‹ Traité de la proprietéChapitre 9 sur 54 · DD FONDEMENT DES DROITS ET DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DD FONDEMENT DES DROITS ET DES DEVOIRS

volontaire , ne «aurait être obligatoire pour personne ; il y aurait contradiction à s'imposer le devoir de ne rcconnaitrc aucun devoir. Les lois auxquelles l'homme est soumis par sa nature ne sauraient rendre obligatoire l’engagement d'enfreindre ces mêmes lois.

Nous ne pouvons donc pas admettre que, suivant les lois de sa nature, un homme a des devoirs à remplir envers luimême , envers ses parens , envers sa femme, envers scs enfans, enfin envers Ihumanitê , sans admettre en même temps que les mêmes lois l'appellent à être libre ; que , dans aucun cas , il ne peut légitimement être réduit en esclavage , c'est-à-dire être traité comme une propriété, et que sa liberté ne peut être restreinte quautant que cela est indispensable pour assurer la liberté d'autrui.

L’idée de devoir est, en effet, inséparable de l'idée de liberté , puisqu'il est impossible de concevoir, d’une part, l'existence d'un devoir à remplir, et d'un autre côté , le droit d’en empêcher l'accomplissement ou d'en commander la violation.

Or , si l’on n’admet pas ce droit dans l’individu qu'on appelle un maître , il n’y a plus d'obligation envers lui dans celui qu'on nomme un esclave; c'est-à-dire que l'esclavage se réduit à rien.

Si l'on prétendait que , par leur nature , les hommes ne sont soumis à aucune loi, et que , par conséquent , il n’existe entre eux aucun devoir réciproque, il serait encore impossible d'admettre qu'unhomme puisse être la propriété d'unautre homme.

On ne saurait nier l'existence de tous les devoirs , sans nier par cela même l’existence de tous les droits , car les premiers supposent nécessairement les second» : or, quand on nie les droits, il ny a plus moyen de soutenir I existence de la propriété, ni par conséquent la légitime possession d'un homme par un autre.

Les devoirs et les droits d’une personne, soit, envers elle-même , soit envers les

autres, sont inhérens à sa nature, et ne résultent pas de concessions faites par quelqu'un de ses semblables. Si un père a des devoirs à remplir envers son fils, un fils envers son père , un mari envers sa femme , ou une femme envers son mari , ces devoirs dérivent de certaines relations ou d'un certain ordre de faits; ils ne sont pas , comme on l a déjà vu , et comme on le verra mieux encore par la suite , les produits de la puissance d'un gouvernement; les lois qui les engendrent ont une existence aussi indépendante de» volontés de l autorité publique, que les lois dumonde physique.

Les mêmes lois qui s'opposent à ce qu'un êlic humain soit mis au rang des choses et traité comme une propriété , s'opposent, à plus forte raison, à ce qu’un peuple soit considéré cpmme la propriété d'un individu , d une famille ou d une caste. L’observation des effets de l’esclavage politique nous a convaincus , en effet, que , suivant les lois de sa nature , une nation a des devoirs à remplir envers ellemême, envers les divers membres dont elle se compose, et envers les autres nations, et qu'elle a par conséquent des droits à exercer. Ces droits et ces devoirs réciproques d une nation envers chacun de ses membres ou envers d'autres peuples, ne sont pas moins indépendaus des volontés humaines, que ceux qui existent entre les membres d'une famille. Ils ne peuvent pas plus être détruits par la force ou par une abdication volontaire que ceux d’une seule personne ; on peut dire pour une nation ce que nous avons dit pour un individu, que l'engagement de ne pat remplir te» devoirs ne saurait engendrer aucun devoir. Tout obstacle mis à la liberté d'une nation est donc illégitime ; c’est un devoir pour chacun de contribuer à le faire dispaiailre.

J'ai fait observer ailleurs que, quelle que soit la marche qu’on se propose de suivre dans l'abolition de l'esclavage do-

Dü FONDEMENT DES DROITS ET DES DEVOIRS.

mestiqnc , il est un principe qu'il faut d'abord admettre sans restriction , parce qu'entre l'erreur et la vérité il n’y a pas d intermédiaire. « Il ne faut point, ai-je dit, partir du fait mensonger qu’un être humain est une chose, ou un quart de chose, ou un huitième de chose, il faut reconnaître franchement ce qui est, c’est-àdirc qu'il est une personne ayant, suivant les lois de sa nature , des devoirs à remplir envers lui-mème, envers son père, sa mère, sa femme , ses eufans et 1 humanité tout eutière. » Or, ce que j’ai dit ailleurs de la personne qu’on appelle un esclave , en ls comparant à une antre personne qu’on appelle un maitre , je dois le dire de cet collections de personnes auxquelles on donne le nom de peuples ou de nations , en les comparant aux individus on aux familles qui prétendent les posséder comme on possède des terres ou des troupeaux.

Quelle que soit la marche qu'on se propose de suivre pour tirer un peuple d'un état dans lequel il est considéré comme une propriété, il cs| une vérité qu'il faut d'abord reconnaître; c’est qu'une nation, comme un individu, est soumise à des lois qu’elle ne peut pas impunément laisser enfreindre, et qu’elle a par conséquent des devoirs à remplir et des droits à exercer. Cette vérité reconnue, il ne s’agit plus que de découvrir quels sont ces droits et ces devoirs , et s'ils sont une fois établis et respectés , l’esclavage politique est aboli.

La liberté civile et la liberté politique sont donc des conditions essentielles de l’exercice de tous les devoirs , et par conséquent de tous les droits ; la servitude domestique et la servitude politique en sont, au contraire , la négation et la ruine- On a vu la démonstration indirecte de ces deux

vérités dans l’exposition que j’ai faite des effets des divers genres d’esclavage , on en verra la démonstration directe , en observant les rapports naturels qui existent, soit entre les personnes et les choses , soit entre les divers individus dont le genre humain se compose. Si nous observons exactement en quoi consistent les droits et les devoirs de toute personne et de toute agrégation de personnes, nous saurons ce qui constitue la liberté civile et politique; en observant les divers élémens qui constituent la liberté , nous arriverons également à la découverte des devoirs et des droits qui sont inhérens à notre nature.

L’observation des divers effets de l’esclavage politique et de l'esclavage civil noqs a fait voir comment les peuples restent stationnaires ou se dégradent ; en observant les élémens divers qui constituent la liberté, elles conséquences quelle produit, nous verrons , au contraire , comment les nations se développent et prospèrent. 11 faudra cependant ne jamais perdre de vue que les hommes ne sont pas soumis à la seule influence de l'esclavage ou de la liberté ; j'ai fait voir ailleurs qu'ils sont placés sous l’influence d’une multitude de causes. 11 est des positions et des circonstances où une nation ne saurait prospérer même quand elle jouiraitde toute la liberté imaginable ; il en est d’autres où un peuple jouit d'une certaine prospérité , quoiqu'il ne soit pas libre. Dans ce dernier cas , ce n'est pas à cause de la servitude à laquelle il est soumis , qu'il jouit de quelque bien-être , c'est malgré elle; dans le premier , c'est malgré la liberté, et non à cause d'elle , qu'il est misérable '.

' V oye . g le livre IV* du Traité de législation.

1JK CE Ol 1 CONSTITUE LA LIBERTE.

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