DU FONDEMENT DES DROITS ET DES DEVOIRS
ilet travaux des hommes qu'ils avaient faits esclaves, et cette manière de vivre n'avait rien d'illégitime à leurs yeux.
Pour découvrir les lois suivant lesquelles les nations prospèrent ou dépérissent , et les droits et les devoirs qui sont inhérens à notre nature , il était donc nécessaire d’observer les divers états par lesquels les nations ont passé , avant que d’arriver au point où nous les voyons , et de substituer ainsi l'observation des faits à l'étude des doctrines , ou des systèmes imaginés pour les justifier. En suivant cette méthode, j’ai fait voir qu'il n’y a ni progrès ni prospérité possibles, soit dans l'état que quelques écrivains ont appelé de nature, soit dans l'état d’esclavage domestique ou politique ; j'ai démontré de plus qu’un état dans lequel les hommes tenteraient de mettre en commun les biens qui résultent de leurs travaux , ne différerait que de peu de l’esclavage proprement dit. Il me reste maintenant à observer ce qui arrive quand
chacun n’a d'autre maitre que soi-méme , et que nul ne peut s’approprier impunément les fruits du travail d'autrui.
Comme il est impossible de découvrir les lois auxquelles la nature humaine est assujétie, autrement que par une exacte observation des faits , et comme la liberté est une condition essentielle de l’exercice de nos droits et de l’accomplissement de nos devoirs, il importe de bien nous convaincre qu’il n’y a rien de plus contraire à notre nature que la servitude , et de nous faire des idées bien exactes de ce qui constitue la liberté. Qu'il me soit donc permis de rappeler, dans le chapitre suivant, les effets qui sont la suite inévitable des divers genres d’esclavage auxquels les hommes peuvent être assujétis.Si ces effets étaient contestés , il n'y aurait pas moyen d'avancer dans la recherche des lois auxquelles nous sommes soumis par notre nature ; il n’y aurait pas moyen surtout de trouver les véritables fondemens de la propriété.