‹ Traité de la science des finances (volume 2)Chapitre 4 sur 111 · PRÉFACE DE LA CINQUIÈME EDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA CINQUIÈME EDITION

extension, c'est celle de tous les expédients financiers ressuscites deVoncien régime ; les États nouveaux venus au crédit s'en sont donnés à cœur-joie, et beaucoup d'entre eux sont aujourd'hui en pleine banqueroute ou à la veille de la banqueroute ; toutes les déplorables pratiques des figes d'ignorance et de gaspillage se sont de nouveau épanouies et ont dévoré la substance de bien des nations : anticipations et affermages de recettes, emprunts surgages spéciaux, falsifications tantôt sournoises, tantôt effrontées, de Finstrument monétaire, concordats entre les nations débitrices et les particuliers créanciers.

On nous permettra de reproduire ici à ce sujet, quelques réflexions que nous publiions récemment dans notre journal VÉcanomiste français (1).

« Si Ton veut se reporter aux nombreux traités sur les finances de l'ancien régime, aux histoires des finances françaises, par exemple, de Bailly, de M. Vuitry, de M. Clamageran, de H. Stourm, on voit que, avant la Révolution, lorsque le gouvernement était embarrassé, il recourait, suivant les temps et l'état de l'esprit public, à l'un de ces deux moyens : ou bien la falsification des monnaies en décrétant qu'on frapperait un plus grand nombre de pièces dites d*une livre dans un poids déterminé d'argent; ou bien, quand cet expédient fut usé et que le public s'insurgea contre lui, à des anticipations de recettes, lesquelles anticipations se pratiquaient, d'ordinaire, en affermant tel ou tel revenu à un financier ou à ime Compagnie de financiers moyennant une avance qui représentait plusieurs années du produit de cette branche de revenus.

« Ces deux procédés, on y recourait fréquemment en France fious l'ancien régime : au moyen âge, c'était le premier procédé, celui de la falsification des monnaies, qui prédominait; dans les temps modernes, c'est-à-dire au xvii* et au xvin* siècles, ce fut ie second, à savoir les anticipations de recettes, les engagements de revenus pendant plusieurs années pour une somme comptée d'avance et en une fois.

« Chose curieuse, comme tout se renouvelle dans ce monde, mais sous des noms nouveaux, une demi-douzaine, sinon plus,

^1} Numéro du 26 septembre 1891.

n PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION.

d'États européens et américains reprennent les pratiques que nous venons d'indiquer, à savoir la falsification des monnaies et les anticipations ou engagements de recettes.

« Bien entendu, les noms sont changés, et le public ignorant ainsi que les hommes qui tiennent à se faire à eux-mêmes illusion ne s'aperçoivent pas de cette similitude des procédés condamnés de Tancien temps et des procédés réputés nouveaux et perfectionnés du temps actuel.

« Ainsi, la falsification des monnaies ne s'offre plus sous sa forme brutale ; elle se dissimule sous l'émission de papier-mon- , naie, sous l'autorisation donnée à une banque de doubler le nombre des billets qu'elle a en circulation avec la dispense de les rembourser en espèces. C'est un fait absolument analogue à la falsification des monnaies, mais la généralité du public s'en aperçoit moins.

(( Il est clair que si feu Philippe le Bel et les autres rosi faux monnayeurs revenaient en ce monde, ils se garderaient bien de falsifier brutalement les espèces métalliques. Non, ils se feraient simplement prêter par la Banque de France 1 ou 2 milliards et autoriseraient celle-ci à porter sacirculation de billets au chiffre de 5, 6 ou 7 milliards, en la dispensant de les rembourser en espèces.

« Voilà comment procéderaient aujourd'hui Philippe le Be et les rois faux-monnayeurs ; or, il nous serait facile de citer bien des gouvernements qui font ainsi : la République Argentine, il y a trois ou quatre ans, avec sa loi sur les banques provinciales, peut-être aussi le Brésil, et certainement, au moment même où nous écrivons, dans une moindre mesure jusqu'ici, l'Espagne. On sait que dans ce dernier pays on a voté récemment une loi qui autorise la Banque d'Espagne à porter de 750 millions à 1500 millions son émission de billets, à la condition qu'ayant déjà prêté 600 ou 700 millions de francs à l'Etat elle lui prête de nouveau ou lui garantisse plusieurs centaines de nouveaux millions.

« Des mesures de ce genre et la falsification des monnaies, c'est exactement la même chose, avec la circonstance aggravante de l'hypocrisie ou, si l'on préfère, la circonstance atténuante de l'inconscience.

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