‹ Traité de la proprietéChapitre 15 sur 54 · DE L’APPROPRIATION DES CHOSES · texte numérisé non relu

DE L’APPROPRIATION DES CHOSES

pénètre, et de la plante de même espèce qui la féconde. On ne saurait l’isoler complètement d’une de ces choses, sans la faire périr, ou du moins sans l’empêchcr de se reproduire.

Tout animal dépend également, pour sa conservation, son accroissement et sa reproduction, des choses au milieu desquelles la nature l a placé. De même que la plante, il a besoin de l'air dans lequel il est plongé , de l’eau qu’il boit, ou qui se mêle à scsalimens, de la lumière qui l’éclaire , de la chaleur qui lui donne la vie, et d'un animal de même espèce auquel il s'unit. Il ne lire pas immédiatement sa subsistance de la terre , comme les végétaux; mais il l’en tire d'une manière médiate, en se nourrissant des objets qu’elle loi prépare. Sous quelques rapports, il parait dans une plus grande dépendance des choses, puisqu'il ne peut , sans périr, en être séparé aussi long-temps ; mais , d’un autre côté, il est doué de la faculté d’aller à la recherche de celles qui lui sont nécessaires.

Les hommes, considérés sons des rapports purement physiques, sont soumis aux mêmes lois; romuie tous les autres animaux , ils ont besoin , pour sc conserver et se reproduire, d’air , de lumière, de chaleur, d’alimens, et de l’union des sexes; ils ont besoin, de plus, de vétcmens et d’abri. Si les végétaux tirent immédiatement leur subsistance delà terre, et si la plupart des animaux l’en tirent d’une manière médiate en sc nourrissant de végétaux , l’homme lire la sienne de la même source, en sc nourrissant des uns et des autres. Les animaux ayant besoin, pour se conserver , de substances plus élaborées , et plus variées que celles qnc demandent les plantes, ont la faculté de se déplacer pour aller les chcrrher.Dc même, les hommes, ayant des besoins plus nombreux et plus variés qu'aucun autre genre d'animaux, ont la faculté de diriger les productions végétales et animales de manière

qu’elles soient propres & les satisfaire.

L’action d’un être organisé qui nnit & sa propre suhstanee les choses au moyen desquelles il croit, se fortifie et se reproduit, est ce quenous nommons appropriation. Par cette action , en effet , il se les approprie , il les transforme en une partie de lui-méinc ; de telle sorte qu’on ne pourrait les séparer de lui sans le détruire. Il serait également impossible de diminuer d’une manière considérable la quantité de choses qu’un homme consomme habituellement dans un temps donné , sans l’affaiblir ou le détruire , ou sans lui causer des souffrances plus ou moins vives. Arrêter ou suspendre la multiplication des choses au moyen desquelles les nations existent, c’est arrêter ou susprendre la multiplication même des hommes; de même, multiplier ces choses, c’est donner auxhommcslcs moyens de s’accroître dans les mêmes proportions.

Un homme qui serait privé d’air atmosphérique pendaut quelques minutes, cesserait d’exister, et une privation partielle lui causerait de vives souffrances ; une privation partielle on complète d’alimens produirai t sur lui des effets analogues, quoique moins prompts; il en serait de même, du moins dans certains climats , de la privationde toute espècedevétcinensou d’abri ; enfin, l'isolement dans lequel un individu serait placé relativement à des individus de son espèce, s’il 11e causait pas sa destruction, I’enqiêehcrait du moins de se reproduire.

Pour se conserver et se reproduire, l’homme a donc besoin de s'approprier incessamment des choses de diverses espèces ; niais rcs choses n'existent pas dans les mêmes proportions : quelques-unes, telles que la lumière des astres, l’air atmosphérique, l'eau renfermée dans le bassin des mers , existent en si grande quantité, que les hommes ne peuvent leurfaire éprouver aucune augmentation ou aucune diminution sensibles; chacun peut s’en approprier autant que scs besoins eu deman- S.

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