L’APPROPRIATION DES FONDS DE TERRE
saires à leur établissement. Lorsqu’ils rirent les travaux auxquels ils avaient à se livrer pour arracher à la terre des produits propres à leur servir d'alimens , ils craignirent de manquer de vivres, et ils supplièrent leur commandant de retourner en Angleterre pour lenr en apporter. Il partit ; mais avant son retour , la famine , les maladies et les sauvages les avaient tous détruits.
Vingt années s’écoulèrent sans qu’il se rencontrât personne qui voulût former une tentative nouvelle. En 1607, une troisième expédition fut envoyée sur la même terre; et, comme les précédentes, elle se pourvut de tout ce qu’elle jugea nécessaire à l’établissement d’une colonie. Arrivés sur le continent américain , les colons se mirent à l’ouvrage; mais, avant que la terre eût rien produit , les vivres commencèrent à devenir rares. Les exhalaisons d’une terre nouvellement cultivée, la chaleur et l’humidité du climat, et le défaut de subsistances, amenèrent des maladies.
Avant le commencement de septembre , la moitié de la colonie avait péri ; l’autre moitié n'avait plus ni force ni courage.
Le chef des colons, nommé Smitli, parvint cependant à leur rendre l’espérance ; mais ayant été pris par les sauvages , la colonie fut presque entièrement ruinée pendant son absence. A son retonr, elle ne consistait plus qu’en trente-huit personnes qui voulaient retourner en Angleterre Cependant, par ses prières, ses caresses, ses menaces, il parvint aies retenir jusqu’à l’arrivée d’un vaisseau qui leur apporta des provisions , et leur amena un renfort de nouveaux colons.
L’espérance revint avec les forces : on se remit au travail. Les colons, ayant fait la paix avec les sauvages, les déterminèrent à leur vendre nue partie de leurs subsistances ; car les sauvages se livraient à la culture avant l’arrivée des Européens. La désunion se mit de nouveau entre les indigènes et les colons : ceux-ci cessèrent d«
recevoir des secours des premiers , et la famine ne tarda pas à se manifester. Les colons tuèrent d’abord les animaux qu’ils avaient amenés dans le dessein de les multiplier : cette ressource épuisée , ils se nourrirent de racines nauséabondes. Enfin, ils furent réduits à manger les cadavres des Indiens qu’ils parvenaient à tuer, et ceux mêmes de leurs compatriotes que la famine ou les maladies avaient emportés. La colonie, qui était de cinq cents personnes, fut en peu de temps réduite à soixante, qui n’avaient plus que quelques jours à vivre, lorsque de nouveaux secours arrivèrent d’Europe. Les navigateurs qui les leur apportaient , et qui croyaient trouver une colonie florissante, en voyant le teint livide, les corps décharnés de ce petit nombre d’individus, les prirent pour des spectres ou des cadavres ambulans. Cependant , depuis la prise de possession , deux années s’étaient écoulées.
Enfin , les colons parvinrent à tirer du sol les alimens qui leur étaient rigoureusement nécessaires pour vivre ; mais ce ne fut qu’en 1612, c'est-à-dirc cinq années après leur établissement. Jusque-là, ce fut la mère-patrie qui leur fournit des moyens d’existence. Pour mettre la terre en état de culture ils ne commencèrent point par se la partager ; chacun d’eux ne cultiva point un champ en particulier. Ils mirent leurs forces et leur intelligence en commun, et les produits de la terre furent enfermés dans un grenier public. S’ils s'étaient divisé la terre, et si chacun avait voulu ne travailler que pour lui , jamais ils ne seraient parvenus à rendre le sol fertile.
La compagnie qui fonda cet établissement dépensa, dans un espace de seize années , une somme de cent cinquante mille livres sterling , et y envoya neuf mille personnes. Au bout de ce temps , en 1624.
la colonie n’était composée que de deux mille individus, et, après avoir prélevé sa subsistance, elle n’exportait que pour vingt mille livres sterling de ses produits. Ainsi,