DK LA REUNION MEDIATE OU SECONDAIRE
Par le fait, il existe moins de différence entre ce mode d’union et le précédent, qu’on ne pourrait le supposer au premier abord. Déjà, Bichat, dont le génie répandait la clarté sur tous les objets qui l’occupaient, avait reconnu à la surface des plaies qui suppurent une pseudo-membrane qui s’opposait au passage de l’air insufflé, à l’écoulement d’un liquide infiltré , et dont le simple dessèchement semblait lui rendre compte de la formation des cicatrices; mais il n’avait pas saisi le rapport constant de ce mode d’organisation et de la sécrétion du pus.
M.Léveillé, profitant de ces premières remarques, revint sur ce sujet, et expliqua par là V unité de la matière purulente, malgré la très grande différence des organes en voie de suppuration. Enfin, M. Delpech, prenant l’observation clinique pour guide, avait rassemblé dans son esprit un grand nombre
de faits, lorsqu’il en vit jaillir, comme par un trait de lumière, une doctrine tout entière sur la formation des cicatrices. Les faits qui s’y rapportent sont extrêmement nombreux, et les appiL cations pratiques très importantes. On y trouve la clef d’une foule d’observations jusqu’alors inexplicables (i).
N. Au lieu de considérer le pus comme fourni par les bourgeons charnus, M. Delpech le présente comme le résultat d’une sécrétion particulière de la part d’une membrane développée à l’occasion de la pblogose, et à laquelle il a donné le nom de membrane puogénique (A y Quoique l’existence de
(1) Chirurgie clinique de Montpellier, tome II, page 353.
(2) La démonstration de l’identité du pus est entière, indubitable. Or , l’identité du pus est un fait physiologique des plus remarquables. Le logicien ignorant l’anatomie auquel on ferait remarquer l’identité générale de l’urine ne pourrait s’empêcher de conclure qu’un organe spécial doit présider à la formation de cette humeur. Il est difficile de ne pas conclure aussi qu’un organe distinct est chargé par la nature de la sécrétion et de la combinaison des matériaux qui doivent composer le pus. Si la constitution des organes n’est pas changée par l’inflammation et ramenée dans tous à un même élément anatomique , il serait impossible qu’une sécrétion fournie tour à tour partant de tissus divers ne présentât pas de prodigieuses différences. Il nous paraît surabondamment démontré que les sacs de nouvelle formation qui renferment le pus en sont la source. ( Mémorial des hôpitaux du Midi, n°. 8, pages 3gi et 3g2.)
Ces idées, quoique en opposition avec celles émises jusqu’à ce jour, valent, ce nous semble, la peine d’être examinées. Ne
cette dernière ni ses fonctions ne soient pas toujours également faciles à constater, il est un très grand nombre de cas où la chose est possible. La sur» face tout entière des voies alimentaires en a été trouvée couverte. Quelques auteurs anglais s’accordent même à dire que plusieurs des rétrécissemens des intestins et de l’urètre ne reconnaissent pas d’autre cause. Si le fait est jamais bien démontré, on pourrait par là se rendre compte de quelques unes des différerices observées dans les résultats obtenus par la méthode de Ducamp.
N’est- ce pas encore ainsi que l’on peut expliquer la présence ou l’absence des kystes autour des masses tuberculeuses ? Tant que ces dernières sont à l’état de crudité, elles sont plus ou moins distinctes des parties au milieu desquelles on les trouve; mais dès le moment où elles tombent en fonte, on les voit enveloppées d’une poche pseudo-membraneuse qui fournit le pus destiné à en éliminer les débris. C’est surtout dans le foie que nous avons pu vérifier l’exactitude de cette remarque , et distinguer par là les tubercules récens des petits abcès que l’on rencontre si souvent dans le parenchyme de cet organe.. La couleur que présente le tissu hépatique sur les limites du mal peut aussi aider à faire ces distinctions.
s’est— on Jonc pas traîné assez long-temps sur ces théories, toutes plus dégoûtantes les unes que les autres , relatives à la puogénie ?
Ce qui semble autoriser à penser que les fausses membranes pourraient bien avoir plus de part à la secrétion du pus qu’on ne lavait cru jusqu’ici , c’est qu’il est bien établi qu’au dessous d’elles on rencontre les parties dans l’état normal. Rappelons-nous ce qui a eu lieu à la surface des plèvres ou du péritoine, et nous ne dirons plus , comme autrefois, que, dans la pleurésie et la péritonite, les séreuses s’épaississent : plus on y regardera avec soin , plus on sera forcé de reconnaître que le tissu de ces membranes na éprouvé aucune altération; leur cavité est cependant remplie de pus ....
O. Après avoir cherché à constater l’existence et les fonctions de l’organe puogénique, il a fallu le suivre dans ses modes de développement et jusqu’à son entière maturité. Or, c’est en se livrant à cette étude que le professeur Delpech s’est aperçu que ce meme organe, parvenu à un certain degré , jouissait d’une force de crispation indéfinie, et travaillait avec une activité toujours croissante au rapprochement des bords des solutions de continuité. En même temps, il s’est assuré qu’à mesure que la plaie touchait à sa cicatrisation , ce tissu , d’abord membraneux et pulpeux , acquérait une densité considérable, et finissait par passer à l’état fibreux. Pour l’aspect, il a delà ressemblance avec les muscles de certains reptiles , ceux des batraciens, par exemple ; pour la consistance, il peut être comparé aux ligamens articulaires les plus forts. Les fibres en sont disposées en tous les sens , ne jouissent que de peu d’extensibilité, et ne gar-
dent jamais l’allongement que l’extension leur a fait subir.
Il est digne de remarque que ce tissu fibreux pénètre quelquefois aune très grande profondeur, et soit qu’il provienne du racornissement de la membrane puogénique, soit qu’il ait été formé en partie par la transformation des tissus subjacens , on le trouve partout où il y a eu suppuration ; le fait est incontestable.
Le tissu cellulaire qui était lâche et pénétré de vaisseaux , dit Bichat, devient dense, serré, et ne jouit plus de l’extensibilité qui lui était propre : ses mailles, qui renfermaient de petits flocons graisseux, n’existent plus, ce qui établit une ligne de démarcation entre les parties qui sont cicatrisées et et celles qui n’ont pas souffert de solution de coin tinuité. Si ce tissu mérite le nom de cellulaire, il doit être distingué de celui qui l’entoure. « Qu’estce que ce tissu , si ce n’est le tissu modulaire ? »
P. Si les idées que nous venons d’exposer nous ont séduit, c’est moins parce qu’elles appartiennent à notre premier maître , que parce qu’elles ouvrent un nouveau champ à la thérapeutique. Déjà , en iflaâ , au moment où nous rédigions à la hâte quelques questions de chirurgie pour nous présenter au concours de l’agrégation , nous avions embrassé cette doctrine : alors, on eût pu nous taxer peutêtre de porter un jugement un peu précipité. Mais aujourd’hui , que nous avons vu dans plusieurs hôpitaux de province, et surtout à Paris, un grand nombre de faits de ce genre, notre opinion 11e peut
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. n l
plus être considérée comme telle. S’il nous a paru quelquefois entrevoir des modifications que l’on pourrait introduire dans les applications , nous n’en tenons que plus au principe (i).
Q. Tout le monde devrait connaître ( et beaucoup de chirurgiens ne l’ont jamais lue ) cette observation de M. À. Petit, où il s’agit d’une brûlure produite par un acide, et de laquelle il résulta une adhérence de la face profonde de la paupière supérieure avec le globe de l’œil (2). Trois fois, le malade fut soumis à une opération aussi difficile que douloureuse; trois fois les adhérences se reproduisirent. Malgré ce triple revers , M. A. Petit ne crut pas devoir considérer ce cas comme au dessus des ressources de l’art. Cependant si , au fieu de l’envisager d’une manière isolée, ce chirurgien célèbre eût cherché à le comparer à quelques autres, il fût assurément arrivé à d’autres conséquences , et eût connu la raison de son insuccès. Il aurait vu que dans les cas 011 il y a simple coalition de surface à surface, la guérison est possible ; tandis que quand il y a eu perte de substance, les moyens de l’art sont toujours inefficaces.
Les observations seules et détachées ne suffisent donc pas pour constituer la science : il faut encore
(1) Voyez, pour les détails , le beau Mémoire du professeur Delpecbsur quelques phénomènes de l’inflammation, ouvrage cité.
(2) Observations de clinique, page 181.
que, de temps à autre, des hommes doués d’un coup-d’œil supérieur s’occupent à rassembler les faits, et à leur assigner leur véritable place. Mais pour que l’exécution soit bonne, il faut que tout l’édifice repose sur la base, que rien n’en dépasse les limites, et que , depuis la partie culminante jusqu’à la plus déclive, depuis la plus petite jusqu’à la plus grande, tout se lie à un même système.
H. Que de faits non interprétés jusqu’à présent et dont on trouve l’explication dans la théorie des modules ! Comment concevoir, par exemple, la densité et la forme presque constante que prend le lambeau du nez dans la rhinoplastique sans avoir recours à Faction de ce tissu fibreux? Comment dire pourquoi les cautérisations de l’urètre effacent si facilement les coarctations ordinaires, tandisque celles qui résultent d’une cicatrice établie sur la longueur de ce canal résistent si souvent à leur emploi? Comment fonder quelque espoir de succès sur la cautérisation d’une fistule vagino-vésicale ou autre ? Comment, enfin, expliquer l’efficacité du feu contre le trichiasis , celle de l’excision de la conjonctive contre le renversement des paupières ?
Ces explications diverses, que nous ne pouvons qu’énoncer ici, acquerront , dans un autre travail , toute la clarté dont elles sont susceptibles, par les preuves nouvelles sur lesquelles elles seront appuyées. Les principes d’où elles découlent sont ceux d’une doctrine fondée sur l’examen comparatif del’n-
niversalité des faits. Or, les théories qui proviennent de cette source ne peuvent jamais nous égarer, puisqu’elles ne vont pas plus loin que l’observation, ou plutôt puisqu’elles ne sont que l’observation ré~ duite à ses termes les plus simples.
CONDITIONS NECESSAIRES
CHAPITPtE III.