‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 16 sur 192 · RS CHOSES COMMUNES A TOUS LES HOMMES · texte numérisé non relu

RS CHOSES COMMUNES A TOUS LES HOMMES

Parmi les choses nécessaires à noire conservation , il en est tin certain nombre qui existent en si grande quantité qu'elles sont inépuisables , et que tout le momie peut en user sans leur faire éprouver aucune diminution sensible ; il en est d'autres qui existent en quantité moins considérable , et qui ne l>euvent satisfaire les besoins que d’un certain nombre de personnes : les unes sont dites communes , les autres particulières:

Les premières , au nombre desquelles il faut mettre l'air , la lumière des astres , les mers, l'eau qui coule dans les fleuves, sont communes 5 tous les hommes , parce que tous en ont également besoin . et que chacun peut en faire usage sans nuire à la jouissance des autres.

Le premier droit que chacun de nous tient de sa nature est , en clfet , celui d’employer à sa conservation et à son bien-être les choses au milieu desquelles la nature l’a placé , et dont il peut jouir sans nuire en aucune manière à la conservation ou au bien-être de ses semblables. Si ce droit , qui n'est qu'une conséquence des lois de notre nature et de l’égalité qui existe entre les hommes , n’était pas admis , il n'en est aucun dont il filt possible d établir l'existence.

Les choses qui existent en si grande quantité , que chacun peut en faire usage sans

COMTE

nuire en rien aux jouissances d'autrui, ne devraient jamais, A ce qu’il semble, donner lieu à des contestations entre les hommes. Il y aurait , en effet , une sorte de folie à disputer à son voisin l’air dont il a besoin , nonseulement pour sa respiration, mais encore pour une multitude d'autres usages. Quel est celui qui se permettrait de contester sérieusement à un homme le droit, par exemple, d’employer l'air à entretenir une forge, à faire tourner un moulin , on à pousser un navire sur les vagues de la mer ? Quel est celui qui oserait réclamer à cet égard un droit que tous ne posséderaient pas?

Cependant, quoique les hommes ne se disputent pas la possession exclusive du bien le plus indispensable à la vie , quoiqu'aucun d eux ne réclame à cet égard aucun privilège sur ses semblables , il arrive souvent que les uns troublent les autres dans la jouissance de ce bien. Il est clair , par exemple, que celui qui infecte l’air qu’on respire dans son voisinage , au moyen de certaines matières animales, végétales ou minérales, en y laissant assembler des eaux marécageuses , en s'y livrant à certaines fabrications , altère par cela même une chose qui appartient également à tous; il porte à scs voisins un dommage analogue à celui qu’il leur causerait, s'il mêlait à leurs aliments ou à l’eau nécessaire à leur

Page 1