‹ Traité de la proprietéChapitre 12 sur 54 · DE CE QUI CONSTITUE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

DE CE QUI CONSTITUE LA LIBERTE

les lieux où ses intérêts l'appellent , sans avoir besoin d’en demander la permission; nul n'est arrêté, si ce n’est sur l’accusation d’un crime, ou pour l'acquittement d'une obligation légalement contractée *.

Les possesseurs d’esclaves empêchent , autant qu'ils le peuvent , qu'il ne se forme aucune sorte d'association entre les hommes asservis ; ils supposent , non sans raison, que s’ils pouvaient s'entendre entre eux , tous leurs efforts tendraient vers la destruction de l'esclavage : des hommes libres s'associent toutes les fois que leur intérêt l’exige, sans en demander la permission à personne : ils délibèrent sur leurs intérêts communs aussi souvent qu’ils le jugent convenable, et, tant qu'ils ne portent pas atteinte aux bonnes mesura ou aux droits d’autrui , nul ne les trouble dans leurs réunions.

Des maitres ne permettent pas à leurs esclaves de développer à leur gré l'intelligence de leurs enfans , ou de former leurs mrrnri ; ce sont eui-méines, au coutrairc, qui déterminent ce que doivent savoir ou ignorer, aimer ou haïr les enfans des homme* possédés : des hommes libres considèrent comme un de leursdroils le* plus précieux, comme un des devoiis les plus sacrés, celui de former les mœurs et de diriger l’éducation de leur* enfans. >;

Les maitres ne laissent à leurs esclaves aucune influence sur le choix des agens à l’autorité desquels ils les soumettent; l’exploitation étant toute dans leur intérêt, ils ne la confient qu’à des gens bien déterminés à faire de cet intérêt la règle de leur conduite : des hommes libres ue s eu remettent jamais qu’à eux-mêmes du choix des agens auxquels ils confient une partie de leurs intérêts ; s’ils ue les nomment

' Les ckIivm des colonies n'ont pas besoin d*un laissex-passer ou passeport , tant qu’ils ne veulent que se transporter d'une partie de la plantation é laquelle ils sont attaches, dans ooe autre partie. Les

pas directement, il* en donnent du moins le choix à des hommes qu'ils ont investis de leur conQauce,

Dans le système de l'esclavage , un maître ne rend aux hommes qu'il possède aucun compte de la manière dont il exerce ou fait exercer son pouvoir sur eux ; ses agens sout responsables envers lui delà manière dont ils remplissent leur mandat ; mais ils ne sont soumis à aucune responsabilité relativement à la population asservie : sous le régime de la liberté , tout homme qui exerce un pouvoir quelconque sur ses semblables , est responsable envers eux de ( usage qu'il en fait; il ne peut porter aucune atteinte à leurs intérêts ou à leurs droits , sans être tenu de réparer le dommage qu'il leur a causé.

Dans le système de l’esclavage le pouvoir ou l'autorité que le maître exerce sur tes esclaves est une propriété qui se transmet de père en Gis comme un meuble ou une terre : sous le régime de la lilierlé , l’autorité qu'un homme exerce sur ses semblables ne peut être ni vendue , ni léguée , ni transmise , comme propriété , à titre de succession : elle n’est dans ses mains qu'à titre de dépôt.

Sous le régime de l’esclavage, le mérite et le démérite des serions des hommes asservis , se mesurent , ou par le* avantages que le maitre et les membres de sa famille retirent de ces actions, ou par le préjudice qu’elles leur causent ; sous U régime de la lilierlé , les actions des hommes sont jugées suivant leur nature; elle* sont approuvées ou condamnées selon le principe qui les produit , et le* conséquences bounes ou mauvaises qui en résultent pour I humanité.

On pourrait pousser plus loin ee parai-

sujets des despotes orientaux peuvent aussi parcourir les états de leurs maîtres, sans être munis d*un lai n espalier. Les rois du continent européen ne laissent pas A leurs sujets une liberté aussi étendue.

DE L’OCCUPATION DES CHOSES. If

lèle; mais on trouverait toujours que la liberté consiste dans la destruction des principes et des moyens qui constituent la servitude : on verrait qu'elle s’établit et se conserve par des moyens directement opposés à ceux qui constituent et conservent l'esclavage.

11 ne faut pas , au reste , pour juger du degré d’esclavage ou de liberté qui existe dans un pays , s’arrêter aux dénominations données aux hommes ou aux institutions. Il n’est pas nécessaire qu'un individu s’appelle un maître, un planteur ou an sultan, pour être un possesseur d’hommes, et pour en avoir les mœurs ou les idées. Il n’est pas necessaire non plus qu’un homme s'appelle un serf, un esclave on un fellah , pour être possédé , et pour éprouver tous les effets de l’esclavage. Il suffit , pour que la servitude existe dans un pays, qu'il y ait des hommes qui exercent sur leurs semblables les pouvoirs qu'un propriétaire exerce sur sa propriété,

La servitude peut être plus ou moins étendue : quand un des éléinens dont elle se forme vient à disparaître, la faculté dont l'homme possédé recouvre l’exercice , se nomme une liberté, on dit qu'il possède de » liberté» , quand l'exercice innocent de plusieurs de ses facultés lui a été

rendu ; on dit qu'il est libre ou qu’il posa sèdesa liberté, quand tous les éléinens dont l’cnsembieconstitue la servitude ont complètement disparu : il est aisé de comprendre maintenant comment la plupart des peuples ont de» libellée, et comment il en est si peu qui jouissent de la liberté.

Ayant exposé la nature et les effets de l’esclavage ; ayant démontré qu'un tel état est la négation de toute espèce de droits et de devoirs ; ayant ensuite fait voir que l’état auquel nous donnons le nom de liberté, est celui dans lequel les hommes sont dégagés de tou6 les liens de la servitude , il me reste à rechercher quels sont les développemcns que prennent les nations quand elles sont libres.

C’est en observant les phénomènes qui constituent la liberté , et ceux qui sont les conséquences naturelles d’un tel état, que nous apprendrons comment les uations prospèrent, et que nous parviendrons à connaître quels sout les droits et les devoirs de chaque personne , et des diverses agrégations de personnes , dont l’ensemble compose le genre humain.

Dans ces recherches, nous aurons à observer alternativement les rapports qui existent entre les hommes , et les choses au milieu desquelles ils sont placés , et entre les hommes et leurs semblables.

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