CHAPITRE PREMIER
Origine et progrès des biens ecclésiastiques.
Il n'a jamais existé d'association permanente parmi les hommes, qui n'aiteu quelques biens en commun. L'association que produit la communauté de croyance et de culte a, plus que tout autre, été conduite par la nature même de sa destination et par son caractère de perpétuité, à posséder des propriétés. Vous ne citerez pas un peuple où ces possessions
n'aient existé. L'Eglise chrétienne ne pou voit faire exception à une règle dont nous allons démontrer la nécessité. Ses premiers apôtres et ses premiers disciples se cotisèrent pour subvenir aux frais du sacrifice, et pour éclairer les souterrains qui furent leurs premiers sanctuaires. Ils étoient encore sous le glaive des tyrans, et déjà ils nourrissoient les pauvres, les orphelins, les veuves, les clercs, et fournissoient aux frais des sépultures et de ces repas appelés slgapes, dans lesquels s'exerçoit la plus touchante fraternité. Ce qui est plus incroyable, c'est qu'à cette même époque où il leur étoit si difficile de soustraire leurs personnes à la mort et leurs meubles à la confiscation, ilspossédoient déjà des immeubles, ainsi que l'atteste un édit de Constantin et de Licinius , de l'an 31 3 , qui ordonne la restitution de ceux qui avoient été confisqués, onze ans auparavant, par Dioclétien et par Maximien (1).
Les propriétés de l'Eglise prirent, après la conversion des empereurs, des accroissemens prodigieux. Dès le temps de saint Grégoire-Ie-
(I) Lactance , de morte persecuioram, n. h. Eiisèbe, VU deConst. liv. 2, cl.. 39.
Grand], c'est-à-dire vers la lin du n" siècle, l'Eglise romaine possédoit des terres dans les différentes parties de l'empire, en Italie, en Afrique, en Sicile, et jusque sur les bords de l'Euphrate (1).
Depuis le sixième jusqu'au dix-huitième siècle, les établissent] eus ecclésiastiques, connus sous le nom d'évêchés, de paroisses, d'abbayes, etc. etc. , ne cessèrent de perdre et d'acquérir des immeubles.
Les actes de ces acquisitions n'étoient pas seulement déposés dans les archives de chaque corporation intéressée, ils existaient et existent probablement encore dans le recueil de nos Chartres. Plusieurs sont consignés dans l'histoire de l'Eglise.
Les etivahissemens furent fréquens, comme l'attestent les canons d'une foule de conciles qui , dans le moyen âge , protestèrent contre eux. VHistnire.de l'Église Gallicane en cite dans tous les siècles de la monarchie. Mais ces usurpations furent l'ouvrage de la seule violence. L'Eglise fut dépouillée comme le fui ent un grand nombre de familles, de communes, de propriétaires individuels ou collec-
(1) Hisl. Eedës. de Fleury, liv 35, n. 15.
tïfs. Les usurpateurs ne pensèrent jamais surtout à formuler et à développer un système pour justifier un vol manifeste.