OU TERRITOIRE PROPRE A CHAQUE NATION
traités, les limites de chaque territoire sont déterminées , reconnues. Une horde de sauvages vend une partie des terres qu'elle occupe , comme nous vendons les choses qui nous appartiennent ; et quand la vente en est faite et le prit payé , elle n'y prétend plus rien
Si donc nous considérons , sous un point de vue général , l'aspect sous lequel se présente le genre humain , nous voyons que, depuis les temps les plus reculés, toutes les parties de la terre qui peuvent fournir aux hommes des moyens d'existence, sont occupées par des nations plus ou moins policées , ou par des hordes plus ou moins barbares ; qu'à tous les degrés de civilisation ou de barbarie, les individus dont le genre humain se compose , sont réunis en familles; que les familles se groupent les unes près des autres , pour former des hordes ou des peuplades ; que chaque nation, ou chaque peuplade, est renfermée dans un espace limité de toutes parts , et qu’elle Considère comme sa propriété le territoire dans lequel elle est renfermée.
Nous devons remarquer que plus une nation se développe par la multiplication des individus dont elle se compose , par les lumières et les richesses qu'elle acquiert, plus le territoire qu'elle occupe devient pour elle une propriété incontestable et incontestée. On a pu disputer à des hordes sauvages une partie du territoire qu elles occupaient, parce qu'on ne voyait pas clairement Comment elles s'étaient formées au moyen de ee territoire. On ne contesterait pas à une nation civilisée les terres sur lesquelles elle s est développée, et desquelles elle tire ses moyens d'existence : on prendrait pour uu fou , celui qui prétendrait que le territoire de la Grande-
' Le» Anglo-Américain* qui achètent de* terres de* Siuvijpi, ne Sont jamais ert guerre avec eux, ceux qui les mur finit sont toujours espoirs A des hostilités. L'état de Pensylvaaie o'a jamais éprouvé d'agression de leur part ; mais aussi , a vaut de se
Bretagne, appartient à un peuple autre que celui qui le possède. Contester à une nation le territoire sur lequel elle s’est formée, c’est en réalité lui contester la vie, par la raison qu'on ne saurait l'en expulser •ans la détruire presque entièrement.
Quaml on considère le possessenr d’un vaste domaine , relativement à d'autres personnes de la même nation, on pent bien prétendre qu'il a usurpé sur eux le»
terres qu’il possède , mais il n’arrive jamais qu'on le considère comine un usurpateur relativement à des étrangers. Ainsi, les ancêtres des lords anglais , ceux des grands possesseurs de terres d'Irlande, peuvent être accusés d'usurpation relativement auxhahilans de ces pays qui n’ont aucune propriété; personne ne s'aviserait de dire qu'ils furent des usurpateurs relativement aux paysans français, au serfs de la Pologne ou de la Russie. La raison en est qu'un peuple ne conteste jamais à un autre la propriété de son territoire , à moins qu'il n'ait pris la résolution de l'exterminer.
Les partisans les pins ontrés de l’égalité, ceux qui auraient voulu que toutes les fortunes fussent égales, et qui ont tenté d'introduire la communauté de travaux et de biens en divers pays, n’ont jamais réclamé l égalité qu'entre les membres de la même nation on de la même société, lis il ont pas revendiqué leur part des biens qu’ils voyaient chet d’antres peuples, et dont il étaient eux-mêmes privés ; ils n’ont pas appelé à prendre part à leurs richesses , les personnes même les plus pauvres qu’ils ont vues en dehors de leurs sociétés. Cependant, quand on croit qu’il est juste que tous les membres d'une nation aieut une part égale dans la répar-
mettre en po«*rislon tic cr pays, on en paya la valeur à la peuplade dont II était U propriété. (W*M, T'oy. au Canada, t. 3, clt 35. p. loi — Lewl*. P'vy. dans l’Océan pacifique, p. xvj de la préface. — Wright» lett. la, p. aoftooj}).
Dr TERRITOIRK PROPRE A CHAQUR NATION. il
titiondes biens et des maux , il est difficile de voir pourquoi légalité ne régnerait pas entre les peuples comme entre les membres d'nnc nation; pourquoi certains peuples jouiraient éternellement d’un sol fertile et d’un climat heureux , tandis que d'autres seraient éternellement relégués sons un ciel âpre, ou sur un sol ingrat. Ne faudrait-il pas, pour établir l’égalité entre les nations , comme on veut l'établir entre les individus, que chacune d'elles eut alternativement la jouissance d'un bon et d’un mauvais territoire? Qu’ont fait les liait! tans de l’Italie pour être mieux traité* par la nature, que lesbabitans de la Norvège?
Comment la justice peut-elle tolérer l’inégalité de partage qui existe entre les uns et les autres ?
Il est des gens qui trouvent contraire aux lois de notre nature, qu'un (ils recueille la succession de son père; ils voudraient que les terres et même les propriétés mobilières fussent transmises à l’état, qui en confierait l’exploitation aux plus capables ; à leurs yeux , la transmission héréditaire des biens du père à scs enfans, est un privilège exorbitant que rien ne saurait justifier. L’on voit bien encore ici que la propriété n’est pas reconnue , quand on compare une famille à une autre famille de la même uation; mais elle l’est complètement quand on compare un peuple à un antre peuple. Dans le système qui tend à répartir les fortunes en raison de la capacité de chacun , ce ne seront pas les fils qui succéderont à leurs pères ; mais une génération succédera toujours à l'autre , dans la même nation ; ce seront des Anglais qui succéderont toujours à des Anglais, des Français à des Français. Cependant , si l’on n’admettait aucune propriété, si les terres, qu’on appelle des instrumens de travail, devaient toujours passer aux mains des plus capables de les faire valoir , pourquoi ne ferait-on pas succéder une génération d’Anglais à une génération de Russes?
Les hommes qui forment les systèmes
les plus bixarres, ceux qui n’admettent pas l’existence de la propriété privée ; ceux qui s'imaginent qu’il est au pouvoir des hommes de répartir d’une manière égale, entre les membres de la même communauté , les biens et les maux que la nature nous a réservés ; ceux enfin qui se flattent de répartir ces biens et ces maux entre les personnes dont une nation se compose, de manière que chacune soit traitée en raison de son mérite , ne peuvent donc contester ni la séparation que la nature a mise entre les peuples, ni la propriété du territoire que chacun d’eux possède exclusivement.
En disant que chaque peuple a un territoire qui lui est propre, je n’entends pas dire que celte propriété , à laquelle nous donnons le nom de nationale, n'a jamaisété violée. Rien n’est plus commun , au contraire , que de voir, soit dans l’histoire ancienne , soit dans l’histoire moderne, des nations qui ontdélruitou asservi d’autres nations pour s’emparer de leur territoire. Les Romains ne s’agrandirent que par des usurpations de cette nature ; et la plupartdcs colonies que les modernes ont établies en Amérique ou en d’autres pays, n’ont été fondées que sur la ruine des populations dont elles ont pris la place. Les attentats de ce genre, qui deviennent de jour en jour plus rares, ne prouvent rien contre l’existence du phénomène que nous venons d’observer. Tous les jours les magistrats ont à punir des atteintes portées aux propriétés privées ; ces atteintes ne sont pas une preuve que la propriété n’existe pas ou qu’elle n’est pas reconnue ; la seule conséquence qu’on puisse en tirer , c’est qu’il est impossible d’empêcher toute espèce de désordre , même dans les so- • ciélés les mieux policées.
Il est rare qu’une nation qui envahit le territoire d’une autre , l’en dépouille complètement , à moins qu’elle ne prenne le parti de la détruire. En général , les eonquérans s’emparent des meilleures terres,