‹ Traité de la proprietéChapitre 28 sur 54 · BS DU TERRITOIRE PROPRE A CHAQUE NATION · texte numérisé non relu

BS DU TERRITOIRE PROPRE A CHAQUE NATION

et les font cultiver par les vaincus, qui leur en livrent les fruits. C'est ainsi que les Romains se rendirent maîtres d'une partie de l'Europe, et qu'ils furent ensuite remplaces par des Barbares venns du Nord; c'est également ainsi que les Tartares se sont établis en Chine. Mais , tôt ou tard la force des choses rend la puissance à la population •vaincue , et fait disparaître la race des vainqueurs. Que sont devenus , parmi nous, les deseendans des Francs qui envahirent les Gaules au cinquième siècle? On trouverait à peine deux ou trois familles dont l'origine plébéienne ne soit pas démontrée. Le nombre des familles qui sont descendues des eonquérans romains n'est peut-être pas beaucoup plus considérable.

De notre temps, il se fait encore des invasions; mais ce ne sont pas des peuples qui en dépouillent d'autres , comme au temps de la république romaine, ou au temps des invasions des Barbares ; ce sont des rois qui, par le moyen de leurs armées, étendent leur domination et augmentent le nombre de leurs sujets, c'està-dire de leurs tributaires ; telle était la domination des Turcs sur les Grecs, et telle est encore la domination de l'Autriche sur une partie de l'Italie , de la Russie sur la Pologne Les attentats de ce genre deviendront de plus en plus rares; les peuples qui jouissent de leur indépendance et de leur liberté , finiront par comprendre que ce sont des crimes qu'ils ne peuvent laisser consommer impunément, sans comprometre leur propre existence.

Ayant établi comme un fait incontestable , reconnu par l'universalité des hommes, que chaque peuple, considéré en masse, a un territoire qu’il possède exclusivement , et qui forme sa propriété ; ayant démontré que ce fait n'est pas seulement reconnu , mais qu’il est généralement indestructible , puisqu'à l'exception de quelques pauvres sauvages, il est impossible de déponiller une nation de son

territoire, diverses questions se présentent à résoudre : on peut demander quels sont le fondement et la garantie de cette propriété, quelles en sont les limites naturelles , quelle est la manière d'en jouir , et comment se forment au milieu d'elle les autres espèces de propriété. Je répondrai en peu de mots à la première de ces questions ; les autres seront examinées dans les chapitres suivans.

Quelques écrivains ont attribué , sans beaucoup de raison , l'origine des propriétés privées aux lois civiles , c'est-à-dire aux actes des gouvememens. On ne peut pas, avec quelque apparence de raison, donner la meme origine aux propriétés des diversesnations.il n'est pas île gouvernement qui ait distribué la surface de la terre aux peuples qui la possèdent, et qui garantisse à chacun la part dont il est en possession. Il serait difficile de dire pourquoi les uns possèdent un territoire fertile placé sous un beau climat, tandis que d'autres sont relégués sur des terres arides et sous un ciel rigoureux.

Mais, s'il est impossible de rendre raison de la distribution des peuples sur la surface du globe, rien n'est plus aisé que de voir la force qui les retient dans les lieux où ils sont placés : c'est la nécessité. Celui qui voudrait abandonner son propre territoire pour s'en approprier un meilleur, rencontrerait des obstacles qu'il ne parviendrait jamais à vaincre. S'il était nombreux , il lui serait impossible de se déplacer en masse; s’il ne l’était pas, il s'exposerait à être exterminé. II n’aurait pas seulement à vaincre et à détruire la nation dont il voudrait usurper la place : il aurait à vaincre, en même temps, les nations qui prendraient sa défense. Une tentative de cette nature serait si menaçante pour tous les peuples , que celui qui la formerait les aurait tous pour ennemis.

Chaque peuple trouve donc la garantie de son territoire , non dans un gouveme-

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