DES PARABOLES
Les paraboles sont des comparaisons qu'on déguise sous la forme d'une fiction historique pour éclaircir une vérité morale : c'était la pratique de Jésus-Christ, et tout le monde connaît les touchantes paraboles de l'Enfant prodigue, du bon Pasteur, etc. A l'exemple du divin Maître, les Pères ont quelquefois employé ce mode d'instruire : saint Bernard, voulant faire comprendre l'ingratitude des hommes envers la passion du Sauveur, fait cette parabole : « Un homme avait été « condamné à mort pour ses crimes : le fds du roi l'apprend et obtient « de son père de mourir pour le coupable : le coupable est relâché « et s'en va jouer sur la place publique. Pendant qu'il s'amuse, on « lui annonce que le fils du prince est conduit au supplice ; et il ne « s'en émeut pas, il ne veut pas même y penser, et il continue son « jeu. Quelle ingratitude, quelle monstruosité dans ce coupable? Eh ! 0 mes frères, savez-vous quel il est ce grand coupable? C'est vous : fl Jésus-Christ, le Fils du Roi des rois, meurt à votre place, et vous y « êtes insensibles, el vous n'y pensez pas.... » On sent combien une telle parabole est propre à toucher.
La parabole est encore souvent très-utile pour faire comprendre les définitions, qui sont ordinairement ce que les enfants saisissent le moins : par exemple, on pourrait faire comprendre aux enfants les moins intelligents la différence entre la contrition parfaite, la contrition imparfaite et la crainte purement servile, par la parabole suivante : « Un père avait trois enfants auxquels il avait confié la garde « de trois petits agneaux qui paissaient dans une prairie : un jour ils a s'endormirent, et pendant leur sommeil , des loups sortirent de la « forêt voisine et emportèrent le petit troupeau. Les enfants éveillés « par les bêlements plaintifs de leurs agneaux, voyant au loin les « lonps qui les emportaient, se mirent à pleurer. Hélas ! disait le « plus âgé, mon père va me battre pour avoir laissé emporter mon a agneau. Le second disait : Pour moi, je pleure, non pas seulement « à cause des pénitences qu'il va me donner, mais aussi à cause du « chagrin que cela va lui causer. Le plus jeune, qui pleurait plus « amèrement que les autres, disait : Ah! pour moi, je ne m'inquiète a pas des pénitences, je ne pense qu'à la peine que mon bon père va « en éprouver : oui, j'aimerais mieux demeurer toute ma vie en pé- « nitence que de lui avoir causé un tel chagrin. » On fera ensuite l'application de cette parabole au sujet indiqué, et on sent qu'on
sera aisément compris des enfants. Si on désire s'épargner la peine de composer soi-même des paraboles, on en trouvera pour toutes sortes de sujets dans le Cati'cJiisme cte Constance cl dans le petit ouviapre intitulé les Paraboles du P. Bonaventure Giraxideau^.
s" DES EXEMPLES.
Les exemples, dans le sens que nous attachons ici à ce mô^, sont des cas de conscience qui se résolvent par l'application des principes exposés dans l'instruction. On propose le cas aux enfants, on leur en demande la décision ; et par cette pratique sagement employée on vient à bout de leur donner une parfaite intelligence des régies de la morale, et surtout de leur faire comprendre en quoi consistent les péchés de pensée, de désir, de volonté, de complaisance ou délectation morose. En voici un exemple. Je suppose que je leur aie exposé brièvement et clairement la doctrine sur les péchés intérieurs; j'ajoute: « Peut-être, mes enfants, vous ne saisissez « pas parfaitement ce que je vous dis ; mais un exemple vous le fera « comprendre : Pierre entre chez Jacques, son voisin, pour lui sou- « haiter le bonsoir; il ne l'y trouve pas, et se voyant seul, il conçoit « le dessein de prendre la montre de Jacques : Personne ne m'a vu « entrer, se dit-il, on ne saura pas que c'est moi. Déjà il s'approche « pour la saisir ; mais tout à coup le voisin Jacques rentre. Pierre « ne fait semblant de rien, salue Jacques, cause avec lui et s'enre- « tourne fâché d'avoir manqué son coup. Eh bien ! répondez-moi, (( Philippe, Pierre a-t-il péché? ^îa". Pourquoi cela : il n'a rien volé. « Il a ]éché, parce qu'il a eu la volonté de voler. Vous dites bien , « c'en est assez pour être coupable devant Dieu. Mais si Pierre s'était « contenté de dire: Oh! si je pouvais prendre cette montre ! mais « je ne veux pas, on me découvrirait et on me mettrait en prison, « aurait-il péché? Oui. Pourquoi? Parce qu'il aurait eu le désir de « voler. Oui, mon enfant, on pèche sans foire la mauvaise action, si « on a seulement le désir de la faire. Mais si Pierre, au premier mo- « ment qu'il a eu la pensée de voler, s'était dit à hii-mème : Non, je « ne le ferai pas, Dieu me le défend; aurait-il péché? Non. Et si (( cette pensée lui était resiée longtemps dans l'esprit, quoique tou- « jours il la renvoyât, aurait-il péché? Non. On ne pèche par pensée « que lorsfju'il y a ou volonté o« désir de faire le mal, ou plaisir à
* Chcï Rcnô, à Taris, édition île 1815-
« y penser. » — Qui ne voit combien des cas de conscience présentés à peu près en cette sorte sont plus propres que toutes les explications à faire saisir les choses ?