‹ Traité de la proprietéChapitre 42 sur 54 · DF, L’UTILITK PRIMITIVE DES FONDS DF, TERRE · texte numérisé non relu

DF, L’UTILITK PRIMITIVE DES FONDS DF, TERRE

Il faut maintenant te demander quelle est l'étendue de terrain necessaire pour faire exister, pendant tout le cours de l’année, un si grand nombre d’animaux propres à servir à d’autres de pâture. Le nombre de ceux qui peuvent vivre dans un pays inculte, est toujours déterminé par la quantité d’alimens que la terre leur présente dans la saison la plus rigoureuse.

S’il en naissait un nombre plus considérable au temps où le sol leur offre des alimens en abondance, une partie périrait de faim dès que le mauvais temps serait venu . Il est aisé de voir qu’une lieue carrée de terrain ne saurait suffire pour faire exister pendant l'biver , quand la terre est couverte de neige, un si grand nombre d’animaux. Admettons toutefois qu’une lieue carrée soit suffisante: dans cette supposition, il faudra, pour faire vivre une famille de six personnes , un territoire de six lieues carrées. Quelque grande que soit cette étendue, on trouvera qu’elle est loin d'élre exagérée , si l’on n'oublie pas qu’une lieue carrée de terrain ne nourrit que six ou sept personnes dans de vastes contrées où la culture a déjà pénétré , et qu’une partie de cette faible population est souvent emportée par la famine.

Il n’est pas de vérité mieux démontrée que l’état de misère et de détresse dans lequel vivent habituellement les peuplades qui tirent tons leurs moyens d’existence de la pèche, de la chasse , ou des objets que leur présente la nature inculte. Une lieue carrée de terrain fournit à un sauvage moins de ressources que n’en trouve chci nous un ouvrier dans l'exercice du plus commun des métiers. Nous pouvons supposer cependant que, dans l’étal de la plus profonde barbarie, les hommes sont aussi bien pourvus de tout ce qui leur est nécessaire pour satisfaire leurs besoins, quedans un état decivilisation semblable à celui de la France. Dans celte supposition , un hectare de terre en France sera une propriété parfaitement égale à douze cents hectares dans une contrée

lout-à-fait sauvage; la première fournira les mêmes ressources que la seconde. Par la même raison , un hectare de terre qui vaudrait douze cents francs parmi nous , ne vaudrait qu'un franc chez des peuples qui n'auraient fait aucun progrès dans la culture.

Lorsque la terre est abandonnée à sa fertilité naturelle, il en faut donc une lieue carrée au moins pour fournir des moyens d'existence à un seul homme; mais il ne faut pas s’imaginer que, même dans cet état, elle donne gratuitement les alimens qu’elle présente; un sauvage, pour s'emparer de sa proie, a besoin de se livrer, presque tous les jours, à des courses longues et fatigantes. Le genre d’indnstric auquel il se livre, et les privations auxquelles il est condamné , ne seraient pas moins insupportables pour un homme civilisé , que ne le seraient pour lui les travaux auqucls se livrent les habitans de nus campagnes. Dans toutes les positions , c'est donc par son travail que l'homme s'approprie les choses dont il a besoin |>our exister.

Il suit des observations qui précèdent, que la plus grande partie de la valeur qu’ont les terres chez les nations civilisées, est le résultat de l'action que les hommes ont exercée sur elles , et des progrès de la population. Si une liene carrée de terre fournit , parmi nous , des moyens d’existence à douze cents personnes , par exemple, onze cents parties de la valeur qu’elle a, sont des produits de l’industrie humaine. Le douzc-ccnlième qui reste , représente la valeur qu’avait la terre, lorsqu'abaudonnée à sa fcrtiliténaturelle, elle servait de retraite aux animaux nécessaires à l'existence d'un seul homme.

Cette différence , entre la valeur primitive du sol et la valeur que lui donnent l’industrie humaine et l'accroissement de la population qui en est la suite naturelle, est tellement considérable que, pour y croire, il faut eu quelque sorte faire vio-

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