‹ Traité de la Sainte Écriture d'aprés S.S. Léon XIIIChapitre 15 sur 39 · TROISIÈME SECTION · texte numérisé non relu

TROISIÈME SECTION

La défense des Livres saints. — Comment se démontre leur divinité. — Nécessité d'une nouvelle apologétique biblique. — Étude des langues anciennes. — Science critique. — Objections tirées des sciences physiques ; principes de solution. — Objections tirées des sciences historiques ; comment y répondre. — Vraie notion de l’inspiration; erreurs à ce sujet. — Concours que les savants catholiques doivent prêter aux apologistes de la Bible. — Concours des catholiques riches et généreux. — Derniers conseils touchant la polémique biblique.

Avoir prouvé, exposé, éclairé la doctrine catholique par une légitime et habile exégèse des Livres saints, certes, c'est beaucoup; et pourtant il reste une autre tâche à remplir, aussi importante que laborieuse, et consistant à venger très énergiquement et intégralement leur autorité. Or, cela ne se pourra pleinement et entièrement faire par aucun autre moyen que le magistère vivant et propre de l’Église, laquelle, « par elle-

même, c’est-à-dire, à cause de son admirable propagation, de son excellente sainteté, de son inépuisable fécondité en toute sorte de biens, de son unité catholique et de son invincible stabilité, est comme un perpétuel motif de crédibilité et un irréfragable témoignage de sa divine mission (1). »

Et parce que le divin et infaillible magistère de l’Église s'appuie aussi sur l'autorité de la Sainte Écriture, il faut conséquemment que la foi au moins humaäine, méritée par celle-ci, soit tout d’abord affirmée et Justifiée, afin que les Livres bibliques, considérés comme témoins absolument sûrs de l’antiquité, mettent à leur tour en sûreté et en lumière la divinité et la mission du Christ Notre Seigneur, l'institution d'une Église hiérarchique, la primauté conférée à Pierre et à ses successeurs. |

Pour obtenir ce résultat, il sera certainement fort utile que, sur ce terrain ‘aussi, nombre de religieux se préparent tout spécialement à combattre pour la foi et à

(4) Cone. Vat. sess. III, c. IT, de fide.

repousser les attaques de l’ennemi, se revétant surtout de la divine armure conseillée par l’Apôtre (1), mais ne négligeant pas de s’accoutumer aux nouvelles armes des ennemis et aux luttes nouvelles. C'est ce que Chrysostome met parmi les devoirs du sacerdoce, quand ïl dit éloquemment :

« Déployons un grand zèle pour que la parole du Christ s’établisse abondamment en nous (2). Car ce n’est pas à un seul genre de combat que nous devons être prêts : mais la guerre est multiple, et divers sont les ennemis; ils ne se servent pas tous des mêmes armes, et ils n’essaient pas tous de nous assaillir de la même manière. Il est donc nécessaire que celui qui doit combattre avec eux tous, connaisse leurs manœuvres et leurs procédés à tous; qu’il soit en même temps archer et frondeur, tribun et chef de cohorte, général et soldat, fantassin et cavalier, habile aux combats de mer et de siège; car, si l’on ne connaît pas tous

(4) Eph. VI, 13, segq.

(2) Gfr:Col. IIT, 16.

les genres de guerre, le diable saura bien, même par le seul endroit qu’on négligera, introduire ses maraudeurs et dévaster le bercail (1). »

Nous avons précédemment esquissé les ruses et les artifices nombreux que les ennemis emploient contre la Bible; disons maintenant par quels moyens nous devons nous efforcer de la défendre.

Le premier est l'étude des langues anciennes de l'Orient, et tout ensemble de l’art qu’on appelle la critique. Cette double connaissance est aujourd’hui en grande estime et honneur; et un clergé qui en sera orné, dans un degré plus ou moins parfait selon les lieux et les hommes, sera mieux en état de soutenir sa gloire et sa charge : car il doit se faire « tout à tous (2), et toujours être prêt à satisfaire tous ceux qui lui de-. mandent compte de l’espérance dont il est dépositaire (3). »

(4) De sacerd. IV, 4.

(2) I Cor. IX, 22.

(3) I Petr. If. 45.

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Il est donc nécessaire aux professeurs d'Écriture Sainte, et il est convenable aux théologiens, de connaître les langues dans lesquelles les hagiographes ont primitivement rédigé les Livres canoniques; et il sera excellent qu’elles soient cultivées par les élèves ecclésiastiques, surtout par ceux qui aspirent aux grades académiques en théologie. Il faudra aussi avoir soin d’établir dans toutes les universités, — comme on l’a heureusement déjà fait dans beaucoup, — des cours, soit d’autres langues S anciennes, principalement sémitiques, soit d’érudition connexe à ces langues; et cela surtout pour l'utilité de ceux qui seront destinés à l’enseignement des Lettres sacrées.

Ceux-ci, pour la même raison, doivent être plus instruits et plus exercés que personne dans la vraie science critique. Par malheur, en effet, et au détriment de la religion, l’on a mis à la mode, sous le nom flatteur de critique supérieure, un artifice consistant à juger de l’origine, de l'intégrité et

de l'autorité d’un livre quelconque, par ses seules notes internes, comme on les appelle.

Au contraire, il est évident que dans les questions relatives à des faits historiques, tels que l’origine et la conservation des livres, les témoignages de l’histoire valent mieux que les autres, et méritent d'être recherchés et discutés avec le plus grand zèle; tandis que les notes internes n’ont

généralement pas assez d'importance pour

être appelées en cause, sinon pour confirmer d’une certaine facon les autres. Pro céder différemment, c’est sûrement se préparer de grands embarras. Car les ennemis de la religion s’en trouveront d'autant plus encouragés à attaquer et à déchirer lPauthenticité des Livres saints; cette espèce de critique Supérieure qu'ils vantent si fort aboutira finalement à ce que chacun suive en exégèse sa passion, ses préjugés, ses opinions; la lumière qu’ils cherchent ne luira pas sur la Bible; la science ne tirera aucun profit de leurs travaux : mais on verra se produire ouvertement cette diver-

sité et cette contrariété de sentiments, qui est la marque certaine de l'erreur, et qui est déjà si visible dans les princes mêmes de cette science nouvelle. De Ià aussi, et parce qu'ils Sont pour la plupart infectés des doctrines, soit d’une vaine philosophie soit du rationalisme, ils ne craindront pas d’élaguer des saints Livres les prophéties, les miracles, et tous les autres éléments surpassant l’ordre naturel.

Il faut lutter, en secondlieu, contre ceux qui, abusant de leur science de la nature, explorent dans tous les sens les Livres sacrés, pour accuser les hagiographes d’ignorance en cette matière, et pour blâmer les Ecritures elles-mêmes. Et comme ces accusations se rapportent à des choses qui tombent sous les sens, elles en deviennent d'autant plus dangereuses lorsqu'elles se répandent dans le peuple, et surtout dans la jeunesse des établissements d'instruction ; car, celle-c1, dès quelle perdra en un point quelconque le respect de la révélation divine, abandonnera facilement sa foi envers elle

dans tous les autres points. Il n’est que trop certain, en effet, que la science de la nature est également très apte, si elle est convenablement enseignée, à reconnaître la gloire de l’Ouvrier infini imprimée dans ses œuvres créées, — et très apte, si elle est enseignée par des maîtres pervers à des esprits encore tendres, à détruire en ceux-c1 les principes de la saine philosophie et à corrompre leurs mœurs. C’est pourquoi la connaissance des choses de la nature sera d'un bon secours au professeur’ d’Écriture Sainte, en lui permettant de découvrir et de réfuter plus facilement cette nouvelle sorte de machinations tramées contre les Livres divins.

Sans doute, aucune contradiction réelle ne pourrait exister entre le théologien et le naturaliste, si l’un et l’autre se renfermaient dans leurs limites et se gardaient, selon l'avertissement de saint Augustin, «de rien affirmer témérairement, et de donner l'inconnu pour le connu (1). »

(1) In Gen, op. imperf. IX, 30.

Si cependant un désaccord s’élève, voici comment le théologien se conduira, d’après une règle sommaire recommandée par le même saint: « Montrons, dit-il, qu’il n’y a rien de contraire à nos Lettres sacrées dans tout ce que les naturalistes auront pu démontrer, par de véritables raisons, toùchant la nature des choses; et quant à ce qu'ils auront tiré de contraire à ces mêmes Lettres, c’est-à-dire, à la foi catholique, de n'importe lesquels de leurs volumes, montrons, si nous en avons quelque facilité, que cela est très faux, ou du moins croyons-le tel sans aucune hésitation (1). »

Pour saisir la Justesse de cette règle, considérons d’abord que les écrivains sacrés, ou, plus exactement, « que l'Esprit divin qui parlait par eux, n’a point voulu enseigner aux hommes ces faits, (c’est-à-dire, la cons: titution intime des choses visibles), qui n'auront aucune utilité pour le salut (2). »

C'est pourquoi les hagiographes, au lieu

(1) De Gen. ad litt. I, A, M, (2) S. Aug. ibid, IL, 9, 20.

d'entreprendre directement l'exploration de la nature, décrivent et traitent parfois cet, ordre de choses d’une certaine façon méta— phorique, ou comme on en parlait commu nément de leur temps, et comme à présent encore, même parmi les hommes les plus savants, on parle de beaucoup de choses dans la conversation journalière. Et parce:

que le langage vulgaire exprime premiérement et proprement ce qui tombe sous les sens, ainsi l'écrivain sacré, selon l’observation du Docteur Angélique, « à énoncé ce qui apparaît sensiblement (1), » ou ce que Dieu lui-même, parlant à des hommes, a exprimé suivant l'usage humain, afin d’ 0e compris par eux,

Mais, bien qu'il faille défendre énergiquement la Sainte Écriture, il ne s'ensuit pas qu’on doive défendre sans discernement toutes les pensées que chacun des Pères et ensuite chacun des interprètes ont pu émettre en lJ’expliquant. Car, influencés par les opinions de leur époque, peut-être n'ont-1ls:

(1) Summa theol p.11, q. LXX, a. 4 ad 3.

pas toujours parfaitement jugé sélon la vérité, dans l’exégèse des textes où il est question de choses physiques; et ils ont pu proposer certaines explications qui ne sont plus guère approuvées de nos jours.

Il faudra donc soigneusement déterminer, dans leurs interprétations, ce qu’ils donnent réellement comme appartenant à la foi ou comme tout à fait lié avec elle, et ce qu'ils enseignent comme tel d’un consentement unanime; car, «dans les choses quine sont pas de nécessité de foi, il a été permis aux Saints Pères, comme à nous, de différer d'opinion, » ainsi que le déclare saint Thomas (1). Et il ajoute très prudemment en un autre endroit : « Il me paraît plus sûr, quant à ces points que les philosophes ont communément admis et qui ne répugnent pas à notre foi, de ne les pas affirmer d’abord comme des dogmes de foi, encore que l’on puisse quelquefois les introduire dans l’en-— seignement sous le nom des philosophes; et ensuite de ne les pas nier comme contraires

(L)'In Sent: I, dist. Il, q. F, a 3.

At

à la foi, de crainte de fournir aux sages de ce monde une occasion de mépriser la doctrine de la foi (1). » De fait, quoique l’exégète doive montrer que la Bible bien expliquée n'est menacée par rien de ce que les investigateurs de la nature affirment, avec des preuves certaines, être désormais certain, qu’il n'oublie cependant pas qu’il est parfois arrivé que des systèmes enseignés comme certains par ces savants ont été depuis révoqués en doute et répudiés Que si les écrivains qui traitent de la nature transgressent les limites de leur science, et envahissent le domaine des philosophes en y portant des opinions perverses, que l’exégète théologien renvoie celles-ci aux philosophes pour en être réfutées. |

Il sera utile d'appliquer maintenant ces mêmes observations aux sciences liées avec celles de la nature, à l’histoire surtout. Car il est déplorable que beaucoup d’érudits, scrutant et faisant connaître avec de grands labeurs les monuments de l'antiquité,

(1) Opusc. X.

les mœurs et institutions des peuples, et d’autres semblables documents, le fassent trop souvent dans le dessein de surprendre des taches d’erreur dans les Livres sacrés, et ainsi d'affaiblir et d’ébranler sur tous les points l'autorité de ceux-ci.

C'est ce que font aussi, avec trop d'esprit d'opposition et pas assez d'équité de jugement, certains auteurs quise fient tellement aux livres profanes et aux documents de l'antiquité, qu’on dirait que même un soupcon d'erreur ne peut en approcher; mais qui ne veulent pas accorder la même confiance aux livres de l’Écriture Sainte, dès qu’ils y conjecturent une simple apparence d’erreur, que, du reste, ils ne discutent même pas comme 1!l faut.

Il a pu sans doute se faire que les copistes, en transcrivant les manuscrits de la Bible, aient commis quelques fautes; de quoi il faut juger avec prudence, et ce qu’il ne faut pas aisément admettre, sinon aux endroits où cela est bien démontré. Il peut encore se faire que le véritable sens de

quelque passage demeure incertain, et qu’alors il y ait très grande utilité de recourir aux meilleures règles d'interprétation. Mais il serait tout à fait illicite, soit de restreindre l'inspiration à certaines parties seulement de l’Écriture Sainte, soit d'accorder que.

l’auteur sacré a erré.

On ne peut, en effet, tolérer le procédé de | ceux qui, pour se tirer de ces difficultés, n'hésitent pas à concéder que l'inspiration divine s’étend aux choses de foi et demœæurs, mais à rien de plus; parce qu’ils pensent faussement que, quand il s’agit de la vérité des pensées de la Bible, il ne faut pas tant chercher ce que Dieu a dit, que peser la.

raison pour laquelle il l’a dit.

Car tous les Livres que l'Église recoit comme sacrés et canoniques, ont été intégralement, et avec toutes leurs parties, écrits sous la dictée de l’'Esprit-Saint; or, il est tellement impossible à l’erreur de se glisser sous l'inspiration divine, que celle-ci, par elle-même, non seulement exclut toute erreur, mais l’exclut et la repousse aussi

nécessairement qu'il est nécessaire à Dieu, vérité suprême, de n'être l’auteur d'absolument aucune erreur.

Voilà l'antique et constante foi de l'Église, définie même par une sentence solennelle dans les conciles de Florence et de Trente, et enfin confirmée et plus. expressément déclarée dans le concile du Vatican, qui affirme absolument que « les Livres entiers de l'Ancien et du Nouveau Testament, avec toutes leurs parties, tels qu’ils sont énumérés dans le décret du même concile (de Trente), et tels qu'on les a dans l’ancienne édition latine dite Vulgate, doivent êtrerecus pour sacrés et canoniques. Mais l’Église les tient pour. sacrés et canoniques, non pas comme si, composés par le seul travail humain, elle les avait ensuite approuvés de son autorité; non pas seulement encore parce qu’ils contiendraïient sans erreur la révélation; mais parce que, écrits sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, ils ont Dieu pour auteur (1). » Ta |

(4) Sess. IIE, c. Il, de revel.

C’est pourquoi il n'importe absolument en rien que le Saint-Esprit ait employé des hommes comme sesinstruments pour écrire; et l’on n’en saurait conclure que si l’auteur principal n’a pu commettre aucune erreur, les écrivains inspirés l’ont bien pu. Non, car Dieu les a. tellement excités et mus par sa vertu surnaturelle à écrire, et il les a tellement assistés quand ils écrivaient, qu'ils ont d’abord bien concu dans leur esprit, puis fidèlement voulu rendre, enfin exprimé

exactement et avec une infaillible vérité, :

tout ce que Dieu leur ordonnait d'écrire, n1 plus ni moins; autrement il ne serait pas lui-même l’auteur de la Sainte Écriture.

Les Pères ont toujours été persuadés de cette vérité. « C’est pourquoi, dit saint Augustin, les hagiographes ayant écrit ce que Dieu a montré et dit, on ne peut nullement dire qu'il n’a pas écrit lui-même; car ses membres ont fait ce qu'ils avaient appris sous la dictée de leur tête (1). » Et saint Grégoire fait cette déclaration : « Il

(41} De consensu Evangel. 1. I, c. 35.

est bien superflu de chercher qui a écrit ces choses, pourvu cependant qu’on croie fidèlement que l’Esprit-Saint est l’auteur du Livre. Celui-là donc a écrit ces choses, qui les a dictées pour qu’elles fussent écrites; celui-là les a écrites, qui, fut l’inspirateur de l’œuvre accomplie par l'écrivain humain (1).»

En conséquence, si certains pensaient que quelque chose de faux peut être contenu en des endroits authentiques des Livres sacrés, ou bien ils pervertiraient certainement la notion catholique de l'inspiration divine, ou bien ils feraient de Dieu même l’auteur de l'erreur.

Aussi bien, tous les Pères et Docteurs étant persuadés que les Lettres divines, telles qu’elles ont été éditées par les hagiographes, sont indemnes absolument de toute erreur, ils s’étudièrent avec autant de finesse que de religion à harmoniser et à concilier entre eux les textes bibliques qui, en assez bon nombre, semblaient présenter des con-

(1) Præf. in Job, n. 2.

tradictions ou des dissemblances, et qui sont à peu près les mêmes qu'aujourd'hui l’on objecte au nom de la science nouvelle.

Ces Pères, ces Docteurs, étaient en effet unanimes à professer que les Livres de la Bible, dans leur ensemble. et dans leurs parties, étaient également sortis du souffle divin; et que Dieu même, ayant parlé par les auteurs sacrés, n’avait absolument rien pu énoncer d’étranger à la vérité. |

Que l’on observe donc toujours ce que le même saint Augustin écrivait à. saint Jérôme : « Je le déclare, en effet, à votre charité, j'ai appris à témoigner, aux seuls Livres de l’Écriture déjà appelés canoniques, une telle crainte et un tel honneur, que je crois très fermement que nul de leurs auteurs n’a commis aucune erreur en les écrivant. Et si je meheurte, dans ces Lettres divines, à quelque chose qui paraiïsse contraire à la vérité, je n’hésite pas à dire uniquement, ou que le manuscrit est fautif, ou que le traducteur n’a pas saisi ce qui a été dit, ou que je n'ai rien compris (1). »

(1) Ep. LXXXII, 4, et crebrius alibi.

Mais, d'employer toutes les ressources des sciences les plus graves à la pleine et parfaite défense de la sainteté de la Bible, c’est une entreprise beaucoup trop grande pour qu'on puisse bonnement en attendre le succès de la seule habileté des exégètes et

des théologiens. Il faut souhaiter d'y voir

aussi conspirer et collaborer ceux d’entre les catholiques dont le nom a conquis quelque autorité dans les sciences étrangères à la Bible. Certes, l'honneur de posséder de tels talents n’a jamais manqué et ne manque pas non plus aujourd’hui, Dieu merci, à l’Église; et fasse le Ciel qu’il s’ac-. croisse davantage encore pour le service de la foi!

Car Nous pensons que rien n’est plus nécessaire que de fournir à la vérité des défenseurs plus nombreux et plus forts que ses adversaires; et que rien n'est plus propre à inspirer au peuple l’obéissance envers la même vérité, que l'exemple

d'hommes éminents dans quelque science

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foi. De plus, la malveillance de ses détracteurs se calmera facilement, ou du moins ils n'’oseront certainement plus la représenter aussi insolemment comme l’ennemie de la science, quand ils verront que des hommes honorés dans le monde scientifique rendent à cette foi tout honneur et tout respect.

Puisque ceux à qui la bienveillance divine a accordé, avec la grâce des convictions catholiques, l’heureux don du talent, peuvent rendre un si grand service à la religion, qu'ils s’empressent donc, — au milieu de cette agitation intellectuelle très passionnée qui, d’une façon ou d’une autre, a l'Écriture pour objet, — de choisir chacun quelque genre d'étude proportionné à leurs goûts; qu'ils y excellent bientôt, et qu'ils repoussent, non sans gloire, les traits lancés contre la Bible par la science perverse.

I Nous est ici agréable d'approuver comme 1l le mérite le dessein de certains catholiques, qui Se sont associés pour subventionner largement et régulièrement des

hommes spécialement savants, auxquels ils procurent ainsi le moyen d'approfondir et de faire progresser, grâce à toute sorte de secours, les études scripturaires. Voilà certainement un excellent et très opportun moyen, à notre époque, de bien placer son argent. En effet, la libéralité des particuliers doit se déclarer d'autant plus prompte et plus généreuse, que les catholiques peuvent moins compter sur les subventions officielles pour leurs études; et il convient que ceux à qui Dieu a confié la richesse consentent à l’employer à défendre le trésor de la doctrine révélée elle-même.

Mais, pour que ces travaux profitent vraiment à la cause de la Bible, que les érudits s’attachent, comme à des principes, aux points que Nous avons précédemment déterminés; et qu’ils soient fidèles à la conviction que ce même Dieu, par qui toutes choses ont été créées et sont régies, est l’auteur des Écritures, et conséquemment qu’on ne peut rien recueillir, soit du monde physique, soit des monuments historiques, qui réelle-

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ment contredise les Ecritures. Si done quelque contradiction semble se rencontrer, il la faut soigneusement résoudre, — d’abord en consultant de prudents théologiens et interprètes sur le sens le plus vrai ou le plus vraisemblable du texte biblique mis en.

question, — ensuite en pesant avec plus de soin la force des arguments qu’on y oppose.

Et il ne faudrait pas abandonner la Bible lors même que les apparences lui demeureraient contraires; car, le vrai ne pouvant aucunement être opposé au vrai, on devrait .

être certain qu’une erreur s’est glissée, ou dans l'interprétation du texte sacré, ou dans l'argumentation dirigée contre lui; et si l’on ne voyait pas encore assez clairement laquelle de ces deux hypothèses il faudrait admettre, on devrait suspendre provisoirement son jugement. Car de très nombreuses objections, empruntées à toute sorte de sciences, ont été longtemps et fréquemment dirigées contre l’Écriture, qui sont maintenant complètement abandonnées comme vaines. De même, passablement d’interprétations ont

été autrefois proposées pour certains textes de la Bible n’appartenant pas proprement à la règle de la foi et des mœurs, et qui depuis ont été rectiliées par une plus pénétrante recherche. Car le temps fait justice des fausses opinions, mais « la vérité demeure et Se fortifie pour toujours (1). » Aussi, que personne d’abord n'ait l’arrogance de prétendre bien comprendre toute l'Écriture, dans laquelle saint Augustin avouait luimême qu'il ignorait plus de choses qu’il n'en savait (2); et ensuite, si quelque texte se trouve trop difficile pour être expliqué, que chacun imite la prudence et la modération du même Docteur : « [1 vaut mieux s'incliner devant des mots inconnus mais utiles, que d’en essayer inutilement l’interprétation et d’embarrasser ainsi, dans les lacets de l'erreur, sa tête délivrée du joug - de la servitude (3). »

Si les savants qui cultivent ces sciences

(1) IT Esdr. 4, 38.

(2) Ad Januar. ep. LV, 21.

(3) De doctr. chr. IT, 9, 18.

La

auxiliaires suivent avec conscience et modestie Nos conseils et Nos ordres; si, dans leurs écrits et dans leur enseignement, 1ls appliquent les fruits de leurs études à réfu-

ter les ennemis de la vérité, à prémunir la

jeunesse contre les dangers qui menacent sa foi, ils pourront enfin se réjouir d’avoir rendu, par leur travail, de signalés services aux saintes Lettres, et d’avoir apporté à la cause catholique un secours tel que l’Église

a droit de l’attendre de la piété et du savoir

de ses fils.

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