ROI DES ROURGC1GNONS
I . OdoRcre , quoique arien , n'inquiéta nullement les catholiques ; mais il les honora et tes favorisa plutôt.
i. Huneric, roi des Vandales en Afrique, persécuteur atroce de la foi de Nicée, oblige tous les évêques catholiques de ses États à se réunir à Carthage pour qu'ils lui rendent compte de leur croyance ; mais c'était au fond dans l’infernal dessein do les opprimer tous à la fois.
3. Les évêques catholiques d'Afrique n’étaient pas en force de résister avec avantage à ce prince barbare, qui n’avait que du mépris pour les moyens coercitifs de l’Église, ni par conséquent de faire usage contre lui du pouvoir indirect.
k. On explique en quel sens les Pères africains témoignent reconnaître Huneric pour leur souverain et prêter obéissance à ses lois.
6. Conférence tenue par saint Avit, évêque de Vienne, et par d’autres évêques de France en présence de Gondebaud, roi arien des Bourguignons, qui fait voir clairement que ce prince barbare , bien loin de persécuter les catholiques , les traitait plutôt avec honneur et respect et qu’il se montrait rempli de prévenance à leur égard.
6. La réponse que fit saint Avit à Gondebaud établit le droit qu’ont les sujets de prendre les armes contre leurs souverains et de se détacher de leur obéissance pour cause de religion.
(1) « Zenonem vero imperatorem, impio diercto quod Henoticum, id est uniti-
vtim , appellabat Chalcedonensi synodo onatbema dicentem , Simplicius et Félix romani jiontifices diutissime et, quantum in ipsis fuit, pacatissime reguare
permiserunt » Bossuet, 1. 1, part. 2, lib. v (al. î), c. 0.
t. Après Zén on, l’ordre des temps, auquel Bossuet n’a guère eu égard, demande que nous parlions d’Odoacre, qui, en l’an 't-76, sous le consulat de Basilisque, consul pour la deuxième fois, et d’ Armâtes, comme le rapportent Marcellin , Cassiodore , l'anonyme deCuspinien et d’antres encore, envahit l’Italie à la tète d’une immense multitude de barbares (4), dans le même temps que Basilisque usurpait l’empire en Orient. Mais nous ne pouvons comprendre comment il est venu à l’esprit de l’auteur de la Défense de parler d’Odoaere , puisqu’on sait que ce prinoe, bien qu’il l'àt attaché à l’hérésie aérienne, Btinquiétajamais les catholique* et ne leur lit aucunepeine ««sujet de leur religion (2)‘. K nnode ajoute même que ce prince barbare avait en particulier un tel respect pour saint Épiphane, évêque dé Pavie, qu’il ne le cédait sur ce point à aucun autre souverain, même catholique, et qu’àla demande de ce saint il accorda à la ville de Pavie l’exemption pour cinq années de tout tribut (3). Et quoique saint Gélase ait dit quelque part qu’il s’était vu obligé de refuser à ce prince des choses que sa conscience ne lui permettaitpas de lui accorder (A), on ne liteependant nulle part que ce barbare ait témoigné du ressentiment de la résistance que lui avait opposée ce saint pontife. Puisqu’il est donc constant qü’Odoacre laissait FÉglise jouir de sa tranquiffitë , qu'il honorait les évêques catholiques et qu’il avait permis A l’un d’eux de lui résister dans les choses injustes qn’il lui avait commandées , FÉglise n’avait aucune raison de faire usage contre lui de son pouvoir, quand même on supposerait qu elle
(1) « Odoaeer, T urcilingorum rex, liabens socum Schyros, Herulos diversarumque geiitiuui auxiliarios, Italiam occupavit. » Jornandes, de rebus Gelirts, c. 46.
(2) u Quod rursus p.-rtinet ad Odoacrem, illud piano memoria dignurn est, ikulluin factum ab eu uegotium retins sacris , quantumlibet arianQs esset. >Barouius, ad annum Cliristi 476.
(3) « Adseitns in regnum Odoacris, tantôt ultu insignom viruin cœpit bonorare ut omnium decessorum suorum circa eum ofücio præcederet... direeta legatione ad Odoacrem quinquonnii vacationem fiscalium tributorum impetravit. » Ennonodius, episc. Tirinensisin VitaS. Epipbanii.t. IX Bibboth. VV. PP.,edit. Lugd., ann. 1677, p. 386, col. 1.
(4) « Nos quoquo Oduacri barbare hæretico regnum Italiæ tune tenenti , cum aliqua non facicnda prtBciperet , Duo præstanlo uulla tenus paruisse mamfestuin est. » S. Gelas. I , epist. 13 ad episcopos Dardaniæ.
— as-
surait pu le faire prudemment et sans se causer à eile-méme un préjudice notable. C'est donc contre toute justice que Bossuet met sur la même ligne Hnneric, roi des Vandales, et Odoacre, roi des Hérules fl), puisqu'il est certain que le premier était un cruel persécuteur delà foi catholique promulguée à Nieée et exerçait toute sorte de cruauté» envers le» évêques catholique».
2. Ce monstre, qui succéda A son père Geiwerie dans l’année 477 sur le trône d'Afrique créé par le» Vandales, commença par faire pendant cinq années, oit mèmè plus, son apprentissage de cruauté tant sur les manichéens que sur ses Vandales, ariens comme lui, ainsi que le rapporte Victor de Vite, dont le texte a été mis en lumière par Chi Met Çi) ; pu» il en vint à tourner toute sa fureur contre tes catholiques, en leur défendant tout rassemblement dans leurs ég liées et loutexercice de leur religion. Alors l'empereur Zénon lui ayant envoyé Régtnon en ambassade pour obtenir de lui qu’il accordât la paix à F Église, il adressa un édit le 9 mai 4R3, septième année de son règne , À tous les évêques orthodoxes, à qui il donnait le sobriquet à'kotnoutitns, pour qu'ils se réunissent tou» à Carthage le icr joùr de février suivant avec les évêques ariens, qu'ils y exposassent leur foi et la prouvasse® t par les Écritures, Saint Eugène, cvèque de Carthage, répondit à cette intimation royale , en sa qualité de primat de l’Église d’Afrique, que, Je notaire Yitarède lui ayant intimé l’édit royal en présence du clergé et du peuple , il avait compris par la teneur de cet édit qu'ils 'adressa it égale nient A tous les au très évêques d’Afrique, se» collègues , invités comme lui à se rendre au jour fixé pour disputer sur la foi, et qu’il avait reçu cet ordreavec respeet; mai» qu’en même temps il avait représenté au notaire qu’il faudrait entendre aussi les évêques transmarinsete la Hiêmecommunion qu’eux-mémes, puisqu’il s’agissait d’une cause commune au monde entier, et non particulière aux provinces d’Afrique; qu’il l’avait prié en conséquence de soumettre cette représentation au roi, afin que le prince lût convaincu qu’ils ue reculaient
(!) Bossuet, Unu. i, par. Ulib. V (al. U, sont. U), cap. VI.
(1) Chiftlet , Elucidât, ad Victorem, <t< Peneculùme H'audaiir., c. 7.
nullement devant une controverse sur la foi, mais qu’ils ne pouvaient se permettre d’y entrer qu’avec l’agrément de l’universalité des évéques(t). Le roi barbare, recevant avec dédain cette réponse du saint évêque , lui fit répliquer par Obade, son principal ministre , qu’il satisferait à sa demande d’attendre le consentement et de recueillir les avis de tous les évêques du monde autres que ceux de l’Afrique, lorsque lui-même aurait pris la peine de soumettre à son empire le monde entier. Saint Eugène répondità cette insolente repartie que pour condescendre à une demande qui n’était que juste Huneric exigeait une condition impossible, et que s’il voulait connaître la véritable croyance des évêques catholiques par le témoignage de tous ceux qui la professaient , comme il lui avait représenté que cela devait se faire , le prince n’avait qu’à faire part de son désir à ses alliés, et que lui-même écrirait à ses collègues dans l’épiscopat , mais particulièrement à celui de F Église romaine, qui est comme la ttte de toutes les Églises (2), pour que tous ensemble, avec les évêques d’Afrique, ils pussent rendre témoignage de leur foi commune. Le tyran refusant d’écouter les raisons de saint Eugène , et celui-ci ne pouvant, non plus que les autres évêques d’Afrique, éviter la conférence, de peur de paraître abandonner la cause de la religion ou de faire croire aux ariens qu’ils manquaient de raisons pour la défendre, ils se rendirent au jour marqué à (Carthage au nombre de quatre cent soixante-six des diverses provinces d’Afrique. Les ariens se présentèrent aussi de leur côté avec Cyrille, leur chef, qui, se targuant du titre de patriarche et ayant à ses côtés une troupe de satellites, s’était fait dresser un trône magnifique et élevé , d’où il prétendait être le modérateur, le juge et l’arbitre de la conférence. Les évêques catholiques, voyantdonc que tout ordre de justice était interverti et que les ariens, se constituant à
(1) Apud Victorem Vitensem, lib. m, de Persentl. H'aiirfaftc., t. VIII, Bibtiotb. VV. PP., p. 682 et seq.
(î)« Dixi enim , si nostram fidem, quæ una et vers fides eut, potestas regis agnoscere desiderat, mittat ad amicossuos : scribam et ego fralribus rneis ut veniant coepiscopi mci, qui vobis nobisrum contmuneni fidem nostram valeant demouxtrare : et præcipue Eculema romana.qu» capot estomnium Eedesiarum. » Apud Victor. Vit., loc. cit.
la fois juges et parties, refusaient d’entrer en discussion sur le fond de la cause et voulaienttout obtenir par voie de tumulte, de supercheries et [de violences , leur présentèrent un livre qui contenait l’exposition de leur foi et qu’ils avaient composé d’avance pour le mettre sous les yeux du roi Huneric dans le pressentiment de ce qui devait arriver; et ils leur dirent que, s’ils voulaient connaître leur croyance, ils la trouveraient exposée dans cé livre (1).
Irrité de cette manifestation, le méchant prince , qui n’avait rassemblé tous les évêques d’Afrique à Carthage que pour pouvoir les opprimer tous à la fois, fit publier dans toute l’Afrique un édit cruel , en date du 26 février 484, par lequel il défendait, sous les plus fortes peines, tout exercice de la religion catholique, ordonnait qu’à partir d'un jour marqué toutes les églises de son royaume fussent fermées, et dépouillait les évêques catholiques de tous leurs biens pour les donner aux ariens , en laissant les premiers privés de tout soutien et dans le plus extrême dénuement. Et, non content de cela, il les accabla d’outrages, en relégua les uns en Corse pour y travailler à couper et à scier le bois propre à faire des navires, et dispersa les autres dans les provinces de l’Afrique pour y bêcher la terre (2). Delà passant à des mesures encore plus cruelles, ce prince altéré du sang catholique envoya en même temps dans toutes les provinces de l’Afrique des satellites et des bourreaux pour contraindre les fidèles à embrasser l’arianisme ; et ces ministres impies, laissant en tous lieux d’horribles traces de leur atroce cruauté, rendirent l’Église d’Afrique de plus en plus illustre par le nombre de ses glorieux martyrs et de ses généreux confesseurs (3).
3. Tels sont les faits que nous a fidèlement transmis Victor de Vite, témoin oculaire. Il nous reste maintenant à examiner si de ce que les évêques d’Afrique n’ont pas déposé Huneric il peut s’ensuivre , comme le prétend l’auteur de la Défense , qu’ils ne se croyaient pas en droit de le déposer, ou qu’ils se
(I) Victor. Vit., de Periecnt. Watidalic., lib. Il, loc. rit,, p. 683.
(J, Victor Vit., de Pertentl. Wandalic . lib. in et iv.
(3) Id., lib. v.
croyaient obligés de lui prêter obéissance par principe de religion , quelque violent persécuteur qu’il se montrât de la religion elle-même. Mais comme il est au contraire certain que, uiêuie en admettant comme indubitable que l’Église a reçu de Dieu ce pouvoir sur les mauvais princes, les évêques d’ Afrique n’aiment pu sans une extrême imprudence et sans les plus graves dangers en faire usage à l’égard de ce persécuteur barbare, comment notre adversaire peut-il conclure de ce qu’ils n’ont pas fait usage de ce pouvoir qu’ils s’en croyaient en effet dépourvus? 0e quel prince catholique auraient-ils pu invoquer l’appui [»ur échapper aux maux qui auraient été la suite inévitabled’undéeretde cette nature?Un’yavaitalorsd’autre prince catholique que l'einpereurZénon, qui à la vérité, sur la demandedu pontife romain, envoya successivement Héginon et Lîrnniusauprèsd’llunericeaqualitéd’ainbassadeurs : le premier avant la conférence de Carthage dont nous avons parlé plus haut, et le second l'armée suivante, après que les évêques catholiques eurent été dispersés et que la plus atroce des persécutions eut été allumée contre tous les fidèles. Mais bien loin de se rendre A ses désirs ou de céder aux instances qu’il lui faisait de laisser' en paix les catholiques de ses États, ce barbare, pour faire voir qu’ü ne le craignait point et qu’il ne faisait aucun cas de la puissance romaine, ordonna d’étaler sur toutes les rues et sur toutes les places par où devait pasger l'ami wssadeur de l’euapereur pour se rendre au palais le spectacle d&s bourreaux et des supplices les plus atroces employés contre les fidèles (4).
A. Mais, dit Bossuet, si l'impuissance obligeait œs évêques A s’abstenir de déposer Huneric , ils pouvaient au moins se dispenser de dire qu’ils étaient tenus de le reconnaître pour leur roi , et se taire sur l’obligation de lui prêter obéissance.
(1) « Sod qui hoc fabulosum pulat Uranium, Zuuoois legatuiu, jinterroget, cujus præsentin gesta sunt; ilia seilieet causa, quia, veniens Carthaginem , se pro defensiono cattioticarum Ecclesiarum venisse jaitabat. Et ut ostenderet .tyrannus se neminem lurmidare, in illis plateis vel vicis plures tortures et crudeliores statuit, quibus legatis ruorLs est ascendeijdo ad pîlatiuiu et dasrendendo tram ire : ad opprobrium videlieet raipublicæ ipsiu* ut uuctri jam defldentw tempo ris fæces. » Victor Vit., de l’ersecut. Wandalic.., lib. v.
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Puis donc que saint Eugène écrivit à Huneric qu'il avait reçu arec iieaucoup de respect l’ordre que ce prince lui avait intimé de se réuuir à Carthage avec les autres évêques d’Afrique (1) et que tous d’ailleurs commencèrent l’exposition de leur foi adressée à ce même souverain par lui témoigner de l’obéissance due à la puissance royale (2), cet aveu qu’ils auraient pu supprimer ne leur était arraché que parla force de la vérité, au lieu de leur être simplement conseillé par leur faiblesse (8). On reconnaîtra la futilité de ce raisonnement de Bossuet si l’on veut seulement considérer premièrement qu’Huneric étant, sinon de droit, au moinsde fait souverain de l’Afrique, et reconnu en cette qualité par les Vandales qui eu avaient fait la conquête, saint Eugène ne pouvait, saus l’irriter en pure perte et sans exposer la religion à de graves dommages, l’appeler d’nn autre pom que de celui dont l’appelaient ses Vandales, ni donner à ses édits d’autres titres que ceux de lois ou d'ordonnances que leur attachait le roi luiméme, ni lui dire qu’ils les avaient reçus autrement que de la manière dont on reçoit les ordres d’un roi; eu second lieu, que dans cette exposition de la Coi de saint Eugène et de ses collègues il n’est pas fait mention du précepte que l'ait l’Apôtre d’obéir aux souverains, mais de l’in jonction faite par H une rie lui-même aux évêques d’Afriquede présenter l'exposé etd’étabür les preuves de leur loi , comme on le voit par son édit l'apporté plus haut (4). C’est en faisant allusion à cet édit que
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(1) « Nuper potestas regia per Witaredum notarium parvitatem meam admowre dignata est, qui nobis de merito ar religione ttdei praeceptum ejus in Ecclesia præsente riero et plabe recensait , ex eujus tenure cognoviraus ad omues coepiseopos meos prweptum regium similiter émanasse, ut die œnstituta pro disputatione fidei veniatur. Quod nos venernbiüter accepisse suggessimus. » Victor, de Perucut. M andai ir., lit), n.
(2) « Regali impegio fidei catholicæ quaiu teoemus ptsecipimur reddere rationem , etc. n Profess. fidei catliolicæ episcop. Hunerico oblata , apud Victor. , loc. cit., lib. ni.
(3 j « Quæ si imbécillités, non ipsa veritas postulasse! , lacéré potuisset Eugenius b Bossuet, t. I , part: 2, lib. v, alias 2, c. s in fine.
(i) * Hoc nos statuissc cognoscite, ut ad diem kalendaruin.februariarum proxiine futurs ru m , omisse omui excusatione formidiois, omnos Cartliagincm veniatis... ut defide homousianorum , quam defenditis, de divinis scripturis proprie approbetis, quo posait agnosci si integram fldem teneatis. » Rdictum Hunorici, apud Virtorem cit., de Pertee ut. WawUtlic., lib. il.
saint Eugène et les autres évêques commencent l’exposition de leur foi par ces paroles : « Votre Majesté a ordonné de rendre raison de la foi catholique que nous professons. » Les évêques africains ne font donc pas autre chose ici que d’attester le fait, savoir l’ordre qu’ils avaient reçu du roi d’exposer la foi qu’ils professaient; et il est bien étrange que Bossuet veuille faire entrer ici le précepte donné par l’Apôtre d’obéir aux autorités publiques pour en conclure que ces saints évêques se croyaient obligés de l’observer même à l’égard d’un prince aussi impie et aussi violent persécuteur de la religion , et que de plus ils établissaient cet article comme le premier de leur croyance en commençant par là l’exposition de leur foi. Quelle mauvaise foi dans un homme tel que Bossuet ! ou du moins quelle singulière préoccupation d’esprit! et quel danger pour ceux de ses lecteurs qui auraient l’imprudence de se laisser prendre à de pareils pièges !
5. C’est avec une semblable habileté que notre auteur rapporte la conférence tenue l’an 501 par saint Avit de Vienne et les autres évêques de France qui se trouvaient sous la dépendance de Gondebaud, roi des Bourguignons. 11 dit donc que ces évêques catholiques persévérèrent dans la fidélité et la soumission envers ce roi arien , quoiqu’ils eussent pour se défendre la protection du grand Clovis, roidesFrancs, qui, depuis sa conversion à la foi catholique, avait pris les armes contre Gondebaud; et pourtant, dans une occasion aussi favorable, ils ne déposèrent point le roi arien , ils ne détachèrent point ses sujets de l’obéissance qui lui était due, ils ne refusèrent point de le reconnaître en qualité de roi. Bien plus, comme Gondebaud se plaignait de ce que Clovis lui avait déclaré la guerre , saint Avit lui répondit qu’il ne connaissait pas les raisons qui avaient pu engager ce prince à envahir ses frontières, mais qu’il savait que l’abandon de la loi de Dieu était souvent la cause de la ruine des empires , et, tout en continuant à le menacer des châtiments divins, il ne se permit à lui- même de rien entreprendre pour renverser son gouvernement. Voilà ce que dit Bossuet (A). Mais il nous est resté, Dieu merci, uu in- (A) Iri l'impartialité ma fait un devoir da dira qua Bimiahi n 'aurait pa« dft mip-
signe monument de cette conférence tenue par saint Avit en présence de Gondebaud , qui fait voir toute la futilité et toute l’impuissance de l’argument de notre adversaire. Qu’on sache donc que, comme le prouvent les actes de cette conférence, publiés pour la première fois par Luc d’Achéry et insérés depuis dans la collection des Conciles de Labbe , édition de Venise (1), Gondebaud, quoique arien , traitait les catholiques avec une telle douceur que les évêques de son royaume, prenant occasion pour s’assembler de la fête de Saint-Just , se portèrent tous ensemble avec saint Avit, évêque de Vienne, auprès du roi pour l’engager à embrasser la foi catholique et le ramener à l’unité dont l’avait séparé la secte arienne; que Gondebaud les reçut avec bienveillance, écouta tranquillement saint Avit lui parler de la consubstantialité du Fils de Dieu , et que ce saint prélat s'étant jeté à ses pieds avec les autres évêques en le priant à chaudes larmes, et les genoux en terre, de leur permettre de démontrer en sa présence contre les évêques ariens la vérité de la foi catholique, il se baissa vers eux pour les relever, et leur promit de satisfaire à la dé-
primer le témoignage de saint FuJgence produit aussi par Bossuet et qui atténue singulièrement le reproche de mauvaise foi intenté , à tort selon moi , à ce grand évéque. Voici ce passage en entier : « Vandali item ariani et Gensericus « atque omni bellua tetrior Hunericus Africanam Ecclesiam devastarunt. At in- « terim catbolici omnes in fide se manere testabantur ; acsanctusFulgentius, Rus- « pensés [episcopus et Christi confessor inclytus , hase ad Trasimundum, regem « arianum, scripsit (Fulgent. Rusp. ad Trasim., hb. i, c. 2) : « Cum pro nustra « fide , in quantum facuttatem divinitus accepimus , libéré respondemus , nulln
• contumaciæ seu contumeliæ debemus suspicione notari , cum nec regiæ simus « dignitatis immemores, sciamusque Deo timorem, honorem regibus exhibendum, « apostouca ita nos præmonente doctmna : Rtddilc omnibus débita : et paulo « post : « Cui timorem , timorem: cui honorem, honorem. » Locum etiam Pétri commémorât : De um timele, regem honorificate ( 1 Petr. II, 17 ). « Competens igi-
• tur, inquit, mansuetudini tuæ deferimus honoris obsequium, cui regalis api- ■ cem culminis divins cemimus largitate collatum : nec tamen quemquam sa- « pientem fugit quanto sempiternus ille rex regum et Dominus dominantium « timoré debeat suspici , qui temporales etiam reges præcipit bonorari. » His persuasi docretis, non metu aut infirmitate coacti , reges impios ac religion! infmsissimos observabant; neque temporariam et ab opportunitute pendentem, sed æternis decretis nixam, exhibebant fidem. » Def. Cleri gallican: , Ub. h, c. 6. Pour l'explication de ce passage, voir plus loin, §. s, n. 3. Bossuet , lor.cit.
(1) T. V , Conc. Labb., edit. Venet., col. 4 àî et seq.
mande qu’ils lui faisaient (1); qu’en effet, lesayant mandés dès le jour suivant , il leur dit qu’il avait résolu de satisfaire à leur demande, et qu’il les aurait entendus volontiers dès le lendemain , puisque les ariens étaient tout disposés eux-mêmes à venir conférer avec eux; mais qu’il voulait que la conférence n’eût pas lieu devant lé peuple à cause des désordres qui pourraient s’ensuivre , mais seulement devant des personnes choisies et recommandables dont il ferait lui-même le choix ; que le jour marqué pour la conférence les évêques catholiques , s’étant rassemblés auprès du roi , trouvèrent qu’il s’était fait accompagner pour la conférence non-seulement par les ariens de sa cour, mais aussi par quelques catholiques et par les principaux officiers de son armée; qu’après qu’ils se furent assis devant le roi saint Avitprit la parole au nom des catholiques, et Boniface au nomdes ariens; mais que celui-ci, qui se voyait convaincu par les raisons du saint évêque de Vienne, s'étant répandu en vociférations et en injures, le roi licencia l’assemblée en disant que Boniface répondrait le lendemain aux raisons d’Avit ; que le jour suivant, saint Avit s’étant rendu à la cour avec ses collègues, le roi ne les eut pas plus tôt aperçus qu’il se leva de son siège pour aller à leur rencontre , et que, se tenant entre Étienne (évêque de Lyon) et Avit, il se plaignit à eux de Clovis, roi des Français , disant que ce prinee cherchait à soulever contre lui son propre frère; mais que les saints évêques lui ayant répondu que le meilleur moyen de faire la paix était de s’accorder sur la foi , et lui ayant offert leur médiation à ce prix pour traiter de la paix avec Clovis , le roi ne leur parla plus de cette affaire (2) ; qu’ensuite chacun
(l)« Unde rcx valde commotus est, et. inclinant se usque ad eos, erexit dûmiuum Avitum cum cmteri», quibus amicabiliter diiit se rcsponsum daturum illis super petitionibus illorum. » Collai, episcoporum, prasertim .triti l'icnnmsij, cum rege Gondeba Mo, loc . cit.
(s) « Ingressi sunt ergo, et cum rex eos vidisset , surrexit in occursum eorum, mediuaque inter domnum Stepbanum et dumnum Avitum, adtiuc multa loeutus est contra Francorum regem, quem dicebat sollicitait' fratrem suum contra se. Sed cum responderent pnefati episcopi quod non esset melior via ineundi pacem quam concordai-* in Bde, et operam suam , si gratam haberet , pollicerentur pru tam sancto fœdere eoneiliando , nibil ainplius loeutus est, sed unusquisque locum quem præcedentt die tenuorat occupe vit. » Apud Labb. , loc. cit.
ayant repris la place qu’il avait occupée le jour précédent , saint Avit réfuta avec tant de force et de clarté les imputations mensongères intentées par Boniface contre la foi catholique que ce dernier, ne sachant plus que répondre, fut réduit à se taire ; que le roi, le voyant en cet état, attendit assez longtemps et se leva ensuite, montrant dans ses traits l’indignation dont il était ému contre l’évèque arien; que saint Avit, prenant de là occasion de lui démontrer la vérité de la croyance catholique, lui proposa de la lui confirmer par un miracle, en la lui faisant attester par la bouche du martyr saint lust, qu’il irait interroger à son sépulcre , pourvu que le roi promit de se rendre à ce nouveau genre de preuves; mais que le roi, au moment oh il allait souscrire à cette condition , se laissa mal- . heureusement étourdir par les clameurs des ariens, qui se récriaient en disant qu’ils ne voulaient pas recourir à des enchantements, comme Saül, pour faire connaître leur foi; qu’alors il se retira de l’assemblée en prenant par la main Étienne et Avit, les mena jusqu’à sa chambre, les embrassa et leur dit de prier pour lui (1); et qu’ainsi cette conférence se termina par la conversion de beaucoup d’ariens, quoique le roi luiméme restât toujours dans son erreur (A), sans y être pourtant bien affermi.
6. On doit maintenant voir clairement, d’après tout ce récit, que les évêques catholiques des États de Gondebaud n'avaient aucune raison de lui retirer indirectement ses droits à gouverner les peuples, puisque, tout arien qu'il était, il n’exerçait aucune persécution contre les catholiques, mais qu’au con-
— Voir aussi D. Ceillier, Hisl. des auteurs sarr. «t errles , et notre Dirtionùaire universel des rannies, t. I, col. 1178-1185, art. Lyon, Conférence, vers l'an 5J0.
(IJ ■ Hex.qui jam surrexerat, accipiens per minus dotouum Stephanum et domnum Avitum, duxit eos usque ad cubiculum suum . et eurn intraret amplevus est oos, diceus ut orarent pro eo. > Collai, cil., apud Labb., oit. lue.
(A) Il parait même, d’après D. Ceillier ( Hist. des auteurs ecclésiastiques, t.VX, p. si j), que le roi Gondebaud avait, dans son coeur du moins, abandonné l’hérésie. Voici ce que dit D. Ceilüei' : « Quant au roi GoaJbbaud, après qu'il eut terminé la guerre contre Clovis, il demanda à saint Avit de lui donner en secret l'onction du saint carénai, coofssant que le Fils di Diiu et le Saint-Esprit sont égaux au Père; mais le saint évoque lui ayant représenté qu’il devait, suivant le précepte du Seigneur, le confesser devant les hommes, il u'eut jamais le courage de faire publiquement profession de la foi catholique. »
traire, comme il résulte évidemment de l’exposé de cette conférence, il avait à sa cour des ministres et des officiers catholiques, parmi lesquels sont nommés Placide, Lucain et Arédius, et qu’il honorait les évêques catholiques en les traitant avec toute la bienveillance et tout le respect qui étaient dus à leur rang. Et bien que, lorsqu’à la première et à la troisième conférence il se plaignit à eux de ce que le roi Clovis lui avait fait la guerre et s’était ligué avec ses ennemis, ils ne lui aient pas répondu ouvertement qu’il était déchu de la royauté et qu’ils devaient se joindre au roi son ennemi pour le déposer du trône, ce qu’il eût été très-imprudent de lui dire , ils lui en dirent pourtant assez pour lui faire entendre que son hérésie donnait à Clovis un motif suffisant de lui faire la guerre. Voyons , en effet, en quels termes se plaignit Gondebaud et en quels termes saint Avit lui répondit : « Si votre foi est véritable, lui dit le roi, pourquoi vos évêques n’empéchent-ils pas le roi des Français de me faire la guerre et de se joindre à mes ennemis pour me détruire? La vraie foi n’est point là où l’on est avide du bien d’autrui et où l’on est altéré du sang des peuples : qu’il montre sa foi par ses œuvres. » — « Seigneur, répondit saint Avit, nous ne savons pas quels sont les motifs du roi des Français pour faire ce que vous dites qu’il fait; mais l’Écriture nous apprend que souvent les royaumes sont renversés pour le mépris qu’on y fait de la religion , et que c’est la vraie cause pour laquelle Dieu suscite de toutes parts des ennemis à ceux qui se déclarent contre lui. Mais revenez avec votre peuple à la loi de Dieu, et il rendrala paix à vos États, etc. (1) » On voit par ces paroles, d’un côté, que Gondebaud était persuadé qu’il était au pouvoir des évêques d’empêcher les rois de faire la guerre, et de l’autre que saint Avit, en ne répondant pas directement
(I) « Si vestra fldes vera est, quare episcopi vestri non impediunt regem Francorum, qui mihi bellum indixit et se cum inimicis raeis sociavit, ut mu destrueret? Nam non est fldes uhi est appetentia aiieni et sitis, sanguinis populorum. Ostendat fidem per opéra sua. Tune humiliter respondit domnus Avitus.... « Ignorâmes, o rex, quo consilioet qua de causa rex Francorum fticit quod dicitis : sed Scriptura nos docet quod propter durelictionem legis Dei sæpe suhvertuntur rogna , et suscitant ur inimici ornni ex parte illis qui se inimicos adversus Deum constituunt. Sed redite cum populo vestro ad legom Dei , et ipse dahit pacem in finibus vestris. » Coilalw citai».
que les évêques ne pouvaient pasdéfeudre à Clovis d’entreprendre cette guerre, mais en se contentant d’en rapporter la cause à l’hérésie de Gondebaud et à la justice divine, trouvait justes les guerres entreprises contre les rois pour cause de religion. Mais c’est ce qu’il a exprimé plus clairement encore lorsque , le roi lui répétant les mêmes plaintes, il lui répondit qu’il n’y avait pas de meilleur moyen de faire la paix avec le roi des Français que de s’accorder avec lui sur la foi, et que s’il se réconciliait avec les catholiques lui et ses collègues s'emploieraient eux-mêmes pour le réconcilier avec son ennemi. Par cette manière de parler il donnait assez à connaître que, tant que ce prince hérétique ne reviendrait pas à l’unité del’Église, il n’y aurait pas moyen de s’employer pour lui afin que le roi des Français cessât de lui disputer la possession de ses États; ce qui revenait à lui dire que , tant qu’il persévérerait dans son hérésie , lui-même ne pourrait s’opposer aux succès de son ennemi ni se croire obligé de lui rendre les mêmes services que s’il le voyait une fois embrasser la vraie religion. Orn’étaitce pas là justifier parfaitement les guerres entreprises pour cause de religion, et se déclarer soi-mème délié du devoir de fidélité? Ce fait donc, si on l’examine avec attention, bien loin de favoriser le sentiment de l’auteur qui le cite , combat plutôt et détruit son raisonnement (A).
(Aj A son tour, le vivant observantin me parait donner un sens forcé aux paroles de saint Avit. Le saint dit que les guerres sont souvent un juste châtiment que Dieu inflige aux rois et aux peuples; ce qui peut s’entendre facilement en ce sens que Dieu permet dans sa justice que ces guerres arrivent, mais sans que pour cela il les ordonne positivement. Et quand même ces paroles devraient être entendues dans le sens d’une volonté positive, et non pas dans celui d’une simple permission de la justice divine, il faudrait encore distinguer entre le pouvoir illimité de Dieu et le pouvoir borné confié à des hommes. Quant à l’offre que luisait saint Avit de s’employer en faveur de Gondebaud auprès de Clovis pour le cas où le roi bourguignon abandonnerait l’hérésie arienne, il suffit de considérer que ce n’eût pas été comme sujet de Gondebaud , mais comme évêque catholique que saint Avit eût alors employé sa médiation, et qu'à un ministère religieux il faut une cause religieuse, sous peine de mettre la vérité au service de l’erreur.
— 3ft —
§IV
DEL’eMPEREU» ANA«TA*E ET DE CE QCI SE PASSA ENTEE LUI ET LE SAINT-SIÈGE POOR CAUSE DE RELIGION.
Sommaire.
1. Baisons qu'on aurait eues suivant Bossuet de déposer Anastase de l’empire, et occasions que l'Eglise aurait trouvées d’ordonner sa déposition.
î. la conduite que tint Anastase au commencement de sou régne, ni que Bossuet croit avo.r ete avantageuse a la paix de l'Église, lui a été, au contraire, fort préjudiciable, mais ne prouve pas pour cela que ce prince fût hérétique.
3. Lus évéques catl oliques et autres saints personnages taxés d’erreur pour avoir pris un parti mitoyen entre les hérétiques et les orthodoxes les plus rigides en acceptant l’Ilénotique de Zénon et en refusant d’admettre certains actes du concile de Chalcédoine étrangers à la question dogmatique.
4. Raisons qui rendent excusable la conduite de ces personnages dans les temps de troubles où Us vivaient.
5. Ces mémos raisons pouvaient-elles excuser Anastase? Difficulté de démêler les véritables sentiments de ce prince en matière de foi provenant du pen d’accord des mémoires qui nous en restent.
6. Quels qu'aient été les sentiments d'Anastase, il n'a jamais paru ouvertement hérétique ni persécuteur de la vraie foi aux yeux des pontifes romains de son temps , puisque ces pontifus n'ont jamais eu da contestation avec lui, si ce n’est au sujet d’Acace, pour lequel ils en ont eu egalement avec des évéques d’ailleurs catholiques et pénétrés do respect pour le concile de Chalcédoine.
7. Anastase traité comme catholique, particulièrement en ce qui regarde la foi définie au concile de Chalcédoine , par les papes saint Gelase I" et saint Anastase Il , qui n’ont jamais rien exigé autre chose de lui que de souscrire la condamnation d’Acace.
8. Causes particulières du dissentiment qui s’éleva entre Anastase et le pape saint Symmaque, et schisme suscité a Rome contre le pape à l'occasion de ce dissentiment, sans qu'on puisse être certain qu'Anastasc ait été expressément excommunié , quoique le pape l’ait repris sévèrement de conserver le nom d'A- «ace dans les recommandations publiques.
8. Eupbème et Macedonius ut les autres évéques catholiques orientaux qui tinrent à conserver dans les diptyques le nom d’Acace ne furent ni excommuniés pour cela , ni condamnés nommément , ni déposés du sacerdoce par les pontifes romains , comme l’avait été expressément Acace lui-méme.
10. Cause du premier soulèvement du peuple de Con-tantinople contre Anastase, et retour simulé de ce prince a des sentiments plus équitables.
11. Cause di la seconde insurrection du peuple de Constantinople contre cet empereur; consternation de celui-ci.
11. Considérations sur ces révolutions populaires, qui démontrent qu’il n’en résultait pour le saint-siège aucune opportunité de faire valoir sa puissance indirecte contre Anastase.
13. Révolte de Vitalien contre Anastase, survenue dans un temps où ce prince se montrait catholique et plein de respect pour les décisions du concile de Chalcédoine auprès du pape saint Hormisdas , qui plus d’une fois loua son zèle et le désir qu’il feignait de l’unité de l’Église.
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14. Duplicité d' Anastase, que saint llorinisdas n'aperçut bien qu'à la fin de
sa vie.
I . Quoique Bossuet commence ici sa discussion par Théodoric Amalus, roi des Ostrogoths en Italie, et par Thrasimond, roi des Vandales en Afrique, nous aimons mieux suivre l’ordre des temps, et parler d'abord de l’empereur Anastase, pour nousoocuper ensuite des premiers que nous avons nommés. Bossuet dit donc, au sujet d' Anastase, que malgré la persécution que ce prince exerçait contre les catholiques et les vexations qu’il' faisait éprouver à tous les défepseurs du concile de Chalcédoine et de la lettre de saint Léon, approuvée dans ce concile , il n’en fut pas moins toujours considéré comme empereur par le pape saint Oélase, et même par saint Symmaque, quoique pourtant celui-ci l'eût excommunié pour sa perfidie, et que ces deux pontifes, distinguant en cette conjoncture les devoirs de l'une et de l’autre puissance , ne touchèrent point à son autorité impériale, en se contentant de lui interdire les choses saintes. « Et pourtant, ajoute-t-il, s’il fut jamais un prince qui méritât d’ètre déposé , ce devait être cet empereur, qui s’était obligé par serment, et dans un écrit signé de sa main, à observer inviolahlement les prescriptions de la religion catholir que. Et d’ailleurs l’Église ne manquait pas d’occasions favorables pour le déposer du trône, puisqu’il eut plusieurs rivaux qui s'élevèrent tour à tour contre lui, et qu’il eut plus d’une fois À réprimer les révoltes du peuple, qui détestait son impiété. » Notre auteur infère donc de ce qu’au lieu de déposer Anastase les papes Gélase, Symmaque et Hormisdas l’ont toujours reconnu empereur qu’ils ne se croyaient à eux-mèines aucune autorité sur les droits temporels de ce prince (1).
2. Mais, avant de répondre à cet argument , observons d’abord que, quelque préjudiciable qu’ait été à la foi catholique Inconduite d’ Anastase en matière de religion, et quoique à cause de cela beaucoup d’écrivains nous le représentent comme un fauteur public de l’hérésie eutychienne et comme un ennemi déclaré du eoncile de Chalcédoine , il n’est cependant
U) Bossuet, t. I, part. 2, lib. v, (al. 2 ), cap. 7, pertotum.
— to-
pas certain qu’il fût hérétique ni qu’il condamnât ce concile, ou du moins ce n’est pas là le jugement qu’a porté de lui l’Église romaine. L’Hénotique de Zénon, sans contenir d’hérésie, avait porté la division dans les Églises d’Orient, et nonseulement entre les hérétiques et les catholiques , mais encore entre catholiques et catholiques , les uns , comme le rapporte Évegre (1), non-seulement ne recevait pas le concile de Cbalcédoine, mais de plus l’anathématisant avec la lettre de saint Léon; d’autres, qui soutenaient sans réserve tous les décrets de ce même concile, ne souffrant pas qu’on en retranchât même une syllabe et refusant de communiquer avec tous ceux qui en rejetaient une partie quelconque. D’autres, prenant un parti mitoyen , se contentaient de condamner Dioscore et Eutychès, et, sans rejeter ni soutenir le concile de Cbalcédoine, s’attachaient uniquement à l’Hénotique de Zénon. Sur ces entrefaites, Zénon étant mort le 9 avril 491 , l’impératrice Ariadne, au bout de deux jours d’interrègne, fit élire Anastase pour lui succéder. Le nouvel empereur, désireux, comme le dit encore Évagre , de rétablir la paix dans l’Église aussi bien que dans l’État et croyant vainement pouvoir la maintenir dans l’Église au moyen seulement de l’Hénotique de Zénon , exigea que les évêques n’eussent point d’autre règle pour garder la communion entre eux (2), permettant du reste à chacun de soutenir ou de regarder comme non avenu le concile de Chalcédoine, suivant qu’on en trouvait l’usage établi ou non dans l’Église où l’on se trouvait, et défendant sévèrement de condamner ce concile là où il était reçu , et d’en prendre la défense là où il était improuvé, et chassant de leurs sièges les évêques qui innovaient en ce point (3) .
(t) Evagr.,lib ni. c. 30.
(J) « Considéra ns imperator quod, si adjectionem edicto fareret.tumultum moveret Ecclesiæ , «t anathematizari synodum esse impossibile , persuasit eis sufticere unitivum edictum, ut communicarent. ad invicem sibi, etc. » Libérât, lireriar. c. 18.
(3) « Idem porro Anastasius , utpote pacis studiosissimus, niliil omnino innovari voluit, praicipue vero in Eaclesae statu; modisque omnibus elaboravit ut et sanctissimæ Ecdosiæ absque ulla perturbatione remanerent, et cunctis qui ejus imperio parebant altissima paee fruerentur, omni rixa et contentione , tum ah Ecclesiae statu, tum a rebus publias procul amandata. . . Episcopos qui aliunde
3. Comme cette politique d’Anastase fut en réalité trèsfuneste à l’Église et à la religion, les catholiques les plus zélés regardèrent ce prince comme nn hérétique et comme un ennemi du concile de Chalcédoine, accusation que n’encoururent pas moins que lui des évêques d’ailleurs orthodoxes , qui , quoiqu’ils adoptassent en substance le concile de Chalcédoine, qu’ils en respectassent les décisions et qu’ils condamnassent Eutychès, n’en furent pas moins tenus pour hérétiques par les plus rigides partisans de ce concile, dont ils ne pouvaient souffrir qu’on en dissimulât ou qu’on en rejetât un seul mot, quelque étranger qu’il fûtau dogme, par cela seul que, dans ces temps de troubles, ces prélats, pour ne pas augmenter encore la division , croyaient devoir user de certains tempéraments en souscrivant à l’édit de Zénon et en refusant d'admettre le concile de Chalcédoine dans les points où il semblait favoriser Théodore de Mopsueste , Théodoret de Cyr et lhas d’Édesse, et qui donnèrent plus tard occasion à la grande question des trois chapitres qui, après avoir agité si longtemps et si violemment l’Église , ne fut terminée définitivement qu’au cinquième concile œcuménique tenu l’an 553. Du nombre de ces évêques catholiques, d’ailleurs très-saints, qui méritèrent ce reproche furent saint Macédonius, évêque de Constantinople, successeur d’Euphème, Flavien, évêque d’Antioche, et Élie, évêque de Jérusalem. Le premier de ces évêques, quoiqu'il soit mort en exil pour la défense du concile de Chalcédoine et que les miracles opérés par son intercession l’aient fait mettre par l’Église grecque au nombre des saints , comme le prouve Eschénius, à la date du 25 avril, par plusieurs Ménées tant manuscrits qu’imprimés, n’en fut pas moins accusé d’avoir condamné ce concile et ses partisans (1), parce que, comme l’affirment non-seulement Théodore le Lecteur, mais encore
innovarent Ecclesiis exturbabat , si qutun forte deprehendùsct aut conciiium Chalcedonense prædieantem contra inolitam locornm consuetudinem , aut idem sub anathemate damnantem. » Evagr.. ex interpret. Valesii, lib. iii,c. 30.
(I)« Macédonius, episeopusConstantinopotitanus.svnodo facta, coudemnateos qui Chalcedonensi* décréta svnodi suscipiunt et eos qui Nestor» et Kiitychis défendant. » Victor Tununensis , apnd Pafcium, ad annum Cbristi 49à, a.
Libérât, Théopbanes et d’autres (1), il avait reçu l’Hénotique de Zénon, et que, comme le rapporte Évagre (2), il n’avait, tout eu condamnant Eutychès, fait aucune mention du concile de Chalcédoine. La même chose est arrivée à Flavien , évêque d’Antioche, qui, tout zélé qu’il était pour la religion catholique et pour l’enseignement de la saine doctrine, puisqu’il fut pour cette raison persécuté à mort par les eutychiens et envoyé en exil par suite de leurs calomnies, comme nous en sommes assurés par le récit d’Évagre , historien véridique et presque contemporain (U) , est cependant représenté comme impie et prévaricateur par Théophanes, autre écrivain plus récent, trompé sur ce point par le rapport que lui en firent des orthodoxes trop rigides. Et pourquoi ? Parce qu’il ayait reçu l’Hénotique de Zéuon et qu’en condamnant Eutychès il n’avait pas fait mentiou du concile de Chalcédoine en même temps qu'il avait condamné Théodore de Mopsuesta et d’autres que ne condamnait pas ce môme concile (^). Tel est epcora le reproche intenté il Élie, évêque de Jérusalem , qui avait , il est vrai, reçu le concile de Chalcédoine, oif avait été condamné Eutychès ^â| ; qui, à cause du zèle qu'il montrait à défendre la cause de ce conpile , aynit été puni de l'exil par l’effet des calomnies de Sévère, eutychien fameux(ü), tellement que l’église romaine l’a inscrit dans son martyrologe sous le \ juillet ; prais qui n’en est pas moins taxé par Théodore le Lecteur d’ayoir anatbématisé le concile de Chalcédoine , parce qu’en réprouvant Eutychès, condamné par ce concile, il avait également réprouvé Diodore et Théodore, dont le concile avait fait l’éloge (7). Mais on peut s'assurer pleinement de l’orthodoxie de ces trois saints patriarches par la critique savanfç du l’agi, qui
(1) Theodor. Lector, lib. il; Libérât. Breviar., lib. xvi, c. 16; Theophanes Clironogr., ad annum secundum Alexandrinos 489.
(2) Kvagr., lib. m, c. 21.
Evagr., lib. ni, c. 31 et 32.
(4) Theophanes Chronogr., ad annuin Christ, secundum Alexandrinos SOI .
(5) Tbcopbanes, ad annum SU secundum Alexandrinos.
(6) Cynllus, in Vita S. Sabine , upud Baronium, ad annum a 13, n. 7.
(7) « Elias vero... Nestoriuin et Eutychem, Üiodorum item et Theodorum anathematizavit, et synodum Chakadonensem. » Tbeodor. Lect., lib. u.
les a justifiés on ne peut mieux de cette accusation que leur avaient intentée de trop ardents catholiques (1).
k. Mais, quoique la conduite de ces évêques n’eût peut-être pas été louable en d’autres temps, elle était excusable au moins pour les temps de troubles où ils vivaient ; et s’ils étaient dans l’erreur, leur erreur était innocente, puisqu’elle avait pour principe un motif louable; car ici s’applique la sape observation que faisait pour un cas semblable le cardinal Baronius en parlant des débats suscités entre les catholiques et les oripénistes , dont saint Jean Chrysostome, cet homme si célèbre par sa sainteté aussi bien que par sa doctrine , avait embrassé la cause (2). Ces saints évêques donc, voyant que tes entyebiens remuaient tout l’Orient contre le concile de Chalcédoine , parce que dans les actes de ce concile se trouvaient comblés d’éloges, ou du moins tolérés, des hommes qui leur paraissaient infectés de l’hérésie de Nestorius, dont ils étaient les adversaires les plus implacables, jugèrent à propos, pour ne pas leur donner occasion de causer encore de plus grands désordres, de s’en tenir au dogme mémo et aux définitions de ce concile , en condamnant Eutychès sans parler de l’auteur de la condamnation , et de souscrire l’Hénotique de Zénon, qui condamnait expressément cette hérésie sans faire mention non plus du concile de Cbalcédoine ; et distinguant la doctrine d’avec le fait , la foi d’avec les personnes , ils ne croyaient pas faire injure au concile de Cbalcédoine si, tout en admettant sa définition de foi , ils condamnaient les personnes qui se trouvaient louées ou du moins tolérées dans ses actes et dont les noms étaient comme une pierre d’achoppement pour les hérétiques. Ce qui est d’autant plus vrai qu’après un siècle presque entier de discussions violentes le cinquième concile général, tout en maintenant la doctrine définie dans le concile de Chalcédoine, et sans porter atteinte à l'autorité de ce
(1) Vide Pagiuro, ad annum Christi 491, ». 8 et 9 ; ad annuni 495, n. 4 et s ; an. 510, n. 3 et 4 ; an. 512 , n. 6 et 7 ; an. 519, n. 3, 4 et 5.
(?) a Cum sæpe contingat sapientisaimos quoque falli, eosdem tamen a sapienb'a et insita probitate non excidere, cnm nimirum ad ea quæ agunt recto «mceroqne mentis feruntor intnitu, etc. a Baronius, ad annum Christi 400,
concile , condamna ces mêmes hommes pour qui cette première assemblée avait cru devoir user déménagement. Quant aux catholiques passionnés , pour qui cette distinction de la doctrine etdes personnes étaitlettre close, ils ne pouvaient souffrir qu’on changeât ou qu’on supprimât même une syllabe de ces actes , et n’en pas faire mention c’était à leurs yeux les condamner ; anathématiser Théodore de Mopsueste ou tout autre personnage qui s’y trouvait cité avec éloge , c’était anathématiser le concile même et professer l’eutychianisme. Et ainsi ces saints évêques laissèrent d’eux une mauvaise opinion , et quelquesuns même passèrent pour condamner le concile de Chalcédoine, parce qu’ils avaient souscrit l’Hénotique ou qu’ils s’étaient portés à condamner Théodore de Mopsueste, Diodore de Tharse ou quelque autre de croyance également suspecte.
5. Si donc ces raisons suffirent pour faire soupçonner des évêques catholiques d’être tombés dans l’erreur ou même dans l’hérésie , nous ne devons point être étonnés que le même discrédit soit tombé sur Anastase, qui, malgré tous ses efforts pour paraître catholique et pour faire croire qu’il n’imposait à tout le monde l’édit de Zénon que pour faire cesser les divisions des Églises d’Orient, malgré la liberté qu’il laissait de reconnaître le concile de Chalcédoine partout où il se trouvait d’avance reconnu, se montra toujours très-enclin à favoriser le parti des eutychiens les plus déclarés , tels que furent les sévériens, partisans de ce Sévère qui usurpa le siège d’Antioche après Flavien ; prêtant volontiers l’oreille à leurs calomnies, dirigées contre lesévêques orthodoxes et qu’ils accusaient de nestorianisme ; dépouillant de leurs sièges, à la persuasion de ces mêmes hérétiques et en se laissant tromper par leurs artifices, d’excellents évêques, tels que Macédonius, Flavien, Elie et d’autres encore, et se servant de divers prétextes pour te faire condamner dans te conciles ou les envoyer secrètement en exil comme coupables de sédition et de tumulte, ainsi que nous l’apprenons d’Évagre et de Théodore le Lecteur (I). 11 y a du reste si peu d’accord et même tant d’opposition entre
il) Bvngrms, lit», in, <•. si, :i2 «t 44.
les mémoires qui nous restent sur ce prince et ses sentiments par rapport à la foi définie dans le concile de Chalcédoine qu’il me semble impossible d’en tirer rien de certain. Tout ce qu’on peut inférer, ce me semble, du récit d’Évagre, c’est que ce prince ne se proposait pas d’autre objet que de faire accepter l’Hénotique, qui , comme on l’a vu , ne renfermait aucune hérésie, dans le seul but d’établir l’accord entre les Églises, et que ce fut par suite de cette préoccupation d’esprit ou par l’effet des artifices des eutychiens qu’il fut amené à chasser de leurs sièges ces saints évêques, qu’il croyait fomenter la division ou s’opposer au dessein qu’il avait formé de rétablir la paix en défendant, comme il l’avait fait, soit de faire valoir les décrets du concile , soit de les rejeter si cela était contre la coutume particulière des lieux où l’on se trouvait (1). Mais Théodore le Lecteur, après avoir écrit qu’Anastase exigea d’Élie, évêque de Jérusalem, qu’il réunit les évêques soumis à son patriarcat pour condamner le concile de Chalcédoine, et qu’il essaya ensuite de forcer Macédonius à suivre cet exemple , mais queMacédonius lui répondit que cela ne pouvait se faire sans un concile général auquel présiderait le pontife romain (2), rapporte un peu plus loin, et en deux endroits différents, que le même prince voulut que Sévère lui promit, sous la foi du serment, que, s’il était jamais fait évêque d’Antioche, il ne condamnerait pas le concile de Chalcédoine, serinent que Sévère lni fit et qu’il viola ensuite le jour même de son ordination en lançant publiquement l’anathème contre ce concile (3) . Or il n’est possible d’accorder ces narrations diverses qu’en fai-
(I) Ibidem, c. 30.
(1) Theodorus Lector, lib. il, p. soi; edit. Valez», Mayence, 107 'J.
(3)« Jouîmes, synodi Chalcedonensis obtrectator, deSavero lioc narrât : Allastasium imperatorcm juramentumscriptocomprehensum a Scvero accepissc quod, *i ahquando Antiochensis episcopus fieret , nunquam omnino Cliaicedoneasuin synodum anathemati subjecturus esnet. Euindem tamen ipso ordinationis suæ die, coriscenso pulpito, supradictam synodum anathemate damnasse, cum secta tores ejusid ab ipso postulavissenL » Tbeod. Lect., lib. u , p. 563. « Scverus, cum Anastasio iroperatori adjecta jurisjurandi religione potlicitus esset se nibil “ovi commoturum esse adversus synodum Cbalcedonensem , eodem ipso quo ordmatus est die, jusjurandum violons, supradictam synodum anathemate dam navit » Idem, loc. oit., p. 367.
sant la distinction que j’ai marquée entre la doctrine établie par le concile de Chalcédoine contre Eutychès et les personnes dont ce concile faisait en même temps l’éloge, et en disant que lorsqu’Anastase obligeait Sévère à lui promettre par serment de ne pas condamner c% concile il entendait parler du dogme défini contre Eutychès et maintenu dans l'Hénotique, et qu’au contraire lorsqu’il prétendait le faire condamner par Élie de Jérusalem et par Macédunius de Constantinople il voulait parler des personnes dont les actes de ce concile faisaient l’éloge.
6. Mais, quels qu’aient été les véritables sentiments de ce prince , qu’il est certainement difficile de pénétrer pour des temps aussi agités que ceux-là et vu l’étrange diversité de sentiments qui régnait même entre les catholiques, il est incontestable qu’il n'a jamais paru formellement hérétique ni persécuteur de la vraie doctrine aux yeux des pontifes romains qui vécurent de son temps et qui ne le taxèrent jamais ni d’erreur dans la doctrine ni d’attentat contre la religion. Le saint-siège, qui démêlait plus clairement que personne la funeste origine de ces troubles suscités dans l’Église d’Orient et qui n’aspirait qu’à couper le mal dans sa racine , insistait uniquement sur la condamnation d’Acace, et demandait avant tout que son nom fût effacé des sacrés diptyques, parce qu’il voyait justement en lui l’auteur de tous ces maux par le conseil qu'il avait donné à Zenon de publier son Hënotique et par la prévarication dont il s’était rendu coupable en admettant à sa communion les hérétiques eutychiens condamnés par le concile de Chalcédoine , en faisant ainsi une épouvantable fusion de catholiques et d’hérétiques sous prétexte d’union , et en suscitant des divisions à l’infini parmi les orthodoxes eux-mêmes. Le saint-siège croyait qu’Acace étant une fois condamné, etson nom effacé des diptyques, les Orientaux s’uniraient plus facilement dans une même croyance avec l’Église romaine, et qu’ils se sépareraient de la communion de ceux qui se déclaraient ennemis du concile de Chalcédoine et avec qui Acace avait appris à communiquer en faisant porter ce funeste édit qui accordait la paix aux hérétiques sons exiger de leur' part
— kl —
d'autres preuves de résipiscence que la condamnation d’Eutychés, les laissant libres pour tout le reste de traîner dans le mépris le concile de Chnlcédoine. De là vient que les pontifes romains ne demandaient autre chose aux évêques de Constantinople, ainsi qu'à l’empereur Anastase lui-même, que la condamnation d’Acace, refusant d’admettre à leur communion ces évêques, comme ceux des autres Églises d Orient, quel que fût leur catholicisme et leur respect pour le concile de Chaleédoine, s'ils ne condamnaient Acace et n’effaçaient son nom des diptyques sacrés. De là vient aussi qu’après la mort de saint Félix 111, arrivée en V92, saint Gélase 1" ayant été élevé à sa place au souverain pontificat, et Euphème de Constantinople, qui, comme l’écrit Évagre (1)* recevait et vénérait le concile de Chalcédoine , ayant envoyé au nouveau pape sn profession de foi en vue d’obtenir des lettres de communion du siège apostolique, le saint pontife, quoiqu’il trouvât cette profession conforme en tout point à la vérité catholique, comme il le déclarait lui- même dans la réponse qu’il lit à Euphème (2) , ne consentit pas cependant à l’honorer de sa communion , parce qu’il n’avait pas effacé des tablettes de son église le nom d’Acace, comme le témoigne cette même lettre; et il observa la même règle de conduite avec les autres évêques d’Orient, avec qui il refusa constamment de communiquer s’ils ne faisaient disparaître le nom d’Acace de leurs diptyques, comme le prouvent les lettres qu’il écrivit aux évêques de Dardanie et à ceux d’Orient 3). Parce même motif le pape saint Hormisdas, dans l’instruction qu’il donna à ses légats, envoyés à Constantinople pour traiter de la paix et de la réconciliation de l’Église d’Orient avec le saint-siège, leur enjoignit expressément de faire effacer des diptyques sacrés les noms d'Euphèine et de Macé-
(1) Evagr.lib. ni, c. 23.
(2) Epist. I Gelasii I ad Eupbemium, Conc. Labb., t. V, edit Vend., col. 248 et seq., t. IV, edit. Par., col. 1157 et seq.
(3) S. Gelas. , epist. 13 ad episeopos Dardaniæ . apud Labb. , toc. cit., col. 324 d seq., vel 1 199 et seq., et epLst. 15 ad episeopos Orientales, ibidem, col. 342 et seq., vel 1217 et seq.
donius, successeurs d’Acace (1), uniquemeut parce qu’ils u'en avaient pas rayé eux-mêmes celui de leur prédécesseur, quoiqu'ils fussent du reste catholiques et que ce même pape ne crût pas qu’ils méritassent d’être excommuniés après leur mort avec Acace ; et les noms de ces saints évêques ne furent rétablis dans les diptyques sacrés qu’après que l’empereur Justin ayant supplié le pape à ce sujet l’an 520 (2) celui-ci, l’année suivante , eut abandonné cette affaire à la prudence d’Épiphane, alors évêque de Constantinople, à qui il délégua les pouvoirs de vicaire du siège apostolique (3). Les pontifes romains tenaient tellement à la condamnation de ce funeste nom d’Acace qu’ils regardaient comme choses incompatibles de recevoir d’un côté le concile de Chalcédo ine et la lettre de saint Léon le G rand , et de maintenir de l’autre le nom d’Acace dans les diptyques, comme l’écrivait saint Horinisdas à Jean, évêque de Constantinople, qui, en protestant de son respect pour ce concile et pour cette lettre de saint Léon , demandait la communion du siège apostolique (4).
7. Tel était donc le sujet du différend élevé entre Anastase et le siège apostolique ; et les pontifes romains ne reprochaient pas autre chose à ce prince que de ne pas condamner Acace et de ne pas obéir aux ordres du saint-siège , qui avait excommunié cet évêque prévaricateur. Ëuphème, évêque de Constantinople, après avoir été averti deux fois par saint Gélase 1" d’effacer des diptyques le nom d’Acace, non-seulement refusa d’obéir, mais entreprit même l’apologie de son prédécesseur, prétendant qu’il n’avait pas été légitimement excommunié et
(1) S. Ilormisdas, in indiculo date legatis apostolicæ sedis , apud Labb. , t. V , col. 612 etseq., volt. IV, col. 1476 et seq.
(2) Epist. Justini ad llormisdam , apud Labb. , loc. cit., roi. 672 et seq., vel 1041 et seq.
(3) S. Hormisdæ epistola 78 ad Justinum , ibidem, col. 680, vel 1549 et seq. ; et epist. 80 ad Epiphanium, col. 1119, edit. Venet., vel t. V, col. i à 1 , edit. Paris.
,4) « Ista laudamla sunt , si perfectionis subsequatur eflectus ; quia recipere Clialcedonense concilium , et sequi sancti Leonis epistolas, et adhuc. nomen Acacii defendere, hoc est inter se disrrepantia vindicare. » S. Hormisdas, epist. 29, ad Joannem Constantinopolit., apud Labb., t. V, col. 609, edit. Venet., vel t. IV , 1472 etseq., edit Paris.
condamné par le saint-siège, et alléguant pour le prouver divers prétextes que le pape saint Gélase lui-même réfuta habilement dans plusieurs de ses lettres (1). Bien plus, les fauteurs d’Acace, pour mieux engager l’empereur dans leur parti et pour l’exaspérer contre le pontife romain , ayant répandu le bruit que saint Gélase avait condamné sous des peines canoniques l’empereur lui-même, Gélase, informé de ce fait par Fauste, maître des offices, que Théodoric, roi des Ostrogoths en Italie, avait envoyé à Constantinople avec Irénée en qualité d'ambassadeur, récrivit à ce même Fauste qu’un pareil bruit n’était fondé que sur le mensonge , puisque non-seulement le nom d’Anastase n’avait jamais été prononcé par le saint-siège dans les excommunications portées contre ceux qui avaient communiqué avec les prévaricateurs, maisque de plus tant lui-même que son prédécesseur saint Félix l’avaient toujours traité avec honneur; que si l’empereur s’était mêlé de son chef avec les excommuniés, la faute de l’empereur ne pouvait pas être imputée au siège apostolique (2). Il écrivit de plus à l’empereur, vers la fin de l’an 193 , une lettre très-éloquente , où il le traitait avec tous les égards que pouvait mériter un prince religieux , tout en lui représentant le devoir imposé A tout empereur chrétien d’obéir aux décrets des pasteurs de l’Église, et particulièrement du pontife romain, toutes les fois qu’il s’agit de la cause de Dieu , et de ne pas soumettre à son propre jugement les décisions des prêtres du Seigneur; il l’exhorte vivement à effacer des diptyques le nom d’Acace , condamné et excommunié par le saint-siège ; et prévenant l’objection que l’empe-
(1) Commonit. ad Faustum magistrwn, epist. 13 ad episcopos Dnrdaniæ, et
epist. 15 ad episc. Orient.
(2) « Quidsibi vult autem, quod dixerit imperatora noliis se in religione damnatum , cum super hac parte et decessor meus non solum minime nomen ejus attigent, sed insuper quando principia adeptus regiæ potestatis exercuit , in ejus se rescripsit imperii promotione gaudcre ; et ego, nulla ipsius unquam scripta perdpiens, honorificis (ut nostis) eum litteris salutare ruraverim? Decessores mei sacerdotes qui prævarieatoribus se communicasse propria voce confessi sunt a cominunionr apostolira submoverunt. Si isti placet se miscere damnatis, nobis non potest imputari : si ab eis vêtit abscedcre, tanto magis a nobis non potest esse damnatus, sed potius ad gratiam sinceræ communionis admissus, etc. a S. Geiasius, Commonit. ad Faustum inagistrum, etc., apud Labb., t. V Conc., «■dit. Venet., col. 295 et seq ; ♦ IV, col. l les et seq., edit. Paris.
reur aurait pu lui la ire du scandale que causerait au peuple de Constantinople la suppression du nom de son ancien évêque de dessus les registres sacrés, il lui démontrait par de solides raisons que uou-seulcment il pouvait, s'il le voulait, réformer par l’autorité dé son exemple la fausse opinion du peuple, mais que c’était même sou devoir de guérir par ce moyeu les esprits malades et de tenir plus dé compte de l’offense faite à ffieu que du mécontentement du peuple (t), Voilà tout le différend qu’a eu saint Gélase avee cet empereur ; voilà tout ce qu’il trouyait à reprendre en lui , savoir sa désobéissance relativement au nom d'Acace, qu’il le pressait de faire effacer ; reproche qu’il y avait à faire aussi à des prélats dont la foi du reste était absolument pure. Saint Gélase ayant quitté la terre en 496, et saint Anastase, deuxième du nom, lui ayant succédé la même année après six jours d’interrègne , celui-ci , dès le commencement de son pontificat, envoya à Constantinople, en qualité de légats auprès de l’empereur Anastase, Germain, évêque de Capoue, et Crescenius, évêque de Tarente , en les chais géant d’une lettre où il priait ce prince avec instance de faire effacer des tablettes ecclésiastiques le nom d’Acaoe , qui était mort hors de la communion de l’Église , et d’avertir le peuple d’Alexandrie de revenir à la vraie foi et à l'unité de l'Église catholique. Et aiin que l’empereur ne pût alléguer le grave scandale qu’il y aurait à condamner la mémoire de cet évêque, iUuimaudaitque cette condamnation ne devait entraîner aucun scandale par rapport à ceux qu’Acace avait baptisés ou ordonnés prêtres ou lévites, puisque les sacrements administrés par lui étaient valides, et de même les ordinations qu'il avait faites , malgré son infidélité personnelle ; et que la grâce et la vertu des sacrements ne dépendaient point de la sainteté du ministre; qu’en conséquence ceux qui les avaient reçus de ses mains n’en avaient contracté aucune funeste atteinte (2). Ce pape ne demandait donc à l’empereur rieu de plus que la coati) S. Gelas., epist. S ad Anastasium imper., ibid. eol. 307 et neq., vel itsi et seq.
(3) Epi*t. Aaastasii 11 ad Ansataaium imperatorem , ihkl ■ ot . '#06, vel t ■>78 et seq.
damnation d’Acaee * et le supposait du reste catholique eifinv* jours aélé pour les intérêts de la religion » dont il remplissait les devoirs dans sa vie privée de manière à pouvoir servir sur ; ce point de modèle môme aux pontifes les plus éminents Mais la mort vint frapper ce saint pape avant que ses légats fussent de retour 4 Home, et il ne put avoir} par conséquent , d'autres démêlés avec l’empereur que celui que nous venons de rapporter. •..! • •*» -Mi . . »• * - ,**? ^
8. U en fut bien autrement de saint Symmaque, qui lui succéda en 408 sur la chaire du prince des Apôtres. Pendant que les légats d’Anastase il étaient encore à Constantinople, -> où l’empereur les retenait au moyen de mille artifices, celui-! ci forma le dessein d’engager frauduleusement le pape qui les : avait envoyés à souscrire i’Hénotique de Zénon* en s’aidant du concours ainsi que des eonseiLs d’un certain sénateur nommé Festus, qui, venu à Constantinople pour des affaires ci< viles, avait obtenu du crédit de l'empereur que ladite des apôtres saint Pierre et saintPaul, que Iqs tirées Laissaient presque dans l’oubli , fût célébrée avec plus de pompe. Celui-ci donc comme le rapporte Théodore le Lecteur, suggéra secrètement ; à l'empereur de persuader au pontife romain de souscrire à l’édit unitif de Zénon, et il prit sous sa responsabilité le succès de l’entreprise. Mais ayqnt trouvé Anastase mort A spn retour 4 Rome , il s’avisa de faire parvenir au pqnfifioat au moyen d'gn schisme quelque ambitieux qui ne se fit pas scrupule dt? souscrire 4 cet édit (%}. Il corrompit donc à force d’au- * gent quelques membres dp clergé, et les amena k décerqer la^ dignité pontificale à un certain Laurent, archiprètre de Sainte- Praxèdc de Rome, le même jour que la majeure et la plus saine i, parfie du clergé, qui ne s’était pas laissé corrompre, élisait saint ■
(1) « Cui.etiam in pnvata vita tantum circa sinceræ religionis (cultum) studium fuit ut, sicut fama certissima celebravit, neino magis velmter prœcipucw sacerdotes prælixas a sanebis patribus régulas Ecclesite eustodisse dieatur. Quod «anrtum studium cum majestate imperii crevisse conlidimus. » S. Anast., 1. èifc.
(a)« Porro Postas occulte, ut aiunfc, imperatori suggesserafc ut epwcopo romano persuad- ret ut Zenonis Henofcico subscriberet sed, euro Romain venisset, Annstasiura opiscopum jain mortuum reperd ; quare operam dédit ut per sohisma pro motus odieto illi subseribaret. »> Thepd. ti'ct., lib. h, p. 500.
Symmaque dans la basilique Constantinienne if). Mais après des massacres , des incendies et des brigandages sans nombre dont ce schisme fut la cause , par les factions qu’il engendra à Rome, nonsseulement entre les ecclésiastiques , mais entre les sénateurs eux-mèmes ; après que la cause eut été jugée , grâce à l’arbitrage de Théodoric, roi des Ostrogoths d’Italie, en faveur de Symmaque , son compétiteur, Laurent étant trop heu- > reux d’obtenir pour fiche de consolation l’évêché de Mocera (2); après que saint Symmaque se fut purgé dans le concile dit de la Palme des accusations et des calomnies de ses ennemis et que la condamnation et l’exil de son rival l’antipape Laurent l’eut délivré de ce nouveau schisme suscité contre lui (3) , il resta définitivement paisible possesseur de la chaire de saint Pierre et révéré aussi bien que reoonnu en cette qualité par toute l’Église catholique. Telle fut la raison de l’aversion que Symmaque inspira tout de suite à Anastase, qui voyait anéanti par sa promotion au pontificat le dessein qu’il avait conçu de faire accepter l’Hénotique par l’Église romaine. Pour satisfaire son dépit, il n’eut pas honte de répandre un libelle diffamatoire contre le pontife , qu’entre autres calomnies il accusait d’être manichéen. On dit communément qu’il fut excommunié par saint Symmaque dans un des conciles que tint ce] pape , et que ce fut pour s’en venger qu’il fit circuler contre lui ces calomnies, qui obligèrent ensuite le saint pontife à lui répondre par cette apologie où l’on croit trouver la preuve qu’il avait excommunié l’empereur, puisqu’on y lit ces paroles adressées à l’empereur lui même : « Vous dites que je vous ai excommunié aux applaudissements du sénat. Je l'ai fait certainement ; mais je n’ai fait en cela , sans aucun doute , que suivre l’exemple légitime de mes prédécesseurs (4) . » Mais il ne me semble pas qu’on puisse inférer de ces paroles qu'il ait été expressément
(1) Theod. Lect., loc. dt.
(î) Theod. Lect., loc. cit.; auctor Pontilical. seu Anastas., in Symmacho.
(3) Theod. Lect., loc. cit.; Anastas., in Symmacbo.
(4) « Dicis quod mecum conspirante senatu excommunicaverim te. Ista quidem ego ; sed rationabiliter factum a decessoribus meis sine dubio subsequor. » Symmachi Apoiog. adv. Anastasium imperat, apud Labb. ,t. V Cône., edit Vnnet., col. 42# etseq.; t. IV, col. 1296 et saq., edit. Paris.
et nommément excommunié par saint Symmaque , puisqu’on ne voit nulle part qu'aueun des prédécesseurs du pontife dont il dit suivre 1 exemple ait séparé ainsi nommément ce prince de la communion de l’Église. Je croirais plutôt que ce saint pontife aurait excommunié de nouveau nommément Acace dans un de ses conciles et en des termes généraux tous les autres qui avaient perpétué son parti en conservant son nom dans les diptyques, mais sans en nommer aucun, et que ce fut pour cette raison que l’empereur se crut excommunié lui-même ; et cela me semble évident d’après les paroles suivantes de Symmaque : « Ce n’est pas vous, prince, que nous avons excommunié; mais nous avons excommunié Acace. Retirez-vous de son parti , et dès lors vous serez dégagé de son excommunication. Séparez votre cause de la sienne, et l'excommunication portée contre lui cessera de vous atteindre. Si, au contraire, vous faites avec lui cause commune, ce n’est pas nous qui vous excommunions, mais c’est vous qui vous excommuniez (1). o Mais, quoi qu’on puisse penser de cette conjecture , il résulte clairement du moins tant de ces paroles que de toute la suite de cette apologie qu’Anastase ne fut pas excommunié par saint Symmaque pour d’autres raisons que parce qu’il restait dans le parti d’ Acace en communiquant avec Pierre d’Alexandrie et tous les autres avec qui Acace avait communiqué, et en abusant de sa puissance pour faire entrer de force dans la même communion ceux-là mêmes qui jusque-là s’en étaient tenus éloignés ; et si le pape traite Anastase de fauteur des hérétiques eutychiens, il ne le fait que par allusion à cette communion d’Acace ou au maintien du nom d’Acace dans les diptyques, qui était également la faute d’un grand nombre d’évêques d’ailleurs fort attachés à la doctrine du concile de Chalcédoine.
9. Que l’auteur de la Défense s’avance maintenant, et qu’il demande pourquoi de saints papes tels que Gélase, Anastase et
(t) « Nos non te excommunicavimus , imperator, sed Acacium. Tu recede ab Acacio , et ab illius excommunications recedis. Tu te noli miscere excommunication] ejus, et non es excommunicatusa nobis. Si te misces, non a nobis, sed a te met ipso excommunicatus es. » Apolog. Symmachi apud Labb. , loc. cit.
Symmaque n’ont pas déposé de l’empire l’empéreur Anastase comme hérétique et comme persécuteur des catholiques, s’ils pensaient avoir le droit de le déposer ; nous lui demanderons qu’il nous dise lui-méme pourquoi ces mêmes pontifes ü’oüt pas déposé du trône épiscopal de Constantinople, n'ont pas condamné dans quelque concile, n’ont {>as môme excommunié expressément Euphème et Maeédonius , qui conservaient dans leurs diptyques le nom d’Aeace, qui usuient de ménagements politiques tant en souscrivant à l’Hénetiqne de Zénon qu en gardant la communion avec ceux qui avaient Souscrit à cô même édit et qui n’acceptaient pas dans toutes leurs parties les actes du concile de Chalcédoine , s’ils se croyaient le droit de les déposer, de les condamner et de les excommunier de la même manière que le siège apostolique avait plus d’une fois déposé, condamné et nommément excommunié Aeace. S’il répondait que , comme ces saints pontil'es connaissaient d’ailleurs l’orthodoxie de ces prélats , quelle que fût leur désobéissance à leurs décrets portés contre Acace, ils ne trouvaient pas à propos d’agir plus fortement contre eux par une condamnation qui aurait pu les Irriter, et leur faire perdre même cette pureté de croyance qu'ils conservaient encore, mais qu’ilscroyaient dfevoir usêr à leur égard de lenteur et de patience pour les amener à force d’indulgence et de bonté à une obéissance véritable, nous lui dirions A notre tour qu’ils devaient à plus forte raison user de cette modération à l’égard de l’empereur, dont les dispositions pour la religion, quelque mauvaises qu’on les suppose, pouvaient se modiiierj soit en bien, soit en mal, et donnaient par conséquent à espérer comme à craindre ; et qu’ainsi il n’était pas expédient de prendre une résolution qui par rapport à Ce prince aurait ressemblé à un outrage et en rompant les liens qui le tenaient encore attaché à l’Église catholique l’aurait attaché plus que jamais au parti de ses ennemis les plus déelarés. En un mot , quelque réponse qu’on oppose, il restera toujours démontré qué c’est mal raisonner que de conclure de ce que l’Église n’a pas usé de certains droits sur certaines personnes en certains cas particuliers qu’elle n’avait pas effectivement ces droits, mais qu’il faut
plutôt examiner les circonstances pour Voir si l’usage qu’elle en eût fait eût été ou non A son avantage.
iO. Mais, dit l’auteur de la Défense, les ocëasiohs nè tnanquaient pas à l’Église rie déposer Anastase , pttiSqti’oh Vit se soulever contre lui pour la défense dd Concile de Chalcédôibe et des évèqües catholiques et le comte Vitaliërt, qui lë réduisit à la dernière détresse, et le peuple dë Constantinople, qui, à cause de l’horreur qüe lui inspirait soit hérésie , se déchaîna contre lia» avec une telle fürëdr qu’il fut réduit à déposer publiquement la couronne impériale , démarche qüi lui attifa la compassion du peuple el lui obtint dë pouvoir fepfèridrë sa couronne * mais comme la tenant du peuple et A titfè précaife. Tout celu est vrai ; mais il fallait expliquer aüssi ën quel temps ees choses arrivèrent et à quoi elles aboutirent, pour qu’On pût juger si elles présentaient A l’Église une Occasion favorable de déposer ce prince du trône, il y eut deux sédltiofis du peitple de Constantinople contre Anastase* et toutes les deux eurent la même cause : la première arriva l’an 511, autant qu’on peut le conclure du récit de Théophanes, l’autre l’Année suivante. U moine Job, cité par Photius (1), rapporte què dans le temps où Pierre le Foulon usurpa le siège d’Antioche il ajouta Au trisagion solennel : Sanctu* Detts . Sanctus fortin, sanctù&immortalit, que, d’après un antique usage, On Avait coutUmë de chanter dans l 'Église grecque aux messes soleUflèlléS ces mots : Qui crucifixtu es pro nobis, dans l’inteutioU dé rapporter tés souffrances de la passion à la Trinité entière, à laquelle s’adressaient les paroles du trisagion , el de canoniser ainsi Fhérésië des eut y chiens dits théopaschi tes. Mais Calendion , successeur des deux Étienne à Antioche , remédia Au mal au moyen dé deux mots qu’il intercala entre les paroles additionnelles et celles du trisagion , et leva l’équivoque dont l’erreur voulait se prévaloir en faisant précéder de ces deux mots : Chrisie rtob, les mots : Qui cruci/ixus es pro nobis. Pierre le Foulon , ayant usurpé de nouveau le siège d’Antioche, fit retrancher de la formule l’addition de Caiendion , et redonna gain de cause à
(I) Photius, Blbliotb. cod. 22.
l’erreur qu’il favorisait. Or, comme le trisagiou u’avait jamais été chanté dans l’église de Constantinople avec l’addition introduite par Pierre le Foulon, il arriva que toute une troupe de moines eutychiens, avec Sévère à leur tête , se trouvant bien accueillis à Constantinople par l’empereur, le sollicitèrent, mais inutilement, comme le rapporte Théophanes (1), de contraindre Macédonius premièrement à recevoir dans sa communion Jean d’Alexandrie , qui ne recevait ni ne rejetait le concile de Chalcédoine, puis à réprouver ce concile même. Us s’étaient ligués pour cela avec les légats de ce Jean, évêque d’Alexandrie, qui avait promis une forte somme d’or à l’empereur s’il consentait à abroger le concile de Chalcédoine. Sur le refus que fit Macédonius d’admettre à sa communion l’évêque d’Alexandrie et de rien entreprendre contre le concile de Chalcédoine sans y être préalablement autorisé par un concile général auquel présidât le pontife romain , ils essayèrent d’introduire de vive force l’eutychianisme dans l’Église de Constantinople en entrant frauduleusement un jour de dimanche dans la grande église et dans la chapelle du palais dédiée au saint archange , où ils chantèrent le trisagion avec l’addition , Qui crucifixus espro nobis. Les catholiques, indignés de ce procédé, chassèrent les moines de ces saints édifices, d’abord en faisant éclater leurs murmures, puis en recourant à des voies de fait ; et l’empereur, que poussait l’hérésiarque Sévère, secondé de quelques autres hérétiques, ayant comme par représailles fait endurer un outrage public à saint Macédonius, le peuple en fut tellement soulevé d’indignation que non-seulement les moines avec leurs supérieurs et les hommes de toutes classes, mais les femmes même et les plus faibles enfants s’encourageaient les uns les autres à affronter la mort pour la défense de la religion, blâmant publiquement Anastase, chargeant son nom d’outrages, l’appelant manichéen et le disant indigne d’être empereur. Celui-ci fut tellement effrayé de toutes cesclameurs qu’il se renferma et se barricada dans son palais, et fit appareiller quelques vaisseaux pour échapper par la fuite au
(I) Theopban. Chronogr., ad annum Çhristi secundutn Alexandrin. 502-
péril qui le menaçait. Et au lieu qu’il avait juré auparavaut de ne plus admettre Macédonius en sa présense, vaincu alors par la frayeur, il le fit prier avec de vives instances de se rendre auprès de lui. Macédonius, étant donc venu au palais, où l’accompagnèrent les acclamations non-seulement de tout le peuple , mais des troupes même des soldats, adressa à l’empereur des reproches sévères pour la guerre qu’il avait faite à l’Église. L’empereur reçut cette réprimande sans faire de réplique , feignit de vouloir rentrer en paix avec son évêque , lui promit de suivre en tout et pour tout ses sentiments en fait de religion (1) ; et le peuple avec l’évèque s’étant laissé séduire par ces témoignages de repentir, le tumulte cessa. Tous ces faits ont été décrits au long par Théodore le Lecteur et après(lui par Théophanes (2).
1 1 . Telle fut la première révolte du peuple contre Anastase, arrivée l’an 51 1 , et tel en fut le résultat; mais, comme cette paix que l’Église obtint alors n’était que simulée et arrachée à la peur, elle ne put être de longue durée. L’hérésiarque Sévère, qui prit occasion de ces troubles pour décrier Macédonius et le clergé orthodoxe en leur imputant la révolte du peuple de Constantinople dans sa lettre adressée à Sotéricus, comme le rapporte Évagre (3) , et en donnant aux choses un aspect tout différent de celui qu’elles présentaient, n’omit rien pour aigrir l’empereur contre le saint évêque. Il suborna quelques scélérats pour l’accuser de crimes énormes outre l’hérésie (4) ; mais cette impudente calomnie ayant été déjouée sans peine , ses ennemis recoururent à d’autres artifices pour le perdre, et l’accusèrent de la sédition qui avait eu lieu; pour cette raison et pour d’autres aussi fausses , comme le dit Évagre (5) , il fut forcé de quitter son siège épiscopal , soit qu’il ait suivi en cela le conseil de Céler, maître des offices, en s’évadant secrètement
(1) a Ille vero pacem et unum cum episoopo sensum tenere in præsens simulavit. s Theophan., ad annum Christi secundum Alexandrin. 303.
(2) Theodor. Lect.,ex edit. Yales. lib. n, p. 562 et seq.; Tbeophan., loc. cit.
(3) Evagr., lit), tu, c. 44.
(4) Evagr., lib. lit, c. 32; Tbeophan., ad aunum Christi secundum Alexandrinos 504.
(5) Evagr., lib. ut,c. 44.
pour lie pas être opprimé par ses ennemis, et c'est ce que dit Évagre, auteur plus ancien (1), soit que l’empereur ait profité du temps de la nuit et de l’ombre du secret, par la crainte qu’il avait d’un soulèvement populaire, pour le faire transporter à Ghalcédoine et de là à Euchaïte, comme le rapportent Théodore le Lecteur et après lui Théophanes (%). Le siège de Constantinople étant devenu vacant par ce moyen, Anastase lit élire à sa place un certain Timothée, prêtre et gardien des vases sacrés, qui était de la faction eutyehienne, ou du moins opjxjsé au concile de Chalcédoine, et de la secte des acéphales. Cet homme, voulant s’avancer dans les bonnes grâces dé l’empereur, publia une ordonnance pour que dans les processions publiques on ajoutât au trisagion la formule que nous avons rapportée (3). Mais comme les catholiques s’opposaient à cette addition et qu’ils interrompaient les eutychiens par leürs clameurs au moment où ceux-ci la chantaient dans les églises, plusieurs d’entre eux furent mis à mort et d’autres traînés dans les prisons ( k ), ce qui mit dans une telle fureur tout le peuple justement indigné que, se soulevant en masse, il porta de tous côtés le trépas et l'incendie , et, chargeant d’outrages le nom d’Anastase , proclama empereur à sa place d’un commun accord Vitalien, qui déjà était insurgé contre le prince à la tète d’une puissante armée, et força Anastase à prendre la fuite et à se cacher dans le faubourg des Blaquernes, où il essuya encore de vifs reproches de l’impératrice Ariadne, comme étant l’auteur de tous ces maux (5) ; et e’est alors que sera sans doute arrivé ce que rapporte Bossuet d’après Évagre , qu’Ânastase , voyant ses affaires désespérées , déposa sa couronne et se présenta en cet état dans le cirque devant le peuple, en faisant publier par les crieurs qu’il se démettait volontiers de l’empire, et que le peuple, touché de ce spectacle attendrissant, l’exhorta de lui-mème à reprendre encore une fois la couronne
(1) Evagr., lib. in, c. 3?..
(2) Theod. Lect., lib. n, p. 563; Theophan., loc. cit.
(3) Theophan., ad annum Christi secundum Àlexandrinos 505.
(4) Marcellinus, in Chronic.
(5) Theophan., loc. cit.
impériale (1). Voilà (juelle fut la seconde insurrection, dont la cause fut la même que pour la première et qui arriva l’an 51*2 , toujours du vivant du saint pape Sy ni nia que.
12. Or il faut considérer ici que ces soulèvements du peuple contre l'empereur pour la défense de la religion non-seulement n’ont été blâmés par aucun écrivain de cette époque comme si c’eût été des actes de félonie, mais ont été loués, au contraire, par tous sans exception comme autant de preuves de son zèle pour la foi et de sa piété. L’auteur de la Défense a donc bien tort de s’en prévaloir contre le cardinal du Perron , qui arguait de ces faits pour prouver que dès lors on reconnaissait il l’Église la puissance indirecte sur l'autorité impériale , et de prétendre qu’il faudrait prouver que ces insurrections étaient commandées par l'Église ou par le pape, etque ce n’était pas assez, pour résoudre la question, qu’elles fussent faites par instinct populaire (2) ; car on peut croire, d'après le récil d’Évagre et des autres auteurs que nous avons cités , que ce n était que d’accord avec l’évéque Macédonius que le peuple cherchait à se soustraire au pouvoir de ce prince, puisque non-seulement il couvrait l’évêque de ses applaudissements, mais que de plus les principaux auteurs de ces mouvements étaient les clercs et les moines catholiques. Mais d’un autre côté, s'il prétend nous persuader que le pape devait trouver dans ces révoltes des occasions favorables de déposer Auastase, faisons voir qu'il se trompe en ce point, ce que nous démontrerons à l aide de quatre considérations importantes. La première, c’est qu’Anastase ayant feint, à la suite de ces soulèvements, de revenir à la doctrine orthodoxe, son repentir simulé, auquel les catholiques s'étaient laissé prendre, ôtait aux pontifes romains toute occasion de faire usage contre lui de leur pouvoir, quand même ils auraient pu faire quelque fond sur ces mouvements populaires qu’un instant suffisait pour faire naître et que l’instant suivant sullisait pour étouffer. La seconde, c’est que les artifices de ce prince, comme ceux des acéphales, avec qui il marchait d’accord , voilaient si bien ses véritables sen-
fl) Evsgr., Hb. ui. e. 44.
(l) Bossuet, t. L, part. 1, lib. vi (al. ï c. 7.
timents qu'il était très-difficile de deviner sa pensée , à moins que , comme il paraissait tout de feu contre Nestorius et qu’il n’en condamnait pas moins Eutychès , il ne rejetât le concile de Chalcédoine, uniquement parce que les actes de ce concile contenaient l’éloge de certains personnages qui semblaient favorables à l’erreur de Nestorius; d’où l’on pourrait conclure que , comme il voulait tantôt la condamnation du concile de Chalcédoine, tantôt le maintien de ce concile, il le regardait selon les occasions sous deux aspects différents. Et tels étaient aussi les artifices des acéphales , comme le prouve l’exemple de Timothée, cet intrus qu’il fit placer sur le siège de Constantinople après l’expulsion de Macédoniuset qui, pour gagner à son parti et faire entrer dans sa communion les moines studites, que distinguait leur zèle pour la cause catholique, alla à leur monastère après la mort de leur abbé dans le dessein d’en ordonner le successeur, et comme celui-ci refusait de se laisser ordonner par un ennemi du concile de Chalcédoine , anathématisa solennellement (1) tous ceux qui condamnaient ce concile, et réussit par ce moyen à être chargé de l’ordination de cet abbé. Dans cet état de choses, quelle prudence y aurait-il eu à condamner un prince pour une raison dont il aurait pu à son gré nier le fondement, en déclarant qu’il avait toujours reçu le concile de Chalcédoine et la lettre de saint Léon et qu’il avait toujours condamné l’hérésie d’Eutychès, comme en effet il le déclara à saint Hormisdas, ainsi que nous le verrons plus loin ? La troisième considération, c’est que, quel que fût le zèle de Macédonius et du peuple de Constantinople, ainsi que des autres orientaux , pour la doctrine orthodoxe , comme cependant ils étaient toujours attachés à la communion d'Acace, dont ils n’avaient jamais souffert que le nom fût effacé des diptyques , le saint-siège ne pouvait guère compter sur l’efficacité de leur concours en faveur de la vraie doctrine tant qu’ils n’auraient pas en condamnant Acace rompu ce lien qui les unissait aux eutychiens, à qui, par cette sorte de conni-
(1) « Tune Timotheus dixit ci : Anathema sit omnibus qui aversantur aut qui anathematizant synodum Cbalcedonensem. » Theodor. Loct., lib. u, edit. Vales., p. 563.
— eti —
vence, ils donnaient la facilité de répandre d’autant plus librement leurs erreurs qu’ils pouvaient cacher mieux leur perfidie souscette apparence d'unité. Et c’est pour cela que le saint-siège n exigea jamais rien autre chose d'Anastase que la condamnation d Aeace, présumant avec raison que, si ce prince consentait une foisà prendre cette mesure , il ne pourrait plus après cela rester en communion avec les eutychiens , qui n’auraient plus ce fauxfuyant pour- mettre à couvert leur hérésie, et que les catholiques n’en seraient unis que plus solidement il l’Église romaine. La dernière considération que nous avons à faire , c’est qu’on avait représenté aux Occidentaux ces soulèvements des Orientaux à • occasion du trisagion sous un point de vue tout différent du véritable , et qu’on leur avait donné à entendre que la cause de ces séditions était non pus l’addition au trisagion de la clause dont il s’agissait et qu 'ils croyaient catholique, mais bien la suppression de cette même clause, avec l’intention supposée de faire croire qu’on ne devait pas adresser ses prières à Jésus- Christ crucifié , et de favoriser de cette manière l’hérésie des eutychiens. Que telle fut aloi-s la persuasion des Occidentaux, c’est de quoi ne nous permet pas de douter une lettre de saint Avit de Vienne, adressée à Gondebaud, roi des Bourguignons, en «dte même année 512, qui fut celle de l’insurrection. Cette lettre portait que c’était à la persuasion d’Anastase que Macédonius avait retranché du trisagion l’addition 6 Si' tjgaç,
f,u.5c, qui crucifxut es pro nobis, miserere nobis , et que les catholiques avaient été très-mécontents en entendant réciter le trisagion ainsi mutilé , comme si l’évéque de Constantinople, en faisantcette suppression, avait été guidé par la même pensée qu’auraient pu avoir les eutychiens ; puis, après avoir ajouté que c’était bien justement que les catholiques avaient été indignés de s'entendre dire qu’on ne devait pas prier celui qui avait été crucifié pour nous, et que c’était pour cette raison que, la sédition devenant de plus en plus violente, Macédonius, à qui l’on imputait cette suppression, avait été expulsé de «n siège (1), saint Avit s’appliquait à justifier cette addition
(I) <* tWuadeUir uegligenti , nec usquo sic docto, ot tant®
prcuideque totius Orienté, patri.wliam decet... Sfld ubi primim, lumnus
urbis,
i.i cr-
comme catholique , et taxait d’héfésie ceux qui la rejetaient. Or qui ne voit que saint Avit fut trompé pn cela soit par la lettre que Sévère avait rédigée A l’occasion de la première sédition et dans laquelle il rejetait sur Macédonius la faute dont il était lai-raème coupable , soit par d’antres faux bruits répandus par les eut vehiens en vue de colorer leur perfidie , et que les faits s’étaient passés tout autrement que ne le supposait le saint évêque ? Ce ne fut pas la suppression de la clause ajoutée qui déplut aux oatholiques, mais bien cette addition même, que les théopaschites ou déopassiens rapportaient non à Jésus-Christ , mais à Dieu subsistant eu trois personnes , c'est-à-dire à la Trinité entière , à laquelle s’adressait le trisagion ; et les catholiques ne refusaient nullementde prier Jésus- Christ d’avoir pitié d’eux; mais ils refusaient d’attribuer à la Divinité les douleurs de la passion et du crucifiement, d'admettre que Jésus-Christ avait souffert dans sa nature divine. Et Macédonius n’avait point A supprimer cette eluuse. puisqu’elle n'existait pas avant lui ; mais il s’était opposé A ce qu’on l’ajoutât ; et il ne fut point chassé de son siège pour l’avoir supprimée, mais pour s’être justement opposé A ce qu’elle fût ajoutée. Si la cause des mouvements du peuple de Constantinople était interprétée en Occident d'une manière si contraire à la vérité , comment le saint-siège pouvait-il en être instruit de prime abord avec assez de certitude pour fonder su r cela seul une prudente résolution contre Anastase?
13. On objectera peut-être que Vitalien, comte et général de la cavalerie, s'étant soulevé, en ce même temps, c’est-à-dire en 513, contre Anastase en faveur des catholiques, et dans le but de rétablir sur leurs sièges Macédonius, Flavien et d'autres prélats orthodoxes et injustement exilés , comme on le voit par le récit de Marcellin et de Théophanes, pt se trouvant déjà maître
clesia eau ta ri solitus ujtima oratioeu parte trupeatus minus audioutibus satisfecit, quidquid putabatur ab eutsdiiania bsretteis coneipi , potuit totum ah episropo pnedicari. Quts enim fid 'iium lion jure moverotur nudicni crucifixo pro nains ut miser 'atur roiiiimu suppiuauiiumï Quid niultisï Crtscente seditionum procéda, dmn insistit populus . nue onsistit Augustus , antiqua sacerdoe, quodque magisduf-ndwm, nec innocents sodé propeilitor. »S. A Titus, episc. Vieil., r|nst 3 nd Guudebaldum.
avec sa nombreuse armée de la Thrttce, de la Mysie et de la Seythie, que dis-je.? de la campagne même de Constantinople parla délaiiede Cyrille, général de l’armée impériale, qu’il avait non-seulement vaincu, mais encore fait prisonnier, l'Église ne pouvait avoir une plus belle occasion de déposer ce méchant empereur et de transférer sa dignité à son ennemi. Mais si 1 on raisonnait de la sorte, c’est qu’ou oublierait apparemment que cette insurrection avait peu d intensité à son principe , et que, comme elle ae passait fort loin de la ville impériale, on ne pouvait J jus alors y attacher beaucoup d’importance, et qu’ensuite, lorsqu elleso fut étendue nu poiut do mettre l’empire en péril, Anastase, teignant, suivant sa coutume, de revenir A de meilleurs sentiments, s'était engagé par un serment solennel , qu appuyèrent tous les ofliciers de l’empire , A rétablir sur leurs sièges Macédonius, Flavien et les autres évêques catholiques qu U avait exilés, et à convoquer A Héraolée un concile que présiderait le pontife romain, pour discuter canoniquement et terminer les différends élevés par rapport A la religion ; qu il avait réussi par ce moyen à faire sa paix avec Vital ien , et que dès lors celui-ci avait déposé les armes et s’en était retourné dans ses foyers (1). Ce soulèvement ayant donc atteint le résultat en vue duquel il avait été entrepris, savoir l’amendement du prince, il ne pouvait plus être question pour l’Église d’user de son pouvoir contre lui. D’autant mieux que dans les temps où ces événements se passèrent eu Orient Anastase, qui voyait ses affaires en mauvais état, cherchait A se faire passer auprèsdusaiot-siégepom- un catholique sélé, qui n’avaitd’autre
(I) a Anastasius , rebus Aaperatis, sraiatorii ordinis nonnullos , qui de paoe agenda eum ( Vitahanum) rogarent, inisit, juravitque rnia cum univers» seLtu epis-opos exules Ilerarlæam.Thraci® se revocaturum. Ilis ndditum voluit Vilalianu* ut uniusrujusqùe scholœ princeps idem jurwjura ndo assercret, atque ut Maredonius et Fia via nus prupriis thronis injuste expulsions reciperent, acreliquinari- Ut <!|*srop> suos : et itademum convocaretur synodus , ad quant pontifrx rumanus et reliqui ep.seopt accederent , ut hoc pacto quæ adversus orthodoxes perperam décréta fuissent roramunis judicii subjirerentur examini. Impeiatore
** U,ITerS0„*S<*?a1ta’r T m!igistrîUu"n' Poputique reliquis jusjuranduin mtentonentibus’ et data ftde res ordute exposito gerendas affirma ntibus, pax lOnnliata est, et .pse don.um repetiit. »Theopha„. Chronogr., ad annum Christ, s'-undum Alexandrin. ;»o«
désir que de voir tous les différends sur la religion terminés au plus tôt par l’autorité du pontife romain , et qu’il écrivait au pape saint Hormisdas, qui succéda à Symmaque en 51 4, une lettre en date du 28 décembre de la même année , où il lui parlait du concile qu’il voulait convoquer à Héraclée , en invitant le pontife à s’y rendre avec les évêques dont il ferait lui-même le choix (1); puis, à quelques jours seulement de distance, une autre lettre en date du 12 janvier 515 sur le même sujet, où il comblait d’éloges le saint pontife , et déclarait vouloir puiser auprès de lui la doctrine que Notre-Seigneur avait enseignée à ses apôtres et principalement à saint Pierre, en qui, ajoutait-il, il avait placé le principal soutien de son Église (2). Le pape, pour répondre à cette seconde lettre, qui lui était parvenue avant la première , lui écrivit en date du 4 avril 515 qu’il louait le zèle qu’il lui témoignait pour la paix de l’Église; mais que, quant au concile qu’il lui proposait, il ne pourrait lui répondre que lorsqu’il saurait les raisons qui lui en faisaient désirer la convocation (3). D ans une autre lettre qu’il lui écrivit le 8 juillet de la même année, il louait de nouveau son zèle pour la paix de l’Église ; et quant à l’affaire du concile, il lui promettait de lui répondre par les légats qu’il envoyait vers ce même temps à Constantinople (4). Ces légats étaient les deux évêques Ennode et Fortunat, le prêtre Venance , le diacre Vital et le notaire Hilaire. En les dépêchant vers l’empereur, il leur mit en mains un écrit contenant de très-sages instructions sur la conduite qu’ils avaient à tenir pour ne pas se laisser enjôler par l’empereur et pour l’amener à une franche conformité de sentiments (5). 11 écrivit encore une nouvelle lettre à l’empereur, en date du
(1) Epist. Annst. imper, ad llormisdam pontif., apud Eahb., t. VConc., edit. Venet-, col. 566 ; edit. Paris., t. IV, col. 1425.
(2) « Nunc autem currens de vobis suavis opiuio ad memoriam nostram bonitatem paternic nlïcctionis adduxit, ut iila ivquirarnus quæ Deus ut Salvator noster sanctos apostolos diviuosermone dorait, ac maxime K. l'etrum , in quo fortitudiuem Ecclesia* suæ constituit. » Epist. Anast. ad llormisdam, ibidem, col. 560 et scq., alias 1421.
(3) Epist. 2 Horinisd. ad Anast. impurat., ibidem, col. 562, alias 1422.
(4) Epist. 4 Hormisd. ad Anastas. impernt., ibidem, col. 565, alias 1425.
(5) liidirnlus datas liyntis, etc., ibidem, col. 566, alias i i 20 .
il août, pour l’informer que, quoique ce fût chose nouvelle qu’un pontife romain fût convoqué à un concile par un empereur, il s’y rendrait néanmoins, pourvu qu’on cessât de mettre en doute la valeur des décrets du concile de Chalcédoine, que l’on condamnât la mémoire de ceux que ce concile avait condamnés et qu’on joignit à cette liste de condamnation le nom d’Acace, qui s’était obstiné à recevoir dans sa communion des excommuniés et des hérétiques et avait mérité par là d’étre excommunié lui-même par le siège apostolique : et il finissait par prier Anastase d’entendre les légats qu’il avait députés vers lui (1). Anastase répondit à cette lettre en envoyant au pontife sa profession de foi , qui était catholique en tout point et dans laquelle il condamnait la personne aussi bien que la doctrine tant de Nestorius que d’Eutychès, et déclarait recevoir et avoir toujours reçu le concile de Chalcédoine et n’avoir jamais porté de lois contre ses décrets, et témoignait même avoir écrit plus d’une fois pour ce sujet à l’Église d’Alexandrie, à laquelle il reprochait, disait-il , de ne pas suivre la saine doctrine établie dans ce concile et dans la lettre de saint Léon, au mépris des excommunications portées contre ceux qui refusaient de la recevoir (2). 11 finissait sa lettre en s’excusant relativement à la demande que lui avait faite le pontife d’effacer le nom d'Acace des diptyques sacrés , alléguant qu’il aurait volontiers satisfait à cette demande pour le bien de l’unité s’il n’avait craint qu’il en résultât un plus grand scandale dans les Églises d’Orient, vu l’attachement que conservaient les Orientaux pour le nom et la personne d’Acace, auquel on ne pourrait les faire renoncer sans répandre beaucoup de sang ; mais qu’il espérait néanmoins que le pontife traiterait cette affaire avec plus de succès dans le concile qui devait s’assembler (3). Or le saint-siège pouvait-il attendre d’un prince
(1) Epist. S. Hormisd. ad Anast. imporat., apnd Labb., loc. cit., col. 370, alias
1430 et seq. *
(2) « Nam pro bac causa attestante nobis etiam divinælitteræ ad Alexandriam non semel, sèd multoties destinatæ, per quas objurgavimus cur sibi non arbitrentur passe sufficere directam fidei doctrinam , recedentes ab ansthemate Cbalcedonensissynodi, vel venerandæ metnoriæ LeonLs episcopi. » Epist. Anast. ad Hormisd., loc. cit., col. 572, alias 1432 et seq.
(3) Epist. Anastas cit.
pieux et catholique une déclaration plu* formelle en faveur de la vraie foi que celle que faisait en ces termes à Hormisdas cet empereur? El dans cet état de choses le pontife, qui devait croire ou à la constante orthodoxie du prince ou du moins A la rétractation de sesiuiidélités passées, pouvait-il prudemment protiter pour ledéposerde l’insurrection d'une partie de ses sujets? C’est pourtaut paroe que saint Hormisdas continuait A reconnaître Anastase pour légitime empereur que Bossuet conclut qu’il ne se croyait point A lui-même le pouvoir de le déposer, comme si ce prince n’&vait dil paraître aux yeux du pontife que sous les traits d’un hérétique déclaré et contumace et d’un persécuteur de la vraie foi. Dira-t-il qu’Hormisdas regardait l’empereur comme excommunié, puisque dans l’instruction donnée A ses légats ce pontife leur indiquait ce qu’ils avaient A exiger du prince pour le recevoir dans leur communion? Mais ce serait IA commettre une nouvelle méprise. Car le siège apostolique, en se conduisant ainsi A l’égard d’ Anastase, 11e le traitait pas autrement qu’il n’avait fait A l’égard d’Euphème, de Macédonius et d’uutres évêques orthodoxes, qu’il avait 6uspendusde sa commun ion tant qu’ils avaient refusé de condamner le nom d’Ac&ce, et qu'il n’a |M>urtaut jamais expressément condamnés ou nommément excommuniés. Cette communion donc que les légats auraient ou A rendre A Anastase u’était autre que celle qu’ils auraient pu rendre de même A tous ceux du parti d’Acace, en les déclarant unis de sentiments A l'Église romaine, et non en les relevant d’excommunications qu’ils n’avaient jamais encourues, au moins d’une manière expresse et formelle.
14. Je sais qu’on pourra m’objecter qu’il n’y avait rien que de simulé et de faux dans la profession de foi d’ Anastase , que la crainte seule déterminait A feindre pour le moment ce respect qu’il témoignait porter au concile de Chalcédojne; qu’il \ renvoya A Rome en homme habile les légats apostoliques sans qu’ils eussent pu recueillir aucun fruit do leur légation; qu’il ht dissoudre le coucile convoqué par lui-même A Héraclée ; qu’il cherchait enfin par tous ses détours non A mettre ses sentiments d’accord avec ceux d’Iformisdas, mai» à l’attirer
plutôt lui-même, s’il lui eût été possible, à sa manière de voie. Mais je sais aussi que, quand même ou voudrait admettre que la méchanceté de ce prince fut la seule cause de l’insuccès des négociations entre les Églises , le prince sut si bien amuser de ses promesses le saint pontife que celui-ci ne vit clairement qu’il était joué par lui ou ne perdit toute espérance de le gagner enfin que lorsque ce prince eut cessé de vivre ; car nous savons que, l'an 506, cet empereur envoya à saint Hormisdas deux ambassadeurs , savoir Théopompe et Sévérien, tous deux comtes du palais, pour traiter avec le pontife de la paix de l’Église, comme le prouve la lettre qu’il lui écrivit en date du 16 juillet de l’année que nous venons de dire (1), et que saint Hormisdas lui répondit enlouantà la vérité et encourageant son zèleàprocurerlapaixet l’unité de l’Église, mais en lui rappelant en même temps qu’un moyen indispensable pour cela était de condamner les hérétiques qui avaient rompu cette unité (3), Et l’empereur ayant dans ce même temps écrit pour le même sujet au sénat romain (3), le sénat lui répondit que le pape était très-désireux de lf paix , mais qu elle dépendait de la condamnation d’Acace (4). L’année suivante 516, le pontife, s’appuyant toujours sur les bonnet paroles que lui avait données Anustase, lui envoya de uouveaux légats, à savoir Ennode, évêque de Pavie, etPellegrin, évêque de Misène, avec une lettre datée du 3 avril de la même année, où, après lui avoir rappelé son bon dessein, que témoignaientses paroles, de vouloir sincèrement la paix de l’Église (5), et après avoir remercié le Seigneur du zèle que montrait l’empereur contre Nestorius et contre Eutychès ainsi que contre tous ceux qui suivaient leurs doctrines impies et sacrilèges (6) , il prouvait finalement par plusieurs raisons
(1) Epist. Anast. imper, ad 11 ormisd., ibidem, roi. 573| alias 1434.
(2) Epist. Hormisd. ad Anast., ibidem, co). 574, alias I434etseq.
(3) Epist. Anast. ad senatum , ibidem, col. 575, alias 1436.
(i) Ibid., col. Mi, alias 1437.
(5 J u Dédit quiilem démentis vestra vduti obsidem propositi sui sub testimonio imperialis alloquii , et se quasi pi^nore quodam bons voluntatis adstrinxit. » Epist. il S. Uormisdaa ad Auastasium, ibid., col. 686,' alias 1448 et soq.
(6) « Beuedicimus Dnum , cujus zeio pietas vestra trausgressores impies Nestoriurn ut Eutycbetem vei eos persequitur qui cum nefandis et sacrilegis dogmatibus protitentur. s Ibidem.
que cette unité tant désirée ne pouvait être rendue à l’Église qu’au moyen de la condamnation d’Acaoe. Mais les légats étant revenus de Constantinople sans rien conclure, parce qu’Anastase refusait toujours sous divers prétextes de condamner Acace, et se plaignait en même temps de la sévérité du pontife, qui ne voulait rien relâcher de sa rigueur, tandis que saint Hormisdas cherchaitavec sollicitude à quelle résolution il pourrait s’arrêter, la mort vint (9avril 518) surprendre Anastase, qui alla rendre compte au tribunal de Dieu de sa blâmable conduite; et le pieux prince Justin lui ayant été, la même année, nommé pour successeur contre toute attente, celui-ci rendit à l’Église la paix après laquelle elle soupirait depuis si longtemps et que tous les papes qui s’étaientsuccédé dans ce long intervalle avaient vainement demandée à son prédécesseur. Il résulte clairement de ces faits, dont il nous a fallu donner le détail pour mettre la vérité dans tout son jour, que l'Église ne se trouva jamais dans des circonstances telles qu’elle pût prudemment prononcer la déchéance d’Anastase , et que la non-déposition de cet empereur ne prouve nullement que l’Église n’eût pas le pouvoir de le déposer, mais seulement qu’elle n’avait pas de raisons suffisantes pour le faire ou qu’elle manquait pour cela d’occasions favorables.
1>K LA PERSÉCUTION SUSCITÉE A l.’ÉCLISE CATHOLIQUE EN AFRIQUE PAR THRASI- MOND, ROI ARIEN DBS VANDALES, ET DES EXCÈS COMMIS PAR THÉODORIC, ROI ARIEN DES OSTROOOTHS EN ITALIE, CONTRE LE PAPE SAINT JEAN ET D’AUTRES ILLUSTRER PERSONNAGES, EN HAINE DE LA RELIGION CATHOLIQUE.
Sommaire.
I. Exemples objectes par Bossuet, de Tlirasimond, roi des Vandales en Afrique, et de Théodoric, roi des Ostrogoths en Italie, et raisonnement qu’il fait au sujet de cas princes.
3. Edit do Thmsimond, qui défendait aux évêques catholiques d’ordonner do nouveaux ministres, laissé sans exécution par les évêques orthodoxes. Saint Fulgenco ordonné malgré cet édit, et relégué dans Pile de Sardaigne, d’où Thrasimond le mande à Carthage. Saint Fulgence y résout les objections qui lui
sont pn*anU*is contre la religion catholique , et s'attire les «loges et, 1'estune du prince autant par sa sainteté que par sa science.
3. Les témoignages d'obéissance et do respect rendus à Thrasimomd par saint Fulgence comme dns à la puissance suprême suivant la doctrine de l'Apôtre ne prouvent pas qu'il n'eût pu s'affranchir légitimement de sa dépendance dans les choses même temporelles.
». Pour quelle raison saint Pulgence a pu dire qu'il devait entourer du respect dû aux rois la personne de Thrasimond , quoiqu'il pût légitimement se soustraire à son autorité.
5. Théodoric Amalus , roi des Ostrogoths en Italie, favorisa toujours , jusqu’aux dernières années de son règne , l'Église romaine et la religion catholique.
«. Cause des emportements de Théodoric contre les catholiques. Violence dont il use i l'égard du pape saint Jean I", qu'il oblige à se rendre à Constantinople en qualité de son ambassadeur auprès do l'empereur Justin pour faire restituer les églises enlevées aux ariens, et raisons qui firent une nécessité à ce pape de demander à l’empereur cette restitution.
7. Articles qui devaient faire l’objet de l'ambassade confiée par Théodoric à saint Jean l*r , et résistance de ce pontife à la demande que lui fit le roi de faire retourner à leur secte les ariens convertis.
*. Saint Jean, au retour de son ambassade, est sacrilégement incarcéré par Théodoric, et meurt en prison peu r de jours après. Vacance du saint-siège. Élévation au pontificat du pape Félix IV, procurée par Théodoric, qui s’arroge le droit de cette élection. Mort de Théodoric, survenue jieu do jours après l’éleo •
tien de saint Fétix.
9. On doit conclure de la suite de cesfaitsquel’Églisen'avaitnioccasion, ni opportunité, ni forces suffisantes pour réprimer les excès de Théodoric par la déposition de ce prince.
10. Excès de Théodoric représentés sous un point de vue différent par l'auteur de la Défense. Exécution à mort de Boéce et de Svmmaque faussement attribuée par cet auteur ii la haine de Théodoric pour la religion catholique. L'outrage fait à la majesté du souverain pontife par ce roi barbare compensé par les honneurs extraordinaires que lui rend l'empereur Justin.
1 . Pour démontrer que l’Église est obligée de garder la foi et l’obéissance aux princes hérétiques et persécuteurs de la religion catholique, l’auteur de la Défense allègue d’autres exemples pris dans le sixième siècle, tels que ceux de Thrasimond, roi des Vandales en Afrique, et de Théodoric, roi des Ostrogoths en Italie, au premier desquels, tout arien qu’il était et quoiqu’il eût chassé de leurs sièges et relégué en Surdaigne plus de soixante évêques de la province de Byzacène en haine de la foi de Nicée , saint Fulgence, évêque de Ruspe, dans la même province , n’en écrivait pas moins avec tous les égards dus à un prince légitime , en lui protestant même que c’était pour lui un devoir de l’honorer ainsi en vertu de la doctrine de l’Apôtre qui enjoint aux fidèles de rendre honneur et rea-
péct aux rois de la terre (1). Bossüet conclut de là que c’était surces textes formels de l’Écriture que les catholiques fondaient alors l’obligation d’honorer les rois , quoique impies et ennemis de la réligion , et non sur la crainte ou la faiblesse, et que la loi éternelle était la règle iixe et immuable de leur fidélité, qu’lié rie fitisaierit pas dépendre de la situation des affaires ou des circonstances des temps (2) .
2 Mais notre adversaire n’aurait pas raisonné de même s’il avait voulu considérer les circonstances des temps et des lieux où se trouvait saint Fulgence quand il écrivit les livres de la foi à Thrasimond; et c’est une tâche qui m’est encore imposée d’exposer ces faits sous leur véritable jour pour leur ôter cette fausse signification que leur prête l’auteur de la Défense en les présentant dépouillés des circonstances qui les expliquent. Apprenons donc du diacre Ferrand , disciple de saint Fulgence et auteur de l’histoire de sa vie, témoin pour ainsi dire oculaire de tous les faits qu’il raconte, que Thrasimond ayant, dans le dessein d’anéantir la religion catholique , défendu aux évêques catholiques d’en consacrer de nouveaux à la place de ceux qui venaient à mourir et d’ordonner à l’avenir des prêtres et des diacres , les évêques de la province de Byzacène , réunis en concile , statuèrent , contre la défense et malgré l’édit du roi , qu’on pourvoirait de nouveaux pasteurs , comme si de rien n’était, les églises qui en seraient privées, afin qu’auouhe d’elles ne fût laissée Sans défense dans la persécution dont ils se voyaient menacés par l’impiété du priuce ré-
<l)« Cumpro nostra lide, in quantum facultatem divinitus accepimus, Ubere respondemus, nulla contmnaciæ sou conlutneliæ debemus suspicions notari, cum urrregia'simusdigrritatis immemores, «eiamasqoe Dec timorem, honorera rugi bus oxhibrndum, apostuiica ita nos prmmoiieute doctrina ; lieddite omnibus débita .. rui timorcm timorem, rui honorent honorent... COmpeteus igitur mansuetudini tuæ diTerimus honoris obsequium , cui regntis apicem culminis divin» cemitnus Hirgitate coltatum : net timon quempiam sapientem fugit quanta sempitemus illc ru regum et Do min us domiuantium timoré debeat suscipi, qui temporales etiam reges præcipit Iionorari. « S. Fulgent. ad Trasirouudum rogem, lib. i, th 4.
(2) « Ilia pei'suasi décrétas, non meta aut infirmitalo coacti, reges impies et îcligioni infeusissimos ohservabant; neque temporariam et ah op|>ortunitate penaentem, sed *tcrnis dern-tis itinixam exhibe bant fidem. » Bossuet, t. 1,
part. 2, lib. v, alias 2, c. 6, p. té«, alias
tâtant; que, comme ils s empressaient en conséquence de consacrer tout ce qu'ils pouvaient trouver de ministres capables, les enlevant de force et les traînant au pied des autels pour leur conférer les ordres sacrés , saint Fulgence prit la fuite et se cacha pour éviter d’ètre promu h l’épiscopat, auquel l’appelait la voix unanime du peuple au milieu duquel était situé son monastère (1); que le temps des ordinations s’étant écoulé, et saint Fi licence pensant que toutes les Églises étaient désormais pourvues de pasteurs , était rentré dans son monastère et s y croyait eu sûreté , lorsque le peuple de Souse ou de Ruspina, ville d’Afrique des 1kh-c1s de la Méditerruuée dans ia province de Dyancène, après l'avoir d'abord demandé à Victor, primai de cette province, et avoir obtenu de lui la permission de le faire ordonner par les évôques voisins, l’assaillirent violemment dans sa cellule, et le contraignirent par force à accepter l’épiscopat de leux- ville (2) ; que bientôt après, déporté avec les autres évêques dans l’tle de Sardaigne (3) par le roi impie, qui ne pouvait leur pardonner les ordinations faites par eux contre sa défense, il s’y était rendu célébru par sa science autant que par sa sainteté (4); que le méchant roi, feignant, pour mieux tromper le peuple crédulu, de chercher avec simplicité la vérité de la religion catholique e4 |iensant d’ailleurs que personne n’aurait le courage de le convaincre de ses erreurs , lit rechercher en Sardaigne et amener à Carthage saint Fulgeuce, dont le nom retentissait par dessus tous les autres (5) ; que le saint trouva dans cette der-
(I) « Postyuani vert» sacra turba pontilkttDi qui reuauiserunt, conununicato inter se oousUin, dtdinierunt adversus proceptum rugis in omnibus locis ordinntiones celebrare pontilicum. . . fit repente commuais assumptio, presbyteroa, 6i*> conos, et si que» inveuiret clectio reparu, U-nedicere , conseiTara certatiui locis sinqulis properautibus , ne in talc studio aut tardas aut novissimus invenirutur. Tuuc beatus Fulgeutius, eligentium vota veloeiori provenions fuga , latebris incertis absconditur, nec quæsitus ullatenus inveuitur. » Ferrandus, ia Vite S. Fulgeutii, c. 16.
(I) ■ Tune aggregata violenta? multitudinis manu , repente beatus Fulgsntius dotons oculos in colla propria reperitur, invaditur, tenetur, ducitur, et pontifex «se non rogatur.sed cogitur. » ld.,c. 17.
(3) Ibidem, c. 18.
(4) Ibidem.
' i) « l’rotmus rex , probare volons saccrdotem cui generaliter testimaniam bo-
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nière ville un vaste champ pour y répandre la semence de la vraie doctrine au grand protit de la religion catholique et de faire resplendir ces vertus chrétiennes dont le ciel avait enrichi son àme, tellement que le roi lui-mème se vit forcé de faire l’éloge de son esprit, de sa sagesse, de sa science, de sa foi , de sa piété , de sa douceur, de la pureté de sa vie , et d’avouer qu’il n’y avait rien d’exagéré dans tout ce que la renommée lui avait rapporté de lui (1) ; que lui ayant en outre fait proposer par les ariens dix objections que le saint résolut avec beaucoup de force et de science, le roi barbare, à qui l’on mit sous les yeux ses réponses et qui les lut avec attention , quoique Dieu ne lui fit pas la grâce d’avoir l’intelligence de la vérité , ne laissa pas de louer la sagesse, d’admirer l’éloquence et d’exalter l’humilité du saint évêque; de sorte que le peuple fidèle de Carthage, croyant le prince vaincu par la force de ses raisons , se félicitait déjà de la victoire remportée par la vérité sur son esprit (2). Comme les choses en étaient là, le roi, voulant mettre à une dernière épreuve l’habileté et la science du saint , lui proposa d’autres questions auxquelles il voulut qu’il répondit sur-le-champ et sur leur simple lecture, sans lui donner le temps de les méditer ou de les transcrire (3) ; et ce fut alors qu’il écrivit ces trois livres admirables du mystère des deux natures qui ne forment qu’une personne en Jésus-Christ , ouvrage qu’il adressa à Thrasimond et d’où l'auteur de la Défense a tiré le passage qu'il nous objecte.
num tota rcligionis nostræ perhibebat ecclesia, servum strontium celeriter dirigit, a quo sine mora ductus atque perductus pervenit ad Cartbaginem lætus, ubi tanquam fidelissimus dispensator erogandi talents sibi crédita reperiens occasionem , ccepit in hospitàolo proprio venientes ad se catholicos orthodoxos crudire. » Ibidem, 21.
(1 ) « Hæc omnia rex per occultes nuncios discens, egregii sacerdotis ingenium, sapientiam , doctrinam, fidem , pietatem, mansuetudinem, rontinentiam probat, et convenientem famæ su® præconiis talem esse qualis prædicabatur agnoscit. » Ibidem, c. ii.
(2) «Quas rex ille barbarus intensissime perlegens, quia nunquam prædostinatus fuerat ad salutem, laudat sapientiam, mirntur eloquentiam, prædicat humilitatem , neque tamen meretur intelligent veritatem. Cnrthaginensis autem populus, triumphi spiritual» interpres, propositiones regis fuisse convictas Iteto murmure ronfitetur. » Ibidem, c. 22.
(3) Ferrandus, in Vita S. Fulgentii, c. 23; S. Fulgentius ad Trasimundum , lib. i, c. t.
3. Tous les faits rapportés jusqu'ici étant supposés, quiconque voudra peser les circonstances de temps et de lieu où se trouvait saint Fulgence devra reconnaître qu’il ne pouvait pas se dispenser de se servir en écrivant à Thrasimond des expressions honorifiques alléguées par Bossuet , quoique rien ne l’obligeàt à le considérer comme son légitime sonverain. Car si, dans certaines occasions où le bien de l’Église demandait qu’on témoignât du respect à des tyrans , de saints évêques et des papes même ont protesté en quelque manière devoir, pour obéir à la doctrine de l’Apôtre, honorer des rebelles et des usurpateurs notoires, comme nous l’avons démontré plus haut par plus d’un exemple (1) , saint Fulgence devait à bien plus forte raison traiter Thrasimond avec les mêmes égards dans un temps où, ce prince témoignant le désir de s’instruire de la vérité , couvrant d’éloges les réponses par lesquelles Fulgence satisfaisait â ses questions et faisant concevoir aux catholiques quelque espérance de sa conversion , il était nécessaire pour le gagner tout à fait d’employer les manières les plus engageantes, en lui faisant sentir que, si l’on osait le contredire en matière religieuse, ce n’était pas par mépris pour la dignité royale, mais par obligation de lui faire connaître la vérité. Ainsi, comme l’application faite par les Pères A. des tyrans et ù des usurpateurs de la doctrine de l’Apôtre touchant le devoir d’ètre soumis aux souverains , toutes les fois que pour ne pas les irriter en pure perte ils avaient besoin d’user envers eux de ces témoignages de respect, ne prouve pas qu’ils se crussent obligés en vertu de ce môme précepte à rester assujettis à des tyrans notoires, ou que, s’ils le pensaient, ils eussent raison de penser ainsi , puisqu’il est indubitable et admis par Bossuet lui-même que cette obligation n’existe pour les fidèles que par rapport aux légitimes souverains, c’est bien peu logiquement que Bossuet infère de l’application faite ici par saint Fulgence du précepte apostolique que ce saint évêque fondait le respect qu’il témoignait porter à Thrasimond non sur l’exigence des temps, mais sur les décrets éternels; car c’est, au
(I) Liv. ui, $ 10, n. 9, et $ 12, n. J, .
contraire, précisément sur la circonstance du temps qu’il se fondait pour accord à ce roi barbare ces témoignages de respect, puisque c'était pour le gagner dans un temps où ce prince donM unit lieu de croire qu’il voulait connaître la vérité , quoique au fond il refusât de la connaître ; mais la perversité de son intention restait encore cachée.
4, D’ailleurs , comme Thrasimond n’avait point été déposé par l’Église, et que celle-ci n’avait pas non plusen main Acette époque des forces suffisantes pour pouvoir avee avantage le déclarer déchu du tréne, puisque, la persécutionqu’il fit à l’Éghse ayant commencé l’an 604 suivant l’opinion la plus commune, ou sous le pontificat de saintSymmaque , dans untemps où les provinces et les royaumes d’Oceident gémissaient sous le joug des ariens goths ou ostrogotbs, et où l’Église d Orient elle-même était dans le trouble et l’agitation sous l’empereur Anastase , l’Église n’aurait trouvé aucune assistance dans les puissances catholiques pour soutenir la résolution qu’elle aurait pu prendre contre ce méchant prince; saint Fulgence pouvait bien se dire au moins extérieurement obligé à rendre obéissance à Thrasimond , à qui il ne pouvait prudemment refuser cette obéissance extérieure , ou autoriser les fidèles à la refuser, puisque c'eût été irriter sans aucun fruit ce barbare, qui le tenait en son pouvoir. Si donc on fait attention à ces circonstances où se trouvait l’Église en général , on restera convaincu que ces circonstances conseillaient au saint évéque et à tous les autres de l’Église catholique de ne se détacher extérieurement, ni euxmémes ni leurs peuples, de l'oltéissance rendue par eux à Tlirasirnond et aux autres princes hérétiques.
6. Pour parler maintenant cto Théodoric Arnalus, je ne sais comment il est tombé dans l’esprit de l'auteur de la Défense de compter ce prince parmi les persécuteurs de la religion catholique (A), puisqu’il est certain que, tout arien qu’il était, il n’inquiéta jamais en rien les catholiques et qu’il les favorisa même en plusieurs occasions et rendit plus d’un service g
(A) Bossuet lui-méme a dit un parlant do Théodorie dans son Discours sur l’Histoire unirrrselle, t. 1, p. 1 19 : « Il laissa, quoique arien, un assez libre exercice à la religion catholique. »
l'Église romaine, comme le prouve Baron i us en divers endroits de ses Annales (1). Il honora saint Épiphane, évêque île Pavie, et exempta, sur sa demande, les peuples de Ligurie des deux tiers des taxes qu’il leur avait imposées, en se contentant du tiers, malgré l’épuisement du trésor royal (2). Il traita avec toute sorte d’honneur et de distinction saint Césaire, évêque d’Arles, et le combla de riches présents, dont le saint se servit pour le soulagement des pauvres et le rachat des esclaves (3). 11 laissa à l’Église romaine plus de liberté peut-être dans le règlement des affaires ecclésiastiques qu’elle n’en aurait eu sous des princes même catholiques (4). U jugea avec équité la cause du pape saint Symmaque, dont il se lit le défenseur, se donna i«aucoup de peine pour éteindre le schisme qui s'était élevé contre ce pontife et employa sa propre autorité pour réduire les schismatiques sous son obéissance (5). Il ordonna A ses oiliciers, conformément au décret d'un concile tenu à Borne sous •Symmaque, de défendre la propriété des biens des églises contre ceux qui voudraient les envahir et de ne pas permettre que qui que ce fût les usurpât , comme le prouvent les lettres qu’il écrivit à ce sujet (6). En uu mot, il fit pour l'Église catholique et pour le saiut-siége en particulier, pendant les trente et quelques années que dura son règne, autant et peut-être même plus qu ou n’aurait obtenu d’empereurs catholiques, et
(t) * Hoc quidom lande digna præstitit Thevdoricus hoc ipso regiu sui exor-
dio. . Adjocit autem quod liœt arianus esset catholicis beue usus est, non tantum nüiil negotii illis more liffiretirornm faccssens, sed etindulgpns, et gratiis
et omni ofDciorum généré pruaequens , < loque ittis bene mereri in omnibus simiens , adeo ut se ægro animo indignoquo (erre uionstravit si quis in • jus graliam e catholira Dde ad arianLsmum , cujus ipse cultor crat , transiret. » Baronius, t. VI, Annal., ad ann. Christi 494, n. à6.
Il) Ennod., dt Legaliont Epiphanie opud Uaronium, ad ann. Christi &IU,
13) Cvriacua, in Vita S. Cæsarii, apud Surium, die 27 Augusti.
(4) Barouius, ad ann. Christi 493 , n. 3».
( 4 ) « Res plane digna memoria cum barbarus, Gothus alienigena, hgroticus arianus prinreps, liœt importunisschismaticonim studiis et iliiberalibus eorumcogeretur assultibus, n-reritus tamen cultum apostolicæ sedis, ejus ee po- •ius protertorem quam persecutorem exbibuit, ut acta synodaiia manifestant » Haronius, ad ami. Christi 601, n. 1. Vide Kanodium, apud ipsum Uaronium, ad annum .403, n. t*.
(*/ Apud Cassiodorum, Var., lib. n, epist. 29, etlib. iv, epist. 27
cette observation est de Baron ius , qui certes n’était pas prodigue de louanges à l’égard des princes hérétiques (1).
6. Il est vrai que ce prince, sur la fin de ses jours, obscurcit la gloire de ses premières années par l’indigne traitement qu’il lit essuyer au pape saint Jean Ier. Mais, si les raisons nous font complètement défaut pour l’excuser sur ce point , elles ne nous manquent pas pour prouver que l’Église n’aurait pu avec profit prendre occasion de là pour user à son égard de son pouvoir indirect. Car il faut observer que l’empereur Justin ayant publié, sous le pape dont il s’agit, un édit en Orient pour que les églises occupées par les ariens leur fussent enlevées et consacrées de nouveau au culte catholique (2), et les ariens orientaux ayant recouru pour ce sujet à la protection de Théodoric, ce prince fut d’autant plus indigné à cette nouvelle que, comme bien loin de persécuter l’Église catholique il l’avait plutôt favorisée en délivrant, comme il l avait fait, d’un funeste schisme l’Église romaine, il croyait, ainsi que l’observe Baronius, que les catholiques devaient, à titre de retour du moins, laisser aux ariens de sa secte le libre exercice de leur religion (3). En conséquence, après avoir écrit à l’empereur Justin pour que les ariens orientaux fussent laissés tranquilles dans leur culte , voyant qu’il ne pouvait obtenir de cette manière ce qu’il désirait, il avisa d’un autre moyen plus efficace; étayant fait venir à Bavenne le saint pape Jean, il lui ordonna de se joindre à quelques sénateurs et à quelques personnages consulaires pour aller en députation prier l’empereur de révoquer son édit et de rendre aux ariens les églises qui leur avaient été enlevées, en le menaçant, s’il refusait
(1) « Reiege singulos ejus regni sex lustrorum decursus..,. et récriés ea pro incolumitate catholicæ et apostolicæ rumanæ Ecclesiæ præstitisse Theodoricum quæ a catholicis imperatoribus vix obtinenda essent. » Baronius, ad annum Christi 526, n. 5.
(2) Histor. miscell., lib. 5.
(3) « Qui (Theodoricus) veluti quodam eompensationis jure eorumdem arianorum securitatem ab orthodoxis redemisse videri poterat , dum in Italia et in aliis quibus præerat regionibus nulluin unquam religion is causa catholicis negotium facessisset, sed de eisdera bene meritus semper fuisset , et ipsam romanam Ecclesiam a sehismaticorum oppressione levasset. » Baronius, ad anmnu Christi 524, n. 2.
d’accepter cette ambassade , de faire aux catholiques en Italie
ce que l’empereur faisait aux ariens en Orient. Jusqu’ici il ne semble pas que ce prince indigné ait fait au pape une demande qui autorisât celui-ci il user contre lui de son autorité spirituelle ou même à lui refuser ce qu’il lui demandait, puisqu’il ne demandait que la liberté des ariens en retour de la liberté et de la sécurité qu’il accordait lui-même aux catholiques de ses États (A) ; et quand même cette demande eût été injuste et inique, le pape n’était pas en mesure de lui résister, ou plutôt il n’aurait pu le faire sans imprudence , puisque sa résistance aurait causé la ruine du catholicisme en Italie et dans les autres États soumis à Théodoric, le roi le menaçant dans sa colère de mettre tout à feu et à sang s’il refusait de se charger de cette ambassade, comme le rapporte l’auteur de la Vie du pape saint Jesin, recueillie par Anastase (1). Aussi ne inanque-t-il pas d’illustres écrivains (2) qui ont admis comme vrai ce que soutient ce dernier , d’accord avec l’auteur de 1 Histoire mélangée , que le pape et les autres sénateurs députés vers l’empereur lui demandèrent la restitution des églises aux ariens, et qu’ils le déterminèrent à force de prières à satisfaire à cette demande (3) : fait que contirme aussi l'auteur de la chronique
(A) Biauchi me parait ici donner prise à un principe désastreux, qui serait que l’erreur aurait pour être libre les mêmes droits que la vérité. Ce qui est certain , c’est que l’empereur Justin avait le droit de faire ce qu’il flt , et que Théodoric n’aurait pas eu le droit , même à titre de représailles , de persécuter les catholiques. Il faut avouer aussi qu’un pape intercédant auprès d'un empereur pour obtenir le rétablissement d’un culte faux ferait une triste ügure. Baronius et après lui Noël-Alexandre soutiennent que le saint pape n’exécuta rien de la commission dont Théodoric avait prétendu le charger, et que ce fut là l’unique raison pour laquelle il fut jeté dans les fers à sou retour en Italie. Le Bréviaire romain dit la même chose ( 17 mai ).
(1) Anastasius, seu Liber pontiflcalis , in Vita S. Joannis papæ.
(2) Pagius, in Critica Baron., ad ann. Christi 525, n. 8; Sommier, lib. v, c. 20.
(3) « Eodem tempore revertens Joannes venerabilis papa et senatores cum gloria dum omnia obtinuissent a Justino Auguste, rex Theodoricus haeretirus cum grandi dolo et odio suseepit eosdem. » Anastas. in Joann. I. « Qui pervenientesad Augustum, cum abeo ut dignum erat suscepti essent, magnis eum de sua suorumque salute solliciti fletibus postulant ut suæ légation» seriem quanquam esset injusta libenter exciperet , Italiæ perituræ consuleret : quorum fletibus Justinus permotus , eis quod petebant concessit, arianosque sui juri» rvliquit » Histor. miseell., r. 15.
des anciens papes, écrivain lieaucoup plus ancien qu’Anastase et peut-être contem|>oraiu du pape saint Jean (1). Et si l’on pèse attentivement les malheurs qui auruieut été |M>ur l’Église catholique la suite de la colère du prince , on devra reconnaître que c'était une nécessité pour le saint pape d’aoooinplir cette ambassade et de faire à l'empereur la demande dont il s’agissait.
7. Mais comme le pope Jean, à son retour de son ambassade, fut jeté en prison par les ordres impies et perfides de Théodoric , et qn’il y mourut de chagrin au bout de quelques jours , pour aller recevoir dans l’autre vie la couronne due aux maiv tyrs , et qu’il n’aurait pas été ainsi maltraité par Théodorie si ses demandes avaient été entièrement satisfaites , on peut dire, ce me semble, que plus d’une affaire devait faire l’objet de cette ambassade dont il avait été chargé» et que, n’ayant voulu l’exécuter qu’en quelques points seulement, il encourut pour ce refus les ressentiments de Théodorie. Autant qu’il est permis de l’inférer des mémoires qui nous restent relativement à ce fait, l’objet de l’ambassade comprenait trois demandes que ce prince obligeait le pape d’adresser à Justin : la première, que les églises enlevées aux ariens leur fussent rendues, et c’est ce que disent expressément Anastase, l’auteur de l’histoire mélangée, et celui delà chronique des anciens papes; la seconde, qu’on n’exerçât à l’égard des ariens aucune contrainte pour leur faire embrasser la religion catholique , et c’est ce qu’on peut inférer de la narration de Théophanes (2) ; la troisième enfin, que les ariens convertis fussent renvoyés à Jour secte, et c’est ce qu’affirme tout seul l’auteur anonyme de l’histoire des empereurs depuis Constance Chlore jusqu’à Théodorie,
(1) « Justiaus Augustus... oranem concessit petitiouem propter sanguinem Romanorum.... Reddidit hæretic.isecclesiassacundum voluntatem Theodoriçi régis liæretici, nechristiani et maxime saeerdotes ad gladium mittereutur. » Auctor chronic. veter. pontif. roman., apud Sebelest. 1. 1, Antiq. eccles., p. 492.
(2) « Hoc aime (oempe&2â) Tbeodoricus, pravis Arii seusibus iufectus, Ruina ai oceupaus, Joannem papamad imperatorem JustiuumByzaulium profirisci cogit , et pro arianis ue liaeresi sua per vim abducereutur legatioue fungi , quaudoquidem ipse Tbeodoricus idem advenus calholicus Italiæ incolas romuiissuruni minabatur. » Tlwophan. cbronograpli., ad annum Christi secundum Alexandrinos ata.
Digi
«le
insérée par Valois à la suite des livres d’Ammien Marcellin qu'il a édités (lj. Je crois donc sans peine que le saint pape,
D ayant pas voulu déférer sur ce dernier point aux ordres de Théodoric, ni faire une telle demande à l’empereur, encourut pour cela seul l'indignation du roi, quoique pour les deux autres, que dans la circonstance actuelle il pouvait faire licitement pour le salut commun des catholiques d'Italie , il eût satisfait aux injonctions de sou souverain. Or, qu’il ait réellement résisté sur ce dernier chef aux instances de Théodoric, en protestant que, malgré tous les maux dont ce prince voudrait le menacer, il ne pouvait consentir à faire cette demande A l'empereur, et en déclarant qu’il se faisait fort d’en obtenir tout le reste, c’est ce que témoigne expressément ce même écrivain anonyme (2), qui rapporte ensuite que le saint pape forcé d'entreprendre ce voyage, après avoir été accueilli à Constantinople par l’empereur Justin avec le même respect que l’eût été saint Pierre eu personne, obtint de ce prince religieux tout cequ’il avait été chargé de lui demander, excepté de renvoyer aux ariens ceux de ces hérétiques qui avaient été réconciliés A l’Église (3) (A).
8. Mais , soit que ce fût cette raison qui ait mis en fureur Théodoric contre le pape, soit que c’en fût une autre, comme se le persuade le cardinal Baronius, qui se fonde sur la lettre
(1) « Mi tiens ( Theodoricus ) et evocans Raveruiam Joannem sedis epoetoücæ præsulem, <licit ad eum : Ambula Constauthiopolim ad Justinum imperatorem, et die ci inter alia ut réconcilia tas hæreticos in catholica restituât reJigione. » l’bi (inquit Pagius, ad ann. Christi 525, n. 6 ) Theodoricus arianos catholicus appellat, et hæreticos qui catholicam reJigiouem suscipere coacti fuerant. »
(2) «Cui papa Joannes ita respondit : Quod facturus os, rex, facito citius. Ecce in conspectu tuo adsto; hoc tibi ego non promitto me facturum, nec illi dieturussura. Nain in aliis causis, quibus rnihi injunxeritis obtinere ah eodem, annualité Deo, potero. » Anonymus Valesianus.
(3) « Cui imperator Justin us venienti ita occurrit ac si B. Petro: cui audita legatione omnia repromisit facturum, præter reconciliatos, qui se lideicattioüo® dederant, arianis restitui nul la tenus posse. «Anonymus Valesianus.
(A) Rohrbacber, dans son Histoire universelle de l'Église, livre 44, prend un juste milieu entre ces divers sentiments, et résume ainsi le sien avec une admirable précision : « Les ariens qui restaient encore , et les temples qu'ils avaient encore furent laissés dans l’état où ils se trouvaient; mais pour les ariens et ceux de leurs temples que l’Église catholique avait réconciliés , ni le pape ne demanda ni l'empereur n’accorda qu’ils fussent rendus à l’hérésie. »
adressée aux évêques d’Italie (1) sous le nom de ce pontife, mais que les savants rejettent d’un commun accord comme supposée , et sur une relation de Grégoire de Tours (2), qui parait également dépourvue d’autorité (3) , et d’après laquelle, bien loin de demander à Justin la restitution des églises enlevées aux ariens, le pontife aurait consacré avec les cérémonies catholiques tout ce qu’il put trouver d’églises d’ariens , tant en Orient, tandis qu’il y était, qu’en Occident après son retour (4) : il est certain que le saint pape , de retour de son ambassade , eut à essuyer le dernier des outrages de la perfidie de Théodoric, qui le fit jeter dans une prison , où bientôt il succomba sous le poids des tribulations et des chagrins, mais que sa mort ne tarda pas à être illustrée par des miracles (5). De la mort de saint Jean, arrivée le 18 mai 526 (6), à celle de Théodoric, qui suivit le 15 août de la même année (7),
11 n'y eut que cent cinq jours d’intervalle , y compris ces deux jours mêmes ; encore Anastase le Bibliothécaire n’en comptet-il que quatre-vingt-dix-huit (8) . Le siège resta vacant , comme l’observent Pagi et après lui Bianchini (9) , un temps assez long , qu’on peut évaluer à cinquante-cinq jours ’d’ après Anastase, qui affirme que Félix, successeur de Jean, fut ordonné le
12 juillet. Il y eut alors un grand débat à Rome pour l’élection d’un nouveau pape , et Théodoric en prit occasion pour s’arroger le droit de la faire lui-même , et de proposer le sujet élu à l’acceptation du clergé, du sénat et du peuple de Rome;
(1) Epist. 2 Joannispapæ ad episeopos Italiæ, apud Labb. , t. V Cow., col. 745 ; alias t. IV, col. 1605.
(2) Greg. Turon., lib. de Miraculls et glor. mart.,c. 10.
(3) Vide Pagium, ad annum Christi 526 , n. 3.
(4) Baronius, ad annum Cbristi 525, n. 8 et seq.
(5) « Revertens igitur Joannes papa a Justino, quem Theodoricus rex hæreticus cum dolo suseepit , et in offensa sua eum esse jubet , qui post paucos dies defunctus est ( Anonvmus ) qui défendus est in custodia. » Anastas., in Joann.; Hist. miseell., c. 15.
(6) Anastasius, ibidem.
(7) Anonvmus Valesianus. Vide Pagium ad ann. Christi 526, n. 4 et 9.
(8) « Post hoc factum, nutu Dei omnipotentis nonagesimo octavo die postquam défendus est beatissimus Joannes in custodia , Theodoricus rex hœreticus subito interiit , et mortuus est. »
(9) Pagius, ad annum Christi 526, n. 5. Blanchinus , in notis ad Anastasium, «lit Rom.,t. Î1I, in Felicem IV, p. 250.
raais quoique le sujet qu’il proposait fût d’une orthodoxie non suspecte et d’une sainteté sans égide, que ce fût Félix IV en un mot , le clergé et le peuple opposa encore une longue résistance, jusqu'il ce qu’enfin on convint de part et d’autre, pour arranger le différend, que l’élection serait faite par le clergé suivant 1 ancien usage, et qu’elle serait ensuite confirmée par l'assentiment du roi : c’est ce qu’on peut inférer de l’édit contre les simoniaques publié par Atalaric, petit-fils et successeur de Théodoric (1), et de la lettre de ce même Atularic adressée sur ce même sujet au sénat de Home (2). Telle a été la funeste origine de celte prétention de confirmer l’élection des pontifes romains, élevée pour la première fois dans des temps malheureux parles rois ariens d’Italie, consentie alors par l’Église, qui ne pouvait s’en défendre , et dont les empereurs d’Orient s’empressèrent à leur tour de tirer parti. Peu de jours après cette élection de Félix IV , conclue de la manière que nous venons de dire, Théodoric mourut au moment même où, à la persuasion d'un juif impie , s'il faut en croire l'anonyme édité par Valois, il venait de donner ses ordres pour que les ariens envahissent les églises des catholiques.
9. Quiconque voudra juger sainement des choses pourra s’assurer par cet enchaînement de faits si le pontife romain avait là une occasion favorable ou aurait pu trouver des forces suffisantes pour soustraire les fidèles à l’obéissance de Théodoric. Si ce prince tint à ce que les ariens fussent laissés libres, il ne chercha pas pour cela à opprimer les catholiques; au contraire, ce n’était qu’en retour delà faveur qu’il avait toujours accordée à ceux-ci qu’il demandait le maintien des droits de ses ariens. Ce fut sans contredit un abus inouï qu’il lit de son pouvoir que de forcer un pape à se charger d’une ambassade désavantageuse à l’Église; mais comment le pape aurai t-U pu lui résister sans exposer à la violence de ses ressentiments tous les catholiques d’Italie et de ses autres Étals? Il résista avec courage à l’inique demande que lui fit Théodoric de rendre au
(1) Apud Cassiodorum, lib. lx, epist. 1S.
(3) Ibidem. .
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parti des ariensceux qui avaient renoncé à Tartan isme et s’étaient réconciliés avec l’Église catholique, et il n’usa de condescendance qu’autant qu’il se crut permis de le faire dans ces tristes conjonctures pour apaiser un prince irrité. Le crime atroce que commit Théodoric en faisant jeter le pape dans une prison où celui-ci trouva la mort méritait bien certainement d’être puni par la déposition , surtout si Ton considère que la religion en était le motif. Mais qui est-ce qui aurait pu décerner cette peine contre Théodoric? Êtait-ce le pape captif, lui qui n’avait personne à qui communiquer ses pensées, lui qui se trouvait au pouvoir du prince et qui par là lui eût donné prétexte de tremper ses mains dans son sang? Et de qui aurait-il pu s’aider pour tirer avantage de cette mesure, et ne pas y trouver plutôt sa propre perte et la ruine de la religion elle-même en rendant ce barbare de plus en plus impie et sacrilège? Et quand ce pape fut mort, qui restait-il dans la vacance du saint-siège pour poursuivre la vengeance du crime de Théodoric, dans un temps où l’Église n’avait plus à sa tête celui qui dans d’autres circonstances plus heureuses aurait pu à bon droit faire usage contre ce princg de toute l’étendue de son pouvoir spirituel? Théodoric s’arrogea, il est vrai, le droit de nommer le souverain pontife, ou du moins il voulut usurper celui d’en confirmer l’élection. Mais celui qu’il porta à cette suprême dignité était non-seulement un catholique, mais le plus digne qui fût alors dans l’Église romaine, tandis que le prince aurait pu songer à faire choix, sinon d’un arien , au moins de quelque autre affectionné à son parti et dont il aurait pu attendre quelque avantage pour sa secte; et il fit Voir par cette conduite que, s’il cherchait à venger son parti des pertes qn’il avait essuyées, H ne le faisait pas par haine pour la religion catholique , mais qu’au contraire il conservait une sorte d’estime pour l’Église romaine et tenait jusqu’à un certain point à ce qu’elle fût respectée. La mort de Théodoric suivit de bien près la promotion de saint Félix. Dans le peu d’intervalle qu’il y eut entre ces deux événements, comment le nouveau pape aurait-il pu prendre à la hâte une mesure d’une aussi grande importance que celle de soustraire
l'Italie et les autres peuples à l'obéissance de ce prince? N’aurait-il pas plutôt commis la plus grande imprudence si le lendemain du jour où il avait reçu le souverain pontificat pour ainsi dire de ses mains et tandis qu’il pouvait espérer raisonnablement de le rendre de plus en plus équitable envers les catholiques et généreux envers l’Église romaine il l’avait irrité sans aucun profit par une résolution précipitée? Si donc l’Église a continué d’honorer comme roi ce prince hérétique, sacrilège, parricide, ou coupable de tous les crimes dont on v oudra le charger; si elle n’a jamais rien tenté contre son trône , ce n’est pas que le pouvoir lui manquât de soustraire ses sujets à son obéissance et de le dépouiller par là même de son autorité , mais c’était l’occasion qui lui manquait de le faire.
10. Et cependant Bossuet, en rappelant ces événements, leur donne une telle couleur qu’il semblerait d’après lui que Théodoric aurait été pendant tout son règne un persécuteur déclaré de la religion catholique , et que ç’aurait été en haine de cette religion qu’il aurait entrepris de mettre l'Italie à leu et à sang , qu’il aurait fait mourir Boôce et Symmaque , ces deux gloires de Home et de l’Église romaine; qu’il aurait puni do la prison, en causant par là sa mort, le pape saint Jean et deux des sénateurs qui avaient accompagué le pontife dans son ambassade ; enfin, que l’Église aurait alors trouvé son avantage, en même temps qu’un légitime sujet , à secouer le joug de ce prince (1). Au lieu que Théodoric n’a jamais persécuté lus catholiques, n’a jamais eu de haine pour la religion catholique et pour l’Église romaino; mais qu’il l’a
(1) « Quanquam Theodoricus extra reguum quoque suum arianos tuoretur, eorumque causa loti Italiæ extrema intentaret, ita enim in libro pontiQcaU est scriptuni : Pr» hoc cassa Theodoricnt hareiieus exareit in tram, et totam Kalium voluii gladio exstïnguere. Sunctum quuque Joannem papam coegit legationem snaerpere ad Justinum imperatorem ni redderentur teelesia hareticis in parli bus Orientie, quoi ci non, ornnm Italiam gladio perdent. Idem Theodoricus catbohoos adeo suspectes et exosoa habet ut Boetium et Symmachum, romans urbis et Eoclesiæ lumina , cæderet, Joannem vero papam ut duos sens tores legationis soeios in cuslodia a [flirtas macerarit, ita ni Hcatus Joannes prima ledit ep'ueopus déficient moreretur. Tantœ igitur cædis tantœque imputa Us ruum Eoelesia romana , sancti pontifices coluerunt, nullo unquam ad versus eum posterosque ojus publico oocuttove mol imino agere visi sunt. » Bossuet, 1. 1, parta, lib. v, (ai. a), c. e. • .
favorisée, au contraire, et que jusqu’à ses derniers jours, et lorsque la colère où il était entré pour la violence qu’il croyait avoir été faite à ses ariens n’était pas encore éteinte , il prouva l’estime qu’il conservait à cette Église en désignant pour la gouverner un prêtre non-seulement catholique , mais des plus dignes qu’il y eût de cet honneur parmi tous ceux qu’elle possédait dans son sein; qu’il menaça l’Italie, non en haine de la foi catholique , mais pour assurer à ses ariens le libre exercice de leur culte , et que ce fut aussi cette unique raison qui lui fit emprisonner saint Jean Ier, qu’il croyait coupable de n’avoir pas fidèlement exécuté la commission dont il s’était chargé à ce sujet; qu’il fit mettre à mort Boêce et Symmaque non pour cause de religion , mais pour des motifs purement politiques, quelque injustes d’ailleurs que fussent ces motifs, comme Bossuet aurait pu l’apprendre deBaronius, qui, après avoir rapporté les causes des soupçons conçus par Théodoriç contre ces deux illustres personnages, conclut qu’il poursuivit leur mort non pour cause de religion , mais par politique et pour raffermir son trône (1). Ajoutons que Boëce, faussement accusé de trahison , fut mis à mort par l’ordre de Théodoriç avant que le pape saint Jean fût envoyé en ambassade vers l’empereur Justin (2) , et que Symmaque fut de même exécuté avant que saint Jean fût de retour de cette ambassade , comme le rapporte l’anonyme édité par Valois, et non pour aucun motif religieux, mais à cause de la crainte qu’avait conçue l’empereur qu’il ne voulût venger l’injuste mort de Boêce, qui était son gendre (3). C’est donc tout à fait à tort que Bossuet attribue le supplice injuste de ces deux grands hommes à la haine de Théodoriç pour la religion catholique. Mais quand même il voudrait se prévaloir du détestable exemple de ce prince hérétique pour prouver le pouvoir qu’il prétend qu’ont
(1) « Ex bis intelligas non fidei causa, sed regnandi jure Theodoricum esse commotum, suspectosque ipsi romanos redditos conspirationis occultes cum Justino imperatore. » Baronius, ad ann. Cbristi 625, n. !2.
(2) Vide Pagium , ad ami. Christi 525, n. 3, et ad annum 526, n. 6 et seq.
(3) « Symmachus, caput senatus, cujus Boetius filiam habebat uxorem , deducitur de Roma Ravennam. Metuens vero rex ne dolore generi aliquid adversus regnum ejus tractaret, objecto crimine, jussit interüci. » Anonyraus Valesianus.
les rois sur la personne môme du chef suprême de la chrétienté (A), et l'obéissance qu’il croit leur être due par celui-ci, en voyant un pontife romain mandé impérieusement et forcé de se charger d'une pénible ambassade, tout comme s’il se fût agi d’un simple sujet de ce prince; s’il voulait ranger parmi les droits légitimes de la puissance politique cette barbare violence , à laquelle ce saint pape n’aurait pu résister sans faire courir à l’Église les plus graves dangers, il aurait dû faire attention du moins à la tache ineffaçable imprimée à la mémoire de Théodoric par cette action, qui a obscurci toute la gloire du reste de son règne ; il aurait dû considérer que l’insolent mépris que fit ce monarque de la plus auguste dignité qu’il y ait dans le monde chrétien fut en partie vengé par les honneurs éclatants que rendit au saint pontife l’empereur Justin (1) et par le respect que témoigna être dû à sa suprême dignité par toute tête couronnée le plus grand de tous les princes chrétiens , lorsqu’il fit sortir à douze milles de la ville de Constantinople, pour aller à sa rencontre, avec l’appareil le plus solennel, tous les ordres de citoyens, qu’il se prosterna humblement devant lui quand il fut en sa présence (2), et qu’il voulut être couronné solennellement par ses mains (3), quoiqu’il l’eût déjà été par Jean, archevêque de Constantinople. Que cela soit dit pour le commun de nos lecteurs , qui auront à réfléchir sur ce contraste d’un roi barbare et hérétique outrageant de son côté la majesté du vicaire de Jésus-Christ et d’un pieux empereur catholique la vénérant du sien avec autant de raison qu’il y avait d’injustice dans l’attentat du premier.
(A) Suivant les doctrines gallicanes, l'immunité ecclésiastique ne peut exister que par concession des princes.
(I) « Sol us duntaxat Romanorum sibi decessorum urbe digressus Constantinopolim venit, miro ordine susceptus est. » Marcellin., in Chronic.
(l) Anastas., in Joannol. Anonymus Valesianus.
(3) Anastas., cit., et Anonymus, lib. i, c. I.
§ vi.
DO DÉMÊLÉ Qü’EOT SAINT Grégoire le grand avec l'empereur maprick a l'occasion DE LA LOI QOE CE PRINCE AVAIT PORTÉE POUR DÉFENDRE AUX MILITAIRES