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excessive peut être une cause de dépréciation; ensuite, elle a une action morale des plus heureuses parce qu'elle prouve aux nationaux et aux étrangers que le gouvernement ne considère le cours forcé que comme temporaire, qu'il a la ferme intention d'en sortir : or, l'on a vu que parmi les causes qui provoquent la dépréciation des billets à cours forcé, les influences morales ne sont pas les moindres. Cette préparation graduelle à la reprise des payements en espèces est le meilleur mode, le plus sûr et le plus simple. Ce n'est pas le seul. Quand la somme des billets en circulation n'est pas excessive et que la dépréciation n'est pas très considérable, un emprunt extérieur ou intérieur peut souvent mener plus rapidement au but : un emprunt intérieur fait rentrer des billets qu'on peut annuler, un emprunt extérieur procure des métaux précieux qui peuvent se substituer aux billets annulés. L'équilibre des finances publiques n'est pas la seule condition nécessaire ou désirable pour la reprise des payements en espèces, il faut encore que le cours du change ne soit pas défavorable. On a l'habitude de traduire ce dernier fait par cette vieille formule : Il faut que la balance du commerce extérieur soit à l'avantage du pays, c'est-àdire que les exportations dépassent les importations. Gela n'est pas absolument indispensable. Les exportations et les importations de marchandises ne forment que l'un des éléments des relations économiques qui existent entre les peuples. On jugerait très mal de la situation réciproque des différentes nations au point de vue du solde qu'elles peuvent se devoir si l'on ne considérait que les importations et les exportations de marchandises. Il ne faut pas oublier que le fret maritime peut dans bien des cas combler l'intervalle entre les importations et les exportations ; ce fret est naturellement le bénéfice du pays sous le pavillon duquel il s'accomplit. Il faut tenir compte aussi des exportations et des importations de valeurs mobilières qui souvent ont un rôle considérable, et modifient ce que l'on appelle la balance du commerce. Il faut faire entrer encore en ligne de compte les créances qu'un pays peut avoir sur un autre pour les capitaux qu'il a placés au dehors dans des emprunts d'États ou dans des entreprises privées. Enfin, un dernier élément important dans le monde actuel où les déplacements sont si nombreux, ce sont les sommes que les étrangers soit domiciliés, soit touristes, dépensent dans le pays et qui excèdent celles qu'emportent les nationaux établis au dehors ou voyageant au dehors. On a calculé qu'en France les étrangers dépensent ainsi environ un milliard par an : certaines personnes fixent même ce chiffre à 1,500 millions (1). En Italie les calculs les
(1) Voir plus haut (page 238}, daus le chapitre où nous traitons du payement de notre indemnité de S milliards, une évaluation des dépenses des étrangers en
DU COURS FORCE DES BILLETS D'ETAT, ETC. 69i
plus modérés portent à 2 ou 300 millions l'or et l'argent qu'apportent les étrangers : ce chilTre nous paraît fort au-dessous de la vérité; il devrait être doublé, triplé ou quadruplé. On comprend que dans cette situation les exportations de marchandises puissent rester audessous des importations, sans que ce soit un obstacle insurmontable à la suppression du cours forcé. L'excédent des importations sur les exportations de marchandises peut être plus que comblé par le numéraire ou le papier de change que fournissent les étrangers domiciliés ou les touristes, ou bien encore par le fret maritime ou par les coupons de valeurs mobilières étrangères.
L'équilibre financier et le change aux environs du pair sont les deux conditions pour la suppression du cours forcé. Un peuple bien administré arrive facilement à ces deux conditions, en ne reculant pas devant l'établissement ou le maintien des impôts nécessaires, en limitant ses dépenses à ce qui est indispensable. Ce qui prolonge souvent le cours forcé, c'est que les gouvernements et les peuples préfèrent s'abandonner à de grandes dépenses, faire par exemple de grands travaux. C'est une question de savoir s'ils n'auraient pas plus d'avantage à retarder de quelques années ces travaux publics et à consacrer d'abord leurs principaux efforts à la reprise des payements en espèces ; nous penchons, quant à nous, pour cette opinion.
On entend souvent dire que le cours forcé vient de ce qu'il n'y a pas dans le monde assez de métaux précieux. Dans ces derniers temps cette assertion est revenue fréquemment dans les discussions que soulevait la question du double et du simple étalon. Nulle opinion n'est moins réfléchie. Ce n'est pas parce que les métaux précieux manquaient que la moitié du monde civilisé était, il y a quinze ans, au régime du cours forcé ; autrefois les métaux précieux étaient bien moins abondants, et le cours forcé n'existait nulle part. La cause habituelle du cours forcé, c'est que les gouvernements ont voulu se faire faire des avances par le public en émettant des billets non remboursables; pour que le cours forcé cesse, il faut qu'ils pourvoient au remboursement de ces billets soit par des excédents de recettes budgétaires, soit par des emprunts réguliers dont ils puissent payer les intérêts.
On a cru dans quelques pays, notamment aux États-Unis et en Russie, que l'obligation de payer les droits de douane en or pourrait faciliter la reprise des payements en espèces par l'amélioration du cours du change. C'est là une erreur qui se rattache à la précédente et qui en est l'application pratique. Dans un pays à circulation dépré-
France : elle n'y est portée qu'à 200 ou 300 millions, chiffre qui est singulièrement inl'crieur à la réalité.
ciée, robligation de payer les droits de douane en or équivaut à une augmentation des droits d'entrée : cette obligation ne fait pas tomber un louis d'or de plus dans le pays, car celui qui paye les marchandises étrangères et tous les frais qui s'y rattachent, c'est naturellement le consommateur indigène ou le négociant établi dans le pays. L'importateur solde non seulement le prix intrinsèque de l'article, mais encore le transport, l'assurance, les droits d'entrée, etc. Croire que lorsqu'on enverra de Manchester à destination de Saint-Pétersbourg une pièce de colon, on la fera accompagner d'un certain nombre c^d roubles d'argent ou d'impériales d'or, c'est raisonner en enfant. C'est donc de l'or russe et de l'argent russe qui viendront ainsi dans les caisses du trésor, et l'on peut dire que le dédain montré par le gouvernement pour son propre papier-monnaie sera une nouvelle cause de la baisse de celui-ci. Quand le gouvernement ne veut pas accepter ses propres billets dans tous les payements, il est peu vraisemblable que les particuliers soient empressés, si ce n'est à les prendre, du moins à les conserver (1).
On dit cependant, en faveur du payement des droits de douane en or dans un pays à cours forcé des billets de banque ou d'État, que cette mesure restreint l'importation et par conséquent contribue à rendre la balance du commerce favorable. Cet argument ne supporte pas l'examen. Il est certain que le payement obligatoire des droits de douane en or équivaut dans un pays dont le papier-monnaie est déprécié à une augmentation des droits d'entrée, et que l'importation doit en souffrir. Mais par la même raison l'exportation aussi en pâtit. L'exportation ne peut se développer quand l'importation languit ; l'importation et l'exportation sont comme le flux et le reflux : si l'on diminue le flux, on restreint aussi le reflux. Supposons qu'un pays ne permette aux navires d'arriver dans ses ports que sur lest et aux wagons de chemins de fer de n'entrer chez lui que vides, il est clair que l'exportation de ce pays souffrira singulièrement, car elle aura à supporter la totalité des frais de transport, d'assurances, de courtage et autres, qui, dans les circonstances normales, se distribuent à peu près également entre les importations et les exportations. L'importation est l'amorce de l'exportation : on ne peut nuire à la première sans nuire à la seconde. Ainsi l'obligation de payer les droits de
(l) Un banquier russe faisait remarquer dans ï Économiste français du 12 janvier 1878 que l'obligation de payer les droits de douane en or était une des causes qui dépréciaient le papier-monnaie : cette obligation augmentait la demande des traites métalliques de toute la somme considérable qui représente les droits d'entrée annuels, soit de 50 millions de roubles; cet accroissement de la demande de ces traites les faisait naturellement renchérir et par contre diminuait la valeur du papier à cours forcé.
douane en or n'a pas sur la balance du commerce TefFet qu'on lui suppose.
Ce qui prouve que la dépréciation du papier-monnaie ne vient pas de la rareté des métaux précieux, c'est que les pays qui ont souffert le plus du régime du cours forcé sont ceux qui possèdent les plus abondantes mines d'or ou d'argent, la Russie et les États-Unis.
Pour supprimer le cours forcé, il n'y apas d'autres moyens que l'équilibre budgétaire et la réduction des dépenses extraordinaires: car un budget peut être en équilibre comme l'a souvent été depuis vingt ans celui de la Russie, et les dépenses extraordinaires peuventy être exorbitantes parce qu'elles s'alimentent à des emprunts incessants. Malheureusement tous les pays à cours forcé, sauf la France, ont mieux aimé accroître leurs dépenses, spécialement celles 'pour les travaux publics, que de se mettre pendant quatre ou cinq ans à la portion congrue pour diminuer leur circulation de papier et éteindre cette dette sans intérêt, qui est la plus périlleuse de toutes. La Russie, l'Autriche, Tltalie, les États-Unis ont tous commis cette faute financière ; le Brésil, la Plata, l'Uruguay, le Pérou, ont été encore plus imprévoyants (1) ; la France seule a vu quel était le mal avec lequel il était le plus dangereux de vivre, aussi ce mal n'a-t-il pas pris chez elle, après la guerre de 1871, de grandes proportions.
(1) Les États de l'Amérique du Sud, notamment la République Argentine, sont les pays qui semblent le plus considérer le cours forcé comme une situation définitive. C'est de leur part une grande erreur et la cause d'embarras périodiques. La République Argentine, avec son énorme territoire, son immigration de plus en plus considérable, pourrait s'acheminer à une situation financière se rapprochant graduellement de celle des États-Unis. Mais il faudrait que, pendant quelques années, elle modérât ses dépenses et s'appliquât à relever le cours de ses billets. Dans le courant de l'année 1887 Tagio sur l'or à Buenos-Ayres est monté à 50, ce qui veut dire que, pour avoir 100 piastres en or, il fallait donner 150 piastres en papier. Au Brésil, au contraire, la situation s'est notablement améliorée depuis un an ou deux, et l'or ne fait plus dans ce pays qu'une prime de 15 à 20 p. 100. (Note de la 4" édition.)