VI ' PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION
part des particuliers et la même pratique de la part des États, c'est que, dans le premier cas, les créanciers généraux s'émeuvent, ils crient à la fourberie, parfois même à Tescroquerie ; ils s'eflForcent d'empêcher que ces actes s'accomplissent. Si un créancier chirographaire est avisé que son débiteur, sur la solvabilité duquel il a déjà des soupçons, hypothèque tous ses biens, met en reports tous ses titres, porte à des prêteurs sur gages toute sa Vaisselle, tous ses bijoux, il s'alarmera, il remerciera celui qui l'aura averti de ces fâcheuses pratiques, il lui en saura gré et il s'efforcera d'empêcher que toutes ces mises en gage s'effectuent. Si, au contraire, c'est un État qui aujourd'hui met en gage pour vingt, trente ou cinquante ans ses tabacs, demain ses chemins de fer, après-demain son droit à taxer l'alcool,
' les allumettes, ultérieurement peut-être la généralité de ses droits de douane, il se trouvera — chose inénarrable — un bon nombre de créanciers généraux de cet Etat qui applaudiront, qui trouveront superbe cette manière de « faire de l'argent » en les dépouillant, qui s'indigneront contre les fâcheux que ces pratiques inquiètent ou révoltent.
« Les emprunts spéciaux, les emprunts gagés, les monopoles créés moyennant un capital une fois versé^ sont toujours nuisibles aux créanciers généraux et primitifs d'un Etat. C'est une manière de tout leur prendre ; cela sert à les endormir en leur payant un coupon ou deux, en même temps que cela entretient
^un peu plus longtemps la prodigalité de l'Etat; inais en lin de compte, cela ne leur laisse plus rien, ni intérêts, ni capital. Il est singulier que des gens qui ne toléreraient pas cette pratique <le la part de leur débiteur privé y applaudissent de la part d'un État dont ils sont les créanciers généraux etchirographaires.
« Le procédé des emprunts spéciaux avec gages a été et peut •être, suivant les circonstances et les époques, diversement jugé. Quand un État n'a pas un grand crédit et qu'il n'a pas encore de dette ou qu'il n'a qu'une faible dette, cette mise en gage dune ressource spéciale peut être d'une bonne administration. Autrefois, chaque emprunt contracté par l'Angleterre avait ainsi un
gage spécial, c'est-à-dire une ressource particulière, les douanes de tel port, tel impôt direct ou tel impôt indirect de telle pro vince qui lui était spécialement assigné par privilège. Le mot