertus théologales, la grâce, la prière, le culte des saints, etc.. Il faut, pour ces matières, avoir recours aux histoires des saints, aux comparaisons, aux exemples, aux paraboles, etc.
Des diverses manières de présenter rinslruction aux enfants.
Il y a trois manières de présenter l'instruction aux enfants : la première est de procéder par voie de discours suivi ; mais cette méthode est peu propre à soutenir l'attention et l'intérêt d'un âge aussi léger. La seconde est de faire répéter aux enfants chaque explication et chaque preuve aussitôt après qu'on l'a exposée. Cette méthode les force à être attentifs et leur fait entendre deux fois l'instruction sans qu'ils s'en doutent ; mais il faut avoir soin de rendre la répétition vive et intéressante, sans quoi le catéchisme languirait. La troisième manière, qui parait préférable, est de réduire les preuves
en questions et de les faire donner aux enfants eux-mêmes par les demandes qu'on leur adresse, en rectifiant ensuite et développant leurs réponses. Ce moyen est celui qui les oblige le plus à écouter, qui fait le mieux voir s'ils comprennent, qui excite davaulagf^ leur émulation et met dans un plus grand jour leur intelligence et leurs progrès.
Dans cotte instruction par questions, il faut. i° observer la plupart des règles que nous avons données au paragraphe précédent, sur la manière de faire rendre compte aux enfants des instmclions qu'ils ont entendues.
2" 11 faut s'abstenir des questions oiseuses, aussi bien que de celles qui pourraient faire naître dans l'esprit des enfants des idées dangereuses ou peu dignes des choses saintes, connue si, après que l'enfant a répondu que Dieu est partout, on lui demandait s'il est dans sa poche.
5° 11 faut varier la manière de proposer les questions ; autrement on ennuie, et le catéchisme perd son intérêt : Identitas est mater txdii. Il faut de même couper les questions en autant de portions que possible, pour faire remarquer la portée de tous les mots de la réponse; ainsi, après qu'un enfant a dit pourquoi Dieu nous a créés et mis au monde, il faut lui faire dire pour combien de raisons Dieu nous a créés, quelle est la première, quelle est la seconde, la troisième, la quatrième raison.
4° Il faut encourager les enfants à chercher eux-mêmes les réponses, en prenant l'air d'un homme qui veut s'instruire, paraissant vouloir apprendre d'eux ce qu'on veut leur enseigner, ne leur demandant rien au-dessus de leur portée, leur disant que la réponse est facile, la leur insinuant, les mettant sur la voie et y applaudissant lorsqu'elle est passable. Alors, animés par ces petits succès, et se croyant capables de résoudre les questions qu'on leur propose, ils s'appliquent à réfléchir, à* exercer leur intelligence, et font travailler leur jugement pour ti Miver la solution des diflicullés ; tandis que si les questions sont mal piésentées ou au-dessus de leur portée, ils se dégoûtent, se découragent et ne s'apj)liquent plus. Celle règle souffre cependant ({uelques exceptions ; on peut, pour les rendre af tentifs à une explication importante, leur proposer de temps en temps di s questions auquelks on sait qu'ils ne répondront pas, et aussitôt on ajoute qu'il n'e^t pas étonnant qu'ils ne sachent pas une chose si difficile, mais qu'en écoutant bien ils la sauront désormais. On peut môme quelquefois, dans ce cas, loui adresser une sorte de
défi : « Voyons qui d'entre vous pourra saisir la réponse à celle dif- « fîculté. » On se propose ensuite à soi-même la question, on y fait les réponses les plus claires qu'il est possible, à l'aide de comparaisons et d'exemples, puis on interroge les enfants pour voir s'ils ont saisi.
5° Il faut bien observer, à chaque question, si les enfants comprennent et si ce qu'on dit leur fait impression. On le connaîtra facilement au ton, à l'air, aux traits du visage, à l'attitude. Si l'on voit qu'ils ont compris, il faut passer outre pour ne pas les ennuyer; et, s'ils n'ont pas compris, il faut reprendre ce qu'on a dit et lâcher de le redire plus clairement et plus simplement.
6° Lorsqu'on raconte des faits ou qu'on veut exciter l'admiration par un récit dont l'effet dépend de l'ensemble, il faut y entremêler très-peu de questions; et, quand on en fait rendre compte aux enfants, on doit toujours les rappeler à l'ensemble, les ramener à l'idée principale, à l'objet essentiel pour empêcher qu'ils ne s'attachent à l'accessoire, comme cela leur arrive souvent. Si l'on aperçoit que la manière imparfaite dont ils rendent ce qu'on leur a dit affaiblit l'impression qu'on avait produite en parlant, on y supplée ea relevant leur réponse et la commentant de manière à renouveler l'impression.
7° Dans les explications ou interrogations, on ne doit se régler ni sur les plus intelligents ni sur les plus bornés, mais se proportionner à la majorité du catéchisme. C'est elle qui doit faire loi, et c'est d'après sa portée que le catéchiste doit graduer son langage et ses développements. S'il y a une réponse difficile à demander, il ne faut pas la faire donner tout à coup par les plus forts, parce que Iss esprits, n'y étant point préparés, ne la saisiraient pas ou en seraient moins frappés; mais il faut faire des questions préhminaires qui conduisent l'intelligence à celte vérité comme pas à pas et par degrés; on la comprendra et on la retiendra beaucoup mieux,
8° En traitant les questions de morale, on ne doit pas se borner à énoncer la doctrine, il faut encore l'expliquer pratiquement, c'est-àdire montrer et mettre sous les yeux la manière dont on doit y conformer sa conduite. Par exemple, si je veux apprendre aux enfants à s'examiner pour se confesser, je leur dirai : « Voici, mes enfants, « connnent il faut faire : d'abord, je me retirerais dans un endroit K où je serais tranquille et seul; là, je me mettrais à ponoux et je « dirais de tout mon cœur » (Ici le catéchiste prend le maintien d'un îiomme qui prie avec attention et ferveur, les maitis jointes, les yeux
baissés) : « Mon Dieu, je voudrais bien connaître mes péchés, mais « vous savez que souvent je ne me rappelle pas le soir ce que j'ai « fait le malin; aidez-moi donc, mon Dieu, je vous en prie, jo vous (( en conjure, à coimaîtr(> le mal que j'ai fait. — Eh bien! Pierre, « fais-je bien? puis-je espérer que le bon Dieu me fera connaître mes « péchés? — Aloi's je commencerais mon examen... » {Là le catéchiste continuant le personnage d'un homme qui se prépare comme il faut, parcourt le premier commandement, en y observant les fautes ordinaires aux enfants.) « Je ferais de même pour les autres com- « mandements, pour les sept péchés capitaux, pour mes devoirs « d'écolier ou de fds obéissant : puis je ferais un bon acte de contri- « tion. » {Le faire pieusement et avec ferveur.) Le catéchiste dit ensuite comment il se conduirait en allant à l'église, comment il se tiendrait et s'occuperait en attendant le moment de se confesser, comment et avec quels sentiments il approcherait du saint tribunal, et comment il se conduirait après la confession. Il pourrait entrecouper cette représentation par des questions fort courtes ou par des interpellations aux enfants sur les fautes qu'ils commettent. Par exemple : « Que diriez-vous, Jacques, si je faisais un acte de contri- K tion de cette manière {le faire machinalement, f7'oidement) , ou si, « en attendant mon tour au confessionnal, je faisais, comme on fait « quelquefois {regarder de côté et d'autre, avoir l'air de ne penser à « nen.) » On sent combien cette explication pratique sera mieux comprise des enfants que si Ton se bornait à leur dire : Il faut faire telle ou telle chose.
9° Si l'on à expHquer le sixième précepte, il faut se rappeler ce que nous avons dit en traitant de la prudence du catéchiste, et commencer, sans avoir l'air mystérieux ni embarrassé, par citer le sixième et le neuvième commandement, en faisant remarquer qu'on va les expliquer ensemble, parce qu'ils sont sur le même sujet. On ajoute que ces commandements regardent tout le monde, grands et petits : « Us vous ordonnent, mes enfants, peut-on leur dire, de « conserver vos corps toujours purs et toujours saints, de les res- « pecter comme les membres vivants de Jèsus-Chrisl et les temples « du Saint-Fsprit, de les tenir, par cette raison, dans l'innocence, 1 l'honnêteté et la modestie, vous souvenant que partout les regards « de Dieu sont fixés sur vous et vous observent, seuls connue en « public, la nuit comme le jour. Nos corps, mes enfants, sont saints (t comme les vases sacrés, puisque, comme eux, ils sont destinés à fl recevoir le corps de Jé3us-Cln ist et le reçoivent en effet par la
« sainte communion. Il faut donc les traiter saintement; et, comme « il est défendu de découvrir et de toucher sans raison le sai.^l a ciboire, ainsi, sous certains rapports, il nous est défendu de « découvrir et de toucher nos corps sans raison : le faire seul ou « devant ses parents même serait mal ; le faire devant d'autres serait « encore un plus grand péché. Ces commandements vous défendent « en outre de penser, de dire ou de faire des choses qui neconvien- « nent pas à des enfants sages, et qui indiqueraient des enfants sans « crainte de Dieu, des enfants mal élevés, de petils polisso7is. Lorsqu'on 01 a fait, dit ou regardé de ces polissonneries, de ces choses malhon- « nêtes, ou qui'on a seulement pensé à de vilaines choses, comme Ji font des enfants mal élevés, il faut avoir soin de le dire à confesse. a Le démon cherche à faire croire qu'il n'y a point de mal et engage X à n'en point parler ; mais il faut lui répondre : S'il n'y a point de (£ péché, pourquoi aurais-je honte de le déclarer? s'il n'y a point de (f mal, mon confesseur me le dira, et j'aurai la conscience tranquille. « Si, au contraire, je ne le disais pas, je serais toujours inquiet et « m'exposerais à commettre un nouveau péché, celui de ne pas « déclarer une faute qui devait être accusée. Mes enfants, peut-Oii « leur dire, il n'y a que les imbéciles qui cachent leurs péchés à a confesse, et il faut n'avoir pas d'esprit pour cela : car, si on ne les « déclare pas, on perd son temps et sa peine à se confesser. Les « péchés ne seront point pardonnes, la confession sera un sacrilège « de plus ; au jugement dernier, on sera confondu devant tout l'uni- « vers qui le saura, et toute l'élernité on brûlera dans l'enfer. Il faut « donc n'avoir point d'esprit pour cacher ses péchés à confesse. » Voilà à peu prés le fond de l'instruction à faire sur cette matière délicate, et il faudra bien se garder de faire rendre compte aux enfants de l'explication donnée, excepté ce qui regarde l'obligation de tout déclarer à confesse.
De la sanctification des enfants*.
Le catéchiste qui se bornerait à instruire les enfants sans s'occuper à les rendre meilleurs ne remplirait que la moitié de son devoir. En même temps qu'il éclaire l'esprit, il doit travailler à convertir le cœur et à le former au bien: car c'est une chose à la fois triste et bien digne
* McUiode de Besancon, t. II, c. m, art. 4.
de remarque que l'enfant, dès les premières lueurs de sa raison, est rempli de vices naissants. On trouve en lui : i** l'orgueil : il rapporte tout à soi; il veut que rien ne résiste à ses volontés; le moindre refus ou délai l'irrite et le fait pleurer; il s'excuse par des mensonges qu'il soulienl quelquefois avec obstination; il rejette ses fautes sur d'autres ; il recherche les applaudissements et les caresses ; 2" l'ava rice : il lient à ce qui lui plaîl et n'entend pas en être privé ; S'I'envie . il veut tout ce qu'il voit de beau chez les autres ; 4° la gourmandise : il mange sans mesure et sans discrétion, dérobe pour satisfaire ses appétits déréglés, dévore des yeux tout ce qu'il voit sur une table, pleure si on lui refuse ce qui lui ferait mal, et, rassasié, il dit qu'il a encore faim pour obtenir ce qu'il convoite; 5" la colère : il se fâche facilement, rend les coups qu'il reçoit ou en donne le premier, et est content quand il croit avoir blessé; 6° la paresse : il ne veut se gêner en rien, ne connaît d'autres règles que la légèreté, l'inconstance, le caprice, l'humeur, l'entôtement, la curiosité, et use de combinaisons, de détours et d'artifices pour s'épargner la gêne, la contradiction, la douleur, et satisfaire ses petites passions. Or où seraient le zèle et la charité du catéchiste si, voyant le cœur de ces enfants si malade, il ne travaillait à le guérir?
Sa négligence, en ce point, serait d'autant plus coupable, que plus tard le mal deviendrait presque incurable. On arrache facilement un jeune arbrisseau, mais, lorsqu'il est devenu un gros arbre, qui envoie au loin sous terre les racines qui l'attachent au sol, des milliers de bras ne l'ébranleraient pas. De même, si l'on ne s'oppose de bonne heure au développement de ces vices naissants, ils se fortifient, s'enracinent, se changent en habitude, deviennent comme une seconde nature, et, à moins d'un miracle do la grâce, on ne peut plus les arracher du cœur où ils ont fixé leur empire. De là les désordres de la jeunesse, l'absence de tout sentiment honnête et vertueux, l'amour du vice jusque dans l'âge viril, l'endurcissement et l'impénilence finale dans la vieillesse : Adeo à teneris assuescere malum est!
L'enfant, sans doute, devrait résister par lui-même aux atteintes des passions ; mais il est, par son âge, si léger, si faible, si irréfléchi que, s'il n'est aidé dans cette guerre contre son propre cœur, s'il n'est dirigé et encouragé, il n'en viendra jamais à bout ; il péchera d'abord par faiblesse parce qu'on ne lui a pas appris à so vaincre; puis, bientôt, il deviendra passionné pour le mal, et on ne pourra plus le faire passer des mauvaises mœurs aux actes généreux des veitus.
DU CATÉCIIISME 487
n faut donc venir au secours de ces pauvres enfants si dignes de compassion : le catéchiste qui aura le zèle de cette bonne œuvre aura la consolation de les trouver, au moins pour la plupart ^susceptibles de toutes les bonnes et saintes impressions; il sèmera dans leur âme le germe de la vertu, qui croîtra, se développera, produira des fruits et étouffera le germe contraire du vice. L'habitude du bien, une fois contractée, leur rendra, parla suite, la vertu aisée; le sentiment de la pudeur, fortement enraciné, leur donnera de l'aversion pour tout ce qui est mal ; ils n'auront qu'à suivre la pente des premières impressions reçues, à faire par choix, par principe de foi, ce qu'auparavant ils faisaient par coutume, et ainsi le salut leur sera facile; le catéchiste en aura déposé dans leur âme la plus forte comme la plus douce garantie.
Mais quels moyens employer pour procurer la sanctification de ces enfants? C'est ce qu'il s'agit maintenant d'exposer.
Il faut, avant tout, être un saint soi-même, et surtout posséder, dans un haut degré, le zèle, la piété, la douceur; sans cela, on travaillerait en pure perte. 11 faut ensuite édifier les enfants par la manière dont on leur parle de la religion, et se montrer si vivement pénétré de ce qu'on leur enseigne, qu'ils demeurent tous persuadés qu'on ne leur dit rien dont on n'ait une foi intime, une conviction profonde. Cet extérieur pieux les rend pieux eux-mêmes, parce qu'à cet âge surtout où l'on n'a point d'habitude qui rende l'imitation difficile, on se plaît naturellement à imiter ce qu'on voit faire aux autres. Ces dehors de sainteté les rendent dociles à tout ce qu'on leur dit, parce que les paroles d'un catéchiste édifiant leur semblent des oracles. Comprenant fort bien qu'ils sont incapables de juger par eux-mêmes du fond des choses, les enfants jugent plus par ce qu'ils voient faire que par ce qu'ils entendent dire. Si le catéchiste leur paile de nos mystères sèchement et froidement, comme on parle de choses indifférentes ou ennuyeuses ; si le ton de la voix, les traits du visage, les gestes ou les paroles décèlent quelque chose qui s'accorde mal avec ce qu'il dit ou avec la sainteté de son caractère ; s'il se permet certaines railleries peu convenables sur des pratiques pieuses, sur la dévotion de quelques esprits simples, les enfants l'auront bientôt remarqué, et ne verront plus peut-être dans la rehgion qu'une cérémonie, qu'une affaire où il ne faut pas prendre tout au sérieux; du moins certainement ne seront-ils pas touchés de ce qui touche si peu celui qui leur parle. Si, au contraire, le catéchiste paraît fortement pénétré de ce qu'il enseigne, si les en-
fanls ne l'cnlendent jamais parler de Dieu, de sa grandeur adorable, de toutes ses perfections et de toutes ses œuvres qu'avec une grande vivacité de foi et le profond respect qui en est la conséquence, ils partageront ce religieux senliment. Il en sera de même pour l'espérance, si, quand il leur en parle, levant les yeux et les mains au ciel., il parait pénétré du désir du paradis et en raconte avec âme le bonheur et la gloire ; de même pour la charité, s'ils le voient peindre avec intérêt les amabilités infinies de Dieu et décrire avec attendrissement ce que l'amour a fait faire ou souffrir à Jésus-Christ pour nous. En un mot, que le catéchiste soit touché, il touchera; le moyen est infaillible.
A l'édification il faut joindre le pieux usage de tirer de tous les sujets qu'on traite des réfiexions morales qui tendent à rendre riiomme meilleur. Ces réflexions frappent les enfants, leur touchent le cœur, les habituent à ne pas se contenter d'une croyancespéculative ; et comme elles sont liées aux vérités qu'on leur enseigne, l'impression s'en renouvelle toutes les fois que celles-ci se représentent à l'esprit. Pour que ces réflexions morales produisent les effets de grâce et de vertu qu'on a droit d'en attendre, il faut qu'elles soient préparées au pied du crucifix, qu'elles soient claires, à la portée des enfants, vives et courtes; si elles étaient trop longues, les enfants ne les suivraient pas. En voici quelques exemples, qui pourront diriger le catéchiste pour les autres cas.
1" Exemple. — Je suppose que j'ai expliqué les effets déplorables du péché; je demande à un enfant : « Quel mal devons-nous (c craindre sur la terre? » Il répondra : C'est le péché. « Mais, ajou- « terai-je, recevoir un coup de poignard, être empoisonné, ne sont- « ce pas là des choses plus à craindre que le péché? » Il répomira : No7i. Pourquoi cela? et on lui fait répondre : Parce que le poignard ou le poison ne fait mourir que le corps, et que le péché donne la mort à l'âme, et précipite le corps et l'âme dans l'enfer.
2* Exemple. — Je suppose que j'ai expliqué le commandement : Tes père et mère honoreras, etc., j'ajouterai : « Un enfant doit donc « à ses père et mère, maîtres et supérieurs, l'obéissance et l'amour, a le respect et les services; et voilà, mes enfants, un grand sujet « d'examen pour chacun de vous ; que chacun se dise, en ce mo- « ment, à lui-môme : Comment ai-je rempli, jusqu'à ce jour, les « devoirs que m'impose ce commandement ? Ai-je obéi prompte- « ment, de bonne grâce et sans nmrmurer? N'a-t-il pas fallu me 0 réitérer l'ordre plusieurs fois? N'ai-je pas fait fâcher «outre moi
« mes parents ou mes maîtres par ma lenteur à obéir? N'ai-je pas « excité mes fi ères et sœurs à la même indocilité ? Voilà bien des « manquements à me reprocher; eh bien! je veux les réparer au « plus tôt, m'en repentir devant Dieu, m'en accuser dans une bonne « confession, donner désormais à mes frères et sœurs l'exemple « d'une parfaite obéissance, » Il est aisé de voir toute l'utilité d'un tel examen.
5^ Exemple, qui montre quel parti on peut tirer pour la piété des diverses leçons de la doctrine chrétienne. — Je suppose que j'aie expliqué aux enfants le péché originel, j'en infère aussitôt : « Voyez, « mes enfants, combien nous devons remercier Dieu d'avoir établi « le sacrement de baptême pour laver en nous la tache de ce péché, a pour nous rendre nos droits au ciel et nous faire ses enfants. « Mais n'oublions pas que si nous devons imiter Adam et Eve dans « leur espérance du bonheur éternel, nous devons les imiter aussi « dans leur pénitence. » Je suppose que j'aie expliqué le mystère de la Rédemption, je dirai : « Toutes les fois, mes enfants, que vous « verrez une croix dans votre maison ou ailleurs, souvenez-vous « que le Fils de Dieu est mort pour vous racheter, et dites-lui du « fond du cœur : Mon Dieu, je vous remercie d'être mort pour mon « salut; ne permettez pas que je me rende inutiles les mérites de « votre sainte passion. » Si j'ai expliqué le dogme de la présence réelle, je donnerai pour pratique de dire en passant devant une église: u Soyez béni, mon Dieu, qui voulez bien demeurer avec « nous. » A la suite de la leçon sur le paradis, je conseillerai de se dire souvent en voyant le ciel : « Beau ciel, quand te possède- « rai-je? » Après la leçon sur l'enfer, je proposerai de dire intérieurement à la vue du feu : « 0 Dieu ! préservez-moi du péché qui a conduit les âmes à l'enfer. » Je ferai de même pour toutes les autres parties du catéchisme, saisissant toutes les occasions d'accoutum.er les enfants à ne jamais prononcer le nom de Dieu qu'avec une profonde vénération, à ne jamais parler des sacrements ou des mystères qu'avec beaucoup de respect, et des fins dernières qu'avec une sainte frayeur; m'appliquant plus encore à leur faire goûter et aimer la religion, à écarter tout ce qui leur en donnerait une idée triste et sombre, et à la leur montrer sous un jour si beau qu'elle leur paraisse digne de tout leur amour comme de tout leur respect; et pour une parole qui leur fasse craindre la justice de Dieu, j'en dirai mille qui leur fassent adorer sa grandeur, aimer sa bonté, hénir ses miséricordes : je les formerai surtout à regarder la vie de
Jésus-Clirist comme le modèle sur lequel ils doivent régler leur conduite, à se rappeler ses travaux journaliers à Nazareth, lorsque le travail les fatigue ou les rebute, sa douceur quand ils sont tentés de se fâcher, sa modestie et son recueillement lorsqu'ils se laissent emporter à la dissipation et à la légèreté, sa prière pour ses bourreaux lorsqu'ils sont portés à l'aigreur ou au ressentiment contre ceux dont ils croient avoir à se plaindre, ses souffrances lorsqu'ils éprouvent quelque douleur, ou que la passion les entraîne à la recherche du plaisir, les opprobres du Calvaire dans les tentations de vanité ou d'orgueil. Je les habituerai enfin à se demander souvent ce que Jésus-Christ penserait et dirait de leurs conversations, de leurs amusements, de leurs occupations les plus sérieuses, s'il apparaissait au milieu d'eux. — Avec ces pratiques et autres semblables, on est sûr de former les enfants à une vraie et solide piété ; mais il faut avoir soin de ne leur donner qu'une pratique à la fois, de la proposer à la fin de chaque catéchisme comme fruit de l'inslruclion, de la faire répéter pour la fixer dans leur mémoire, et de leur recommander d'être fidèles à l'observer, à se la rappe. 1er souvent jusqu'au catéchisme suivant, où on la fera redire encore pour s'assurer qu'ils ne l'ont point oubUée. Le moyen qu'ils s'en souviennent, c'est de ne leur donner que des pratiques faciles, déduites naturellement du sujet traité, et fixées à certains temps, à certains objets ou signes sensibles propres à en rappeler le souvenir et à en faciliter l'usage.
Toutefois, quelque excellentes que soient ces pratiques, le catéchiste ne doit pas se borner là. Il doit inspirer aux enfants l'estime et l'amour des saints exercices qui seront plus tard les soutiens de leur persévérance et leur en faire sentir la nécessité. Ces exercices sont : 1° chaque matin la prière bien faite, suivie de l'examen de prévoyance dans lequel on règle la manière de faire saintement les actions de la journée, et d'éviter les occasions de péché qu'on est exposé à rencontrer; 2* chaque jour une lecture réfléchie accompagnée de résolutions pratiques ; 3° la prière du soir avec l'examen de conscience et l'acte de contrition; 4" l'assistance à la sainte messe, le plus souvent qu'on le peut ; 5" la connnunion aux principales fêtes, ou môme une fois le mois ; 6" l'assiduité au catéchisme de persévérance et à l'association de coux ou celles qui ont fait la première communion. 11 faut recommander aux enfants de faire exactement dés maintenant ceux de ces exercices qui leur sont possibles, et d'avoir une volonté ferme de les faire tous dans la Buile.
Mais surtout il faut leur faire sentir l'importance de se confesser au plus tard tous les mois, et plus souvent si l'état de leur conscience l'exige. De toii,s les moyens de sanctification , celui-ci est le plus efficace et souvent le plus nécessaire : c'est la confession qui apprend aux enfants à connaître leur défaut dominant, à prévenir et à éviter les occasions dangereuses; c'est elle qui les affermit dans la vertu ou qui, les retirant de l'état du péché, empêche le mal de se tourner en habitude, les vices naissants de s'enraciner dans leur cœur. Rien donc de plus essentiel que de leur redire souvent les avantages de la confession fréquente et de les presser d'y être fidèles : cela est d'autan( plus nécessaire, qu'il y a obligation grave pour ceux d'entre eux qui ont commis quelque faute mortelle de se mettre en état de recevoir l'absolution dans l'année, et pour le confesseur de les y disposer partons les moyens possibles, puis de les absoudre dès qu'il voit en eux les dispositions strictement suffisantes. Afin de prévenir toute négligence dans une matière si importante, le catéchiste doit exiger des billets de confession tous les mois pour les enfants ordinaires, et tous les deux mois pour les plus petits, tenir note exacte de ces billets, avertir les retardataires tantôt en général, tantôt nommément, quelquefois en public, d'autres fois en particulier, et au besoin les punir par la privation d'une gravure ou d'une récompense à laquelle ils auraient droit, ou les menacer même de les renvoyer du catéchisme s'ils n'apportent un billet de confession.
A tous les moyens de sanctifi(;ation que nous venons d'exposer il faut ajouter encore des avis selon les temps et selon les circonstances. Ces avis doivent être tantôt généraux, tantôt particuliers : les avis généraux ont pour objet de corriger les abus qui tendent à s'introduire, d'exhorter à bien célébrer une fête, à ne pas fréquenter de mauvaises compagnies, à être exacts au catéchisme, etc.. On les donne ordinairement à la fin du catéchisme, mais on peut choisir un autre moment, selon qu'on le juge plus convenable; par exemple, après un cantique, avant ou après l'instruction, à propos de quelque accident imprévu arrivé au catéchisme. Mais comme ces avis généraux ne peuvent être proportionnés aux besoins personnels de chacun, il est nécessaire d'en donner de particubere à certains enfants qui ont besoin d'être les uns repris, les autres encouragés, d'autres dirigés ou avertis. Le catéchiste ne doit point regretter le temps qu'il met à donner ces avis : il ne peut l'employer pins utilement. Quand on a la confiance des enfants, c'est le moyen de faire un bien immense.
Mais pour que ces avis soient goûtés, on doit : i" les donner avec une grande bonté, sans avoir jamais l'air mécontent, froid ou affairé; 2° les accommoder à la position des enfants, tantôt gâtés par une molle indulgence, tantôt témoins de mauvais exemples ou de mauvais discours ; mais cependant ne jamais compromettre les parents dans leur esprit; 3° les proportionner aux tempéraments : il faut exciter par les vérités aimables et attrayantes les tempéraments flegmatiques dont le caractère est d'être tiédes et sans énergie, et ne point se lasser de leur répéter les mêmes avis ; il faut convaincre par des raisons claires les tempéraments mélancoliques dont le caractère est d'être soupçonneux et entêtés, mais attentifs, retenus et constants; il faut traiter avec beaucoup de douceur, former à la modération et à la réflexion les tempéraments bilieux, lesquels sont ordinairement durs, colères, orgueilleux et précipités, mais généreux et ardents; enfin, il faut exciter par l'émulation, par la louange et les paroles d'encouragement, les tempéraments sanguins, dont le caractère est d'être vifs, emportés, sensuels, querelleurs, mais en général d'avoir bon courage et bon cœur.
Enfin, il est un dernier moyen de procurer la sanctification des enfants, c'est l'homélie sur l'Évangile : sorte d'exhortation dans laquelle on les presse, par tout ce que la piété a de plus touchant, d'éviter le péché, de surmonter les défauts ou penchants vicieux de leur âge, et d'embrasser la vertu. Si l'on veut bien réussir dans cette homéhe , il faut, 4" se tracer un plan pour toute l'année, soit afin de ne pas se répéter, soit afin de n'omettre aucun des devoirs essentiels qu'il importe d'inculquer aux enfants. Il faut, 2* énoncer clairement son sujet, l'appuyer de raisons évidentes, exprimées brièvement, mais fortement et vigoureusement, en faire l'application aux enfants par des détails où ils voient, comme dans un miroir, et leurs fautes et leurs penchants, et leurs pensées et leur désirs déréglés, enfin les toucher et les enflammer par des paroles brûlantes. Il faut, 5° prononcer cette homélie avec beaucoup de naturel, d'onction et de piété.
UbS DIFFÉRENTES ESPÈCES DE CATÉCHISIIES.
On peut distinguer sept espèces de catéchismes : 1* le catéchisme des petits ; 2° le catéchisme de la première communion ; 3* le catéchisme de persévérance; 4" le catéchisme du peuple; 5* le catéchisme des écoles ; 6* le catéchisme dos adultes ignorants ; 7' le
catéchisme de ceux qui ne peuvent pas apprendre la lettre du catéchisme. Quoique la plupart des règles données jusqu'à présent conviennent à tous ces catéchismes, il nous reste des observations particulières à faire sur chacun.
Du catéchisme des petits.
Une des institutions les plus utiles que puisse faire un pasteur dans sa paroisse, c'est d'établir un catéchisme pour les petits enfants qui sont loin encore de l'âge de la première communion. Les parents y consentiront volontiers, puisqu'à cet âge ils n'en peuvent attendre aucun service; et, d'un autre côté, on fera par là contracter de bonne heure aux enfants le goût de la piété, l'amour de la religion, l'éloignement du vice. Leur coeur, tourné ainsi vers Dieu, dès les premiers moments où il est capable d'aimer, aura bien plus de dispositions pour la vertu et perdra difficilement des impressions de grâce qui auront commencé avec la raison. Par là aussi on les mettra en état de faire la première communion dans un état d'innocence parfaite et avant l'âge des passions, ce qui est un avantage inappréciable. Sans ce petit catéchisme, au contraire, les enfants, n'ayant point pris dès le bas âge le goût de l'instruction religieuse , ne s'y appUqueront plus tard qu'avec répugnance; la rehgion, ne se présentant qu'après le monde pour prendre possession de leur esprit et de leur cœur, n'y sera point la bienvenue : et la légèreté, la dissipation, peut-être même déjà les passions, les rendront ou inaltentifs ou indociles à des leçons trop tardives.
Pour bien faire ce petit catéchisme, il faut, 1° y mettre beaucoup de bonté, d'aménité, de douceur, de gaieté même, en la tempérant cependant toujours par la modestie et la décence sacerdotale : c'est là qu'il faut être éminemment une mère par la charité : Tanqiiàm si nxitrix foveat filios suos. Car un tel catéchisme ne peut être utile ni même se soutenir qu'autant que les enfants y viennent avec joie, s'y plaisent et s'en retournent contents avec le désir d'y revenir encore. Or, si on ne les traite avec une tendresse de mère, si on ne les met tout à fait à l'aise, le catéchisme n'aura pour eux ni attrait ni plaisir, et dès lors ils n'y viendront pas ou ils n'y viendront qu'avec dégoût, et n'y prendront aucun intérêt.
'^'^ Il faut abaisser son langage à leur portée et leur parler leur
prcpre langue, qui est beaucoup plus bornée qu'on ne le croit communément. Ainsi, par exemple, à la demande : Qii est-ce que- Dieu? il ne faut pas répondre que Dieu est un être éternel, immense, infini : ce langage serait incompréhensible pour eux, mais il faut répondre que Dieu est celui qui a fait ce beau ciel qui est au-dessus de nous, le soleil, la terre, enfin toutes choses. Et cette méthode doit s'appli< quer à toutes les autres réponses du catéchisme ; partout on doit s'étudier à apporter la même simplicité de langage et à ne pas dire un mot que l'enfant ne comprenne; partout on doit faire les demandes et les réponses aussi courtes que possible, afin qu'elles soient plus faciles à retenir, les énoncer lentement en prononçant distinctement chaque mot, chaque syllabe, et conserver avec soin les mêmes termes et l'ordre même des termes chaque fois qu'on répète la demande ou la réponse. Ce n'est que quand les enfants possèdent parfaitement la lettre des réponses, qu'on peut et qu'on doit changer la tournure ou la forme des questions : ainsi, par exemple, quand ils sauront bien répondre à ces questions : Où est Dieu ? Dieu voit-il tout ? on pourra les interroger d'une autre façon : Dieu est-il dans les champs^ dans les forêts, dans votre maison ? Dieu voit-il pendant la nuit? Quand on pense à quelque chose de mal. Dieu le voit-il? Dieu est donc aussi en nous? etc..
5° 11 faut commencer par exposer en peu de mots les principales questions qu'on va traiter, en relever l'importance, dire aux enfants comme il sera beau de savoir, à leur âge, répondre à tout cela, et intéresser ainsi la curiosité et l'amour-propre qui leur sont si naturels. On reprend ensuite les questions Tune après l'autre, en y joignant la réponse qu'on répète deux ou trois fois et dont ensuite on explique les termes, autant qu'il faut et pas plus qu'il ne faut pour en bien faire comprendre le sens. Après ces exphcalions, on répète encore la réponse, puis l'on assure par des interrogations s'ils ont bien saisi et bien retenu. On passe ensuite aux demandes suivantes; et quand tout est fini, on revient sur toutes les questions et on fait répéter toutes les réponses. Au catéchisme suivant on les fait redire encore, et c'est toujours par là qu'il faut commencer.
4" On sent que la méthode historique, l'usage des paraboles et des exemples, convient surtout à cette classe d'auditeurs. Un petit enfant est si curieux d'entendre raconter une histoire ; il faut profiter de cette din)ositiûn pour lui enseigner la religion.
5" Enfin il faut moins tendre à multi|)lier les connaissances de CCS petits enfants qu'à graver en traits inLlïaçablcs, dans leur esprit
et dans leur cœur, les points de croyance les plus nécessaires au salut et les principaux devoirs de la vie chrétienne.
Du catéchisme de la première communion '.
Autre doit être l'instruction des petits enfants, autre l'instruction de ceux qui ont déjà quelque connaissance de la religion et qu'on prépare prochainement à la première communion. Si l'on confondait ces deux classes d'enfants dans un seul catéchisme, on ennuierait les uns par des expUcalions au-dessus de leur portée, et les autres par des répétitions inutiles de ce qu'ils savent déjà. D'ailleurs le catéchisme de la première communion demande un intérêt tout spécial, un ensemble de soins tout par'iculiers, puisqu'il s'agit de préparer prochainement à la réception de l'Eucharistie ceux qui le composent, et que de la manière dont ils feront cette grande action dépend en grande partie tout leur avenir, pour le temps et pour l'éternité. Il ne suffit pas, pour ceux-là comme pour les petits, d'apprendre les points principaux de la religion, mais il faut qu'ils sachent et comprennent tout le catéchisme de manière à rendre compte et à prouver qu'ils l'entendent; il faut surtout qu'ils soient spécialement instruits sur la Pénitence et l'Eucharistie, le Baptême et la Confirmation, qu'ils connaissent les dispositions qu'exigent ces sacrements, les fruits qu'ils produisent et les obligations qu'ils imposent. Il faut donc un catéchisme particuher pour la première communion. Le bonheur d'en faire partie doit être proposé de loin aux enfants comme la récompense de leur bonne conduite et de leur assiduité au petit catéchisme. Le bonheur plus grand encore de la première communion doit leur être montré dès le plus bas âge comme la jouissance la plus grande que le cœur de l'homme puisse goûter après les joies du ciel, et l'honneur le plus insigne qu'il puisse recevoir; c'est de là qu'il faut déduire pour eux l'obligation d'être sages, pieux, obéissants, d'édifier l'église parleur modestie et leur exactitude, de corriger tous leurs défauts, de se confesser souvent et de bien apprendre leurs leçons.
On admet à ce catéchisme les enfants de dix à onze ans, dont il y a lieu d'espérer qu'ils pourront faire la première communion dans l'aniiée : on ne saurait trop tôt faire participer à une grâce si pré-
1 Méthode de Besançon, t. II, c. m, art. 4, g 3.
cieuse les enfants qu'on y peut préparer. C'est parmi les prémices de foi et d'amour de ces cœurs innocents que Jésus-Christ se fait le mieux sentir et goûter dans son sacrement; et, d'un autre côté, il y aurait rn inconvénient grave à trop différer la communion, à la remettre, par exemple, au delà de quatorze ans, parce qu'à cet âge l'innocence commence à se flétrir au souffle des passions ; des habitudes déjà formées peuvent mettre obstacle à l'approche de la table sainte, et obliger d'attendre un temps indéfini : cependant les années s'avancent, on rougit de demeurer encore au rang des enfants, on renonce à faire la pi^miére communion, et dès ce moment c'en est à peu prés fait pour toujours ; il est très-probable que toute la vie se passera dans l'éloignement des sacrements.
Ce catéchisme se commence ordinairement six mois avant la première communion : dés les premières réunions, on tâche d'inspirer aux enfants une haute idée de la grande action à laquelle ils se préparent, en faisant ressortir : 1° la grandeur et la majesté de Celui qu'ils doivent recevoir : Opus grande est ; neque enim homini prx- •paratur habitatio, sed Deo •, 2" les admirables effets d'une communion bien faite : In me manet, et ego in eo... Qui manducat me, et ipse vivet propter me... Et ego resiiscitabo eum in novissimo die^ ; 0° le malheur d'une première communion mal faite : Judas fit mal sa première communion ; depuis près de deux mille ans il est dans les enfers; jamais il n'en sortira : Bonum erat ei si natus non fuisset homo iUe'\ Ici on pourrait expliquer les fins dernières, en montrant qu'elles dépendent souvent de la manière dont on fait la première communion, et consacrer à cette explication les premiers catéchismes : par là on pénétrerait profondément les enfants de l'importance de se bien préparer ; et, une fois qu'on les en verrait bien pénétrés, on leur enseignerait ensuite la muniére de le faire : elle consiste : 1° à venir régulièrement au catéchisme, à bien apprendre ses leçons, à écouter attentivement et mettre en pratique les conseils qu'on reçoit. Elle consiste : 2" à remplir fidèlement tous les devoirs de sa position envers Dieu, envers ses père et mère, maîtres ou maîtresses; 3" à quitter le péché si l'on a le malheur d'y être tombé. « Oui, mes « enfants, faut-il leur redire souvent, la grande disposition à la « communion, celle sans laquelle toutes les autres seraient insuffi- « santés, c'est le renoncement au péché, c'est la pureté du canir, « c'est la sainteté... Commencez donc dès aujourd'hui à vouscor-
« I Parai,, \\\\. — * Joann., vi. — ' Maltii., xxvi
« ri""er de vos mauvaises habitudes, et travaillez-y tous les jours : « corrigez m'mo celles qui, né'tanl pas mortelles, vous privent ce- (( pendant de beaucoup de grâces et peuvent vous conduire au péché « mortel. »
Pour aider les enfants dans cette grande entreprise, il est essen» tiel de leur faire commencer leurs confessions peu après l'ouverture des catéchismes : par là on pourra connaître, assez à temps pour y remédier, l'état de leur âme, leur faire sentir le danger de leurs plaies, en poursuivre la complète gucrison, et former leurs cœurs à la piété, à la pratique des vertus. Après ces premières confessions, il suffira de tenir la main à ce qu'ils se confessent au plus tard une fois par mois.
Cependant le catéchiste, de son côté, devra étudier leurs dispositions, leurs habitudes, la manière dont ils se tiennent dans leurs prières, à l'église, au caléchismiO, leurs discours, leur conduite, leur caractère, en un mot, tout l'ensemble de leur vie; il devra en converser avec les parents, les maîtres ou maîtresses, combiner ces reiiseignements avec ses propres observations, et d'après cela dresser, un mois d'avance, la liste définitive de ceu.v qui feront leur première communion et prononcer l'exclusion des autres. Dans un choix aussi important, il devra tenir un juste milieu entre l'indulgence et la sévérité, et se contenter de l'essentiel, sans vouloir qu'un enfant soit parfait, et lorsqu'il verra un vrai désir de se corriger, des efforts réels qui prouvent qu'on sent la grandeur de l'action, fermer les yeux sur un peu de paresse ou de dissipation, de pétulance ou d'entêtement qui sont l'effet du tempérament, du caractère, de la légèreté de l'âge. En voulant être trop sévère, il s'exposerait à décourager les enfants et les parents, et à faire manquer peut-être pour toujours la première communion.
La liste ainsi faite, il s'assurera si tous ont été baptisés ; puis il leur fera commencer, sans aucun retard, la confession générale. Pendant les jours destinés à celte action si importante, il leur adressera les instructions les plus véhémentes sur les confessions sacrilèges, sur la contrition, sur la nécessité de tout avouer à son confesseur, de renoncer aux habitudes pour toujours et de ne pas se contenter de les interrompre pour les jours qui précèdent la communion. À mesure qu'approchera le moment solennel, il redoublera de zèle, rendra les instructions plus fréquentes et plusforles, mais surtout il aura soin de faire passer en retraite les trois jours qui précèdent. Les exercices de celte retraite consisteront d'abord dans la prière du
malin, suivie d'une méditation courte et pieuse, le chant des cantiques, l'assislanco à la sainte messe ; puis, vers l'après-midi, la récitation du chapelet, la visite au Saint-Sacrement, qu'il fera lui-même à haute voix, et enfin deux sermons chaque jour.
La veille de la retraite, il parlera sur l'importance de la première communion et de la retraite qui y prépare ; le premier jour au matin, sur la communion sacrilège, au soir, sur le jugement dernier; le second jour au malin, sur l'enfer, au soir, sur l'amour de Jésus- Christ dans rEucliaristie : le troisième jour au matin, sur les dispositions à la communion, et il les exercera ensuite aux cérémonies du lendemain ; le soir, il leur fera une exhortation vive et pathétique sur les motifs de contrition ; et, aussitôt après, les enfants iront se con- • fesser pour recevoir l'absolution. 11 est des paroisses où l'on expose sur les degrés du grand autel pour les garçons, et sur les degrés de l'autel de la sainte Vierge pour les fdles, un crucifix étendu sur un coussin : les enfants viennent à genoux successivement y prier deux à deux ; les deux premiers, après avoir baisé les plaies de Jésus mourant pour leurs péchés, vont de là au confessionnal pour en recevoir l'absolution. Pendant qu'ils se confessent, les deux suivants vont se prosterner à leur tour devant le crucifix et le baisent de temps en temps avec amour, en faisant des actes de contrition, jusqu'au moment d'aller se confesser. Tous les autres viennent également à leur rang et font de même. Cette pratique produit un très-bon effet.
Le jour de la première communion on ne conseille pas de faire réciter des actes aux enfants, parce que cela les préoccupe et les disirait ; le prêtre doit les leur suggérer lui-même, dans une allocution brûlante avant et après la communion. Le soir, aux vêpres, on fait un discours sur les promesses du baptême et on les leur fait renouveler solennellement, chacun à son tour, la main sur le saint Evangile placé avec honneur aux marches du sanctuaire, sur une table richement drapée ; de là, on se rend en procession à l'autel do la sainte Vierge, on y prononce l'acte de consécration de tous les cœurs à l'auguste Mère de Dieu. Le lendemain matin, tous les enfants viennent entendre la messe d'actions de grâces ; on y fait une instruction sur les moyens de conserver la grâce qu'ils ont reçue; on les presse d'assister tous au catéchisme de persévérance et de s'associer aux congrégations instituées pour les soutenir dans leurs bonnes dispositions.
Du catéchisme de persévérance.
L'expérience démontre que les enfants abandonnés à eux seuls après la première communion ne se soutiennent pas et se laissent promptement entraîner par les mauvaises compagnies , par le monde et par leurs propi'es passions. L'institution d'un catéchisme de persévérance, auquel on tâche de donner tout l'intérêt possible pour les y attirer , est l'unique moyen de les conserver dans la piété. On y observe à peu près les mêmes régies que dans les catéchismes ordinaires ; voici seulement ce qu'il y a de particulier.
1° Comme ces catéchismes sont volontaires, on doit traiter les enfants avec beaucoup d'égards et de ménagements, sans cependant laisser enfreindre les règles ; on les félicite de leur assiduité, on leur en fait honneur en les encourageant à continuer.
2° On fait des instructions plus fortes et plus nourries, afin que les enfants, même les mieux instruits, aient le plaisir d'y apprendre toujours quelque chose ; et en môme temps on s'applique à mtéresser l'auditoire par la clarté de l'expression et de la méthode, par des traits piquants, des comparaisons et des histoires, de sorte que les enfants s'en retournent toujours contents d'avoir appris de si belles choses. On y traite les objections qu'ils sont exposés à entendre dans le monde, en ayant la sage précaution de ne les proposer qu'après qu'on a donné, comme preuve en faveur de sa thèse, le principe de solution, de sorte que la réponse s'offre à l'esprit au même instant où l'objection s'y présente. Telles doivent être les instructions du catéchisme de persévérance ; il faut, du reste, y éviter les arguments théologiques, les preuves trop scientifiques ou trop raisonnées, les choses trop difficiles et trop relevées qui seraient plus propres à embarrasser ou à dégoûter les enfants qu'à les intéresser. On trouve des modèles de ce genre d'instruction dans un ouvrage périodique qui a pour titre : Association de persévérance an grand Séminaire de Langres, et auquel on peut souscrire moyennant six francs par an, en s'adrcssant à M. le directeur de l'Association. Cet ouvrage contient des conférences sur l'histoire sainte, avec des billets sur le dogme, la morale et la liturgie.
5° La communion générale chaque mois est une belle pratique du catéchisme de persévérance ; elle a de grands avantages ; mais
aussi, si on ne prend des précautions, elle aurait les plus gravei inconvénients. Il faut qu'on persuade bien aux enfants que cette coinniuiiion est pleinement libre, qu'on n'esliine pas moins ceux qui ne coninniuient pas que ceu.x qui communient ; et, pour qu'aucun amour-propre n'ait à souffrir, il faut faire en sorte, autant que possible, qu'il y en ait toujours un certain nombre qui ne communient pas.
4" Lorsque les enfants ont fréquenté deux ans le catéchisme de persévérance, il est bon de les faire passer à une association qui prend le titre de Saint-Sacrement ou de la sainte Vierge, suivant qu'on le juge plus à propos, afin d'épargner l'amour-propre que le mot de catéchisme pourrait faire souffrir. On les réunit une fois le mois, et là on leur confie différentes bonnes œuvres : l'inslruclion d >s ignorants , la visite de quelques malades, la surveillance de quelques enfants dont on les constitue comme les anges gardiens, le soin des pauvres, etc.. On peut y établir des dignitaires ; par (':emplo, une présidente qui veille sur l'association des assistantes qui aident la présidente, une surveillante qui visite les malades, leur })orte les consolations de la religion et a soin qu'ils ne meurent pas fc;^ns recevoir les sacrements; une zélatrice qui est chargée de faire instruire ou d'instruire par elle-même les filles les moins avancées ; une secrétaire qui rédige le procès-verbal de chaque assemblée et tient toutes les écritures relatives â l'association; une trésorière ({iii recueille les aumônes pour les pauvres ; une bibliothécaire pour l'œuvre des bons livres, et une sacristine pour la décoration de r autel.
Telles sont les principales précautions à prendre pour conserver les enfants après la première communion; et si quelqu'un trouvait que c'est trop d'embarras et de sollicitudes, qu'après la comnumion on peut abandonner chaque enfant à sa propre faiblesse, nous le prierons de méditer ces paroles de saint Charles dans son troisième discours à son clergé : Proh dolor! quùmimdti parochi pariunt in îionnuUis CJiristum et statini eoruin curam ojmtlunt ! et qux Itœc imidetas est! nec bestix hoc faciunt, qnxpartiis siios lactant, fovent, nutriunt et ab adversis quibuscumque tutantur... et tu tenellum sic dcseris! quandù macjis insudusse oportnenit, otio ti'pescis!...maijn(i cniia, fratres, et hxc magna scijnitieSy imb magna sxvities... non dormit^ patres, non dormit dscmon , scd insidiatnr continua... Ideà nos continua sollicitadine angi debemus et qn:>d peperimus custodire.
DU CATÈCiilSME 501
Du catccliisme du peui)le.
Il est beaucoup de paroisses où, comme nous l'avons observé ailleurs, non-seulement le peuple, mais encore les personnes audessus du commun, même les hommes lettrés et habiles dans les sciences n'ont que des connaissances très-imparfaitos ou des idées fausses sur les vérités élémentaires de la religion et sur nos principaux mystères ; à ce point que, par le fait seul de cette ignorance, ils sont hors de la voie du salut ; paroisses malheureusis, dont les habitants ou n'ont jamais su ces vérités comme il faut, ou les ont oubliées. C'est là surtout que trouvent leur application ces paroles de Benoit XIV, si dignes de la méditation de tous les pasteurs des âmes: Affirmamus magnam corum partem qui xternis suppliciis danmantur eam calamitatem perpetud subire oh ignorantiam mysterioruni fidei qux ncire et credere necessarib dchent : multi enim lahorant ignorantiâ crasscl articulorum fidei quos explicité scire et credere tenentur œquè ac sacramentorum. Or que peut faire le pasteur préposé à une telle paroisse et qui est responsable devant Dieu du salut de tous ses habitants? 11 peut bien, sans doute, selon l'avis du même pape Benoit XIY ^ recommander aux parents d'accompagner leurs enfants au catéchisme, essayer toutes les industries du zèle pour y attirer les grandes personnes, au moins le dimanche, ou même leur imposer cette assistance comme pénitence sacramentelle; mais cela suffira-t-il? il est difficile de le croire. Ce ne sera jamais qu'un trés-pelit nombre qui voudra s'associer aux enfants ou paraîti e avoir besoin de la même instruction ; et la majorité des paroissiens demeurera, par son ignorance, en voie de damnation. 11 faut donc ■.que le pasteur fasse quelque chose de plus, c'est-à-dire qu'il fasse le catéchisme tous les dimanches à la messe de paroisse, ou du moins à vêpres, supposé que le peuple y assiste. C'était l'avis de Bossuet : « Il faut faire le catéchisme non-seulement aux enfants, « m^As principalement aux pères de familles, » dit-il dans la préface de son catéchisme.
Il y a différentes manières de faire ce catéchisme du peuple: la première, qui est la plus simple et qu'on peut employer quand on n'a point à craindre que l'amour-propre des paroissiens s'en offense,
• Inst. IX, et Encyclique de 1742.
. c'o?t de prendre en main son catéchisme, de lire la demande et de développer la réponse selon les régies exposées plus haut, puis d'interroger quelques enfants des plus instruits qui soient en état de J ien répondre. Ce qu'ils diront sera écouté avec intérêt, mieux retenu que la parole môme du pasteur, à laquelle on est habitué ; et ces interrogations donneront lieu de faire entendre plusieurs fois les mêmes choses sans ennui. Il est même des paroisses simples et dociles où le pasteur pourrait se permettre d'interroger les grandes personnes sans distinction, en commençant par les âmes pieuses et instruites qu'un sentiment de zèle aurait fait consentir à répondre afin d'enhardir les autres.
La seconde manière qu'il faut employer là où les paroissiens s'offenseraient d'être catéchisés comme des enfants, c'est de retrancher les demandes et d'exphquer le catéchisme sous forme d'instruction ordinaire en présentant la chose comme explication du symbole, des commandements, des sacrements, des actes, etc.
La troisième manière est d'avoir recours aux conférences, en chargeant un interlocuteur de faire le personnage d'un fidèle qui a eu le malheur de ne pas recevoir d'instruction religieuse dans son enfance ou de l'avoir oubliée, et qui maintenant désire connaître et remplir les devoirs du christianisme.
Enfin, une quatrième manière, c'est de faire immédiatement, avant et après les vêpres, un catéchisme plus court qu'à l'ordinaire, où l'on conjure tout le monde d'assister, et sur lequel on s'étudie à répandre un intérêt qui pique la curiosité, captive Faltention générale et prévient tout ennui ou dégoût : par là on instruit tous les âges en instruisant l'enfance.
Mais, quel que soit le mode qu'on emploie, il faut exhorter fortement les auditeurs à repasser en eux-mêmes, pendant la semaine, les vérités qu'on leur a expliquées, à se les redire entre eux, à rendre compte de l'instruction à ceux de leur famille qui n'ont pu y assister, à leur rapporter les traits d'histoire qu'on a racontés et à leur communiquer la pieuse pratique qu'on a indiquée en terminant le catéchisme.
Du catéchisme des écoles*.
Le pasteur de chaque paroisse étant, d'après la loi civile, membre du comité d'instruction primaire, a par cela même droit de visiter les * Mu'lhode de Besançon, t. Il, c. m, urt. 5.
écoles de l'un et de l'autre sexe et de s'assurer si les maîtres et maîtresses y observent les règlements qui les concernent. Entre ces règlements, il en est un qui doit fixer son attention : c'est celui qui oblige les maîtres et les maîtresses à faire apprendre le catéchisme aux enfants. Le pasteur manquerait à son devoir s'il n'usait avec zèle du droit que la loi lui reconnaît à ce sujet ; et voici les règles qu'il doit suivre dans l'exercice de ce droit.
4" Il doit veiller à ce que le maître ou la maîtresse d'école fasse réciter par cœur, plusieurs fois chaque semaine, le texte du catéchisme, et s'assurer lui-même, par des interrogations, de ce que les enfants ont appris. Si l'on répond d'une manière satisfaisante, il doit féliciter le maître et les enfants, et même de temps en temps donner à ceux-ci quelque petite récompense : si au contraire on répond mal, il témoignera son mécontentement et son espoir qu'on répondra mieux la prochaine fois qu'il reviendra. Si, aune seconde visite, on ne répond pas mieux, il se plaindra en particulier au maître de l'écoie, l'exhortera, par tous les moyens de douceur etd'insinualion, à bien faire apprendre le catéchisme, et lui fera entrevoir qu'il y va de sa réputation, de son intérêt... A une troisième visite aussi peu satisfaisante que les deux premières, il lui dira, mais toujours en particulier, que, s'il ne remplit pas mieux son devoir, on sera obligé de le dénoncer au comité; et, si une quatrième visite démontre qu'il ne profite point de cet avis, il faudra le dénoncer en effet.
2° On ne doit point lui permettre d'expliquer la doctrine du catéchisme, de peur qu'il n'enseigne des erreurs ou des inexactitudes, faute d'instruction suffisante ; il doit se borner tout au plus à expliquer le sens des mots quand les enfants l'interrogent.
5° Après avoir fait réciter aux enfants quelques parties du catéchisme, le pasteur doit ajouter des expHcations courtes sur les choses qu'il voit n'être pas comprises, et terminer sa visite par quelques maximes fondamentales de la piété chrétienne, qu'il leur recommandera de bien graver dans leur esprit; et à la visite suivante il s'en fera rendre compte : c'est un excellent moyen de les imprimer dans l'âme des enfants.
Du calùcliisme tles adultes ignorants.
Tous les différents catéchismes dont nous avons parlé ne suffisent pas encore pour acquitter la conscience d'un pasteur des âmes. Dans
'Oi THAITÈ DE LA PRÉDICATION.
la jilui nrl dos paroisses, il est une classe de malheureux; de toute profession arrivés à un âge avaueé sans aucune instruclion religieuse, souvent niôine sans avoir encore t.ài la première communion ; et ces infoitunés ne peuvent tirer aucune lumière des prédications publiques les plus simples et les plus catéchisliques, soit parce qu'ils ne pcuvont y assister, soit surtout parce que leur ignorance est s* profonde, leur epprit si grossier pour tout ce qui tient aux idées spiiituelles, qu'ils n'y peuvent rien comprendre. L'unique ressource de talutqui lui reste est donc dans la charité du bon prêtre qui ira les chercher, qui les attirera à lui par sa douceur et son aménité, qui s'accommodera à leurs heures et leur donnera en parliculier, au presbytère, l'instruction dont ils sont dépourvus, en accompagnant ses leçons de tout ce qui peut les intéresser, et surtout d'une patience invincible qui ne laisse jamais entrevoir le moindre mécontentement de leur lenteur à comprendre.
Si ce sont des ouvriers ou des marins qui, absorbés tout le jour par leurs travaux, n'ont de moments libres que le temps de la nuit, on les invite à venir au presbytère passer les heures de la veillée; on leur procure, s'il le faut, pour les y attirer, quelque jeu ou récréation innocente, on les catéchise ensuite pendant une heure, et on les renvoie après leur avoir fait la prière du soir.
Si ce sont des bergers qui ne peuvent quitter leurs troupeaux, on tâche de les réunir par bandes et on les catéchise au milieu de leurs bergeries.
Enfin, si ce sont des mendiants ou des pauvres dans le besoin, on les réunit facilement par l'appât d'une aumône ; ou, si la chose ne leur est pas tiop pénible, on exige d'eux qu'ils assistent au catéchisme. On peut encore, chaque fois qu'on leur fait l'aumône, leur expliquer avec bonté quelques parties du catéchisme, et s'assurer par des demandes de la mesure de leur science.
Lorsque par toutes les industries du zèle on a catéchisé un certain nombre d'adultes, et qu'ils savent assez la religion pour être a Imis à la sainte table, il faut, après les avoir également préparés par la confession, les réunir un même jour dans le plus grand nombre possible pour la communion. Cette céiémonie touchante aura un double avantage, le premier d'édilier les paroissiens et d'éveiller peut-être le remords ou le sentiment de la foi dans quelques âmes endormies du sommeil de l'indifférence ou des passions ; le second de dimiiuier la tentation du respect humain, de soutenir les pieux communiants l'un par l'autre et de donner â leur retour à Dieu (pielque chose
DU CATÉCIIISJIE. 505
de solennel, de frappant, qui en rende l'impression plus durable.
Du catéchisme de ceux qui ne peuvent pas apprendre la lettre du catéchisma.
Il est des personnes qui ont si peu de mémoire, qu'elles semblent incapables de rien retenir, si peu d'intelligence pour les choses delà religion, que, quand même on réussirait à leur faire apprendre le catéchisme, elles ne sauraient que des mots qui n'offriraient aucun sens à leur esprit, et il serait presque impossible de les leur faire comprendre. Après qu'on leur a dit cent fois qu'il n'y a qu'un Dieu, si on leur demande ensuite combien il y en a, on en reçoit pour réponse qu'il y en a trois : il en est de même pour tout le reste, de sorte qu'on ne sait à quoi se résoudre quand il s'agit de leur administrer les sacrements. Il est évident qu'il faut encore pour ces genslà un catéchisme tout particulier, et le curé de la paroisse le leur doit comme l'unique moyen de salut qu'il y ait pour eux. Voici les régies de ce catéchisme spécial ^ :
\° On ne doit essayer de leur apprendre que ce qui est absolument nécessaire pour le salut : vouloir charger d'autres choses leur mémoire et leur intelligence, ce serait les écraser, et on n'en obtiendrait rien.
2° Il ne faut point les instruire par demandes et par réponses, mais uniquement par voie d'acquiescement; par exemple, on leur dit : « Mon enfant, ne croyez-vous pas bien qu'il n'y a qu'un Dieu ? « — Oui, monsieur. — Ne croyez-vous pas qu'il y a trois personnes « en un seul Dieu? — Oui, monsieur, je suis prêt à donner ma vie « pour soutenir cette vérité. — N'êtes-vous pas bien fâché d'avoir « offensé Dieu parce qu'il est bon? — Oui, monsieur, et de tout mon « cœur je voudrais ne l'avoir point offensé, parce quil est bon. » On fait de même acquiescer aux autres vérités de la foi, et on n'exige pas que ces gens répondent d'une manière suivie, puisqu'ils n'en sont pas capables.
5° Pour leur faire comprendre les vérités de la religion autant qu'il est possible, on peut essayer quatre moyens : le premier de leur parier d'objets matériels qu'ils connaissent, de l'église, d'un enterrement, d'un confessionnal, de la table de communion, des fonds baptismaux, du crucifix, de leur en expUquer l'usage ; et cette explication devient l'explication même des dogmes principaux de la religion. Le second moyen est de leur montrer des images ou des ta-
* Vojiî la Méthode générale du catéchisme, par M. Dupanloup, t. II, p. 59.
bleaux qui représentent la mort, le jugement, l'enfer, le paradis, le» circoubfances principales de la vie de Notre-Seigneur, et de déduire de là l'explication de la doctrine. 'Ce mode d'instruction, se rattachant à des choses sensibles qu'ils ont sous les yeux, fera mieux comprendre, mieux retenir, et excitera leur intérêt. Bossuet, Fénelon, Fleury et beaucoup d'autres, regardent ce moyen d'enseigner la religion au peuple comme le plus efficace, et c'est la môme opinion qui a inspiré au moyen âge les peintures des vitraux de nos vieilles églises. Le troisième moyen, c'est de parcourir les fêtes de l'année, dont les plus grossiers connaissent au moins le nom, de leur en expliquer le sens ; et cette explication devient encore l'explication même de toute la religion. Enfin, le quatrième moyen est de tirer de la profession de chacun, et des positions où il s'est trouvé, les explications et les preuves des vérités de la religion. Tels sont les quatre moyens qu'emploie monseigneur Dévie, évêque de Belley, dans la méthode qu'il a mise au jour sur la manière d'enseigner le catéchisme aux esprits bornés et sans intelligence.
4° Avant de traiter les mystères, il faut faire ressortir, par les miracles de la vie et delà mort de Jésus-Christ, l'autorité de la révélation qu'il nous en a faite ; et, en les traitant, il faut faire remarquer avec soin tout ce qu'ils renferment de propre à exciter la reconnaissance et l'amour. Les miracles disposent à croire et l'amour ouvre l'intelligence des plus bornés ; et ce que le cœur goûte, l'esprit le saisit et le retient mieux.
5° Quoique ces hommes grossiers soient incapables de s'exprimer, on n'en doit pas conclure qu'ils soient incapables d'apprendre : il y en a certainement plusieurs parmi eux qui, dans leur entendement, conçoivent fort bien ce qu'on leur dit, et qui cependant répondent faux quand on les interroge. On peut s'en convaincre par leurs affaires temporelles, qu'ils entendent souvent fort bien, et sur lesquelles ils s'expliquent fort mal et à contre-sens. On ne doit donc point conclure de leurs mauvaises réponses qu'ils sont indignes des sacrements ; mais, après qu'on leur a expliqué et répété plusieurs fois les vérités essentielles, après qu'on leur a fait donner leur acquiescement à ces vérités, il faut abandonner la chose à la miséricorde de Dieu, et les admettre aux sacrements, au moins i\ Pâques ci à U mort.