‹ Traité de la proprietéChapitre 18 sur 54 · Î3 DK L’APPROPRIATION DES CHOSES · texte numérisé non relu

Î3 DK L’APPROPRIATION DES CHOSES

de propriétés. Noos ne donnerions pas ce nom à des choses qui ne pourraient satisfaire aucun besoin, procurer aucune jouissance : un objet complètement dépourvu d'utilité serait ahamlonnédctoutle monde.

Nous devons remarquer ici que nous estimons les choses auxquelles nous donnons le nom de propriétés , eu raison des services qu elles peuvent nous rendre , et non en raison de la quantité de matières dont elles sont formées. La matière, considérée en ellc-mémc, et abstraction faite de toute utilité, n'est pour nous d'aucune valeur : personne ne cherche à se l'approprier. Si nuus augmentons I utilité d'une chose , si nous lui donnons des qualités qui la rendent propre à satisfaire plus de besoins , la propriété deviendra plus considérable. Si nous en diminuons futilité , si nous lui faisons perdre quelques-unes des qualités qui la rendaient propre à procurer certaines jouissances, à satisfaire certains besoins , la propriété décroit dans la même proportion. Enfin, la propriété s'évanouit, si l'utilité de la chose disparait complètement : elle est abandonnée.

Ces observations, qui sont incontestables pour les choses mobilières, ne le sont pas moins pour les terres, les maisons, ou pour d'autres choses immobilières. Une terre qui produit dix mille francs de revenu est une propriété aussi considérable qu'une antre terre qui a le double d étendue , et qui ne peut pas produire un revenu plus grand. Faire subir à un champ une modification qui augmente le revenu d’un dixième , ou y ajouter un dixième en étendue d une égale fertilité , c'est accroître la propriété exactement dans la même proportion. De même, ûter un dixième de l'étendue au propriétaire, ou modifier la totalité, de manière quelle produise un dixième de moins, c'est diminuer la propriété de la même valeur.

Il suit de là qu’on pourrait priver complètement une personne d une propriété considérable, sans lui ravir un atome de

matière : il suffirait d'en détruire fntilité; c est ce qui arriverait , si l'on mettait eu pièces une statue , si l'on réduisait en cendres une bibliothèque. Il suit également de là qu'en donnant à une matière quelconque une utilité dont elle était privée; eu la rendant propre à satisfaire un besoin , on crée une propriété, ou l'on accroît ( importance dune propriété déjà formée.

C'est là le résultat de l'industrie humaine : c'est de là que sont venues presque toutes les propriétés que les hommes possèdent.

Les qualités qui rendent les choses propres à satisfaire nos besoins , ou à nous procurer certaines jouissances , étant au nombre des élémens qui constituent une propriété, et ces qualités étant le résultat de l'industrie humaine , combinée avec les moyens que la nature fournit à tous les hommes , il s ensuit que , pour trouver les véritables fondemens de la propriété, il Tant admettre, premièrement, qu’un homme est un être libre par les lois de sa nature ; que ses facultés n'appartiennent qu'à lui, et que les valeurs qu'il crée par elles , et sans rien ravir à personne, ne peuvent être qu’à lui ; en second lieu , que 1 importance d’une propriété se mesure , non par le plus ou moins de matière , mais par les qualités propres à satisfaire nos besoins, par l'utilité dont elle est pour les hommes , enfin, que les choses que les jurisconsultes désignent sous le nom de communes, appartiennent également à tout le monde, et que chacun peut s’en approprier autant que ses besoins en demandent.

Admettant que tout honime est maitre de lui-même , qu'il ne peut se conserver et se reproduire qu’en consommant sans cesse l’utilité qui se trouve dans certaines choses, et que toute valeur à laquelle il donne l’existence est à lui , il s'ensuit que la propriété n’est qu'une conséquence de la nature de l hoiume, et qu'on ne peut l'attaquer sans attaquer l’espèce humaine elle-même ; il s'ensuit que les moyens les plus légitimes d’obtenir une propriété, c'e*t

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