CHAPITRE PREMIER
RECHERCHES HISTORIQUES
L’hotnmc est de glace aux vérités ,
Il est de feu pour le mensonge.
( La Fontaine. )
i °. C’est une étude à la fois curieuse et instructive, que de chercher à remonter à l’origine de nos connaissances, et de suivre la chaîne des tâtonnemens par lesquels il a fallu passer pour parvenir à poser les bases d’une science. En effet, la marche de l’esprit humain ne s’exécute pas suivant une ligne droite; elle se compose d’une série d’oscillations progressives en deçà et en delà d’une ligne moyenne, comparables à celles de la locomotion. C’est ce dont on acquiert une nouvelle preuve en s’occupant de l’histoire de la réunion. Dès l’enfance de l’art, on voit ce procédé conseillé et mis en usage par le Père de la
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médecine (i), et plusieurs siècles après, il en est à peine fait mention.
2°. Mais laissons là ces écrits qui se perdent dans la nuit des temps, et arrivons de suite jusqu’à Celse. Celui-ci , parlant des moyens curatifs applicables au traitement des solutions de continuité, dit : Apres avoir arrêté le sang , F indication à remplir est la rèunion.W pose même quelques principes à cet égard, et tâche de distinguer les cas où la suture convient, de ceux où il faut avoir recours à tout autre mode de rapprochement (2). C’était déjà beaucoup pour cette époque, et l’on dirait, au jour où nous
(1) Dujardin, Histoire de la chirurgie, tome Ier, page 209'.
(2) Il paraît que Celse a connu l'application de la réunion immédiate à la suite des amputations des membres : 011 en jugera par le passage suivant : Jgitur inter sanam vitiatamque partent incidenda scalpello caro usque ad os sic est, ut neque contra ipsum articulum id fiat : et potiùs ex sanâ parte aliquid excida— tur, quam ex œgrâ relinquatur. Ubi ad os ventum est , redu— cenda ab eo sema caro, etcircà os subsecanda est, ut eâ quoque parte aliquid ossis nudetur. Dein id serrulâ prœcidendum est, quàm proximè sanœ carni etiam inhœrenti. Ac tumfrons ossis quam serrula exasperaoit , lœvanda est, supràque inducen— da cutis, quœ sub ejus modi curatione taxa esse debet, ut quàm maxime undiquè os conte g at. Quà cutis inducta non f uerit, id linamentis erit contegendum, et super id spongia ex aceto deliganda. Cœtera posteà sic, facienda, ut in vulneribus , in quibus pus moveri non debet , prœceptum est. De re medicâ , vol. second., edit. Pariset, liber vu, cap. iv, fol. 182.
Bien des gens ont lu Celse, et il en est très peu qui aient fait attention à ce passage remarquable.
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sommes, qu’il ne restait plus qu'un pas à faire pour résoudre le grand problème. Eh bien! il a fallu près de deux mille ans pour en saisir l’ensemble, et le suivre jusque dans ses dernières applications.
Dans l’examen d’une question aussi vaste et aussi ardue, il ne s’agissait pas seulement d’enseigner à réunir les plaies produites par des agens extérieurs; il fallait constater surtout l’identité de ces sortes de blessures avec celles qui résultent des opérations, et appliquer à ces dernières le meme mode de traitement. Alors la solution du problème eût été complète, et l’honneur en eût appartenu aux anciens. Une vérité n’appartient pas à celui qui la trouve, mais à celui qui sait en voir les conséquences. Kepler et Pascal avaient deviné la gravitation universelle, et la gravitation n’en appartient pas moins à Newton (1).
3°. Que ceux dont l’humeur inquiète et jalouse aime à trouver, dans les auteurs non contemporains, et le germe et le fruit de toutes les découvertes , ne se hâtent pas de se récrier contre les par-
(i) Le véritable auteur d’un système, a dit Voltaire, est celui qui le démontre. Admirons la grande règle de Kepler : que les carrés des révolutions des planètes autour du soleil sont proportionnés aux cubes de leurs distances. Mais admirons encore davantage la profondeur, la justesse, l’invention du grand Newton , qui seul a découvert les raisons fondamentales de ces lois inconnues à toute l’antiquité, et quia ouvert aux hommes un ciel nouveau. {Dictionnaire philosophique , art. Système.)
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tisans de îa réunion immédiate appliquée aux grandes opérations. Ce mode de pansement n’est point une innovation de notre siècle. Sharp, qui écrivait vers le milieu du dix-huitième, nous apprend que, depuis quatre-vingts ans environ, on avait déjà tenté de rendre les amputations moins dangereuses, en inventant une méthode de guérir la plaie par inosculation (i). Le premier essai de ce genre se trouve consigné dans le Currus trium phalis terebinthinœ , imprimé à Londres en 1679 (2).
A cette époque, on pensait qu’il était impossible d’obtenir la guérison d’un moignon avant l’exfoüation de l’os, et, par conséquent, aucun chirurgien n’aurait osé rapprocher les bords de la solution de continuité pour tenter la réunion immédiate. Cependant, James Yonge, s’élevant au dessus des idées de son siècle, ne craignit pas, quoique dans un écrit en grande partie étranger à cette matière, de manifester hautement son opinion , et d’accorder à ce mode de pansement toute la supériorité qu’il mérite. Déjà, Lowdham en avait eu la pensée ; James Yonge en fait l’aveu dans son ouvrage. Mais, soit par l’effet des préjugés que souleva d’abord ce procédé opératoire, soit par celui des inconvéniens qu’il présentait ( car rarement une découverte est parfaite dès son principe) , l’usage de la réunion.
(1) Recherches critiques sur V état présent de la chirurgie , page 344-
(2) Currus triumphalis terebinthinœ swe de mirabili virtute olei terebinthinœ in sanguinis proflwviis, unâ cum nova artus amputandi ratione.
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par première intention, tomba peu à peu en désuétude, et finit meme par être abandonné.
En 1765, O’Halloran revint sur Famputation à lambeaux, et au lieu de chercher à réunir la plaie, il enseigna à la faire suppurer, pour procéder plus tard à une réunion secondaire. C’est alors que Ton vit quelques chirurgiens français et étrangers se déclarer en faveur de la réunion immédiate, et plaider leur cause avec des moyens de défense dignes d’un meilleur succès.
Que O’Halloran ait pu méconnaître assez les lois qui président à la cicatrisation des plaies pour conseiller une semblable méthode , c’est ce que l’on conçoit en se transportant à l’époque où cet auteur vivait ; mais qu’après les beaux travaux des modernes sur ce sujet , on ose encore reproduire les idées anciennes, c’est ce que l’imagination même se refuse à croire. Dans l’état actuel des choses , il ne peut plus être question de recrépir un édifice ruiné jusque dans ses fondemens, il faut en élever un autre, et c’est par la base qu’il importe de commencer.
4°. Malgré les clameurs de l’antagonisme , Sharp avait essayé, depuis plusieurs années, de remettre en vigueur la réunion, et avait eu recours à la suture. Ses tentatives n’eurent pas d’abord un grand succès ; s’il faut en croire quelques écrivains, Sharp aurait même fini par y renoncer (1). Toutefois, à la
(l) Samuel Gooper, Dictionnaire de chirurgie , tome Ier, page 60.
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manière dont cet auteur s’exprime dans ses Recherches critiques sur h état présent de la chirurgie , on serait tenté de croire le contraire : car, bien qu’il ne se dissimule pas les inconvéniens de son procédé, il le considère comme supérieur à tous ceux usités jusqu’à lui.
Quoi qu’il en soit, M. Samuel Cooper nous semble avoir eu tort de saisir cette occasion pour reprocher, de nos jours, à M. Hey de faire usage de la suture (i); car, outre que ce chirurgien distingué ne fait certainement pas les ligatures comme on les pratiquait du temps de Sharp, nous aimons encore à penser qu’il n’en est pas à la suture en croix , telle qu’on la recommandait alors. Quand on exerce sa critique sur un procédé opératoire quelconque, faudrait-il, au moins, avoir le soin de le dépeindre tel qu’il était à l’époque dont on parle, afin que s’il avait subi par la suite quelques modifications , chacun pût en tenir compte. Ainsi, c’est avec juste raison que l’on s’est élevé, dans le principe, contre la ligature des vaisseaux, et l’on aurait aujourd’hui bien mauvaise grâce si l’on voulait se servir des mêmes argumens. Que dira l’auteur anglais, quand il saura que M. Delpech pratique rarement la réunion sans avoir re-
(i) Il est à regretter que M. Hey , chirurgien moderne très distingué, ait autant vanté qu’il Fa faitFusnge des sutures pour maintenir en contact les bords de la plaie après l’amputation. (Practical Observations in surgeri, 2e. édit., page 534 ) Clté par Samuel Cooper, tom. Ier, page 6o.
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cours à la suture, et obtient les plus beaux succès?
5°. Plus tard (et à une époque que nous rapprochons à dessein de la précédente), Yalentin, entraîné par l’exemple de Sharp, ou peut-être même par des motifs secrets, publia ses Recherches critiques sur la chirurgie, et consacra une partie de son travail à approfondir la question de la réunion immédiate; mais., au lieu de l’envisager comme on S’avait fait avant lui , il s’attacha plus spécialement à trouver un moyen propre à prévenir la saillie de l’os à la suite de l’amputation , et proposa un nouveau mode opératoire. Appliquant ensuite la position au traitement des plaies, il en fit le premier principe de la réunion, nia formellement toute espèce de rétfaction secondaire dans les muscles; et combattant les erreurs cl’un homme, plutôt que les erreurs du temps, il s’éloigna quelquefois du but vers lequel il aurait dû tendre. Rendons néanmoins justice à cet écrivain éclairé, et reconnaissons les services que lui doit la science. Tout le monde sait que Valentin fut l’un des premiers à s’élever contre l’usage des tentes de charpie dans le traitement des plaies pénétrantes de la poitrine, et à proclamer avec force, dans ces cas, les avantages de la méthode adhésive. Son ouvrage, quoique peu volumineux, renferme encore quelques vues neuves et piquantes, qu’il ne nous appartient pas de développer ici.
6°. Déjà, les chirurgiens anglais s’étaient aperçus que, dans les opérations où il fallait mettre à découvert de grandes surfaces, on ne conservait
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pas en général assez de peau pour recouvrir la plaie. B. Bell rapporte que ce fut à Paris qu’il fit de nouveau cette observation, dont il tira depuis lors un si grand parti.
En 1772, il en fit l’application à l’amputation de la cuisse, et en obtint les résultats les plus satisfaisans. Quelques années après, plusieurs chirurgiens de Londres , d’Edimbourg et des armées de la Grande-Bretagne avaient adopté ce mode de pansement. N’oublions pas que le Cours de chirurgie de B. Bell ne parut qu’en 1788, alors que, neuf années auparavant , Alanson avait publié un travail assez étendu sur la réunion immédiate.
En nous élevant contre la priorité accordée à M. B. Bell , nous ne faisons que répéter ce que l’un de ses compatriotes et homonymes a écrit. Il y a plus, B. Bell semblerait faire le procès a la méthode dont il tient à passer pour l’inventeur. Il est en général avantageux, dit-il, que la réunion se fasse d’une manière lente et graduée. Lorsqu'elle est trop prompte, les bords de la plaie se renversent irrégulièrement, et on a la plus grande peine à ôter les fils qui ont servi à lier les vaisseaux: ainsi , les moignons qui sont trois semaines ou un mois à guérir sont communément meilleurs que ceux qui guérissent beaucoup plus promptement (1 ) . Je partage donc V avis de M . O’ Halloran que la réu-
(1) Cours de chirurgie , traduit par Bosquillon, tome VI, pages ?ao et 211.
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nion immédiate ou secondaire est préférable. Elle abrège presque autant la guérison ; car alors meme qu’on n’applique le lambeau que vers le quatorzième jour, la cicatrice est complète avant la troisième semaine, par conséquent aussitôt que si on avait réuni tout de suite après l’opération i).
En vérité , quand on tient ce langage , peut-on s’aveugler jusqu’au point de croire professer les vrais principes de la réunion ?
7°. Au reste , ce qui prouve que ce mode de pansement dut éprouver de grands obstacles dans le principe, ce sont les termes dont se sert Alanson dans son Manuel pratique de ï amputation des membres . Dans cet ouvrage, imprimé à Liverpool en 1779, et traduit en français par Lassus en 178/i, l’auteur reproche aux praticiens de ne pas conserver assez de peau, de couper les muscles perpendiculairement, de ne pas réunir les plaies, et d’embrasser dans l’anse des ligatures les veines, les nerfs et les parties voisines : aussi, dit-il, les spasmes, la fièvre, les suppurations abondantes , la rétraction des muscles et l’exfoliation des os sont les suites ordinaires de cette manière d’opérer. Delà, Alanson en vient à conseiller un nouveau mode opératoire pour la section des muscles, et insiste beaucoup sur les avantages de la réunion. Tout ce qu’il dit à cet égard s’applique à l’amputation circulaire.
Son esprit avait été tellement frappé des dangers attachés à la méthode ancienne, qu’il donne en
(1) Cité par John Bell, 'Traité des plaies, page 17, en note.
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commençant un résumé des observations qu’il a recueillies. Sur quarante-six amputations auxquelles il avait assisté, dix malades moururent : Fun de resserrement convulsif aux mâchoires, deux d’hémorrhagie de toute la surface du moignon, quatre de fièvre hectique et de suppuration abondante, trois de la gangrène du moignon. Dix-huit eurent des hémorrhagies de toute la surface de la plaie, et douze, d’un ou de plusieurs vaisseaux isolés. Chez la plupart, la fièvre symptomatique fut violente, les spasmes fréquens, la suppuration abondante, la surface de la plaie large; chez tous, les premiers pansemens furent douloureux. Les uns eurent une exfoliation de Fos; chez d’autres, le moignon prit la forme d’un pain de sucre ; chez quelques uns enfin, la plaie a été incurable (1).
Comment, à la vue d’un spectacle si déchirant, ne pas être frappé d’un sentiment d’horreur, et ne pas faire passer dans le cœur des autres ce qu’on éprouve si vivement soi - même ? Aussi , Alanson s’est-il déclaré Fun des plus grands partisans de la méthode adhésive, et a-t-il porté la conviction dans les esprits. C’est, en effet, de cette époque que date la véritable révolution.
Outre que le chirurgien de Liverpool a insisté plus que ses devanciers sur l’efficacité de cette méthode , il a cité dans son travail un grand nombre de faits; tour à tour il a appliqué la réunion im-
(1) Manuel pratique cle l’ amputation , page 7.
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médiate à l’amputation de la cuisse, à la désarticulation de l’épaule , à l’amputation de l’avantbras, à l’extirpation des tumeurs squirrheuses; en un mot , il a dévoilé l’ensemble de la question , et la manière dont il a traité la partie dont il s’est occupé prouve qu’il n’était pas étranger aux autres.
8°. Enfin, en i^83, Desault amputa la cuisse à une dame, réunit la plaie par première intention, et le moignon fut cicatrisé le vingt-deuxième jour. Dès ce moment, cette méthode se répandit en France; de jeunes chirurgiens furent, en Angleterre
et en Ecosse, la voir mettre en pratique, et sous peu , elle fut enseignée publiquement par quelques professeurs.
Si nos relations avec l’étranger eussent continué, nous nous fussions probablement fortifiés de plus en plus dans ces doctrines , et le principe de la réunion immédiate eût été invariablement admis ; mais l’orage révolutionnaire éclata, et nous nous vîmes privés presqu’à l’instant de toute espèce de communication avec nos voisins d’outre-mer. Cependant i’idée-mère avait été importée en France, et ne pouvait tarder à donner des fruits. A l’affaire mémorable de Newbourg, où il y eut environ deux mille blessés, M. Percy fit, sur le champ de bataille, quatre-vingt-douze amputations, dont trente-huit de la cuisse , trente-trois des bras , et vingt et une de la jambe. Ees plaies furent toutes réunies par première intention. Les amputations avaient été pratiquées le 22 septembre; le 18 octobre, les blessés furent guéris au nombre de qua-
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tre-vingt-six , et en état de recevoir eux-mêmes la gratification que le général Dessoles fut chargé de leur accorder. La guérison ne se fit donc attendre que vingt-six jours, et sur quatre-vingt-douze amputés , Un en mourut que six (1).
Comparez ces résultats à ceux signalés par Alanson, et vous aurez déjà une juste idée des avantages qu’offre la réunion immédiate.
Un si bel exemple, donné à la face de l’armée du Rhin , ne pouvait que produire une vive impression chez tous les gens de Fart, et trouver un grand nombre d’imitateurs. Dès lors , on vit dans les rangs français beaucoup de chirurgiens recourir à cette méthode, et sauver un grand nombre de blessés. Mais le péril était urgent \ la France seule avait à lutter contre toute l’Europe, et il fallait donner à nos armées un nombre d’officiers de santé proportionné à leurs besoins. Cette dernière circonstance appela dans le service chirurgical des hommes dont on aime encore à louer le zèle et le courage , mais dont les connaissances ne répondaient pas chez tous à leur amour pour la gloire et pour leur pays. La voix des chefs ne put donc pas toujours se faire entendre, et les principes de la réunion immédiate furent quelquefois méconnus ou oubliés.
9°. Au moment où la France, toujours malheureuse et agitée, mais plus forte, repoussait de son territoire les débris des armées coalisées, l’un des
(i) Rapport à V Institut sur le Mémoire de M. Roux .
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chirurgiens anglais les plus célèbres, John Hunter, faisait paraître son Traité sur le sang , ï inflammation et les plaies d’armes à feu . Cet ouvrage , fruit de vingt années de pratique et de méditation, ne pouvait qu’être favorablement accueilli par le public ; et au milieu des discussions savantes auxquelles l’auteur s’était livré, il n’avait pu se dispenser de parler de la réunion primitive. L’attention des hommes de l’art fut donc encore appelée sur cette matière.
John Hunter ne se borne pas à considérer la question sous îe rapport manuel , il l’envisage sous le point de vue physiologique et médical , et se livre à ce sujet à des réflexions pleines d’intérêt. Passant ensuite aux opérations, il trace d’une main habile les cas dans lesquels la réunion est convenable , et ceux dans lesquels il la croit nuisible. Ce tableau serait encore plus parfait , si l’auteur, payant son tribut aux erreurs de son siècle, n’eût avancé que, dans l’extirpation des tumeurs cancéreuses, il était dangereux de suivre la méthode adlîésive (1).
En parlant des moyens propres à seconder la réunion, John Hunter donne la préférence au bandage unissant et aux bandelettes agglutinatives, et rejette la suture : ce moyen, autrefois beaucoup employé, dit -il, est maintenant mis hors de pratique , non par son incapacité à réunir les
(1) Traité sur le sang , V inflammation et les plaies d’armes à feu, tome II, page 43.
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parties f mais par la manière infructueuse de la faire (i).
Si , comme nous croyons pouvoir le penser , cet écrivain a voulu dire que la suture présentait trop de difficulté pour son exécution , nous ne voyons là qu’un bien faible argument; car, en fait de procédé opératoire, il serait difficile de trouver quelque chose de plus simple et de plus aisé.
io°. A peine l’ouvrage de John Hunter avait-il paru , que John Bell fit imprimer la première édition de son Traité sur les plaies : c’était en 1796. L’accueil empressé que le public témoigna d’abord pour cette collection de mémoires donne déjà la mesure de l’opinion que l’on avait de l’auteur; et le sentiment que Scarpa manifesta, plus tard, sur cet ouvrage, est le plus bel éloge que l’on puisse en faire. En 1812, John Bell en donna une nouvelle édition; c’est d’après cette dernière que M. Estor, notre collègue , en transporta le dépôt dans notre langue. La littérature médicale lui saura toujours gré de cette traduction, et des notes instructives qu’il a su y joindre.
Outre les documens nombreux que renferme cet écrit sur le traitement des lésions traumatiques , John Bell a commencé son travail par un paragraphe
(1) On employait autrefois la suture entre-coupée ; mais actuellement on F a abandonnée, non point parce qu’elle est impropre à réunir , mais à cause de la difficulté de l’exécuter. (Hunter, cité par Samuel Cooper, page 269.)
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consacré tout entier à ia réunion immédiate : il est vraiment impossible, dans un si petit nombre de pages, de dire plus de choses. C’est une mine inépuisable défaits sévèrement interprétés et toujours fécondés par le génie de Fécrivain. Jusqu’à lui, rien d’aussi complet n’avait été donné : phénomènes adhésifs et inflammatoires , moyens propres à obtenir la réunion , applications chirurgicales, tout y est traité avec la trempe d’un esprit supérieur.
ii°. Tandis que la chirurgie anglaise marchait ainsi rapidement à la perfection, la chirurgie française fut un instant menacée d’éprouver un grand échec. Un homme, dont le mérite était généralement reconnu , crut apercevoir dans la méthode adhésive des dangers ignorés de ses prédécesseurs , et s’éleva de toute la force de ses moyens contre ce mode de pansement. Heureusement pour la science , ce chirurgien avait écrit ses observations avec bonne foi, et l’on trouva dans son ouvrage des matériaux plus que suffisans pour le combattre (i).
La Clinique chirurgicale du professeur Pelletan avait paru en 1810, et les détracteurs de la réunion par première intention commençaient à crier victoire ; mais au milieu du trouble des camps , le talent avait prospéré, et l’on comptait alors dans les armées des hommes capables de résister. Cette fois-ci , la lutte fut toute à l’avantage de la chi-
(i) Clinique chirurgicale, tome III, page i83.
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nirgie militaire : les faits n’étaient que trop nombreux, et il fallut se rendre.
12°. Le professeur Dubois, dont les leçons savantes appelaient à cette époque un si grand nombre de chirurgiens à Paris, professant la même doctrine , contribua beaucoup à faire des partisans à la réunion. La France , couverte aujourd’hui de jeunes opérateurs formés à cette école , atteste l’excellence des principes qu’il enseignait (i).
i3°. Au milieu de cette agitation, M. Manno ir aîné, l’un des chirurgiens les plus distingués de Genève, ne put résister au désir de ramener les esprits vers le bien. Au commencement de l’année 1812 , il envoya à l’Institut un mémoire dans lecpiel il avait repris une à une les assertions de M. Pelietan. Quelques personnes crurent trouver de l’humeur là où il n’y avait et ne pouvait exister que des sentimens louables : n’importe , le trait avait été lancé par une main vigoureuse, et il atteignit son but. La réfutation du mémoire deM. Pelietan sur les amputations des membres fit sensation dans le monde chirurgical ; chacun y regarda de près, et l’on aperçut, une seconde fois, l’erreur là où l’on croyait avoir touché la vérité.
Fort de raison et d’expérience, M. Maunoir
(1) D’autres chirurgiens suivaient aussi en province la même méthode : Jean Yiguerie , chirurgien en chef de l’hôpital de Toulouse, et mort en 1802, a constamment employé la réunion. Depuis longues années , M. Moulaud , chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Marseille, n’agit pas autrement.
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poussa plus loin la démonstration : appelé, vers la fin de la meme année, à concourir pour une chaire de professeur à la Faculté de Montpellier, il soutint les mêmes principes et parla de la réunion immédiate comme d’une chose qui lui était très familière. Déjà, il voulait qu’on l’appliquât aux amputations , à l’extirpation des tumeurs, à l’opération du trépan , à celle de la hernie (i). Il parlait même de faire paraître une Clinique chirurgicale, dans laquelle il devait prouver par des observations nombreuses les propositions qu’il avançait. Les faits qu’il a insérés dans la Bibliothèque britannique et dans les Annales cliniques de Montpellier font regretter qu’il n’ait point rempli sa promesse .
i4°. De la lutte honorable dans laquelle M. Maunoir venait de s’engager, sortit un autre chirurgien dont le génie ne devait pas exercer une moindre influence sur les destinées de la réunion immédiate : le professeur Delpech, plein de savoir et d’activité, placé, dans la vigueur de F âge, à la tête d’un enseignement clinique, fit bientôt passer dans l’esprit de ses élèves le zèle dont il était animé, et changea tout à coup, dans l’École de Montpellier, la face de la chirurgie. Dès le premier moment, il professa la doctrine de la réunion immédiate dans toute son extension, et entraîna son au-
(i) Thèse du concours , 1812, page 8 et note B.
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ditoire,tantpar son éloquence facile et chaleureuse, que parles nombreux succès qu’il obtint (i).
Bientôt une occasion des plus belles se présente : l’hôpital Saint-Eloi de Montpellier, encombré de malades arrivés de l’armée d’Espagne , était ravagé à la fois par une fièvre nosocomiale et par la pourriture d’hôpital; la presque totalité des opérés succombait aux effets dévastateurs de ce dernier fléau, et l’on cherchait à découvrir un moyen pour les y soustraire. Le professeur Delpech, dont l’esprit inventif n’aperçoit jamais les difficultés que pour leur opposer de nouvelles ressources, crut avoir trouvé dans la réunion immédiate le nœud du problème , et conçut à l’instant même l’idée d’en faire l’application. Il poussa la précaution jusqu’au point de couper les fils des ligatures tout près des vaisseaux , et de les tenir ensevelis dans' le moignon. Mais il avait déjà reconnu que les bandelettes agglutinatives étaient insuffisantes pour obtenir le résultat qu’il voulait atteindre , et il chercha à en aider Faction par la suture.
Ce fait est d’autant plus important à noter pour l’histoire de l’art, que, depuis long-temps, on professait partout, du moins en France, une aversion très prononcée contre ce moyen. C’est
(i) C’est dans les leçons de ce professeur justement célèbre que nous avions depuis long-temps puisé l’idée-mère de notre travail. Autant nous aimons aujourd’hui à le dire, autant nous aimions alors à nous laisser émouvoir par ses brillantes improvisations.
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cependant à la faveur de cette heureuse combinaison, que la plupart des amputés furent soustraits désormais à la contagion, et que l’opérateur put enfin mettre un terme à ses sollicitudes.
Ce n’était pas assez pour le zèle infatigable de ce grand chirurgien d’avoir arrêté les progrès de cette épidémie meurtrière : au milieu des scènes de deuil et de douleur qui frappaient journellement ses yeux , il eut encore assez de force morale pour étudier les caractères et les variétés de la pourriture d’hôpital , et ses divers modes de traitement. Peu de temps après, il en fit le texte d’un mémoire, qu’il envoya à l’Institut, et qüi reçut l’approbation la plus flatteuse de la part de ce corps savant (i). Ce travail renferme des documens précieux non seulement sous le rapport du principe de la réunion immédiate, mais encore sous celui de la fidélité du tableau d’une maladie jusqu’alors imparfaitement décrite.
i4°. Après tous ces écrits, tontes ces discussions et tous ces faits, on croirait qu’il ne devait pins exister le moindre doute sur les avantages de la méthode adhésive ; non : tandis qu’à Montpellier et dans quelques grandes villes de province la question était déjà jugée, M. Roux se plaignait à Paris de l’accueil défavorable qu’on faisait à ce mode opératoire, et en entretenait la première Société de France.
(i) Mémoire sur la pourriture d’hôpital.
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Dans un Mémoire lu à l'Institut, le 21 mars 18 1 4? ce chirurgien habile conseille la réunion par première intention dans l’amputation circulaire de la cuisse, et cite une douzaine d’observations à l’appuide ses idées. Ce travail est, sans doute, très estimable; mais il n’embrasse qu’un point de la question. En outre, l’auteur craint de réunir trop exactement la plaie, et propose de laisser l’angle inférieur béant; il veut même qu’on ne réunisse pas dans les amputations de l’avant-bras et delà jambe, et trouve des contre-indications là où d’autres ne sauraient en voir. Nous n’ignorons pas que, dans quelques uns de ses écrits postérieurs, le chirurgien de la Charité est revenu de certaines préventions qu’il avait alors; mais nous faisons en ce moment l’histoire de la réunion immédiate, et nous devons surtout tenir compte des dates. D’ailleurs , nous avons vu, l’année dernière, cet opérateur tamponner le moignon dans deux cas d’amputation delà cuisse, ce qui prouve que ses idées sur cette matière ne sont pas encore définitivement arrêtées.
Ce cpie nous nous permettons de dire à l’égard de M. Roux n’altère en rien la haute idée que nous avons conçue de ses talens opératoires , nous nous plaisons même à les proclamer; mais nos opinions sur la méthode adhésive ne concorderont que rarement avec les siennes.
i5°. Certains esprits étaient toujours en suspens sur cette grande question au moment où parurent en France quelques traités de chirurgie, où il en fut encore fait mention. L’un de ceux dans les-
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quels on s’eu occupa le plus est celui du professeur Richerand. On peut, dit cet écrivain dans un passage relatif aux amputations, « établir en j) précepte qu’il faut, dans tous les cas, tenter » la réunion immédiate de la plaie qui succède » à l’opération , lors meme que diverses circons- » tances ne permettraient pas de l’espérer. ïi ne » peut y avoir d’inconvéniens à recouvrir le moi- » gnon avec le lambeau des tégumeurs conser- » vés. »
Certes, voilà une ample profession de foi : le professeur Richerand est donc un des écrivains modernes qui ont le pins insisté en France sur Futilité de ce mode de pansement; ce n’est pas là le seul service qu’il ait rendu à la science. Mais était-il en droit, en 1821 , de reprocher à MM. Maunoir et Roux d’avoir présenté , dans leurs Mémoires à l’Institut, cette méthode comme nouvelle , et de dire lui-même : « Depuis plus de vingt années , j’es- » saie constamment d’obtenir la réunion immédiate » dans toutes les amputations que je pratique, et » je réussis chez les trois quarts des malades au » moins ( 1 ). »
Ouvrez la première édition de l’ouvrage du professeur de Paris, publiée en 1800, et vous y lirez à l’article Amputation : «Malgré la difficulté d’obte- » nir la réunion immédiate après l’amputation des
(1) Nosographie chirurgicale, 5e. édit., tome IY, page 499-
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» membres, les chirurgiens anglais l’essaient et » l’obtiennent fréquemment. Le professeur Dubois » suit, à Paris, cette méthode avec non moins de » succès. Quant à moi, ajoute M. Richerand , dans » le nombre assez considérable d’amputations que )> j’ai faites, je ne l’ai suivie qu’une seule fois, et la » réunion ne s’est opérée que dans une partie de la » surface du moignon; dans tous les autres , j’qi » suivi la méthode ordinaire (i). »
Si nous avions pu confronter toutes les éditions que l’auteur a données de sa Nosographie , nous serions parvenu peut-être à saisir les modifications et les nuances qu’il a fait successivement subir à ses idées; cependant il n’en sera pas moins démontré pour tout le monde qu’en 1821 M. Richerand ne pratiquait pas la réunion immédiate depuis plus de vingt ans .
En effet, à cette époque, cette manière de panser les plaies n’était pas encore très répandue ; le langage que tenait , dans un temps encore plus rapproché du nôtre, le professeur Sabatier en est une preuve sans réplique. «J’ai plusieurs fois, disait-il » en 1810, essayé la manière d’amputer et de panser » des Anglais; je n’ai jamais pu parvenir à en » faire des plaies simples. J’ignore si mes confrères » ont été plus heureux (2). » Tout le monde connaît
(1) Nosographie chirurgicale , ire. édit., tome III, page 4^6.
(2) Médecine opératoire , 2e. édit., tome III, page 3^1.
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la vaste érudition qu’avait l’auteur de la Médecine opératoire .
1 6°. Deux ans après , M. Léveillé publia sa Doctrine chirurgical e . Quoique parlant d’une manière favorable de la réunion, il lui échappa par intervalles quelques mots qui annoncent aujourd’hui que les phénomènes réparateurs de cet ordre ne lui étaient pas entièrement connus. Tantôt, il considère l’inflammation suppurative comme indispensable pour la cicatrisation; tantôt, il conseille de poser préalablement sur la surface de la plaie un léger gâteau de charpie (i).
Son ouvrage n’en est pas moins écrit dans un très bon esprit. Semé de vues neuves et judicieuses, il renferme surtout un gfand nombre d’applications médicales. A cet égard, il eût dû servir de modèle à plusieurs traités généraux, publiés depuis lors.
170. Enfin, dans ces dernières années, M. Boyer, dont la réputation est européenne, offrant au public son dernier volume des Maladies chirurgicales, parla aussi de la réunion ; mais, au lieu de se prononcer en faveur de ce moyen , comme on avait tout lieu de l’attendre, l’opinion qu’il a manu festée a été contraire, et est venue de nouveau compliquer la question. Il est certain, dit-il, que, dans quelques cas, la plaie peut se réunir sans suppurer , et que la guérison est complète en vingt ou
(1) Doctrine chirurgicale , tome IY, pages 553 et 554*
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vingt - cinq jours , quelquefois même plus tôt; mais ces cas sont extrêmement rares ; le plus souvent la plaie suppure dans une partie de son étendue, et la guérison nest pas plus prompte que lorsqu on a rempli la plaie de charpie , quelquefois même elle est beaucoup plus longue (i). Contentons-nous pour le moment d’avoir cité le texte, et soumettons- le à la réflexion de nos lecteurs ; plus tard, nous discuterons les faits.
1 8°. Si l’Angleterre, FÉcosse, l’Irlande et les
Etats-Unis ont su apprécier de bonne heure les avantages de la réunion immédiate, la France n’a pas été la seule à lui opposer ses préjugés et ses passions. L’un des chirurgiens les plus estimables de Fltalie , et que la mort a trop tôt enlevé à la science, Monteggia, doutait encore , quelques années avant sa mort, de l’efficacité de ce mode de pansement, et parlait de ses résultats comme d’une chose presque imaginaire (a). Ainsi, Nannoni, rapportant un cas d’amputation de l’avant-bras, où la plaie, quoique réunie par première intention, suppura beaucoup , et disant : « ( osa che segue in lutte le ferite diquesta » natura > Mon teggia ajoute : Quesf asserzione , » non ostante le promesse degli In g le si, è ben di » rado smentila . »
Eh bien! tandis que ces chirurgiens se déclaraient contre la réunion primitive , ou doutaient encore de son efficacité , Assalani, publiant sous
(i) Maladies chirurgicales , tome XI, pages 162 et i63.
1 stituzioni di chirurgia, tome Y, page 328, 2e. é(l. , 181 4*
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le titre modeste de Manuel de chirurgie le résumé de ses idées sur cette partie de Fart de guérir, disait en commençant son travail : « Toutes les plaies » et blessures des parties molles produites par des » instrumens tranehans, depuis la piqûre faite à 33 une veine pour obtenir quelques onces de sang, » jusqu’à l’incision faite à Futérus pour en extraire » le fœtus, doivent être réunies par première in- )> tendon (i). »
Ainsi donc, en Italie , le dogme de la réunion , après avoir trouvé des détracteurs et des partisans, a fini par être adopté. Ucelli et Andreini à Florence, Vaccà et Regnoli à Pise , Scarpa et Yolpi à Pavie; Atti, Yenturoli et Cavarà à Bologne en ont fait, tour à tour, usage, et en retirent tous les jours de nouveaux succès.
19 . Quant à ce qui concerne les chirurgiens du Nord, il paraîtrait que la réunion immédiate est aussi chez eux en grande vénération. Ce que rapporte le fils de M. Koch, à propos de la méthode suivie par son père, semblait même faire penser que, depuis longues années, ce mode de pansement est usité dans ce pays (2). Langenheck et Graefe n’agissent pas autrement.
Au reste, personne n’ignore avec quel avantage les Allemands, généralement laborieux et érudits, s’occupent des sciences médicales et naturelles. Il se-
(1) Manuale di chirurgia , discorso primo, 1812.
(2) Journal des progrès des sciences médicales, 1827, vol. IIP, page 126.
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rait même à désirer que l’on enrichît encore notre littérature de quelques uns de leurs ouvrages. Assez long-temps les nations ont cherché, quoique souvent en vain, à se transmettre les produits mutuels de leur industrie, le moment est venu où les savans doivent pensera échanger leurs connaissances. Dans le siècle de Louis XIV, on a vu une république littéraire établie peu à peu dans l’Europe entière, malgré les guerres et l’influence des idées religieuses; elle était surtout animée par Leibnitz. Pourquoi n’en ferait-on pas autant pour les sciences, aujourd’hui que les relations sont devenues si faciles, et qu’il ne règne plus les mêmes préju-. gés (i)? Quel moyen plus sûr et plus puissant pour mettre en jeu cette souveraineté latente de l’esprit des masses, qui agit sans cesse, et se développe continuellement, cette conspiration solennelle de toutes les intelligences, source commune où doit
(i) Au moment de livrer notre travail à l’impression, nous apprenons, parla voie des journaux, que les savans d’Allemagne, dans le but de faire un échange amical de connaissances, d’exciter parmi eux une noble émulation , et de travailler de concert au perfectionnement des sciences , s’assemblent toutes les années dans une des principales villes de leur Empire. La réunion a eu lieu cette année ( 182g) à Heidelberg. C’est pour la première fois que des médecins et des naturalistes français assistaient à ce congrès scientifique. L’accueil distingué que leur ont fait les médecins allemands ne peut que les engager à l’avenir à participer à leurs travaux et à cultiver des rapports qui effacent les divisions nationales pour un but en face duquel il \i y a plus rien d’étranger. (Revue médicale, novembre 182g. )
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puiser le génie, soit qu’il s’agisse de perfectionner le monde social ou d’agrandir le monde intellectuel ?
20°. Tel est le résumé des doeumens que nous avons pu rassembler sur l’histoire de la réunion immédiate : sans avoir la prétention d’épuiser la matière, valait -il encore mieux se livrer à cet essai, que de dire, à l’instar de quelques écrivains , que cette découverte n’appartient à personne , et d’en fixer vaguement l’origine vers le milieu du siècle dernier.
Quoi qu’il en soit , on devra toujours distinguer , dans la série des faits qui s’y rattachent, trois périodes bien distinctes : la première a rapport à la réunion immédiate appliquée au traitement des plaies, et semble remonter à l’antiquité la plus reculée; la seconde, moins ancienne et relative aux amputations , marque une époque mémorable dans les annales de i’art ; la troisième appartient surtout à notre siècle, embrasse presque toutes les opérations, et constitue l’une des plus belles conquêtes de la chirurgie moderne. « La réunion im- » médiate, dit John Bell, a fait faire plus de progrès » à la chirurgie, et surtout à l’art des opérations, » qu’aucune découverte. »