‹ Traité de la proprietéChapitre 41 sur 54 · DES EONDS DE TERRE · texte numérisé non relu

DES EONDS DE TERRE

L'homme n'est pas organisé, comme certains animaux , pour se nourrir de la plupart des végétaux que la nature inculte lui présente. Pendant prés de sept mois de l’année , depuis le mois de juin jusqu’au mois d'octolire , sous des climats tempérés , la terre ne produit rien qui poisse immédiatement lui servir d'aliment. Pendant quatre ou cinq mois , elle donne des grains, des fruits, des légumes; mais , à l’exception de quelques baies , ces végétaux ne croissent avec quelque aliondance que sur la terre cultivée. Les voyageurs se sont convaincus, par expérience, qu’il ne fallait pas aller chercher, dans les contrées sauvages , des plantes ou des fruits propres à les nourrir. S’il arrive par hasard que la terre inculte produise quelques fruits ou quelques grains , ils tombent et périssent du moment qu’ils sont parvenus à leur maturité. Nous ne connaissons , chez nous , aucune substance propre à nous servir d’aliment, qui se conserve quand elle est abandonnée sur le sol ; tout ce qui n’est pas mis à l’abri de l'humidité ou de la dent des animaux , a péri même avant le temps des gelées. Les terres placées entre les tropiques sont un peu plus que les autres favorisées par la nature ; cependant elles ne donnent presque rien qui puisse nous servir d’aliment, quand elles ne sont pas cultivées.

Que reste-t-il donc à l'homme pour se nourrir? du poisson et du gibier; et c’est, en effet, de la pèche et de la chasse que les peuples sauvages tirent leurs moyens d’existence. La pèche n'est une ressource que pour les peuplades qui vivent sur les bords des fleuves , des lacs, des mers. Les alimens qu’elle leur fournit ne viennent pas , au moins immédiatement, de la terre ;

nous pouvons ne pas nous en occuper.

Nous n'avons à rechercher ici que les ressources que le sol nous présente pour nous nourrir, nous vêtir, nous loger.

Dans la mauvaise saison , la terre abandonnée à elle-même n’offre donc que des graminées, qu’il faut souvent aller chercher sous la neige, du moins sur une grande partie du globe. Les hommes ne peuvent en faire leurs alimens ; mais des animaux s’en nourrissent, et ces animaux deviennent ensuite la proie des hommes.

Mais quelle est la quantité de gibier dont chacun d’eux a besoin pour subsister? Supposons qu’un individu en consomme une pièce tous les deux jours , l’un portant l’autre, gros et petits. Dans cette supposition , il lui en faut cent quatre-vingt-deux pièces dans le cours de l'année. Pour en consommer annuellement nn pareil nombre, il faut que l’espèce se perpétue, et qu’il en existe toujours, par conséquent, un nombre double au-delà de ce qui lui est nécessaire pour sa consommation. Ainsi, voilà déjà près de cinq cent cinquante animaux nécessaires à l’existence d’un seul homme, pendant le cours de chaque année.

. Mais l'homme sauvage n’est pas le seul animal qui vive de proie. Il en est , au contraire, un très grand nombre d’autres «pii ne vivent que par ce moyen , qui lui disputent continuellement sa subsistance , et dont il ne peut cependant par lui-même se nourrir. En supposant que tons ces animaux réunis ne fassent qu’une consommation égale à la sienne, il faudra doubler le nombre de pièces de gibier. En voilà donc onze cents pièces, sans compter celles qui périssent par accident , et qui ne servent d’aliment ni à l’iiomme , ni à d’autres animaux

• Les bêtes qui ne virent que de proie sont rares «laos l’état sauvage, se conduit de la mène manière : il et root peu en troupes; pour fournir des subsislan- se saisit de saprole quand il peut s’en emparer; s’il la ces, dans la saison la pins rigoureuse , aux tanl- laissait échapper il ne serait pas sûr de la rencontrer maux dont elles sa nourissent , il faut une étendue une seconde fols. Ainsi, en même temps qn'èl lui faut de terre immense ; ajoutons qu’elles détruisent géné> un grand nombre d'animaux pour subsister, tout râlement tous ceux qu’elles rencontrent. L'homme, concourt i les rendre rares,

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