DE CB «CI CONSTITUE LA LIBERTE
A moins de nous meure en contradiction avec nous-mèine , nous ne pouvons pas admettre qu'il existe des droits et des devoirs inhérents à notre nature sans considérer en même temps comme illégitimes tous les éléments qui constituent l'esclavage civil et politique. Nous devons donc, avant d'aller plus loin, nous faire des idées bien nettes de l'état auquel nous donnons le nom de liberté; car, pour nous, la liberté est la condition essentielle de l'exercice de tout droit , et de l'accomplissement de tout devoir.
Les philosophes et les jurisconsultes ont détini la liberté de diverses manières ; dans cet ou\ rage , ce mol signifie simplement l’état d’une personne qui ne rencontre;, dans ses semblables, aucun obstacle, soit au développement régulier de son être, soit à l'exercice innocent de ses facultés. Si cette définition présentait quelque obscurité, il suffirait, pour la faire disparaître, de se rappeler ce que j’ai dit ailleurs sur le perfectionnement des diverses facultés de l'homme.
(1) L'esclavage proprement dit n'est que l'assujettissement d’un être humain aux volontés ou aux caprices d'un individu de même espèce, qui le considère comme sa propriété. La dé|tendaiice dans I iquelle un homme se trouve des choses au milieu desquelles la nature l'a placé , n'est pas a coïts.
La liberté ne peut donc se définir d'une manière exacte et complète que par des négations : pour dire clairement ce qu’elle est, il faut savoir quels sont les éléments dont la présence suffit pour rendre une personne ou une nation esclave, et supposer ensuite que ces éléments ont successivement disparu.
Cette manière de la définir peut ne paraître d’abord qu’une vérité triviale; cependant, si la définition était complète, il pourrait se trouver, parmi ceux qui l'auraient condamnée comme une vérité trop vulgaire, des gens qui ne l’admettraient pas sans restriction. On voudrait bien ne p3s mettre des êtres humains au rang des propriétés, parce qu'on ne peut pas considérer la nature et les effets de l'esclavage, sans être convaincu qu’il fait descendre l’homme au-dessousde la brute; mais on voudrait bien aussi ne pas en proscrire tous les éléments, parce qu’on a peur de la liberté , et qu'on est encore dominé par les idées et les habitudes de la servitude (1).
Il y a deux choses à considérer dans l'es-
l'esclavage. M. Dunoycr a donné aux mois esclavage et liberté un sens autre que celui qu'ils ont dans cet ouvrage, y oyez l’écrit qu'il a publié sous ce titre : De la Morale et de l’Industrie considérées dans leurs rapports avec la liberté.