DES LIMITES NATURELLES DU TERRITOIRE
tagncs assez élevées pour rendre les communications longues, difficiles et dispendieuses. Il suit de là que la ligne qui sépare deux nations se trouve naturellement dans la partie la plus élevée de la cLaine placée entre elles, au point où les eaux se partagent. Chacune d'elles a la propriété du versant qui se trouve de son côté ; et aucune ne peut s’emparer du versant qui lui est opposé, sans usurpa Lion et sans tyrannie. Ainsi, par exemple, le versant des Alpes sur lequel coulent les eaux du Var , de la Rotta et de ITinpéro , forme évidemment une partie de la France.
Le traité qui l'en a détaché pour en former le comté de Nice elle joindre au Piémont, n’a pas ru d'autre objet que de ménager à quelques puissances une entrée sur le territoire français. Par la même raison, la partie du versant septentrional des Pyrénées, qui porte ses eaux dans la Bidassoa, ne forme pas une partie naturelle de l'Espagne. Les rivières, surtout quand elles sont d’une navigation facile, sont des moyens de communication, des causes d’association. On fait un contre-sens quand on les considère comme des barrières qu'il n’est pas permis de franchir.
On peut observer, dans la plupart des états de l’Europe , un grand nombre de divisions contraires à la nature des choses ; mais il n'en est aucune qui soit plus frappante , et qui ait eu , pour les populations qui l’ont soufferte, de plus funestes effets que celleqni partage laPcninsule ibérique en deux états indéprndans l'un de l’antre.
Ce pays est admirablement disposé pour former plusieurs états provinciaux, unis par un lien commun ; les populations renfermées dans les bassins des rivières sont séparées les unes des autres par de hautes montagnes. Mais, tant que les habitans
* On peut faire, tur In états du centre de l'Europe, les mêmes observation! que sur la Péninsule ibérique: il n'est rien au monde de plut propre à retarder les progrès de la civilisation que cc monstre qu'on a
decetle contrée verront une cause de séparation dans ce que la nature a fait pour les unir, et des causes d'union dans ce qui les sépare réellement, il est impossible qu'ils ne soient pas continuellement dans un état de gène , de misère et de désordre '.
Les montagnes foraient, disons-nous, les limites qui séparent les nations les unes des antres, et qui partagent le même peuple en fractions plus ou moins considérables ; mais il ne faudrait pas s'imaginer qu entre deux nations distinctes, on trouve, sur tous les points, une mer ou de hautes montagnes. Deux fleuves qui suivent à peu prés la même direction, sont souvent séparés, pendant une grande partie de leur cours, par une chaine de montagnes plus on moins élevées; niais toutes les montagnes s’aluissent plus ou moins rapidement à mesure qu elles avancent vers la mer. Il résulte de là que les populations situées entre lcmbouchure de deux fleuves, ne sont souvent séparées par aucune limite très prononcée , et qu'elles se confondent les unes avec les autres. Le même phénomène se fait remarquer d'une manière encore plus frappante dans les vallées parallèles qui portent lenrs eaux dans le même fleuve. Les branches de montagnes qui les séparent, s'abaissent d'abord graduellement, et souvent elles s'effacent tout-à-fait avant que d'arriver au fleuve. En reconnaissant les limites naturelles du territoire de chaque nation ou de chaque fraction d'un racine peuple, il ne faudrait donc pas s'imaginer qu elles sont partout également prononcées , et former un système qui se trouverait démenti par les faits.
Les mers sont, pour les nations, des limites qui peuvent être difficilement méconnues : aussi , quoiqu'il arrive souvent
créé en i8l5, ioui le nom de Confédération çermanique, et qui tend constamment 1 placer sous un même régime les populations des bassins du Rbin» de l’Elbe et du Danube.