‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 25 sur 192 · DE TERRE · texte numérisé non relu

DE TERRE

301, 586. L’étendue de terre qui ne vaudrait que six francs dans l’ancienne intendance de la Sonora , en vaudrait deux cent cinquantecinq dans celle de Mexico, et cinq cent quatrevingt-six dans celle de Guanaxualo. Elle en vaudrait près de douze cents en France, et plus île quatorze cents en Angleterre. Il suit de là qu’un hectare de terre , dans un pays tel que la France , est une propriété aussi considérable que deux cents hectares dans un pays tel que certains États du Mexique (2).

Mais ne perdons pas de vue que , dans les vastes provinces où une lieue carrée de terrain ne fournit des moyens d’existence qu’à une famille, c’est-à-dire à six ou sept personnes, le sol n’est pas complètement abandonné à sa fertilité naturelle ; il a déjà reçu des habitants une certaine valeur. Quelques parties sont cultivées, d’autres servent à faire paître des troupeaux, et la population . toute faible qu’elle est , a déjà subi un accroissement proportionné aux progrès de la culture.

Quelle serait donc l’étendue de terre qu’il faudrait à chaque individu , dans un pays où l’industrie humaine se bornerait à recueillir ce que présente la nature inculte et sauvage? Quelle serait, dans un tel pays, la valeur de la terre comparativement à ce qu’elle vaut chez une nation civilisée?

On pourrait déterminer de deux manières l’étendue de terre qui est nécessaire pour fournir des moyens d’existence à une personne dans l’état sauvage : l’une serait de calculer le nombre d’hommes dont une horde de sauvages se compose , et l’étendue du territoire qui lui est propre; l’autre serait d’examiner ce que la terre produit quand elle est abandonnée à sa fertilité naturelle, cl de comparer les besoins d’un certain nombre d’individus aux ressources que la terre inculte leur présente.

Le premier moyen peut être difficilement

de grandes masses , et en comprenant dans ta valeur du sol tout ce que l’induslrie humaine en a fait sortir.

coiti:

DE l/UTILITÉ PRIMITIVE

employé, parce que les voyageurs n'ont jamais pu déterminer, d’une manière bien exacte > soit le nombre de personnes dont se composaient 1rs hordes sauvages qu’ils ont visitées, soit l’étendue du territoire qu'elles occupaient. Un voyageur philosophe a tenté cependant de faire ce calcul ; Volney a pensé que, dans le nord de l’Amérique, il fallait pour faire exister un homme dans létal saurage un peu plus d’une lieue carrée de terrain (1). Cette évaluation, (loin d’èlre exagérée, me parait, au contraire, au-dessousde la vérité; d’abord parce que les sauvages dont parle ce voyageur, n’étaient pas complètement dénués d'in dustrie; et en second lieu , parce qu’ils trouvaient des moyens d’existence dans les lacs et dans les fleures. Si , dans certaines parties fort étendues du Mexique, une lieue carrée de terrain ne fait vivre que six personnes qui ne sont pas tout il fait étrangères à la culture, il est difficile de croire que, dans un pays entièrement inculte, le même espace suffise à l’existence d’une seule. Dans les parties les plus reculées du nord de l'Europe , en Laponie , il faut une lieue carrée de terre pour faire vivre un homme, et cependant l'on y jouit de quelques-uns des avantages de la civilisation. Comment n’en faudrait-il pas un espace plus étendu dans les contrées complètement barbares?

L'homme n'est pas organisé , comme certains animaux , pour se nourrir de la plupart des végétaux que la nature inculte lui présente. Pendant près de sept mois de l'année, depuis le mois de juin jusqu'au mois d’octobre, sous des climats tempérés, la terre ne produit rien qui puisse immédiatement lui servir d’aliment. Pendant quatre ou cinq mois, elle donne des grains, des fruits, des légumes ; mais , A l'exception de quelques baies, ces végétaux ne croissent avec quelque abondance que sur la terre cultivée. Les voyageurs se sont convaincus, par expérience,

(t) Tableau du climat et du sol des États- Unis, l. Il, |i. 473, 47B.

qu'il ne fallait pas aller chercher , dans les contrées sauvages, des plantes ou des fruits propres à les nourrir. S’il arrive, par hasard, que la terre inculte produise quelques fruits ou quelques grains , ils tombent et périssent du moment qu'ils sont parvenus à leur maturité. Nous ne connaissons , chez nous , aucune substance propre à nous servir d'aliment , qui se conserve quand elle est abandonnée sur le sol : tout ce qui n'est pas mis à l'abri de l'humidité ou de la dent des animaux, a péri même avant le temps des gelées. Les terres placées entre les tropiques sont un peu plus que les autres favorisées par la nature ; cependant elles ne donnent presque rien qui puisse nous servir d'aliment , quand elles ne sont pas cultivées.

Que reste t-il donc à l'homme pour se nourrir ? Du poisson et du gibier ; et c’est , en effet , de la pêche et de la chasse que les peuples sauvages tirent leurs moyens d'existence. La pêche n’est une ressource que pour les peuplades qui vivent sur les bords des fleuves, des lacs, des mers. Les aliments qu’elle leur fournit ne viennent pas.au moins immédiatement, delà terre; nous pouvons ne pas nous en occuper. Nous n’avons à rechercher ici que les ressources que le sol nous présente pour nous nourrir , nous vêtir , nous loger.

Dans la mauvaise saison, la terre abandonnée à elle-même n’offre donc que drs graminées, qu'il faut souvent aller chercher sous la neige, du moins sur une grande partie du globe. Les hommes ne peuvent en faire leurs aliments ; mais des animaux s’en nourrissent, et ces animaux deviennent ensuite la proie des hommes. .Mais quelle est la quantité de gibier dont chacun d'eux a besoin pour subsister? Supposons qu'un individu en consomme une pièce tous les deux jours , l'un portant l'autre, gros cl petits. Dans cette supposition , il lui en faut cent quatre-vingtdeux pièces dans le cours de l’année. Pour en consommer annuellement un pareil nombre , il faut que l’espèce se perpétue , et qu'il

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