‹ Traité de la proprietéChapitre 34 sur 54 · PROPRE A CHAQUE NATION · texte numérisé non relu

PROPRE A CHAQUE NATION

qa un peuple , ou , pour parler d’une manière plus exacte, son gouvernement, porte sa domination sur un versant qui fait partie du territoire d'un autre peuple, il est extrêmement rare qu’une limite formée par la mer soit un objet de discussion. La nation qui tenterait d'usurper, sur une autre , une telle limite, en retirerait de si faibles avantages , et aurait tant de peine à la conserver, qu elle se verrait bientôt contrainte de l'abandonner, à moins qu'elle n’établit en même temps sa domination sur tout le pays.

Les peuples dont le territoire va jusqu’à la mer, n’admettent pas que leur domination finisse exactement au point où la mer commence. Tous, sans exception, considèrent une certaine étendue de la mer comme faisant partie de leur territoire : c'est ce qu’ils appellent leurs eaux. La raison en est que chaque nation considère comme sa propriété la chose par laquelle elle subsiste, et que c’est en péchant sur leurs rivages, que les peuples maritimes se procurent des moyens d’existence.

11 faut ajouter aussi qu'un peuple ne pourrait pas veiller à sa sûreté, s’il n’était pas admis qu’il est propriétaire d’une certaine étendue des eaux de la mer qui forment ses limites *.

Les diverses fractions de populations , qui se trouvent répandues dans le bassin d'un ileuve, sont naturellement associées les unes aux autres , et forment une nation unique , ou une confédération de divers états, lorsque chacune d’elles jouit d’une entière indépendance. Il arrive rarement qu’une de ces fractions se sépare volontairement des autres pour s’associer à des populations répandues dans des bassins difTcrens, et dont elle est par conséquent éloignée par des limites naturelles.

La raison en est dans les avantages qui

i Le* Sauvages eux-mémes ont leur» eaux autour de leur territoire comme le» peuples civilisés ; ils ne

résultent de toute asociation naturelle , et dans les inconvéniens qui sont la suite ordinaire des associations contre nature.

C'est en traitant de l'organisation politique , que je ferai voir quels sont ces inconvéniens et ces avantages.

Cependant il se rencontre quelquefois des circonstances où les avantages d'une association naturelle disparaissent presque entièrement, tandis que les inconvéniens d'une association contraire à la nature des choses, sont pen sentis. Il serait, par exemple, dans la nature des choses, que les peuples qui habitent les trois grandes fractions qui composent le bassin du Rhône fussent unis entre eux, soit en formant une seule nation , soit en formant divers états unis par un lien fédéral. Ces peuples parlent tous la même langue, peuveut aisément traiter ensemble, et sont enveloppés par les mêmes chaînes de montagnes. Cependant, si l'on voulait unir à la France ceox d'entre eux qui sontalliés à des cantons allemands et k un canton italien , il faudrait leur faire une forte violence. Il faudrait également faire violence aux habitans du Tessin pour les unir à l'Italie, et les séparer de leurs alliés allemands ou français.

La raison de ceci n'est pas difficile à voir. L'alliance formée entre les habitans des parties supérieures des bassins du Rhône, du Rhin, du Tessiu et de l'Inn, fait peser peu de charges sur les associés.

Chaque population, ou chaque fraction de population , reste souveraine sur son territoire , pour tout ce qui concerne ses affairesintérieures. Le gouvernement fédéral n'envoie pas, dans les cantons français, des juges , des administrateurs ou des commandans allemands; il n'envoie pas, dans les cantons allemands, des administrateurs ou des magistrats français. Il a besoin

souffrent pas que d'autres peuples viennent y prendre du poisson.

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