‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 155 sur 192 · DE L’INFLUENCE DES GARANTIES LÉGALES · texte numérisé non relu

DE L’INFLUENCE DES GARANTIES LÉGALES

cl toute puissance est susceptible «le plus et de moins : une force peut prévenir ou réprimer tels abus et ne pas prévenir ou réprimer des abus d'un autre genre. Entre une nation qui ne manque d’aucune garantie, et une nation livrée à un arbitraire sans limites, il est une multitude d'iDtcrmédiaires. Si donc nous disons que les propriétés de tel ou tel peuple sont garanties, il faut entendre qu'elles le sont, non d'une manière absolue, mais contre telle ou telle espèce de dangers.

Les richtfscs déjà cumulées, qui jouent un si gramrrôle dans la production , sont , du moins en très-grande partie, des résultats de l’industrie humaine; et les forces de la nature, dont nous tirons de si grands secours, ne nous rendraient que de faibles services, si nous ne prenions pas la peine de les diriger : il n’est donc pas de propriété qui puisse être produite sans le concours médiat ou immédiat du travail de l'homme. Mais il n’est aucune sorte d'industrie qu'on ait apprise sans faire aucune espèce de sacrifices, aucun travail qui n’ait été suivi de fatigue ; il faut donc, pour nous déterminer à nous livrera certains travaux , que nous ayons l'espérance d'en recuedlir les fruits. Il faut que ces travaux puissent avoir pour résultats, ou de procurer certaines jouissances, soit à nous-mêmes, soit à ceux qui sont l’objet de nos affections , ou «le nous mettre à l’abri de certaines douleurs- Il n’y a donc des propriétés produites que là où le producteur croit avoir quelque garantie d'en tirer un avantage.

Dans aucune position, les hommes ne sont aussi dépourvus de garanties que dans l'état sauvage. Toute peuplade qui se trouve dans un tel état, est continuellement exposée aux irruptions et aux violences des peuplades voisines : chaque individu peut être dépouillé de ce qu’il possède , par tout homme qui lui est supérieur en force. Un homme dans un pareil étal, n’essaye pas de produire des choses qu’il

(1) Voyez le Traité île législation, livre Ut, ch. xxiv, xxv, xxvi et xxvu, édit. Uacmxn et O.

n'aurait aucun moyen de conserver; il ne cherche à obtenir de la nature que les choses qu'il peut immédiatement consommer, et sans lesquelles il ne saurait vivre. La chasse qui lui fournit la partie la plus considérable de ses aliments,’ lui fournit aussi ses vêtements; et il ne lui faut pour se faire un abri que quelques branches d’arbres ou un trou dans la terre. L'impossibilité de rien conserver le dispense de toute économie ; et il est aussi pauvre après avoir habité une terre pendant un demi-siècle, que le jour où il vint au monde (I).

Il est souvent arrivé que deux peuples ont simultanément occupé le même sol; que l’un des deux se livrait à tous les travaux qu’exigent l'existence et le bien-être des hommes , et que l'autre considérait le sol et les hommes qui le cultivaient , comme sa propriété. Un tel ordre existait jadis chez tous les peuples de la Grèce et de l'Italie ; il existe encore chez plusieurs nations du continent américain , et dans la plupart des colonies que les modernes ont fondées. Cette divison de la population en deux classes, dont l'une n’a rien en propre, et dont l'autre possède tout , quoiqu'elle ne produise rien, est, aux yeux des maîtres, aussi naturelle que la famille elle-même. Suivant Aristote , un esclave était un élément aussi essentiel dans une famille , qu'une femme cl des enfants.

- Lorsque deux peuples se trouvent ainsi placés sur le même sol , les individus qui appartiennent à la population esclave sont dépouillés de toute garantie relativement à leurs maîtres. A l’égard des étrangers, ils sont protégés par les mêmes forces qui forment obstacle aux invasions : il est vrai que les étrangers ne sont jamais leurs ennemis.

Enfin , relativement aux individus par lesquels ils ne sont pas possédés , ils sont protégés par les forces qui garantissent les propriétés de leurs possesseurs. J’ai fait voir ailleurs, en parlant de l'influence qu’exerce l’esclavage domestique sur la production, l'accroissement cl la distribution des riches-

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