CHAPITRE X
De la conversion du territoire national en propriétés privées.
La terre est la source féconde qui produit toutes les choses dont nous avons besoin pour nous alimenter , nous vêtir ou nous abriter; mais tant qu'elle reste abandonnée à elle-même , elle ne montre, dans ses productions, aucune préférence particulière pour l'homme. Bien loin de laisser voir pournous aucune prédilection, la terre inculte ne produit, au contraire, avec une grande abondance, que des végétaux qui ne sauraient immédiatement nous servir d'alimcns. 11 semble quelle est, à notre égard , d'autant plus avare de subsistances , qu’à certaines époques de l’année , elle en est plus prodigue pour la plupart des autres animaux.
Les hommes dont une peuplade est formée sont donc condamnés à vivre de proie, aussi long-temps que la terre qu’ils occupent reste sans culture , et qu’ils n’ont pas réduit à l’état de domesticité des animaux propres à les nourrir. Dans une telle situation , les scnles propriétés individuelles qui existent sont des iastn,nucn9
de guerre, de chasse ou de pêche , des dépouilles d’animaux , des cabanes et de petites provisions d’alimcns. La terre et les rivières du bassin dans lequel chaque peuplade est renfermée , forment son territoire national, et tant qu’il reste inculte, il n’est pas susceptible d’être divisé.
Il est impossible, en effet, de circonscrire le poisson ou les animaux sauvages dans des propriétés individuelles ou dans les fractions d’un grand bassin; ii.ny a pas d’autre moyen de les atteindre que de les poursuivre aussi loin qu ils peuvent aller. Les limites dans lesquelles le poisson «l’eau douce est renfermé , sont nettement déterminées par la nature, et ne sauraient être franchies; pour celte classe d’animaux, il n’y a pas de communication d’un bassin à un autre. Les animaux terrestres se meuvent dans un espace plus étendu; ils peuvent, sans rencontrer d’obstacles, parcourir toute la superficie d’un immense bassin , ou même passer dans un autre.
Ccpeudant, comme ils ont leurs habitudes 4 *