DE LA QUATRIÈME ÉDITION
En publiant la quatrième édition de ce Traité de la Science des Finances^ nous ne pouvons éviter de jeter un regard mélancolique sur la gestion financière des divers pays du monde civilisé depuis dix ans.
La France s'est signalée, entre toutes les nations, par son imprévoyance^ ses gaspillages et sa folie. Quelle splendide situation elle avait en 1877! Des budgets en complet équilibre, comportant même un amortissement convenable de son immense dette ; un avenir plein de ressources variées ; la baisse du taux de l'intérêt permettant des conversions successives de la dette consolidée; Texpiration graduelle des annuités à terme venant alléger chaque année la dette à échéance fixe ; les remboursements, du chef des garanties dHntérèts envers les compagnies de chemins de fer, commençant à restituer au trésor les sommes qu'il avait versées de 1855 à 1877.
Il ne tenait qu'à nous de suivre de loin, il est vrai, et d'un pas moins rapide, l'exemple des États-Unis d'Amérique, Avec un peu de fermeté et de bon sens nous eussions, à la fin de ce siècle, dégagé notre pays de toutes les charges financières que la guerre de 1870-1871 nous avait infligées. En même temps la continuation de dégrèvements, opérés avec prudence, bien choisis, s'appliquant surtout aux droits qui gênent la production ou la circulation, eût rendu à notre organisme économique l'élasticité et la souplesse dont il manque.
Le relèvement moral eût accompagné le relèvement matérieL Au milieu de l'Europe inquiète et accablée par les armements^ notre pays si bien doué par la nature, par le caractère laborieux et parcimonieux de ses enfants, eût pu, tout en fortifiant ses
PRÉFACE DE LA QUATRIÈME ÉDITION. Xr
moyens de défense militaires et maritimes, jouir de ce prestige, de cette prépondérance, que donnent la prospérité et la sagesse. Nous n^aTons pas eu ce calme et prévoyant bon sens. On a livré les finances de la France à tous les appétits électoraux. UÉtat s'est fait professeur de gaspillage ; il a contraint les dé* partements et les communes à Fimiter. 11 a repris les procédés financiers de Tancien régime. Les commissions du budget, assemblées incompétentes et incohérentes, ont érigé en théorie la prodigalité publique et le désordre de la comptabilité. On a détruit le budget et le contrôle. 11 a*y a plus d'exercice budgétaire, plus d^unilé budgétaire. Les comptes spéciaux et les caisses diverses abondent, en dehors du budget : les exercices financiers s'enchevêtrent les uns dans les autres, n'ayant ni com* mencement ni fin.
De prétendus novateurs qui se donnent beaucoup de mal pour rétablir, sous le nom de réformes, le passé condamné, tariraient peu à peu, s'ils étaient les maîtres incontestés, les principales sources des revenus publics.
Les préjugés les plus superficiels et les moins excusables sont entretenus par les discussions de la Presse et des Chambres sur la nature et les résultats de notre système d'impôts.
Toutes ces influences perturbatrices ont singulièrement com* promis notre édifice financier et menacent de le complètement détruire.
Cependant, malgré que la dette publique de la France représente aujourd'hui plus du cinquième de l'ensemble des dettes de tous les pays civilisés, on pourrait encore^ avec de la fermeté et de l'esprit de suite, restaurer nos finances et replacer le pays dans d'heureuses conditions économiques. La prévoyance de nos pères, par des arrangements ingénieux, a réservé à notre prochain avenir des ressources que n'a point encore épuisées notre aveugle et coupable prodigalité.
La plupart des peuples d'Europe, quoique dans une moindre mesure, ont, depuis cinq ou six ans, commis des fautes analogues aux nôtres.
f.'itaiie, qui, par de longs efforts, avait pu rétablir l'équilibre budgétaire et les paiements en espèce, vient de retomber dans les déficits et glisse insensiblement dans une situation qui, si