‹ Traité de la réunion immédiate et de son influence sur les progrès récens de la chirurgie dans toutes les opérationsChapitre 24 sur 34 · DE LA LIGATURE DES ARTERES · texte numérisé non relu

DE LA LIGATURE DES ARTERES

i°. L’histoire des modifications apportées dans ces derniers temps à ]a ligature des artères est Fun des témoignages les plus forts à citer en faveur des progrès de la chirurgie moderne : jadis, on craignait en liant les plus petits vaisseaux, de provoquer la gangrène; aujourd’hui, on oblitère presque impunément le tronc principal d’un membre, et l’on redoute parfois de voir la circulation collatérale prendre trop tôt de l’extension. À cet égard, l’anatomie et l’observation clinique ont appris qu’il est certaines régions du corps où les moyens hémostatiques ordinaires n’ont plus lamême efficacité. Ainsi, d’une part, nous avons vu deux fongus liématodes à la paume de la main , contre lesquels la ligature de la brachiale, de la radiale et de la cubitale n’a produit qu’un changement très léger dans la tumeur ; de l’autre, nous avons eu à soigner deux malades chez lesquels une lésion traumatique de ' l’arcade palmaire profonde a nécessité la ligature des deux artères principales qui se rendent à la main : encore meme a-t-on été obligé d’avoir recours aux applications réfrigérantes et à la compression exercée sur le point correspondant à la blessure. Enfin, dans un cas de solution de continuité du rameau palmaire superficiel où nous avions cru pouvoir nous contenter de la ligature du tronc du vaisseau lésé, faite à trois travers de

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doigt au dessus de la plaie, l’hémorrhagie a reparu quelques jours après , et le professeur Delpech a dû faire la ligature de l’artère cubitale.

Ces faits et quelques autres que nous ne pouvous signaler ici démontrent cpie les blessures de la paume de la main , comme celles de la plante du pied (car la disposition anatomique est, à quelque chose près, la même), sont plus dangereuses qu’on ne pense. Ils font aussi pressentir que, quelque avantageuse que soit la méthode dite de Hunter , elle est cependant susceptible de quelques restrictions. Les difficultés que présente le rétablissement de la circulation ne sont pas toujours en raison directe de la dislance à laquelle se trouve le vaisseau lié par rapport, à la plaie qui fournit le sang : de là , la nécessité de découvrir, dans quelques cas , l’artère à la surface de la blessure , ou dans un lieu aussi voisin que possible, et de la lier.

a0. Il est un autre point de vue sons lequel on n’a point encore assez envisagé les ligatures des artères : il serait curieux de savoir jusqu’à quel point les préceptes relatifs aux anévrysmes sont applicables au traitement des tumeurs hémorrhagiales. Car, quoiqu’au premier aspect ces maladies semblent présenter les mêmes indications, elles diffèrent ce» pendant sous bien des rapports. Peut-être y a-t-il plus encore: les plaies artérielles réclament-elles toutes le même mode de traitement? Lier une artère à la suite d’une plaie clarine à feu , à la surface

d’une solution de continuité faite par un instrument tranchant, ou a celle d’une plaie violemment contuse, ce sont des modes opératoires qui pourraient bien ne pas donner le même résultat, etc....

3°. Dans tous les cas, ne perdons pas de vue les avantages immenses que la méthode de Hunter présente sur la méthode ancienne, et sachons nous abstenir avec soin des ligatures d’attente. Craignons d’encourir le reproche qu’un auteur étranger a assez mal à propos adressé aux chirurgiens français, comme si Paris était toute la France , et si un homme seul pouvait être le représentant voulu de toute une nation. Attachons-nous à rompre avec le fil la tunique interne et la tunique moyenne de l’artère, et à n’embrasser dans l’anse de la suture que le vaisseau que nous voulons lier. Yoilà encore ce que l’expérience seule pouvait nous apprendre. Aussi n’est-ce que par une longue série de travaux et de tâtonnernens que l’on est arrivé à posséder, sur cette matière, toutes les données qu’il fallait avoir : à cet égard , l’ouvrage d’Hodgson peut donner la mesure des progrès que la chirurgie a faits dans ces derniers temps.

4°. Cet écrivain, que l’on ne saurait trop citer quand on parie des maladies des artères et des veines, a réduit à quatre propositions principales les règles relatives à l’application de la ligature :

A. Le cordon doit être mince et rond ; une semblable ligature est beaucoup plus propre à opérer une division nette des tuniques interne et moyenne

du vaisseau , et n’a pas l’inconvénient d’occasioner l’ulcération et une gangrène quelquefois assez étendue.

B. La ligature doit être serrée, afin d’assurer la division complète des tuniques interne et moyenne, pour empêcher qu’elle se détache, et parce que les artères, dans l’état sain, ne peuvent être coupées, même avec les ligatures les plus minces.

G. Le vaisseau doit être détaché des parties envi» ronnantes, seulement dans l’étendue nécessaire pour passer au dessous de lui la ligature.

1). On doit favoriser la réunion immédiate par tous les moyens propres à faciliter ce travail (i).

Relativement à ce dernier précepte, qui est le seul dont nous devions nous occuper ici, on est forcé de reconnaître, que la présence du fil dans l’intérieur de la plaie est un obstacle réel à l’adhésion des parties; car si , après l’opération, la ligature pouvait être retirée, la réunion serait bien plus facile.

C’est dans la vue d’arriver à ce perfectionnement, qu’après une suite d’expériences très intéressantes, Jones arriva à un fait d’observation qui semblait devoir contribuer à simplifier l’opération de l’anévrysme. Quand une petite ligature solide est serrée sur une artère, elle opère la division des tuniques interne et moyenne; et si elle est ensuite retirée, un épanchement de lymphe a lieu à la surface interne du vaisseau. Si l’on produit ainsi

(i) Malad . des artères et des veines , tome I, page 309.

plusieurs divisions des tuniques interne et moyenne dans le voisinage l’une de l’autre, on trouve, suivant le docteur Jones, un produit pseudo-membraneux assez considérable pour oblitérer la cavité de l’artère. En i 800, M. G. Hutchinson lia les brachiales de deux chiens et ôta les fils immédiatement après leur application. L’opération eut pour résultat l’oblitération complète du canal artériel.

Il est à regretter, dit Samuel Cooper, que cette même expérience, répétée par tant d’autres, n’ait pas réussi. M. Hodgson en fit Fessai , et l’artère ne s’oblitéra pas. Dalrymple de Norwich le répéta jusqu’à sept fois sur le cheval et trois fois sur des moutons , non seulement il ne se forma pas de caillot, mais après même avoir laissé vivre l’animal jusqu’au treizième, quinzième et dix-huitième jour on ne trouva point le canal de l’artère oblitéré. Sa cavité était moindre; mais il pouvait encore transmettre une petite colonne de sang (1).

Enfin, il vint à l’idée de M. Travers que si une ligature était appliquée sur une artère, et laissée à demeure durant quelques heures, l’adhérence des surfaces pourrait assez bien s’établir pour assurer l’oblitération du canal. Alors, en ôtant la ligature, on obvierait aux inconvéniens de son séjour, et l’on préviendrait par là l’irritation qu’elle produit à titre de corps étranger.

A. Cooper a aussi pratiqué une opération d’anévrysme poplité, dans la vue de connaître l’efficacité

(î) Travers, Méd . trans. chir., Ionie IV, page 442-

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de cette méthode sur l’homme. La ligature ne resta en place que trente-deux heures; mais les pulsations de la tumeur recommencèrent. Il la réappliqua pendant quarante heures, les pulsations reparurent dès qu’on enleva la ligature. Le douzième jour, une hémorrhagie eut lieu, et il fallut lier de nouveau le vaisseau (i).

Toujours dans l’intention d’obtenir la réunion immédiate, on a encore cherché, comme nous Favoris déjà dit, à se servir de ligatures faites avec une substance animale : un grand nombre d’essais ont été tentés par ^awrence, Carwardine, Watson et Hodgson , et i’on a vu la ligature être expulsée quelque temps après sa chute. Les dernières expériences faites avec la peau de chamois dans les Etats-Unis sont jusqu’à présent celles qui ont donné les résultats les plus satisfaisans.

5°. La question relative à la réunion immédiate dans les cas de ligature des artères, quoique paraissant à l’abri de toute contestation, a rencontré néanmoins des antagonistes. « Les chirurgiens an- » glais, a dit un écrivain de notre époque, réu- » nissent dans tous les cas la plaie qui résulte de » l’opération de l’anévrysme; c’est un autre abus de » l’exemple qu’on peut faire de la réunion imnié- » cliate; car, si on réunit une telle plaie, il faut » n’appliquer sur l’artère que le nombre de liga- » tores absolument nécessaire pour intercepter le » passage du sang. L’application des ligatures d’at-

(i) Dictionnaire de chirurgie , toine I, page 123.

» tente est incompatible avec la réunion immédiate » de la plaie. »

Cette objection peut avoir eu quelque valeur dans le temps; mais actuellement, où les ligatures d’attente sont généralement proscrites, il serait superflu d’en parler.

Mais comment expliquer les changemens survenus dans la manière de voir du professeur Delpech, qui, partisan zélé de la méthode adhésive, s’est élevé dernièrement contre ce mode de pansement, à propos de la ligature des artères? Oublions pour un instant qu’il fut notre premier maître, et discutons la question.

Selon lui, en livrant la plaie à la phlogose, on a l’avantage de provoquer la formation d’un tissu fibreux (corps modulaire), qui, par la résistance physique dont il jouit, doit ajouter à la solidité de l’oblitération de l’artère (1). Mais que se passet-il en agissant ainsi? La plaie s’enflamme, le tissu cellulaire suppure, l’inflammation suppurative ou meme la gangrène peuvent s’étendre jusqu’au tissu sous- artériel; et c’est lui sur l’exsudation plastique duquel ou doit compter pour l’oblitération du vaisseau , car les tuniques interne et moyenne ont été rompues par la ligature.

Tour à tour, nous avons pu étudier les effets de la réunion primitive et secondaire, et nous avons de plus en plus remarqué que lorsque la plaie

(1) Leçons de clinique, icr. trimestre 1827, Chirurgie clinique de Montpellier, tome II , page 447 suh.

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est livrée à la suppuration, il est a craindre que le travail nécessaire pour la consolidation du vaisseau ne puisse s’accomplir. Déjà plusieurs fois nous avions constaté ce fait , lorsque nous fûmes témoin d’un événement bien terrible qui, seul, eût Suffi pour nous dessiller les yeux.

Quarante- sixiem e observa tion.

Ligature de l’artère crurale. — Tentative infructueuse de réunion, — Suppuration de la plaie. Hémorrhagie foudroyante. — Mort sur-le-* champ. — Autopsie du membre.

Le nommé Julien (Pierre), âgé de trente-six ans, avait été soumis, le 2 5 février 1826, à la ligature de la crurale, et l’on n’avait rien négligé pour obtenir la réunion immédiate; mais l’adhésion n'avait pas eu lieu, et ia plaie suppurait depuis environ seize jours quand la ligature tomba.

Le 18 mars, au moment de la visite, on aperçut à travers la plaie quelques stries de sang, et M. Delpech présagea quelque accident fâcheux.

A deux heures après midi, une hémorrhagie foudroyante survient, on m’appelle à l’instant, je cours auprès du malade, il était déjà mort quand j’arrive à son lit.

Sans entrer dans les détails de la nécropsie, nous nous bornerons à dire que la tunique celluleuse de V artère crurale suppurait immédiatement au dessus de la ligature , que le caillot qu’elle renfermait 11’avait que quelques lignes d’épaisseur, qu’il était creusé à son extrémité supérieure et

presque flottant dans la cavité de l’artère. L’hémorrhagie s’était faite par le côté interne du vaisseau.

Réflexions. Ce fait n’est pas sans exemple dans les fastes de la chirurgie. M. Abernethy a rapporté un cas dans lequel la cavité de l’iliaque externe avait été ouverte par l’extension de F ulcération d’une glande lymphatique voisine de ses membranes (F); et M. Travers en a publié un autre où l’extrémité supérieure d’une artère fémorale divisée avait été détruite par la formation d’un abcès dans son voisinage (a). J’ai vu, dit Hodgson, l’artère fémorale ouverte par un sinus qui succéda à une fracture compliquée du fémur, une hémorrhagie funeste en fut la suite. Ces faits, ajoute-t-il, prouvent le danger qui résulte de la formation des abcès et des sinus dans le voisinage des grosses artères, et montrent en meme temps comment on peut le prévenir après l’opération de l’anévrysme , en favorisant l’adhérence immédiate de la plaie (5).

Ecoutons John Bell traitant ce même sujet, et nous aurons de nouvelles preuves en faveur de la méthode adhésive. IL est d’une haute importance, dit Fauteur anglais, que Fartère qu’on a liée soit bientôt recouverte par des granulations de bonne nature. Quoique le vaisseau ait en lui les propriétés nécessaires à son oblitération, on ne peut nier que l’état des chairs environnantes n’y contribue

(1) Surgical observ. on aneurims , 2e. édit. , page 2i\6.

( 2 ) Medical and chirurg. Trans. ', vol. ÏV.

(3) Ouvr. cit tome ï, page 3oo.

puissamment. Une hémorrhagie secondaire ne se déclare pas avant le sixième jour ; par conséquent si, comme il arrive à la suite des grandes opérations, on obtient une adhésion immédiate, la plaie est déjà dans l’état le plus satisfaisant à l’époque où l’accident pourrait se manifester. Au contraire, si on laisse la plaie extérieure ouverte, le vaisseau reste long temps exposé au contact de Fair, il s’ulcère spontanément, ou il est corrodé par V action du pus (i). Il est à remarquer que Hunier eut des succès beaucoup plus constans lorsqu’il eut adopté la méthode de réunir la plaie qui résultait de son opération (a).

6°. Prouvons maintenant qu’on peut avoir recours à la réunion sans courir les chances de l’hémorrhagie.

i°. M. Carwardine de Thaxted a fait la ligature de Fartère fémorale dans un cas d’anévrysme de l’artère poplitée, avec une petite ligature de soie, et en a coupé les bouts très près du nœud. Le malade, James Newel, âgé de trente ans, attribuait son affection, qui durait depuis deux ans, à un effort violent et soudain. La plaie fut réunie par première intention sans la formation d'un atome de pus , et au bout de quelques mois la guérison était parfaite.

2°. On a opéré un anévrysme poplité à l’hôpital

(i) Ce iéest pas ainsi que nous expliquons îé fait, (a) Traité des plaies , page 120.

de Saint-Barthélemy, le 29 mars 1817, sur un homme de trente-trois an$, en faisant la ligature de l’artère avec un seul petit fil de soie, dont l’opérateur a coupé les extrémités très près du nœud. La tumeur était volumineuse et située à la partie interne et inférieure de la cuisse, précisément dans le lieu où l’artère traverse le muscle troisième adducteur. Le malade affirmait que la tumeur s’était d’abord manifestée sans aucune pulsation.

A V exception des tèguinens , la plaie se réunit par adhésion primitive . Le rétablissement des forces du malade, ainsi que l’état excellent de la partie et de la santé générale engagèrent M. Lawrence à lui permettre de se lever, et à faire quelques mouvemens au bout de huit jours, indulgence qui, généralement parlant, est pernicieuse à une période aussi peu avancée. Le malade quitta l’hôpital et retourna à ses occupations le 17 avril (1).

5°. Le 24 octobre 1827, Williams Heydon, âgé de quatre-vingts ans, d’une constitution débile, atteint d’un anévrysme au creux du jarret, fut opéré par A. Cooper. Les bords de la plaie furent rapprochés à l’aide des emplâtres agglutinatifs, et l’on se servit d’une corde à boyau pour faire la ligature.

Le quatrième jour, la plaie fut pansée pour la première fois , et on la trouva complètement réunie. Trois semaines après l’opération, le malade marchait à l’aide d’une béquille, et dans le cours de

(1) Hodgson, oiwr. cit. , tome II , page 269, en note.

Ja première semaine il ne se plaignit que du froid dans le pied de ce côté , et d’une douleur légère au talon.

En un mot, tous les chirurgiens anglais em-

ploient le meme mode de pansement, et aucun jusqu’à ce jour ne lui a reproché d’exposer les malades à l’hémorrhagie. Sans doute que cet accident peut survenir en usant de la réunion immédiate ; mais il est bien plus fréquent encore quand on laisse suppurer la plaie. §i, dans ce cas, l’hémorrhagie a lieu, on en trouve aisément la cause; dans l’autre , l’explication est loin d’être aussi facile à donner.

Nous pourrions multiplier à l’infini les faits que l’on rencontre dans les auteurs ; mais bornonsnous à ajouter qu’en France la plupart des praticiens sont dans l’usage de réunir les plaies à la suite de la ligature des artères et retirent de très bons effets de ce mode de pansement. M. Dupuytren n’en suit pas d’autre, et toutes les personnes qui ont fréquenté les hôpitaux de la capitale savent combien ces opérations réussissent à l’Hôtel- Dieu de Paris. M. Gensoul, chirurgien en chef de l’hôpital de Lyon, a adopté aussi cette méthode. M. Yiguerie, chirurgien en chef de l’hôpital St.-Jacques à Toulouse, ne lie jamais une artère principale sans avoir recours aux moyens adhésifs, et obtient les memes résultats. Rapportons , pour l’exactitude du fait, une observation puisée dans la pratique de ce chirurgien distingué.

Quarante-septième observation*

Anévrysme Je la poplitée. — Ligature de là crurale. — Réunion par première intention le quatrième joui’. — Le quinzième jour, la ligature tombe. — Disparition de la tumeur anévrysmale.

Un fondeur de la ville de Toulouse, livré depuis long- temps à toute espèce de débauche, était atteint , pour la septième ou huitième fois, de la maladie vénérienne, lorsqu’il s’aperçut qu’une tumeur qu’il avait remarquée a la région poplitée du côté gauche s’accroissait rapidement et le gênait dans la marche et la station.

M. Vigne rie , ayant été consulté, reconnut aisément un anévrysme de l’artère poplitée, et comme la tumeur s’acroissait de jour en jour, il fut convenu qu’on pratiquerait très incessamment l’opération.

cision assez grande avant son passage au dessous du couturier, et liée avec un cordonnet de soie très mince , dont les chefs furent coupés tout près du vaisseau. La plaie fut ensuite réunie à l’aide de bandelettes agglutinatives et du bandage unissant des plaies en long, médiocrement serré.

Le quatrième jour, la plaie était réunie, le quinzième, il se forma un petit abcès, qui donna issue à la ligature, cette petite ulcération se cicatrisa, et bientôt le malade put reprendre ses occupations.

La tumeur anévrysmale a diminué peu à peu de volume et a fini par s’effacer. Plus de trois

ans se sont écoulés depuis le moment de l’opération, et jusqu’à ce jour la guérison ne s’est jamais démentie.

Réflexions. M. Rolland, chirurgien en second à l’hôpital St. -Jacques , et à l’amitié duquel nous devons cette observation, nous assure qu’il eût pu nous en transmettre un grand nombre d’autres. M. Maréchal, de Metz, à qui nous avions demandé des documens à cet égard, nous apprend que M. Willaume, chirurgien en chef de l’hôpital militaire , ne se conduit jamais autrement. M. Foub lioy, chirurgien en chef au port de Brest, professe les memes principes, et nous a souvent entretenu des résultats qu’il a obtenus.

En définitive, M. Delpech lui-même ne pourrait pas nier les bons effets de la méthode adhésive ; car voici ce qu’il disait lui -même quelques années avant :

« On doit procéder avec un grand soin au rapprochement immédiat des parties divisées , afin d’obtenir la réunion la. plus complète que possible. Ces soins ont moins pour objet la prompte terminaison d’une plaie de peu d’importance, que de masser, dé grouper autour de l’artère les parties qui doivent participer à l’état inflammatoire, afin qu’elles puissent contribuer par là à l’oblitération du vaisseau. Alors chacune des lames du tissu cellulaire fournit une couche d’albumine, les aréoles de cet organe en sont occupées, et le tout forme une masse unique très capable de résister à l’effort du sang , même pendant le séjour de la

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ligature, à plus forte raison après la suppression de cette dernière, quand bien meme il faudrait admettre, ce qui paraît impossible, que le sang pourrait s’infiltrer dans le tissu cellulaire sous-artériel , après la rupture des tuniques propres du vaisseau. Il paraîtra presque superflu que nous fassions remarquer ici que tout ce que nous venons d’exposer théoriquement se trouve confirmé par les faits dont l’exposition a précédé ces réflexions (i).

Élevé dans de tels principes, et fortifié depuis dans ces ide'es par le résultat de notre propre observation , M. Delpech nous pardonnera sans doute de persister dans une opinion que nous avons pour la première fois puisée dans ses leçons et ses savans écrits. Du reste, cette sorte d’indépendance que nous affichons dans la discussion , même à l’égard de celui à qui nous devons tant sous le rapport de notre éducation chirurgicale, peut donner une juste idée de la bonne foi que nous avons voulu apporter dans la rédaction de notre travail.

70. Non seulement la réunion immédiate favorise l’oblitération des artères, mais elle peut, dans le cas d’une épidémie de pourriture d’hôpital, ouvrir aux opérés une nouvelle source d’espérance et de salut : aussi , est-ce dans un de ces momens de calamité, que le professeur Delpech tenait le langage que nous venons de lui entendre parler. Si, plus tard , il a changé de manière de penser, c’est moins

(i) Chirurgie clinique de Montpellier, tome I , pages io5 , ïo6 et m,

parce qu’il a vu remploi des moyens adhésifs être suivi d’hémorrhagie, que parce qu’il a cru trouver dans la formation du tissu modulaire un obstacle plus puissant encore à opposer à l’effusion du sang. Cet avantage doit-il faire oublier les inconvéniens que nous avons signalés?

8°. Quant aux moyens propres pour obtenir la réunion , nous ne croyons pouvoir mieux faire que de répéter ce qu’en a dit M. Breschet dans l’une des notes pleines d’intérêt qu’il a su ajouter h l’ouvrage d’Hogdson : quelques opérateurs ont coutume de déposer le bistouri aussitôt que les tégumens sont divisés, et de chercher l’artère par le déchirement des parties avec le doigt ou quelque instrument mousse. Ce procédé est grandement répréhensible, en ce qu’une plaie ainsi faite par lacération ne peut se réunir par première intention , ce qui est l’objet le plus essentiel à obtenir après l’opération de l’anévrysme. Ce mode opératoire n’est jamais employé que pour remplacer cette connaissance exacte de la situation et des connexions des grandes artères, que chaque chirurgien doit posséder, et sans laquelle aucun homme ne peut être regardé comme propre à entreprendre les ligatures des vaisseaux.

Cette remarque est toute de vérité , et nous nousv rappelons avoir été témoin de quelques opérations de ce genre, où nous n’avons pu expliquer le défaut de réunion des parties affrontées que par ce défaut de soin dans le mode opératoire.

L’habitude où sont encore quelques praticiens de passer le doigt au dessous du Vaisseau pour le

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détacher des parties environnantes , est aussi inutile que nuisible. Elle n’est pas essentielle pour l’application de la ligature, et elle augmente les chances de la suppuration dans le fond de la plaie. Mais en voulant éviter de trop isoler l’artère, il faut aussi faire attention à ne pas labourer le tissu cellulaire sous-artériel avec l’instrument qui porte la ligature. Cet inconvénient ne serait pas moindre que le précédent. Il est temps de renoncer à tous ces gros instrumens dont on se servait autrefois pour cet usage. Une sonde cannelée , mousse à sa pointe , et un petit stylet boutonné suffisent presque toujours.

90. Les modifications successives qu’ont subies les ligatures des artères, tant en Angleterre et en France, qu’en Allemagne et en Italie, ont porté ce mode opératoire au plus haut degré de perfection : autant on tremblait autrefois à l’idée seule de la nécessité de la ligature d’un vaisseau, autant on est hardi aujourd’hui dans ce genre d’opération. Ce changement ne tient pas, comme on l’a dit, à une plus grande témérité de la part de l’opérateur; il est le fruit du sentiment qu’inspirent de plus amples connaissances en physiologie et en anatomie.

Le célèbre Scarpa, composant son beau travail sur les anévrysmes , se doutait à peine de la possibilité de la ligature de la carotide, et l’on pourrait déjà citer un grand nombre de faits en faveur de cette opération. D’abord , ce fut sur les animaux qu’on fit ces tentatives , et l’on s’assura que la cir-

cotation n’en était pas interceptée; ensuite , on étudia, avec plus de soin, les moyens d’anastomose, et l’on fut surpris du nombre et du volume des vaisseaux capables de rétablir le cours du sang. Enfin, l’opération fut pratiquée sur l’homme et couronnée d’un plein succès. A. Cooper fut un des premiers à la faire : depuis , elle a été répétée plusieurs fois; nous avons meme vu faire chez un meme individu la ligature des deux carotides primitives, et si l’opérateur n’eût commis une faute que nous ne pouvons signaler ici , on eût assurément appris que l’on pouvait lier ces deux gros vaisseaux sans nuire beaucoup à la circulation cérébrale.

io°. La ligature des carotides n’est pas seulement utile contre les anévrysmes ou les plaies artérielles : il est des opérations que l’on pratique à ta région maxillaire , ou jugulaire , et dans l’exécution desquelles on ne peut avoir quelque sécurité qu’en liant préalablement ce vaisseau. Ainsi, M. Gensoui de Lyon, dont ta hardiesse égale le talent opératoire, a fait l’ablation de ta moitié de 1a mâchoire inférieure, après avoir lié la carotide du meme côté (i). Walt ber Bonn a emporté ta totalité de cet os, après avoir placé une ligature sur chacune de ces artères.

Concevrait »on la possibilité de l’extirpation de la parotide , faite par M. Lisfranc sans avoir recours au même expédient ?

(i) Revue médicale , août 1826, page 35o.

Parmi les ligatures des artères les plus remarquables faites dans ces derniers temps , pourquoi ne parlerions nous pas de celle de l’iliaque externe?

Outre que cette opération a été plusieurs fois pratiquée avec succès en Angleterre, MM. Delaporte à Brest en 1810, Bouchet à Lyon en 1 8 1 a , Dupuytren à Paris et Moulaud à Marseille en i8i5, l’ont aussi exécutée en France. Il n’est pas jusqu’à l’artère hypogastrique et le tronc innominé sur lesquels on n’ait fait avec avantage la même tentative. Enfin, le g avril 1817 , A. Cooper a fait la ligature de l’aorte abdominale à la hauteur de l’ombilic, et le malade est mort quarante heures après.

Ne jugeons pas toujours par les résultats, comme nous le disions naguère , trop souvent nousserionsexposé à nous tromper: nous avons assisté à des opérations qui ont sauvé la vie à des malades, et que nous ne voudrions pas répéter; au contraire , nous en avons vu d’autres qui ont été suivies presque instantanément de la mort, et que nous sommes prêt à faire quand l’occasion s’en présentera.

La ligature de l’aorte est, assurément, une opération qui offre quelque chose de trop insolite pour ne pas inspirer de grandes craintes ; mais son exécution repose sur des connaissances anatomiques profondes ; les lésions qu’elle exige pour son exécution 11e sont pas tellement graves , qu’un malade ne puisse les supporter; les anastomoses sont assez nombreuses et assez directes pour que la

circulation se rétablisse : les expériences faites sur les animaux, et les faits d’anatomie pathologique , le prouvent Que faut-il de plus ? Un besoin absolu de la pratiquer.

S’il nous était bien démontré qu’un malade n’a que cette chance pour échapper à la mort , nous ferions ce qu’a fait A. Cooper, et nous croirions bien faire ( i).

(i) Réflexions et observât, sur V anévrysme par Scarpa, trad. de Delpech , page 68.

• • • Maladie des artères et des veines , par Hodgson , Irad. par

Breschet, tome I, page 339.

.Archives de médecine, tome XIII , année 1827, page 5o5.

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