‹ Traité de la proprietéChapitre 4 sur 54 · DE L'INFLUENCE DES DOCTRINES DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

DE L'INFLUENCE DES DOCTRINES DE L'ESCLAVAGE

romains , et celles «les peuples du inovcnâge ont été , pour ainsi dire , les patrons sur lesquels les savans ont tenté déformer les idées et les mœurs des nations.

Mais la révolution qui s’est opérée dans l’étude des sciences physiques ne s'est pas encore étendue à l'étude de toutes les branches dés sciences morales : le prrtfeS* seur qui, dé nos jflurs, enseignerait comme des vérités les doctrines des premiers physiciens, se rendrait ridicule; il n'en serait j>as de même de celui qui enseignerait les systèmes philosophiques des écrivains grecs. On craindrait de s’égarer si l’on suivait aveuglément les doctrines d’Aristote : on n’éprouve pas cette crainte en étudiant les opinions de Papinicn. Dans les sciences physiques , celui qui s’aviserait de substituer l’autorité des livres a l’autorité des faits, serait considéré comme un esprit étroit et faux; mais dans la sciéhCfc du droit ou de la morale, celui qui s'aviserait de substituer l'autorité des faits à l’autorité des livres, ne serait peut-être pas compris par beaucoup de gens qui se prétendent instruits.

Les idées que nous avons sur les lois et sur la morale n’étant pas , en général , des résultats de nos propres observations sur la nature des choses , il nous importe de remarquer au moins quelles sont les sources auxquelles nous allons les puiser. Nous les puisons généralement dans les institutions des premiers peuples de la Grèce et de l’Italie , dans les décisions des jurisconsultes romains , ou daus les rescrits des empereurs ou dans les lois ou les institutions du moyen -âge. Nous formons ainsi notre entendement sur celui des peuples qui sortaient à peine de la barbarie, et qui avaient tous les préjugés et toutes les passions qu enfantent la servitude et l'état sanvage. 11 est bien clair qu'il n’est ici question que de ceux d’entre nous qui étudient la morale et les lois comme sciences ; ceux qui n’ont pas la prétention d’être ou de devenir des savans,

ont toujours uu certain nombre d’idées qu’ils ne doivent qu’à leurs propres observations et à leur bon sens naturel.

Il n’existe cependant presque aucune analogie entre l'état social au milieu duquel nous vivons , et l'état social des peuples dont nous empruntons les idées pour former nos sciences. Notre tendance naturelle nous porte à agir immédiatement sur les choses pour les approprier à nos besoins , et à nous soustraire à l’action violente que nos semblables voudraient exercer sur nous , pour uous contraindre à devenir les instruinens de leurs plaisirs ou de leurs caprices. Les hommes dont nous empruntons les idées n’agissaient sur les choses, au contraire , que par l’intermédiaire d'autres hommes qu’ils s’étaient approprié» , et dont ils faisaient les mstrumens de leurs travaux. Chez les peuples civilisés de notre âge , l’homme lutte sans cesse avec la nature physique, pour en diriger les forces dans le sens de scs intérêts. Cette lutte existait aussi dans les temps anciens ; mais il y avait de plus une lutte continuelle d'homme à homme.

Les législateurs ou les philosophes dont les opinions ou les principes servent à former les nôtres, étaient tous, en effet , deS possesseurs d’esclaves. Aristote , Platon , Cicéron , Papinien, Paul , Ulpien , possé daient à litre de propriétaires, un nombre plus ou moins considérable d'hoinmes , d’enfans et «le femmes. Ils ne doutaient pas que celte espèce de propriété ne fût très légitime, et ils auraient regardé comme un mauvais citoyen celui qui aurait attaqué les institutions propres à garantir la durée de l’esclavage. Les empereurs romains et ceux de Constantinople , dont les décrets sont descendu» jusqu'à nous , ne possédaient pas seulement quelques hommes, ils possédaient des nations entières, et croyaient en avoir la propriété. Ënfin, sous le régime féodal , l’esclavage existait comme chez les Romains : le cultivateur était considéré comme faisant partie du champ auquel il

Page 1