CHAPITRE III
De ce qui cotutitue la liberté.
A moins de nous mettre en contradiction avec nous-mêmes, nous ne pouvons pas admettre qu’il existe des droits et des devoirs inlicrens à notre nature sans considérer en même temps comine illégitimes tous les clémens qui constituent l'esclavage civil et |>olitique. Nous devons donc , avant d’aller plus loin, nous faire des idées bien nettes de l’état auquel nous donnons le nom de liberté; car, pour nous, la liberté est la condition essentielle de l'exercice de tout droit, et de l'accomplissement de tout devoir.
Les philosophes elles jurisconsultes ont défini la liberté de diverses manières; dans cet ouvrage , ce mot signifie simplement l’état d’une personne qui ne rencontre , dans scs semblables , aucun obstacle , soit au développement régulier de son être, soit à l’exercice innocent de ses facultés.
Si cette définition présentait quelque obscurité, il suffirait, pour la faire disparaître, de se rappeler ce que j’ai dit ailleurs sur le perfectionnement des diverses facultés de l’homme.
La liberté ne peut donc se définir d'une manière exacte et complète que par des né-
gations: pour dire clairement ce qu'elle est, il faut savoir quels sont les élémens dont la présence suffit pour rendre une personne ou une nation esclave, et supposer ensuite que ces élémens ont successivement disparu.
Cette manière de la définir peut ne paraître d'abord qn’une vérité triviale ; cependant, si la définition était complète, il pourrait sc trouver, parmi ceux qui l'auraient condamnée comme une vérité trop vulgaire , des gens qui ne l'admettraient pas sans restriction. On voudrait bien ne pas mettre des êtres humains au rang des propriétés , parce qu’on ne peut pas considérer la nature et les effets de l’esclavage , sans être convaincu qu’il fait descendre l’homme au-dessous de la brute ; mais on voudrait bien aussi ne pas en proscrire tous les élémens , parce qu’on a peur de la liberté, et qu'on est encore dominé par les idées et les habitudes de la servitude
Il y a deux choses à considérer dans l'esclavage : la fin et les moyens. La fin est de donner à un homme qu’on appelle un maître , la faculté de vivre gratuitement sur les produits des travaux d’un ou de plusieurs autres qu’on nomme des esclaves.
* L'esclavage proprement dit n'est que l'assujétisicment d’un cire humain aux volonté* ou aux caprices d*uo individu de même espèce, qui le considère comme sa propriété. La dépendance dans laquelle un homme se trouve des choses au milieu desquelles
la nature l'a placé, n'est pas l'esclavage. M. Dunoyer a donne aux mots esclavage et liberté un sens autre que celui qu'ils ont dans cet ouvrage. Voyet l'écrit qu'lia publié sous ce titre: De la morale et de T industrie considérées dans leurs rapports avec la liberté.