‹ Traite de la propriete par m. Ch. ComteChapitre 26 sur 192 · DES FONDS DE TERRE · texte numérisé non relu

DES FONDS DE TERRE

SI

en existe toujours, par conséquent, un nombre double au delà de ce qui lui est necessaire pour sa consommation. Ainsi, voilà déjà prés de cinq cent cinquante animaux nécessaires à l'existence d’un seul homme, pendant le cours de chaque année.

Hais l’homme sauvage n'est pas le seul animal qui vive de proie. Il en est, au contraire, un très-grand nombre d'autres qui ne vivent que par ce moyen , qui lui disputent continuellement sa subsistance, et dont il ne peut cependant par lui-mème se nourrir. En supposant que tous ces animaux réunis ne fassent qu’une consommation égale à la sienne, il faudra doubler le nombre de pièces de gibier. En voilà donc onze cents pièces, sans compter celles qui périssent par accident, et qui ue servent d’aluneut ni à l'homme, ni à d’autres animaux (1).

Il faut maintenant se demander quelle est l’étendue de terrain nécessaire pour faire exister, pendant tout le cours de l'année, un si grand nombre d’animaux propres à servir à d'autres de pâture. Le nombre de ceux qui peuvent vivre dans un pays inculte, est toujours déterminé par la quantité d’aliments que la terre leur présente dans la saison la plus rigoureuse. S'il en naissait un nombre plus considérable au temps où le sol leur offre des aliments en abondance, une partie périrait de faim dès que le mauvais temps serait venu. Il est aisé de voir qu'une lieue carrée de terrain ne saurait suffire pour faire exister pendant l'hiver, quand la terre est couverte de neige, un si grand nombre d'animaux. Admettons toutefois qu’une lieue carrée soit suffisante : dans celle supposition , il faudra, pour faire vivre une famille de six personnes, un territoire de six lieues carrées.

(I) Les bêles qui ne vivent que de proie sont rares et vont peu en troupes; pour fournir des subsistances, dans la saison la plus rigoureuse, aux animaux dont elles se ndurrissent, il faut une étendue de terre immense ; ajoutons qu'elles détruisent généralement tous ceux qu’elles rencontrent. L'homme, dans l'étal sauvage, se conduit

(Quelque grande que soit cette étendue , on trouvera quelle est loin d'ètre exagérée . si l'on n’oublie pas qu'une lieue carrée de terrain ne nourrit que six ou sept personnes dans de vastes contrées où la culture a déjà pénétré, et qu’une partie de cette faible population est souvent emportée par la famine.

Il n’est pas de vérité mieux démontrée que l'état de misère et de détresse dans lequel vivent habituellement les peuplades qui tirent tous leurs moyens d’existence de la pèche, de la chasse , ou des objets que leur présente la nature inculte. Une lieue carrée de terrain fournit à un sauvage moins de ressources que n'en trouve chez nous un ouvrier dans l’exercice du plus commun des métiers. Nous pouvons supposer cependant que. dans l'état de la plus profoude barbarie, les hommes sont aussi bien pourvus de tout ce qui leur est nécessaire pour satisfaire leurs besoins , que dans un état de civilisation semblable à celui de la France. Dans cette supposition , un hectare de terre en France sera une propriété parfaitement égale à douze cents hectares dans une contrée tout à fait sauvage; la première fournira les mêmes ressources que la seconde, l’ar la même raison, un hectare de terre qui vaudrait douze cents francs parmi nous, ne vaudrait qu’un franc chez des peuples qui n’auraient fait aucun progrès dans la culture.

Lorsque la terre est abandonnée à sa fertilité naturelle, il en faut donc une lieue carrée au moins pour fournir des moyens d’existence à un seul homme; mais il ne faut pas s’imaginer que, même dans cet étal, elle donne gratuitement les aliments qu'elle pré sente; un sauvage, pour s’emparer de sa proie, a besoin de se livrer , presque tous les

de la même manière : il se saisit de sa proie quand il peut s'en emparer ; s’il la laissait échapper il neseraitpas sûr de la rencontrer une seconde fois. Ainsi, en même temps qu'il lui faut un grand nom bre d'animaux pour subsister, tout concourt à les rendre rares.

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