‹ Traité de la proprietéChapitre 19 sur 54 · DES CHOSES COMMUNES A TOUS LES HOMMES · texte numérisé non relu

DES CHOSES COMMUNES A TOUS LES HOMMES

de I* produire, ou de la recevoir, par l’efTet d'une libre transmission , des mains de ceux qui l'ont produite ou reçue des producteurs.

Le travail est donc le principe qni donne naissance aux propriétés ; presque tontes viennent de cette source, ainsi qu'on le verra plus loin. Mais le travail est une peine , et les hommes ne s'imposent volontairement des peines qu’autant qu’ils espèrent d’en recueillir les fruits. Si donc les valeurs par eux produites leur étaient ravies , à mesure qu'ils leur donneraient l'existence, ils cesseraient de travailler. Ils cesseraient également de conserver les propriétés déjà existantes, s'ils n'avaient pas la certitude d'en jouir et d'eu disposer à leur volonté. 11 ne peut donc y avoir de prospérité pour une nation que là où la liberté de l’industrie est assurée , et où chacun est maître du produit de ses travaux.

Nous désignons ici, par le mot propriété i, certaines choses considérées dans les rapports qu'elles ont avec certaines personnes , et placées sous certaines circonstances. Les jurisconsultes et quelques philosophes ont pria ce mot dans un autre sens : ils s’en sont servis pour désigner

certains droits , et non des choses. Lorsque nous aurons clairement déterminé les élémens divers qui constituent ce que nous désignons par le mot de propriétés, nous examinerons re qu’ils désignent par le même mot.

J'ai fait voir ailleurs que les sciences morales , comme les sciences physiques , ne peuvent se former que par l’observation exacte d'un certain ordre de faits ou de choses. Je dois , par conséquent , dans mes recherches sur la propriété , porter mes observations sur des choses ou sur des faits ; je ne saurais procéder autrement , sans renoncer à la méthode que j'ai suivie jusqu’ici. Pour connaître les phénomènes de l’esclavage politique et de l'esclavage domestique, je n’ai pas commence par examiner si l'état de servitude est ou n’est pas contraire au droit; j'ai simplement observé quelles en sont la nature , les causes et les conséquences. La connaissance du droit est sortie de l’examen des faits, avec une évidence qu’on n'aurait pas obtenue d'un autre procédé. Je suivrai la même méthode pour la propriété :

l'observation des phénomènes de la nature nous conduira à la connaissance du droit.

Page 1