Traite de la puissance ecclesiastique dans ses rapports avec les souverainetes temporelles dedie au prince des apotres traduit de l'italien du P. JeanAntoine Bianchi de Lucques
Contenant U réponse eux exemples et eux autorités que Bossuet a cru trouver dans IHiistotre de l’Église à partir du cinquième siècle jusqu’au onjôèsne»
Comme la chute de l’empire romain d'Occident a été suivie de la défection dans la foi de la plupart des princes chrétiens, les uns, c’étaient les princes barbares qui occupèrent les provinces occidentales de L’empire et en firent plusieurs royaumes, se trouvant engagés dans l’hérésie et persécutant conséquemment la religion catholique, les autres, c’étaient les empereurs d’Orient, se montrant presque tous fauteurs des hérétiques et jaloux d’entraver l’action de l’Église, l’auteur de la Défense a fait venir tous ces faits à l’appui de son argument négatif, par lequel il prétend inférer de ce que l’Église n’a déposé aucun de ces princes et n’a exercé sur aucun d’eux le pouvoir indirect qu’elle ignorait alors qu’on pût jamais lui attribuer un tel pouvoir. 11 sera donc à propos d’employer tout ce livre à démontrer la faiblesse de cet argument et à faire voir que, si quelquefois l’Église n’a pas usé de ce pouvoir, ce n’est pas qu’elle en fût privée, mais c’est que les intérêts de la religion ne demandaient pas alors qu’elle en fit usage, ou encore parce que l’indignité des princes n’était pas telle qu’il lui convint de déployer contre eux un pouvoir de cette espèce; enfin, quelle
a fort bien usé de ce pouvoir lorsqu’elle a jugé qu’elle pouvait le faire à propos.
DES EXEMPLES DD CINQUIÈME ET DD SIXIÈME SIÈCLE ALLÉGUÉS PAR BOAS CET Sommaire.
1. Injuste critique qua fait Bossuet de saint Grégoire VII, et exemples qull allègue de princes hérétiques qui ont persécuté la religion vers la fin du cinquième siècle et au commencement du sixième sans que l'Église les ait déposés.
2. L’argument de Bossuet est réfuté par ce qu’il reconnaît lui-méme, que tous les princes chrétiens étant hérétiques aux temps dont il parle , l’Eglise n’avait pas de forces suffisantes pour exercer avec succès son pouvoir indirect sur aucun d’eux ; ce qui est ai vrai que la même nécessité obligeait non-seulement les évéques, mais même les pontifes romains à respecter comme légitimes des princes qui n’étaient pas seulement hérétiques, mais encore des tyrans et des usurpateurs connus pour tels.
3. Cela se prouve en particulier par l’exempte de Basilisque , qui était tout à la fois usurpateur et hérétique, et que le pape saint Simplice traita avec les memes égards que s’il eût été légitime empereur, quoiqu'il sût bien, comme il le fit voir ainsi que les autres papes ses successeurs , qu e ce n’était qu'un tyran et un rebelle envers son légitime souverain , dont il avait tyranniquement usurpé l'autorité .
1. L’auteur de la Défense, prenant à partie, sans qu’on sache pourquoi, saint Grégoire VH, qui a affirmé quelque part (Ghf.6. Vil, lib. VIH, epist. XXI) que l’empereur Arcade avait été excommunié par saint Innocent Ier pour avoir consenti au bannissement de saint Jean Ghrysostome , commence par dire que cette excommunication , quoique rapportée par Nicépbore (Niceph., lib. XH1, c. 34), est une fable imaginée à plaisir; puis il conclut que , quelque idée qu’on veuille d’ailleurs s’en former, il est certain que ceux qui l’ont imaginée n’ont pas cru pour cela que ce prince ait été déposé ou qu’il ait pu être déposé de l’empire (1), Mais, sans répéter ce que nous avons déjà dit à ce sujet (2), contentons-nous de dire que c’est évidemment ne pas raisonner que de prétendre que ceux qui ont imaginé qu’ Arcade avait été excommunié dussent affirmer de
(1) Bossuet, tom. I, pari. 2, lib. vi , c. 6, alias lib. il, c. «.
(2) Voir plus haut , liv. n.Çll.n. s.
pins qu'il avait été déposé, comme si la faute commise par ce prince en permettant le bannissement de saint Jean Chrysostome avait pu mériter non-seulement l'excommunication, mais encore la déposition, et comme si tout délit jugé digne de l’excommunication pouvait être également jugé digne de la déposition. Notre auteur n’est pas moins hors de la question dans les autres exemples qu’il allègue, tels que celui de Théodoric , roi arien d’Italie , qui , prenant la défense des ariens même étrangers à son empire , menaça de mettre à feu et à sang toute l’Italie si l’empereur Justin ne rendait en Orient les églises enlevées à ces hérétiques, et qui força pour la même raison le pape Jean à se rendre en ambassade à Constantinople pour obtenir de cet empereur la restitution de ces mêmes églises ; qui ensuite , voyant que cette ambassade n’avait pas réussi selon son désir, lit mourir en prison le même pontife avec deux sénateurs qui l’avaient accompagné dans le voyage; qui lit de même mettre à mort en haine de la religion catholique Boêce etSymmaque, ces deux gloires de Rome et de toute l’Église. Je dis la même chose de ce que l’auteur rapporte d’Hunério, roi des Vandales, aussi arien, monstre de cruauté, plus cruel que les bêtes féroces et ennemi juré de la foi catholique, qu’il persécuta à outrance dans les contrées de l’Afrique; de Gondebaud, roi des Bourguignons, arien encore et ennemi de la foi catholique comme les deux premiers que nous venons de nommer; de l’empereur Zénon, qui, au moyen de son édit prétendu d’union et que pour cette raison il avait intitulé Hénotique, favorisa l’hérésie des eutychienset condamna le concile de Chalcédoine; et enfin d’Anastase, empereur hérétique et fauteur des hérétiques en Orient. Quelle que fût l’impiété de Théodoric, nous objecte Bossuet, l’Église romaine et le pontife romain ont toujours honoré et respecté ce prince en qualité de roi ; quelque cruelle que fût la persécution soulevée contre les catholiques par l’impie Hunéric, les évêques d'Afrique l’ont reconnu en qualité de souverain, lui ont rendu les mêmes devoirs qu’à un roi, et les évêques de France ont tenu à l’égard de Gondebaud une conduite semblable. De même les pontifes romains ont laissé régner Zénon en paix.
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autant que la chose a dépendu d’eux , en le traitant comme légitime empereur; et quoique Anastase ait été excommunié par Je pape Symmaque , jamais il n’a été menacé pour cela de la déposition; mais au contraire il a toujours été reconnu comme légitime empereur tant par Symmaque que par les autres pontifes romains.
2. Mais en raisonnant ainsi l’auteur de la Défense ne 's’aperçoit pas qu’il élide lui-méme toute la force de son argument; car en nous mettant sous les yeux le triste spectacle que présentait l’univers chrétien & la tin du cinquième siècle et au commencement du sixième et en nous faisant voir qu’il n’y avait dans l’Église à cette époque aucun prince qui fût catholique, les provinces occidentales de l’empire romain qu’occupaient les barbares gémissant sous le joug d’usurpateurs hérétiques, savoir l’Italie sous Odoacre, roi des Hérules, et puis sous Théodoric, roi des Ostrogoths, les Espagnes et la Gaule Narbonnaise sous les Visigoths, tous ariens, l’Afrique sous les féroces Vandales , la Gaule Lyonnaise et la Viennoise sous les Bourguignons, la Germanie et l’Angleterre étant encore en grande partie païennes, les provinces d’Orient à leur tour étant assujetties à Zénon et ensuite à Anastase , tous les deux hérétiques, comme il le reconnaît le premier, il nous fournit par là même la preuve maniieste que l’Église n’avait point alors de forces suffisantes pour déposer qui que ce fût de ces princes ou de ces tyrans, et que ce n’eût été qu'en pure perte et avec une extrême imprudence qu’elle se serait portée contre eux à une mesure pour l’exécution de laquelle non-seulement elle n’aurait trouvé aucun appui , mais qui , de plus , en les irritant contre elle, lui aurait attiré à elle-même sa ruine. De qui, en effet, aurait-elle pu espérer de se voir soutenue? Quel profit eût-elle tiré de l’obéissance même que quelques-uns auraient voulu rendre à ses décrets si tous les catholiques occidentaux étaient pour ainsi dire réduits en esclavage sous le joug des barbares et si les magistrats et les armées suivaient la religion de leurs souverains hérétiques ? D’ailleurs comment prouvera-t-il que les Hérules, qui s’emparèrent de l’Italie comme une troupe de brigands, sous les ordres de leur roi Odoacre, ou les Vandales
<jui occupèrent de même l’Afrique sous (îenséric , ou les autres barbares qui usurpèrent semblablement les Espagnes et les toutes sous d'autres chefs avaient acquis à leurs rois un droit légitime de souveraineté sur les provinces de l'empire romain usurpées par eux, avant du moins qu’un certain laps de temps eût fondé pour leurs successeurs un titre légitime de prescription sur ces provinces? Mais si au contraire il est indubitable que longtemps même après l’irruption des barbares dans l’empire romain les empereurs n’avaient pas perdu leur droit de souveraineté sur ces provinces quoique envahies, on sera forcé ,d’avouer que les Romains qui gémissaient sous le joug des barbares n’étaient point obligés en conscience de reconnaître ces derniers oomme leurs légitimes princes et de leur prêter le devoir d’obéissance à un titre semblable et que, s’ils avaient pu se soustraire à leur domination , ils n’eussent fait en cela rien que de licite, quoique, par une autre considération que devait leur suggérer moins encore la religion que la raison naturelle, ce fût pour eux un devoir de souffrir la domination de ces barbares, parce que, comme ils n’étaient pas assez forts pour leur résister avec avantage , leur résistance n'eût eu d’autre résultat que de les exposer à une ruine certaine. C’est donc tout à fait hors de propos que Bossuet allègue ici les exemples des Pères et des pontifes qui respectaient comme leurs rois les princes hérules, vandales ou autres hérétiques barbares dont ils subissaient la tyrannie, encore bien qu’ils en fussent persécutés pour la foi; car il est certain que ces princes n’étaient légitimes souverains ni des États ni des peuples auparavant soumis A l’empire romain ; mais c’était néanmoins une nécessité pour les évêques catholiques d’endurer leur domination , pour ne pas exposer non-seulement leur vie, mais la religion même à de plus grands périls. Ce fut une semblable nécessité qui obligea plus d’une fois de saints évêques et les pontifes romains euxmêmes à respecter le pouvoir d’autres princes qui étaient manifestement des tyrans et des usurpateurs de l'empire, quoiqu’il soit bien certain qu’ils n’étaient pas obligés par principe de conscience de leur obéir, et qu’ils auraient pu leur résister en soulevant les peuples contre eux et les remettant sous la
dépendance de leurs légitimes souverains, si de pareilles résolutions avaient pu être couronnées de succès.
3. Entre beaucoup d’exemples que nous pourrions alléguer ici il nous suffira d’en rapporter un seul emprunté k cette même époque de l’histoire dont nous avons à nous occuper. L'an 476, comme l'Orient avait pour empereur Zénon, alors catholique, quoique dès lors de mœurs dissolues, sa belle-mère Verina ourdit une conspiration contre ce prince avec quelques sénateurs, et Basilisque, frère de la princesse, leva ouvertement l’étendard de la révolte contre l’empereur. Celui-ci, ne se croyant pas en sûreté dans son propre palais, dont il craignait que les officiers n’eussent été corrompus par sa belle-mère, se retira à Chalcédoine avec l’impératrice son épouse; puis, toujours en butte aux mèn es alarmes , il s’enfuit en Isaurie sans déposer pour cela les marques de sa dignité impériale. Après la retraite de l’empereur les rebelles proclamèrent Basilisque à sa place; et ce dernier n’eut pas plus tôt pris la pourpre qu’il assouvit sa haine contre la religion catholique en rétablissant sur le siège patriarcal d’Alexandrie Timothée Élure, évêque hérétique, qui, pour avoir envahi cette Église et fait mettre à mort saint Protère, son légitime évêque, avait été expulsé de ce siège par l’empereur Léon et relégué en Chersonèse. Basilisque replaça de même sur le siège d’Antioche Pierre le Foulon, autre hérétique , qui, d’abord intrus dans le gouvernement de cette Église, puis déposé et condamné dans un concile, avait été relégué dans l’Oasis par Léon , ce même empereur. 11 rétablit également sur le siège d’Éphèse Paul, évêque eutychien, qui avait été déposé à cause de son hérésie. En même temps il chassa de ces mêmes siégea les évêques catholiques qui s’en trouvaient en possession ; et, d’après le conseil que lui donnèrent les évêques intrus, il adressa une circulaire à tous les évêques pour prescrire sous de fortes peines tant aux clercs qu’aux laïques de réprouver les actes du concile de Chalcédoine ainsi que la lettre de saint Léon le Grand dirigée contre l’hérésie eutychienne (1). Malgré tous ces actes d’une odieuse ty-
(l)Cf. Evagr., lib. m, c. 3 ot 4 ;Theophan., in Cbronograph.. ad annuin, secuti-
dum Alexandrinos, 467 ; auctorChronio. Alexandr., inZenone.
rannie , et quoique le légitime empereur, encore vivant, eût déjà rassemblé des troupes pour combattre le rebelle, le pape saint Simplice, écrivant à Basilisque, le traite avec les mêmes expressions de respect que si c’eût été un prince légitime; il lui donne les titres d’Auguste et de Clémentissiine ; et alors même qu’il entreprend de l’avertir et de lui recommander de ne pas rétablir sur le siège d’Alexandrie Timothée Élure, cet homme déjà déposé pour ses crimes et retranché de la communion de l'Église, de maintenir la loi catholique et les saintes dispositions du concile de ühalcédoine , U commence par lui témoigner les mêmes égards, la même déférence que s’il eût eu affaire à un prince catholique (i). Il est bon d’avertir ici que, quoique cette lettre du pape Simplice, écrite en l’année 476, soit marquée communément dans toutes les éditions, et même dans les manuscrits, comme adressée à Zenon , il n’est pas moins certain et démontré invinciblement par le docte Pagi (2) que ce nom de Zénon a été substitué sur l'adresse , dans des temps éloignés de nous , à celui de Basilisque par quelque copiste ignorant, non-seulement parce que la date de cette lettre porte dans toutes les éditions et dans tous les manuscrits le consulat de Batiliscus Auguslut, et que d’ailleurs certain manuscrit donne cette lettre comme adressée à Basilisque, mais encore pour beaucoup d’autres raisons, et spécialement parce que le rétablissement de Timothée Élure sur le siège d'Alexandrie, dont parle le pontife, n’avait pas eu pour auteur Zenon, mais bien Basilisque(A). C’est pourquoi le même écrivain s’étonne que Baronius, ne trouvant pas vraisemblable que
(t) « Cupereru quidem, quantum ad meæ spectat devotionis arbitrïum, qua principes christianos jugi venerationc gospicio , débita pietati vestræ continuis oflicia déferre colloquüs... Functus igitur, gloriosiagime ac clementisaime imperator Auguste, munere salutandi , etc. S. Simpbc., epist. 4, apud Labb., t. V, edit. Venet., col. 96 et seq. (A).
(2) Cf. Pagi, Critic. Baron, ad anuum Christ» 47a, n. io et seq. .
(AJ T. IV, col. 1070-1072, édit. Paris, Labbe ajoute en tnargo que le manuscrit de Verdun portait le nom de Basilisque sur l’adresse au lieu de celui de Zénon. Labigne prétend que c’est par une erreur de copiste que cette lettre se trouve datée du consulat de l’empereur Basilisque , et qu’au lieu de Batilisco Augusto , il faut lire Batilisco et Armato , qui étaient les deux consuls de cette année 476. La 1” édition du t. IV des conciles de Labbe ayant paru en 1 67 1 , ce savant collecteur n'a pas pu avoir connaissance des observations de Pagi.
Simplice eilt écrit sur ce ton à un rebelle et à un tyran fauteur d’hérésie , ait corrigé la date du consulat de Rasilisque empereur, pour lui substituer celle de Basilisque et d’Annatus, puisque le savant annaliste ne pouvait pas ignorer que tant les pontifes romains que les autres évêques catholiques donnaient souvent le nom d’auguste ou d’empereur à des tyrans en possession du trône (1) . Et certes saint Simplice ne considéra jamais Basilisque que comme un tyran , qui portait la dévastation dans l’empire , tout aussi bien que dans l’Église. Aussi , lorsqu’il écrivit à Zénon après que celui-ci , vainqueur de Basilisque , eut entièrement recouvré l’empire , Simplice , en louant l’empereur d’avoir délivré l’Église d’Alexandrie de l’hérétique qui l’avait envahie de nouveau , l’exhorta à rétablir sur ce même siège le pasteur légitime, afin que, comme il avait purgé ses États de la tyrannique domination de Basilisque, il mit de même l’Église de Dieu à couvert des brigandages et de la contagion des hérétiques (2). De même, dans la lettre de ce pontife publiée par Luc Holstenius, et dans laquelle il répond A Acace , évêque de Constantinople , qui l’avait informé du déplorable état des Églises envahies par les hérétiques sous la tyrannie de Basilisque, il appelle l’empire qu’avait exercé celui-ci une tyrannique domination exercée en l’absence du légitime souverain (3). De même encore saint Félix III et saint Gélase, son successeur, considérèrent Basilisque comme un tyran , le premier dans la lettre qu’il écrivit à Acace de Constannople pour le féliciter du courage avec lequel il avait défendu
(1) « Porro minus mirum accidit quod librarius religions tentatus Basilisci in Zenonis nomen commutant ; cum Baronius, quem fugere non poterat tam pontili- Msromanosquampræsulescatholicostyranmsregnantibus nomen Augusti dédisse, Augusti in Armati nomen eommutandum esse putarit. » Pagius , loc. rit., n. 10-
(2) « Ut, sicut rempublicam vestram a tyrannica domination** purgastis, ita ubique Ecclesiam Dei ab hæreticorum latroriniis et contagiis exuatis. » S. Simpliciu. , epist. 8 adZcnonera, upud Labb., t. V Conc., col. 104, edit. Venet.; t. IV, col. 1079, edit. Paris.
(3) « Singula qu® contra ecclesiasticas régulas ot contra ipsam catliolicam 6dem ubicumque commissa sunt ante oculos nœtrosVollocasti , quatenus videatur quo etiam remedio subveniretur Ecrlesiis quibus vim sub occasion» tyrannie® dominationis per absentiam rhristianissimi principis pemiciosus latro et recidivus invasor Ecclesiæ Alexandrin® lapsus exiliis irrogavit. » Apud Labb., loc. rit., col. lie, edit. Venet.; col. 1039 bis, edit. Paré.
la foi catholique contre cet hérétique usurpateur de l'empire (1) , le second dans sa lettre aux évêques de Dardanie, à qui il rappelle les lettres de saint Simplice au tyran Basilisque lui-même , qu’il appelle ainsi par opposition à Zéuon , légitime empereur (2). Si donc Simplice, quoiqu’il regardât l’hérétique Basilisque comme un tyran et un injuste usurpateur de l’empire , et que rien, supposé qu’il eût été assez fort pour lui résister, ne pût lui faire un devoir de le traiter de souverain et de lui rendre les hommages dus à un souverain légitime , ne l’en appelle pas moins Auguste et très-clément empereur, et témoigne lui devoir les mêmes hommages que des sujets sont tenus de rendre à leur souverain légitime , c’est une nécessité de reconnaître que Bossuet allègue mal à propos les exemples des saints évêques du cinquième et du sixième siècle qui honorèrentcomme de légitimes souverains des princes ariens et barbares, tels que les princes vandales, hérules, goths, ostrogoths , etc. , à l’effet de prouver que ces évêques se croyaient tenus en conscience d’obéir dans les choses temporelles aux princes hérétiques et persécuteurs de la religion catholique ; et il faut bien avouer que ces expressions de respect et de soumission à l’égard de princes hérétiques , comme on les rencontre quelquefois dans les ouvrages des Pères, ne prouvent nullement qu’on doive leur obéir dans les choses temporelles en vertu des principes du christianisme, même lorsqu’on peut leur résister avec succès , mais servent uniquement à prouver la prudence de la conduite que l’Église a coutume de tenir à l’égard des tyrans et des persécuteurs, qu’elle évite avec soin d’irriter sans prolit ou plutôt avec dommage pour elle-même toutes les fois qu’il résulterait de sa résistance
(1) « (jbi est, frater Acad, labor tu us, quo tyrannidis hæreticæ tempore desudastiï t. Epist. I Felicis III ad Aeaciuin, apud Labb., loc. dt., col. 145, «lit. Venet.; col. 1051 bis, edit. Paris.
(2) « Nam si Basiliscus tyrannus et hæreticus scriptis apostolicæ sedis vehementer infractus est, et a plurimis revocatus exeessibus, quanto niagis legitimus imperator, qui se catholicum videri volebat , potuit cuni apostolica sede cunctorum quoquo pontiticum moderata suggestione moderari?... Sanctæ memori.r papa Simplicius et post eum sanctæ mémorisé Félix , non sol uni Busiliscum tyrannum, sed etiani imperatorem Zenuncm pro iisdem exeessibus auctoritatc libera sæpius increpasse noscuntur. »S. Gelasius, epist. 13 ad episcopoa Dardaniæ.
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de plus grands périls pour la religion et pour le salut de tous. S’il en était autrement, il faudrait dire que les chrétiens seraient obligés par devoir de conscience d’obéir à des tyrans et A des usurpateurs notoires, sans pouvoir leur retirer leur obéissance , lors même qu’ils seraient en force de le faire et que l’intérêt des légitimes souverains injustement spoliés le réclamerait impérieusement; or il suffit d’une lueur de raison > si faible qu’on la suppose , pour voir clairement combien un tel système serait déraisonnable , subversif de la tranquillité publique et préjudiciable aux intérêts des puissances légitimes.
DS l/EMPEREÜR ZENON.
Sommaire.
1 . Preuves des sentiments religieux de Zenon dans le zèle qu’il déploya contre les hérétiques pour le maintien de la foi catholique et qui lui attira les éloges des papes de son temps.
2. L’ambition d’Acace de Constantinople rend cet évêque prévaricateur, et il engage Zénon, séduit par ses artifices, à vexer les catholiques et à prendre les hérétiques sous sa protection.
3. Acaee, sous prétexte de rétablir la concorde entre les Églises divisées, détermine Zénon a publier son édit connu sous le nom d’Hénotique, si contraire aux décisions dogmatiques prises dans le concile de (Calcédoine, et à rétablir sur leurs sièges les évêques condamnés par ce concile.
4. Il enhardit Zénon à traiter sans respect les légats apostoliques, et engage ceuxci , à force d’intrigues , à se rendre prévaricateurs , ce qui leur attire l’excom munication portée contre eux en même temps que contre Acaee dans le concile tenu à Rome.
3. Le pape saint Félix adresse h Zénon de sévères réprimandes , et l’avertit de ne plus s’immiscer dans les affaires do l’Église.
0. L’Hénotique de Zénon, quoique répréhensible a bien des titres, ne contenait aucune hérésie. Les hérétiques qui la souscrivirent trompèrent Zénon en protestant de leur soumission et de leur respect pour le concile de Chalcédoine.
7. Témoignages du pape saint Félix en faveur du catholicisme de Zenon, dont ce saint pontifeattribnc la condescendance pour les hérétiques h la perfidie d’Acace.
H. Le pa|H; saint Gélase partage la même opinion au sujet du catholicisme de Zénon , et attribue à Àcace la connivence de cet empereur pour les hérétiques ; c’est h faux que Bossuet reproche à ce prince d’avoir condamné le concile de Chalcédoine.
1 . Ce qui a été dit dans le paragraphe qui précède pourra suffire pour démontrer combien vainement l’auteur de la Défense
s’est donné la peine d’&iler chercher dans ces siècles I malheureux des exemples de princes tolérés par l'Église malgré lenr hérésie et leur perversité. Mais comme, en laissant ignorer à ses lecteurs les circonstances des faits , en mêlant ensemble les choses les plus disparates et en confondant l’ordre des temps, il s’applique habilement à donner le change à ses lecteurs, j’ai cru nécessaire de remettre à leurs véritables places les faits qu’il allègue et de faire voir, en les discutant chacun à part , qu’aucun d’eux n’a présenté les conditions qui peuvent permettre à l’Église d’user prudemment de son pouvoir indirect sur les souverainetés temporelles. Pour commencer donc par Zénon, quels que soient les jugements divers qu’on a portés sur la religion de ce prince, par suite de la confusion jetée dans les actes de ces temps-là par les copistes qui les ont transcrits , il résulte des observations savamment critiques faites par les deux Pagi sur les lettres des papes Simplice et Félix UI à l’empereur Zénon et à Acace de Constantinople qu’il parait certain que , jusqu’à l’an 482 , Zénon n’entreprit rien contre la religion qui pût lui mériter des reproches de la part des pontifes romains, mais qu’au contraire, aprèsqu’il eut recouvré l’empire et se fut défait de Basilisque , il révoqua tous les actes de ce tyran contraires à la foi catholique , en expulsant des sièges d’Alexandrie , d’Antiocbe et d’Éphèse les hérétiques qui les avaient usurpés et en y rétablissant les évêques catholiques, comme le ditÉvagre (1) et comme le prouvent clairement les lettres de Simplice à Zénon, écrites en 477 et 478, dans la première desquelles il témoigne à ce prince sa joie de ce qu’il a recouvré l’empire en récompense de son orthodoxie, et l’exhorte, maintenant qu’il adélivré l’Église d’Alexandrie de l’hérétique Timothée Élure, qui en avait usurpé le gouvernement à la rendre dorénavant à son légitime pasteur (2) ; et dans la
(1) «Zeno autem, lege lata , cuncta quæ a Basilisco lyranno in encyciieis litterisconstituta tuèrent abrogavit. Tune etiam Petrus cognomento Fullo es Antiocbena Ecckæia et Paulusex Epbesina sede exturbati sunt. » Evagr. , ex interpret. Valesii, lib. ni, c. 8.
(2) « La- tare igitirr, venerabilis imperator, eos fuisse tuos boites qui exstiterunt Divinitatis inimici : atque gaude cum Ecdesia iaborassc , etcum fidei catholics libertate imperium restitutum , atque ut in omnibus doceas causam fcibi
seconde il remercie cet empereur d’avoir rétabli sur le siège d’Alexandrie Timothée S&lofaciole, légitime successeur de saint Protère , malgré les efforts de Pierre Monge , hérétique condamné , qui, s’étant fait ordonner évêque d’Alexandrie par le parti des hérétiques , faisait tous ses efforts pour se mettre en possession de ce siège : le pape prie en conséquence l’empereur d’éloigner d’Alexandrie cet hérétique , dont la présence ne pourrait manquer de jeter le trouble dans cette Église (1). Évagre rapporte même que Zénon se sentit tellement indigné contre Pierre Monge quand il sut que cet homme s’était fait élire évêque d’Alexandrie après la mort d’Élure qu’il résolut de le faire mettre à mort (2). En ce même temps Acace tint un concile à Constantinople , et Simplice en tint un autre de son côté à Rome , pour condamner comme hérétiques notoires Timothée Élure, Pierre le Foulon, Jean d’Apamée et Paul d’Éphèse, qui avaient envahi les sièges de ces diverses Églises sous la tyrannie de Basilisque (3). Zénon persévéra ensuite dans ce bon accord avec le saint-siège jusqu’à l’an 482, et dans cette année même il donna encore des preuves éclatantes de sa religion , puisque , sur la nouvelle que la faction de Pierre le Foulon ou Gnaphée avait sacrilégeraent mis à mort Étienne le Jeune, évêque catholique d’Antioche (4) , Zénon, voulant ven-
cum Deo esse communem, cujus ope viriliter fretus insiste , ut per quem publicos incubatores subegit Ecdesiæ’ quoque depellat tyrannos.... l'nde ante omnia precor ut Alexandrinam Ecclesiam non minus a funesto quam ab bæretico pervasore clementiæ vestræ dispositionibus liberatam'catholico ac légitime restitui censeatis antistiti. i> Epist. Simplicii ad Zenonem imper., apud Labl>., t. V Conc. , col. 103 et 104, edit. Yenet.; t. IV, col. 1078, edit. Paris.
(1) « Tacere non possum gratias sine dubio perermes quod antiquæ veræque lidei in fratre et coepiscopo meo Timotheo Alcxandrinam Ecclesiam reddidistis. » Epist. 10 Simplicii ad Zenonem, apud Labb., loc. cit., col. loo, edit. Venet.; col. 1028-1030, edit. Paris. Yide etiam epist. 12 ejusdem ad eumdem Zenonem , ibid. col. 108 vel 1032, et epist. Acacii ad Simplicium, ibid. col. 104 vel 1080.
(2) « Nec multopost, cum Timotheus (Elurus) naturæ debitum persolvisset , episcopi Alexandrinæ Ecclesiæ subjecti Petrum quemdam cognomcnto Mongum sua sibi auctoritate episcopum eligunt. Quod ubi Zenoni nuntiatum est , vehementer eum conturbavit; ac Petrum qnidem Zeno morte mulctandum censuit. » Evagr., lib. ni , c. 11, ex inlcrpret. Valesii.
(3) Sur ces deux conciles tenus, l’un à Constantinople et l'autre à Home, l’an 478, cf. Pagi, ad annum Christi 477 , n. 14 et là, et ad annum 478, n. 3 et seq.
(4) Pagi, ad annum 482, n. 2-10.
ger cette injure , punit comme ils le méritaient les sacrilèges meurtriers de l’évêque, et que, pour prévenir tous les troubles qu’aurait pu occasionner à Antioche l’élection de son successeur, il arrêta que cette élection se ferait à Constantinople , de sorte que ce fut Acace qui consacra dans cette ville , en qualité d’évêque d’Antioche, Calendion, qui était catholique. Et quoique cette ordination , pour n’avoir pas été faite par le synode d’Antioche conformément aux canons de Nicée et à la coutume de cette Église , fût peu goûtée par Simplice , cela n’empêcha pas ce pontife d’accorder à la prière de Zénon la dispense de ces règles et de confirmer l’élection de Calendion , à condition toutefois que cette ordination de l’évêque d’Antioche, usurpée par Acace, ne tirerait point à conséquence et qu’à l'avenir l’élection des évêques de ce siège serait réservée au synode , comme il parait par la lettre XXV de Simplice à Zenon et par les lettres XX et XXI du même pontife à Acace (i) ; lettres que l’auteur de la critique de Baronius démontre par des preuves solides avoir été écrites en 482 (2).
2. Mais cette ordination de Calendion attisa secrètement l’ambition d’ Acace, et éveilla en lui la pensée de s’arroger la primauté sur les sièges d’Alexandrie et d’Antioche , que saint Léon et les papes ses successeurs avaient toujours refusée aux évêques de Constantinople ; mais il ne pouvait atteindre un tel but sans lever l’étendard du schisme, et sans disposer les choses de manière à ce que le gouvernement de ces Églises fut confié à des hommes qui dépendissent entièrement de lui et qui ne pussent être agréés parle siège apostolique. En conséquence , quoique Zénon fût tellement irrité contre Pierre Monge qu’il croyait de son devoir de le faire mettre à mort, Acace, par son habileté et ses artifices, sut obtenir du prince qu’il s’abstint d’éloigner cet homme de la ville d’Alexandrie, malgré toutes les sollicitations dont saint Simplice usait auprès de lui pour lui faire adopter cette mesure. Timothé Salofaciole, évêque catholique de cette ville , étant mort à la fin de l’année 480 , et Jean Ta-
(l)ApudLabbc,t. X Conc.,edit. Venet., col. 109, 112 et 113.
'2' Pagi , ad amium 179, n. 2 et seq.
laïa, surnommé Tabenniosite parles Grecs, du nom de Tabenne en Égypte, dont il avait été moine, ayant été élu à sa place par les catholiques d’Alexandrie, celui-ci envoya, selon l’usage, ses lettres synodiques au siège apostolique (1), mais sans en adresser de même à Acace, et, comme ajoute Libérât (2), sans même lui faire part de son élection. Acace , indigné de ce procédé , qu’il prit pour une marque de mépris, le desservit tant qu’il put auprès de l’empereur, qu’il prit à tâche d’indisposer contre lui et à qui il lit entendre que Talaïa ne pouvait être évêque d’Alexandrie sans se rendre coupable de parjure, puisque, comme il s’était trouvé à la cour de Constantinople en qualité de légat de Timothée Salofaeiole, il avait, ainsi que le rapporte Évagre, juré en présence de Zénon de ne jamais briguer lesiége épiscopal d’Alexandrie (3). Acace représenta en outre àl’empereur que le bien de la paix et de l'unité de l'Église d’Alexandrie demandait que ce siège fût plutôt occupé par Pierre Monge, qui était agréé du peuple et dont l’entremise servirait, mieux que celle de tout autre, à ramener à l’unité les Églises d’Égypte. Zénon , ébranlé par ces raisons , écrivit au pape saint Simplice par le sous-diacre Uranius que Talaïa s’étant rendu coupable d’avoir violé son serment, il le jugeait indigne du sacerdoce et qu'il croyait bien plus avantageux pour la paix et la concorde des Églises d’Égypte de rétablir Pierre Monge sur le siège d’Alexandrie. Ces dépêches de l’empereur parvinrent au pontife précisément au moment où celui-ci, ayant déjà reçu la synodique de Talaïa, allait confirmer sou élection. Il s’abstint donc d’en venir à cet acte , pour qu’on n’eût pas à dire delui qu’il s’était conduit inconsidérément, après même avoir été averti par l’empereur, et il répondit à ce prince parle même courrier que, sur l’avis qui lui avait été donné, il s’était abstenu de confirmer l’élection de Talaïa, mais que, quant au rétablissement de Pierre Monge , comme il savait que cet homme était hérétique et demandé par les hérétiques , il
(1) Auctor breviculi liistoriæ Eutychianor., apud Labb., t. V Conc., col. 173, edit. Venet.; tom. IV, col. 1081, edit. Paris.
(2) Liberatus, in Breviario, c. 17.
1^(3) Evagr.,lib. tu, c. 12.
a* pouvait ni no dorait permettre qu’il fût rétabli. Celle lettre de SimplicA n’existe plus aujourd’hui ; mais celle qu'il écrivit à Aeace eu date dit lé juillet de l’année du cousulat de Severiaus, c'est-à-dire de l’au ASS, est parvenue jusqu’à nous. Cette lettre fait foi de tout ce que nous venons de rapporter, et Simpbce s’y plaintà Acaoe de n’avoir pas été informé par lui de l'état de l’J^jfese d’Alexandrie et des trames qu'y ourdissaient las hérétiques ; il lui répète les mômes plaintes dans une autre lettre datée du 6 novembre de la même année (1) ,
3. Acaoe cependant , sous prétexte de procurer la paix des Églises d’Orient , troublées et divisées par les hérétiques eutychiens, et au fond pour leur imposer son arbitrage, persuada à Zénon de publier un édit dans lequel fût exprimé ce que tout le monde avait à croire et à professer en matière de religion et dont l’acceptation devint comme un signe ou un symbole de communion et de paix entre tous ceux qui consentiraient à l'adopter, quand même quelques-uns auraient été condamués auparavant comme hérétiques, et cet édit fut appelé Ivwtuùv, c’est-à-dire unitif. Zénon donc, sans faire cas de l’avertissement de saint Simplice, rédigea son édit d’après le conseil d'Acace vers la fin de l’année 482, et en chargea Pergame, préfet d’Égypte , en lui donnant l’ordre de chasser d’Alexandrie Talala et de rétablir sur ce siège Pierre Monge, à condition toutefois que celui-ci acceptât l'Héuotique avant tout, qu’il reçût dans sa communion les protériens, c’est-à-dire les catholiques attachés à la doctrine de saint Protère, et qu’il adressât sa lettre synodique à Acace de Constantinople, à saint Simplice et aux autres archevêques (2) . Le préfet exécuta les cominis-
(1) Epist 17 et 18 Simplicii ad Acacium , apud Labb. , t. V Cône., col. IIS et llâ, edit. Venet.; t. IV, cnl. I03C-I038, edit. Paris.
(2) ■ Quorumdam autem suasu allorutionem scripsitad Alcvandrinos, qunni tkootb/om appelle vit, jussitque ut Alexaqdriua sedee Petro restitueretur, dummodu ille Henotieo suo subscribere et Proterianos lu communiouem recipere voluLsset. Hanc dispositionem consilio Acacii regiæ urbis episcopi factam Pergainius, qui prafeetus .-Egvpti oonstitutus fuerat, secum detulit. » Evagrius, ex Interpréta boue Valesii , lit», ni, c. 12 et 13. « Scripsit ad Pergamium, ducem .Egypti, ut Joanias expelleretur ab Alexandrina sede, quasi eam contra suum jusjurandum, quodin regia eivitate dédit, arripuisset : cooperaretur Petro Moggo, ut reinaueret in série : noc prius hoc faceret, niai susciperct henoticum principes, gvnodicas des-
— Ni —
sions de l’empereur; Talala s’enfuit d’Alexandrie, et Pierre Monge accepta l’Hénotique, la souscrivit, promit de recevoir dans sa communion ceux qui ne partageaient pas ses sentiments, et, ayant l'ait publier solennellement l'édit de l’empereur, il admit en effet à sa communion les protériens, ainsi que le rapporte Évagre (1). Cependant Talaïa se rendit à Rome, où il fut reçut avec bonté par Simplice , à qui il en avait appelé, et il persuada au saint pontife d’écrire à Acace contre Pierre Monge en faveur de sa propre cause. Simplice, s’étant prété surle-champ à faire cette démarche , reçut d’Acace pour réponse qu’il ne reconnaissait pas Talala pour évêque d’Alexandrie , et que c’était par ordre de l’empereur qu’il avait, au contraire, reçu dans sa communion Pierre Monge. Cette réponse indigna Simplice qui le reprit en termes sévères d’avoir, contre la disposition des canons , admis à sa communion un homme condamné de l'avis de tous (2). Mais tandis que Talala se disposait à présenter à Simplice un écrit contenant diverses accusations contre Acace, afin que sa cause fût instruite judiciairement, le saint pontife fut prévenu par la mort, arrivée le 2 mars 483, avant qu’ Acace eût fait réponse à sa dernière lettre : ainsi le raconte Libérât (3). Saint Félix III ayant été élu pour succéder à Simplice après cinq jours seulement d’interrègne, et Talaïa lui ayant présenté son écrit d’accusations contre Acace, le pape dépêcha en diligence vers Zénon Vital, évêque de Tolentino dans le Picentin, et Misène, évêque de Cumes en Campanie, en qualité de légats (4), pour demander à l’empereur que le concile de Chalcédoine fût fidèlement observé , que Pierre Monge fût expulsé comme hérétique du siège d’Alexandrie et qu’Acace fùtenvoyé à Rome pour répondre aux accusations que Jean Talaïa intentait contre lui (5). 11 écrivit en même temps à Acace
tinaret opistolas Consbntinopolitano Acario, et Simplicio romano, et rœteris archiepiscopis. » Liberatus, in Breviario, c. lï.
(l) Évagr., lib. in, o. 13.
(î) Brivicul. hist. Entychianist., apud La lit). , lof. oit.; Libérât, in Breviar., c. 1S.
(3) Libérât, c. 18.
(8) Brevieul. liist. Kutydiiauist.
(A’ « Cum Hlielli a Joanm* Frlici pomvti e**enl adver*ns Aearinm, ut qui illi-
une lettre très*- sévère , dans laquelle il lui reprochait de conspirer secrètement avec les hérétiques; et, lui mettant sous les yeux , d’un côté le zèle qu’il avait autrefois montré pour la foi catholique , de l’autre la connivence dont il usait actuellement envers l’hérésie, il lui recommandait d’engager l’empereur à soutenir les décrets du concile de Chalcédoine. 11 écrivit encore une autre lettre à Zénon pour le prier de révoquer les résolutions qu’il avait prises soit contre Jean Talaïa, soit en faveur de Pierre Monge , de rappeler sur le siège d’Alexandrie le premier, des deux qui en avait été expulsé, d’en écarter, au contraire le second, et de maintenir les dispositions du concile de Chalcédoine (1). Ensuite, pour procéder judiciairement contre Acace, il le cita solennellement au concile romain, où il aurait à répondre aux accusations que Jean élevait contre lui, comme le démontrent les actes du concile même tenu par Félix à ce sujet (2) ; en même temps il donna avis de celte citation à l’empereur, afin qu’Acace n’eût aucun prétexte à alléguer, mais qu’il se présentât sans retard devant le concile (3).
4. Les légats apostoliques dépêchés par le pontife avec les instructions que nous avons rapportées plus haut d’après Évagre ne furent pas plus tôt parvenus jusqu’à Abyde qu’ils ' furent arrêtés parles gardes de l’empereur, puis mis en prison après qu’on leur eut enlevé tous les papiers qu’ils portaient avec eux. Mais Acace, voyant que les menaces étaient impuissantes pour amener les légats à communiquer avec Pierre Monge, eut recours aux moyens de séduction et aux mensonges, cherchant à les corrompre à force de présents et de parjures, leur promettant avec serment et leur faisant promettre par l’empereur que la cause n’en serait pas moins réservée tout
cite Petro communicaret , et alia quædam gereret contra sacrorum eanomim præscriptum , Félix Vitalem ac Misenum episcopos ad Zenonem misit , posoens nt synodus Chalcedonensisfirmaretur, etPetrus tangua m hœreticus expelleretur, atque Acacius Romam mitteretur, rationem redditurus eorum quæ Joannes ei objiciebat. » Evagr., lib. ni, c. 18, ex interpret. Yalesii.
(1) Epist. I Felicis ad Aeacium, et II ad Zenonem, apud Labb., t. V Conc., col. 143-147, edit. Venet.; t. IV, col. 1049-1053, edit. Paris.
(1) Apud Labb. , t. V, col. 217, edit. Venet.; t. IV, col. 1096, edit. Paris.
(3) Ibidem, col. 218 vel 1097
entière au siège apostolique et qu’il ne leur en reviendrait aucun dommage, quand même ils communiqueraient avec Pierre Monge : ainsi le rapporte saint Gélose dans sa lettre aux évêques de Dardanie (1). Ainsi abusés et circonvenus, les légats se rendirent à l’église publiquement accompagnés d’Acace et des apoerisiaires de Pierra Monge, et y assistèrent avec eux au sacrifice solennel de l'autel, au grand étonnement et malgré les murmures de tous les catholiques. Ainsi couverts d’ignominie, ils s'en retournèrent à Rome, portant avec eux des lettres pleines d'injures contre Jean Talaïa et de louanges pour Pierre Monge. Mais, avant même qu'ils arrivassent à Home, le bruit de leur prévarication était parvenu aux oreilles de Félix, qui, ayant assemblé un concile de soixante-dix-sept évêques dans la basilique de Saint-Pierre, déposa et excommunia en même temps les deux légats Vital et Misène, et prononça de même la condamnation de Pierre Monge et d’Acace , en les privant de toutes dignités et en les séparant de la communion de l'Église (2). Il n'est resté de ce concile, tenu à Rome le 28 juillet A8>, qu’un fragment contenant la sentence synodale portée contre Acace (3) et où il est fait mention de ses excès, qui lui avaient justement attiré sa condamnation et les peines qui s’en étaient suivies, i à se trouve aussi l’édit de saint Félix contre Acace, avec la sentence d’excommunication portée contre tous ceux qui communiqueraient avec lui (k) .
fi. Le concile terminé, saint Félix écrivit à Zénon le 1 M août de la même année pour se plaindre à ce prince des violences faites à ses légats et de la violation du droit de légation commise sur leurs personnes, et pour l'exhorter à consentir ù la
(1) « Sud Acacius non solura despexit satisfacere postulat», verum etiam ipsam legationem scdis apostolicæ, blandimcntis, præraiis , porjuriisque deceptam, quibus ei cum iroperatore prumisit intégrai» præsulis apostobri causa m de omnibus esse servandam, l’utri communion** poÜutam redire porfecit. » S. Gelas, epist. 13, ad episcopos Dardaniæ, apud Labb., t. IV, col. Ilot.
(2) cf Quibus ri'bus habita synodo commotus beatwsimus papa Vitalem et Misenum ab ofllcio et communions suspendit, Acaciumque damna vit. » Brevic. hisl. JSutychianist.
(3, Apud Labb. ,t. V, col. 167, edit. Veuet.; t. IV, col. un nt spq., edit. Paris.
(4 ) Apud laibb., t. V, col. 177, in initio, edit. Vend.
condamnation de Pierre Monge et d’Acace; et il finit sa lettre en l’avertissant qu’il n’appartenait pas aux em|>ereurs de s’ingérer dans les affaires de religion, mais que leur devoir était de soumettre leur volonté, et non de l’imposer aux prêtres du Seigneur, de suivre les décisions de ceux-ci, et non de leur dicter des lois, d’apprendre d’eux la doctrine sacrée , et non de s’arroger le droit de la leur enseigner (1). Mais Acace, persévérant dans sa résistance et se jetant dans de nouveaux excès, chassa Calendion <lu siège d’Antioche et l’envoya en exil pour avoir pris le parti d’ilius ou d’Ellus et de Léonce, qui s'étaient soulevés contre Zenon (2), eu même temps qu’il obtint de ce même prince le rétablissement sur ce siège de Pierre le Foulon, quoiqu’il eût lui-même condamné précédemment cet hérétique dans le concile tenu par lui à Constantinople et qu’il l'eut fait condamner aussi par Simplice dans le concile tenu à Home (3). C’est pourquoi Félix, ayant convoqué un nouveau concile à Home l’an küô , condamna et déposa du siège d'Antioche cet usurpateur comme coupable de plusieurs hérésies, et lit part A Zénou de sa condamnation, en priant ce prince de le chasser de cette ville et de cette Église comme déjà déposé et excommunié (4). Dans ce même concile il excommunia de nouveau Acace et Pierre Monge , qui, persistant dans leur désobéissance et leur résistance au siège apostolique, n’en continuèrent [«s moins d'occuper tyranniquement ces sièges comme l’empereur lui-mèine de communiquer avec eux.
6. Tout le crime de Zénon fut donc premièrement d’avoir, à la persuasion d’Acace, promulgué l’Hénotique, et ensuite
(I) « Ceitum est eoim bec rébus vestris esse salubre, ut, cum de causis Dei agitur, juxta ipsius coustitutum regiam voluntab'm sacerdotibus Christi studeatUsubdere, rion pneferrr, et sncrosaticta per eorum priesules discerc potius quam docrav: Ecclesiæ forma m sequi, non liuir bumanitus sequenda jura prætigerr. Neque ejus sanctionibus velle dominari rui ,Deus voluit clementiam tuam piæ dovotionis colla suhmittere ; ne dum mensura cœlestis dispositionis exeeditur, eatur in contumeliam disponeutis. » Félix III, opist. 9 ad Zenonem, apud Ubb. , loc. cit.
(1) Evagr., lib. m, c. 10.
(3) S. Gelas, epist. 13 ad npiscopos Dardaniœ.
(4) Epist. 5 Fêlais ad Zenonem, apud Labli., loc. cit., col. les.
d’avoir communiqué avéc ces deux hérétiques usurpateurs des sièges d’Alexandrie et d’Antioche, ainsi qu’avec Acnce luimême, malgré les déclarations et les actes du siège apostolique qui le lui interdisaient. Mais quant à l’édit, quoiqu’il méritât bien d’être condamné, comme il le fut en effet après la mort de Zénon, aprèsque la paix eut été rétablie entre l’Église d’Orient et celle d’Occident, soit parce qu’il ne saurait appartenir à des princes laïques de faire des décrets sur la foi ou de prescrire une formule de croyance, soit parce que cet édit, ne faisant mention ni du concile de Chalcédoine ni de la lettre de saint Léon, donnait occasion aux eutychiens de rejeter l’un et l’autre, soit enfin parce que, comme il admettait indifféremment A la communion de l’Église tous ceux qui l’acceptaient, ssns eu excepterceux qui se trouvaient d’avance condamnés comme hérétiques, et sans permettre de demander à ceux-ci d’autre preuve canonique de leur amendement, autant de raisons qui firent que plus tard le nom de Zénon fut effacé des diptyques , il est certain néanmoins que cet édit ne contenait aucune hérésie, comme le fait bien voir la lettre de Zénon qu’on lit dans Évagre (1) et comme le démontrent aussi Noël-Alexandre et Pagi (2). Loin de là, cet édit renfermait la condamnation tant de l’hérésie nestorienne que du dogmatisme eutychien , et enjoignait la condamnation aussi bien de la personne d’Eutychès que de celle de Nestorius : « Nous anathématisons , y était-il dit , ce Nestorius aussi bien qu’Eutychès , qui l’un et l’autre ont pensé autrement que les Pères (3) . » Outre ces raisons , quelque idée d’ailleurs qu’on se forme des sentiments réels de Zénon , comme il avait protesté dans ses lettres particulières aux pontifes romains qu’il embrassait et professait la foi du concile de Chalcédoine , ceux-ci pouvaient trouver excusable la faute qu’il avait commise en publiant cet édit, et croire que, abusé par les artifices d’Acace, comme pouvait l’être aisé-
(1) Evagr., lib. 1 1 r, c. 14.
(2) Noël-Alexandre, pars l sas- j, c. 3, et Pagi, Dissert. 18, ad anniim Christi 482, I). 22.
(3) « 'Ovtivi xxlfyxeï; Nivroptov S|*x Fin/C' t4v*vtî* toïç Eipniievoe çpovovvt»; àva#î|AaT-^oatv. » Evagr., lor. cit.
nient un laïque qui n’entendait rien aux matières ecclésiastiques, il s’était proposé honnêtement et religieusement pour but de ramener par son Hénotique à l’unité catholique les Églises de l’Orient qui s’étaient divisées à l’occasion du concile de Chalcédoine. Quant à ce qu’on lui reproche ensuite d’avoir communiqué avec Pierre Monge et avec Pierre le Foulon , ou il fut trompé le premier en les croyant catholiques, ou il trompa les pontifes romains en donnant à entendre à ceux-ci qu’il les croyait tels d’après des documents certains. 11 suffit pour cola d’observer que Pierre Monge , pour obéir à l’ordre de Zenon , souscrivit à l’Hénotique en condamnant Eutychès, qu’il admit à sa communion les catholiques protériens et qu’il déclara accepter le saint concile de Chalcédoine , comme on le voit par la lettre de Zénon à saint Félix III, rapportée par Évagre et dans laquelle ce prince, répondant à la demande réitérée que lui faisait le pontife de rappeler Jean Talaïa à l’Église d’Alexandrie et d’en éloigner Pierre Monge , lui dit qu’il ne devait pas s’émouvoir des paroles de Jean, qui, au mépris du serment qu’il avait fait, s’était sacrilégement intronisé sur le siège d’Alexandrie ; que ce n’,était pas sans réflexion ni examen qu’on avait rétabli Pierre Monge sur ce môme siège , et que lui empereur et Pierre avec lui, aussi bien que les autres Églises, acceptaient et révéraient le saint concile de Chalcédoine , dont la doctrine était en tout la même que celle du concile de Nicée (t); et il est même fort probable que Pierre Monge, quelque ennemi qu’il fût du concile de Chalcédoine et quoiqu’il l’eût plus d’une fois condamné en public, comme on le voit par Victor et par Libérât (2) , avait néanmoins donné à entendre à l’empereur qu’il l’acceptait et le révérait , puisque nous savons par Évagre qu’il avait écrit à Acace que c’était calomnieuse rneni qu'on lui reprochait de condamner ce concile, auquel, disait-il , il s’était soumis et avait donné son adhésion, comme le trou-
(1) « Pru eerto babere debes et pietatem nostram , et supra memoratum sanctissimum Petruro , et univereas saerosanctas Ecclesias sanctissimum Chatcodonense roncilium amplccti ac venerari, quod cum fide Nicæni concilii prorsus eonsensit. » Epist. Zcnonis ad Felieem III, apud Evagriuni, lib. ni, c. 20, ex interpret. Valcsii.
(2) Victor. Tunon. Ctaronieon ; Libérât. Breviar.,c. 18.
vant conforme au concile de Nicée (1). On peut dire la même Chose de Pierre le Foulon , qui, au moment où il fut rétabli sur le siège d’Antioche, accepta l’Hénotique de Zénon et condamna Eutychès , comme le rapporte Évagfe (2).
7. Je ne prétends pas pour cela justiiiêr Zénon , mais seulement démontrer qu’il fut réputé càthohqde par les pontifes romains de son temps , qui pour cette raison ne le séparèrent pas de leur communion , tant ils étaient éloignés d’avoir des motifs pour le déposer de l’empire , comme le prétend l’auteur de la Défense. Toute la faute que commit ce prince en condescendant aux hérétiques, ces mêmes pontifes l’attribuèrent à l’ambition d’Acace, qui avait réussi par ses art ifices à faire croire à ce prince que ces hommes étaient catholiques et qu’il n’était besoin d’aucune autre mesure canonique pour les rétablir sur les sièges dont ils avaient été déposés. Delà saint Félix 111, dans la lettre ou le traité qu’il composa pour réfuter les raisons d’Acace et pour justifier la sentence qu’il avait prononcée en concile contre lui (traité dont nous devons la découverte aux savantes recherches de M. le marquis Mafl'ei ) , répondant à ce qu’Acace alléguait pour s’excuser qu’il n’arvait reçu Pierre Monge dans sa communion que pour faire comme l’empereur, qui était catholique, après lui avoir représenté que l’empereur était enfant de l’Église, et non son maître , et ne pouvait en conséquence imposer des lois aux prêtres en matière ecclésiastique, mais qu’il devait plutôt en recevoir d’eux, ajoute que d’ailleurs il ne croit de Zénon rien de semblable , puisqu’il avait entre les mains des témoignages certains dé son orthodoxie. « üu’Acace , dit-il , ou tout autre qui pense de même , prenne la peine de voir s’il convient d’imputer cette action détestable à un empereur catholique. Pour nous, il nous répugne de le croire , d’autant plus que nous avorts entre les mains sa profession de foi, dans laquelle il déclare partager la foi catholique et admettre les définitions du concile de Chalcédoine. . . et ce seraitbien mal de penser de ce prince que de dire qu’il ne peut
(1) Evagr.,{lib. m, c. 17.
(ï) Kvagr , lit). III, C. la.
uu ne veut pas agir conformément à ses propres sentiments. Nous le répétons , nous ne saurions croire pareilles choses de l’empereur : à Dieu ne plaise qu'on puisse dire qu’il combat la foi catholique en dépit de sa propre profession de foi, comme de ce que lui commande l'honneur de l’empire » . « Nous lisons, ajoute-t-il un peu plus loin, la lettre de l’empereur daus laquelle il déclare s’être conduit en tout d'après le conseil d’Acace(i). n Ajoutons à toutes ces prouves qu’Acaco de Constantinople étant mort en 489 hors de la communion de l'Église, ce fut Bn catholique qui lui fut donné pour successeur, puisque, eom me l’attes te Libérât, Flavi te, c’était lenomde ce nouvel év«'(|uedeConstantinople, neroiisenlità s'asseoir suree siège qu autant qu'il y serait autorisé par le pontife romain (Ü); que Flavite lui-même étant mort au bout de trois mois, Zenon s'entremit pour que ce siège, devenu de nouveau vacant, fût confié à liu phème, évêque d’un catholicisme éprouvé, qui, comme le rapporte Évagre , faisait profession de reconnaître et de révérer le saint concile de Cbalcédoine autant qu'il avait en aversion Pierre Monge («tyy et quà cette occasion le saint pu fie Félix 111 écrivit à l'empereur pour le louer du zèle qu'il venait de montrer en procurant la promotion du nouvel évêque, et pour lui dire que les dernières lettres qu’il avait remues de lui faisaient foi de son respect pour le coucile de Cbalcédoine (4). En même temps il priait l'empereur de faire effacer des sacresdiptyques le nom d’Acace, ajoutant que tout ce qu’avait lait ce
(1) « Viderit Acacias , vel qui ista pronuutiat, utrum imperatorem catholicuin protiteatur liujus pravitatis auctorem. Nus ista de catholico imperatore non crodimas , utpote eu jus sacra retioemus, in quibus catlioiicain lideiu et Chnlcedoneasis synodi definitionem se teneru testatur... pessimeque de eo magis il le sentit qui aiteum aut uolle aut non faoere posee quai sentit... Nos, inquain, ista de imperatore non credimus : abeit enim ut, coutra hoc quod palarn profiteur, contra decus imperii catholicam fidem impugnare dicatur... Imperatoris sacra récita ni us , quibus oinnin se impvrator euro Acacii coosilio feeisse promit, et item Acacii scripta depromimus, quæ laudant imperatorem ista facieutem. » Epist. sive Tractatus Feiicis III, apud Labb., t. V Cône., edit. Venet., col. 185 etnq.
(a) Libérât. Breviar., c. 18.
(3) Kvagr., lib. ni, c. 23.
(4) « Quia dum per synodum Cbalcedonensem , quant se dudum htteris designavit tua elementia venerari, » etc. Epist. 1 2 Feiicis lit ad Zenonem, apud Labb. , loc. cit., col. 208, vel 1087, t. IV.
prince, après avoir délivré l’Empire de la tyrannie de Basilisque, et tout ce qu’il faisait encore pour le bien de la religion catholique, lui donnait une entière certitude de la bonté de ses dispositions ; ou que, si ce prince avait failli en quelque chose, ce n’était que par un effet de la perfidie d’Acace, qui, n’ayant en vue que son propre agrandissement , ne s’était pas donné la peine de lui suggérer, absorbé qu’il était lui-même dans le soin des affaires publiques, ce qu’il convenait de faire dans l’intérêt de la religion (1).
8. Saint Gélase, successeur immédiat de saint Félix III, n’avait pas non plus une autre opinion de cet empereur, puisqu’écrivant aux évêques de Dardanie plusieurs années après la mort de Zénon , et s’attachant à leur prouver la justice de la condamnation d’Acace, il rejetait sur celui-ci toute la faute des excès de Zénon, non-seulement parce qu’il ne lui avait pas résisté comme il l’avait fait au tyran Basilisque, mais encore parce qu’il avait refusé de se rendre aux scrupules de Zénon, qui ne voulait pas d’abord communiquer avec Pierre le Foulon ; et le pontife ajoutait qu’il était constant, d’après les lettres de l’empereur, que tout ce qu’avait fait celui-ci dans ce grand débat, il ne l’avait fait que d’après les conseils d’Acace (2). Puis donc que Zénon a été considéré comme catholique par ces saints papes, contemporains de son règne, quelque préjudice qu’ait pu causer à la religion cet empereur mal conseillé par Acace, c’est tout à fait hors de propos que Bossuet se prévaut de ce
(1) « in me enim qualicumque vicario Beatus Petrus apostolus et bæc in iiio qui Ecclesiam suam discerpi non patitur ipse ;etiam Christus exposcit Absit ut huic quemquam christiana mens tua vel possit vel debeat anteferre, quem pro te votis omnibus desideras exorari. Præsertim cum tanta sint ilia, vel talia, quæ tyrannide deleta pro fide catholica gessisti , et geris , ut plena a Deo vestræ conscientise expérimenta teneamus. De quibus, et si quid fortassis omissum est , non respicit nisi perfidi virus Acacii : qui , dumillicitiscrescere tendit augmentis, ea quæ rectæ religioni congruerent vobis inter curas publicas occupatis destitit intimare. » Epist. cit. Felicis III ad Zenonem.
(2) « Cur igitur quando voluit obstitit Basilisco tyranno certe et hæretico vehementer infesto? Cur ipsi imperatori Zenoni , qui palam Antiochono Petro noluit eommunicare, suam non subdidit voluntatem?... Quidquid ipse Zenon imperatorsuis litteris profitetur, cuncta sese ex Acacii gessisse consilio. » S. Gelas., epist. 13 ad episcopos Dardaniæ, apud Labb., t. V, col. 324 et seq., edit. Venet.; t. IV, col. 1 205 et seq., edit. Paris.
que ce prince n’a pas été déposé par l’Église pour prouver que l'Église à cette époque ne croyait pas en avoir le pouvoir. Et quand même ce prince aurait été aussi impie que notre auteur nous le dépeint, il serait plus naturel encore d’inférer de la conduite de l’Église à son égard qu’elle ne se croyait pas en droit de le retrancher de sa communion , puisqu’on a vu que Simplice et Félix, ces deux papes si saints et si zélés, le laissèrent, tant qu’il vécut, régner en paix, autant du moins qu’il fut en eux, sans le séparer de la communion de l’Église. Mais que Zénon ait anathématisé le concile de Chalcédoine, comme l’affirme encore Bossuet (1), c’est ce que nous avons démontré faux et ouvertement contredit par l’évidence des faits.