DE CE QU! CONSTITUE LA LIBERTÉ
clavage : la fin el le» moyens. La fin est de donner à un homme qn'on appelle un maître, la faculté de vivre gratuitement »ur les produits des travaux d’un ou de plusieurs autres qu’on nomme des esclaves . et de faire servir leurs personnes à la satisfaction de scs plaisirs. l,es moyens , qui sont nombreux et variés, consistent à agir sur les hommes asservis, de manière qu’ils soient obligés de produire ce que leurs possesseurs désirent, et qu'ils ne puissent ni se défendre, ni se sauver par la fuite.
L’abolition de l'esclavage exige donc deux choses : la première , qu'il soit reconnu en principe, qu'un être humain n’est jamais la propriété d’un autre , et que chacun est le maître des produits de sou travail ; la seconde , que les moyens à l'aide desquels un ou plusieurs hommes peuvent s'emparer, dans leur intérêt, des produits des travaux d'uu ou de plusieurs autres, ou de leurs personnes , soient complètement abolis.
Le principe de l’esclavage, disons-nous, est qu’un homme peut en posséder légitimement un autre, jouir du produit de ses travaux, et faire servir sa personne à ses plaisirs ou à ses caprices: le principe delà liberté est, au contraire, qu'un homme ne peut jamais être légitimement possédé par un autre, et que les produits de ses travaux n’appartiennent qu'à lui tant qu'il ne les a pas librement aliénés.
Dans l'état de l’esclavage, l'homme qui s'appelle un maître, et qui n'a pas assez de force pour dépouiller ceux qu’il nomme ses esclaves, ou pour disposer d’eux selon ses plaisirs, trouve un appui chez les personnes investies de l’autorité publique : dans l’état de liberté, l’homme qui n’a point par lui-même assez pour se mettre à l’abri des violences ou des extorsions, est protégé par les forces réunies de la société.
Sous le régime de la servitude, les hommes qui se disent des maîtres, se constituent les directeurs des travaux de ceux qui sont appelés des esclaves : sous le régime de la liberté, chacun choisit les occupations qui lui con-
viennent; chacun travaille ou se repose sans consulter d’autres règles que ses besoins et ses intérêts.
Sous le régime de la servitude , les rapports entre les membres d’une famille, entre la femme et le mari, les parents et les enfants, sont réglés, pour les esclaves, par les volontés ou les caprices des mailres : sous le régime de la liberté, les mêmes rapports sont réglés, pour toutes les classes de la population . par les lois inhérentes à la nature de l'homme, par ce qui convient à la prospérité el au bonheur de tous.
Dans l’état de servitude , les maîtres façonnent à leur gré l'intelligence el les moeurs des esclaves; ils leur donnent, dès l’enfance, les idées et les habitudes les plus propres à perpétuer l’esclavage : dans l'état de liberté , chacun développe son intelligence el celle de ses enfants comme il convient à leur bienêtre commun ; chacun enseigne ou apprend ce que son intérêt et celui de ses semblables lui commandent d’apprendre ou d'enseigner.
Partout où l'esclavage existe , les maîtres, pour garantir leur sùrclé et la durée de leur domination, interdisent aux hommes asservis tout exercice propre à développer leur adresse et leurs forces physiques; ils interdisent au plus grand nombre l'usage et la possession des armes, ne les permettent qu’à ceux dont le dévouement leur est assuré , et qu'ils emploient à contenir les autres : sous le régime de la liberté, tout homme exerce et développe ses forces selon que son intérêt et celui de ses concitoyens l’exigent ; chacun possède les armes qu'il croit nécessaires à sa sûreté ou à son amusement, s'il est assez riche pour se les procurer.
Dans les pays où l'esclavage existe , les maîtres assignent à chaque esclave un espace d’où il lui est interdit de sortir, à moins d'une permission spéciale qui indique le lieu où il doit se rendre; l’esclave qui sort de l'espace dans lequel il est circonscrit, ou qui s'écarte de la toute qui lui est tracée, est ramené à son maître par la force publique : partout où