L’APPROPRIATION DES FONDS DE TERRE
prières, ses caresses, ses menaces, il parvint à les retenir jusqu'à l'arrivée d'un vaisseau qui leur apporta des provisions , et leur amena un renfort de nouveaux colons.
L'espérance revint avec les forces : on se remit au travail. Les colons , ayant fait la paix avec les sauvages . les déterminèrent à leur vendre une partie de leurs subsistances ; car les sauvages se livraient à la culture avant l’arrivée des Européens. La désunion se mit de nouveau entre les indigènes et les colons : ceux-ci cessèrent de recevoir des secours des premiers , et la famine ne tarda pas à se manifester. Les colons tuèrent d'abord les animaux qu'ils avaient amenés dans le dessein de les multiplier : cette ressource épuisée, ils se nourrirent déracinés nauséabondes. Enfin, ils furent réduits à manger les cadavres des Indiens qu'ils parvenaient à tuer, et ceux de leurs compatriotes que la famine ou les maladies avaient emportés. La colonie , qui était de cinq cents personnes, fut en peu de temps réduite à soixante, qui n’avaient plus que quelques jours à vivre, lorsque de nouveaux secours arrivèrent d'Europe. Les navigateurs qui 1rs leur apportaient, et qui croyaient trouver une colonie florissante, en voyant le teint livide , les corps décharnés de ce petit uombrr d'individus . les prirent pour des spectres ou des cadavres ambulants. Cependant, 'depuis la* prise de possession , deux années s'étaient écoulées.
Enfin, les colons parvinrent à tirer du sol les aliments qui leur étaient rigoureusement nécessaires pour vivre ; mais ce ne fut qn’en 1612, c’est-à-dire cinq années après leur établissement. Jusque-là, ce fut la mère patrie qui leur fournit des moyens d’existence. Pour mettre la terre en état de culture ils ne commencèrent point par se la partager; chacun d'eux ne cultiva point un champ en particulier. Ils mirent leurs forces et leur intelligence en commun , et les produits de la terre furent enfermés dans un
(1) les livres IX et X de V Histoire d’A-
mérique de Robertson.
grenier public. S’ils s’étaient divisé la terre , et si chacun avait voulu ne travailler que pour lui . jamais ils ne seraient parvenus à rendre le sol fertile.
La compagnie qui fonda cet établissement dépensa dans un espace de seize années, une somme de cent cinquante mille livres sterling, et y envoya neuf mille personnes. Au bout de ce temps , en 1624 , la colonie n'était composée que de deux mille individus, et, après avoir prélevé sa subsistance, elle n’exportait que pour vingt mille livres sterling de ses produits. Ainsi , pour obtenir les aliments nécessaires à vieux mille personnes, et la valeur de vingt mille livres sterling d’exportations, il avait fallu sacrifier un capital énorme , et la vie de sept mille hommes.
Si maintenant l’on veut connaître la valeur primitive de la terre dont les premiers colons s’emparèrent , il faut mettre d'un cêlé le capital employé à la culture , les intérêts de ce capital , et le prix de la main-d'œuvre des travailleurs; il faut mettre de l’autre côté la valeur des subsistances consommées et celle des exportations, ou, pour mieux dire, un capital dont 1rs intérêts seraient égaux aux valeurs exportées ; il faut voir ensuite de combien la seconde somme excède la première. Si ce calcul était fait avec soin, on trouverait que la valeur de la terre était excessivement petite (1).
Les persécutions religieuses dont l'Angleterre fut le théâtre , poussèrent dans la partie septentrionale de l’Amérique un graml nombres d'hommes énergiques et industrieux .
qui possédaient tous quelques richesses, et dont quelques-uns avaient même de grandes fortunes. La force qu'ils trouvèrent dans l'enthousiasme religieux , et les nombreuses ressources qu’ils emportèrent de leur pays natal, furent pour eux vies moyens puissants de vaincre les obstacles que leur présentait la nature. Cependant, les difficultés qu'ils trouvèrent à mettre le sot en état de culture furent si grandes , que beaucoup d’entre eux succombèrent sans les avoir vaincues. Dans le