DES TRÉSORS MÉTALLIQUES ET DBS RESERVES
un intérêt, et cet intérêt vient alléger le fardeau des impôts, ou grossir chaque année le capital qui est laissé à la disposition du gouvernement. On ne peut donc prétendre que cette réserve soit improductive. Ge capital laissé ainsi à la gestion de TÉtat peut être employé soit en titres nationaux, soit en titres étrangers. L'efficacité de cette réserve est tout à fait différente, suivant que l'on a choisi Tun ou l'autre de ces placements. Le placement à l'intérieur offre des avantages économiques : il relève le cours des valeurs nationales, il tend ainsi à améliorer les conditions générales du crédit dans le pays et à faire baisser le taux de l'intérêt, il n'exporte aucun capital au dehors.
Le placement à l'étranger de la réserve nationale ne présente pai ces avantages économiques, mais il en offre d'autres d'un ordre différent et qxii doivent être considérés con^me plus importants, eu égard au but que l'on se propose par la constitution de réserves nationales soit métalliques, soit mobilières. La moindre apparence d*une guerre à l'horizon a pour effet immédiat de déprimer dans une forte mesure les fonds publics des pays qui sont menacés de ce fléau, et de rendre dans ces contrées les transactions plus difficiles. Si donc un État a une réserve en valeurs nationales et qu'il se trouve en présence d'une éventualité de guerre, il lui sera difficile de réaliser promptement cette réserve, et il ne le fera qu'avec perte, puisque toutes les valeurs nationales seront plus ou moins déprimées par l'inquiétude générale. Au contraire, si cette réserve mobilière est placée en valeurs étrangères ayant un grand marché, la réalisation en sera beaucoup plus prompte et plus fructueuse, à la condition, toutefois, que ces fonds étrangers ne soient pas ceux de la puissance avec laquelle TÉlat est en lutte.
Supposons, par exemple, le cas d'une nouvelle guerre entre la France et la Prusse, et voyons comment s'inaugurerait, au point de vue financier, cette lutte. L'État prussien aurait sous la main d*abord son trésor métallique traditionnel, dont il pourrait user immédiatement ; ensuite il pourrait vendre à bref délai et dans de bonnes conditions ses titres de la dette des États-Unis, parce qu'il n'y a aucune probabilité que les États-Unis soient engagés dans une guerre avec la Prusse, et que ces titres ne seraient point dépréciés par un conflit entre tierces puissances, parce que, en outre, les titres de la grande République américaine ont un marché des plus vastes, se vendant à la fois à New-York, à Londres, à Amsterdam, à Vienne, à Paris et en général sur toutes les places du monde. U éprouverait beaucoup plus de difficultés à aliéner dans de bonnes conditions les valeurs allemandes qu'ils possède, parce que ces valeurs seraient naturellement dépréciées par la guerre où rAUexnagne se trouverait engagée. La
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France, de son côté, ne pourrait qu*édicter le cours forcé, en se faisant avancer quelques centaines de millions par la Banque, et recourir à un emprunt public. Or, il est évident qu'indépendamment de rinégalité des dettes publiques des deux pays et en les supposant équivalentes, la Prusse se trouverait au début de la campagne dans une position financière plus favorable par suite de l'existence d'une réserve métallique et d'une réserve mobilière appartenant à TËtal, au cas où, alors, elle aurait encore celle-ci.
Il ressort de ce qui précède qu'un État qui a des réserves mobilières fait mieux de lesplacer en valeurs étrangères qu'en valeurs nationales, pourvu toutefois qu'il sache choisir les puissances dent il achète les titres parmi celles avec qui il n'est pas probable qu'il ait jamais do différend.
Il est arrivé que la France a eu à différentes époques des réserves mobilières : nous voulons parler des rentes rachetées à la Bourse par la Caisse d'amortissement et non annulées, suivant un système que nous examinerons plus loin (1). Ces rentes non annulées restaient à la disposition de l'État qui, en cas de crise ou de guerre, pouvait les rejeter sur le marché et les vendre pour se faire des ressources. Si l'État français, en négligeant d'annuler les rentes que rachetait la Caisse d'amortissement, avait pour principal objet de se ménager des ressources réalisables en temps de crise, il aurait beaucoup mieui agi en achetant des fonds étrangers : il se serait ainsi procuré des réserves qui, en cas de guerre ou de révolution, auraient été pour lui d'une réalisation plus prompte et plus fructueuse, parce que la vente 8*en serait opérée sur un marché non agité par l'inquiétude d'un danger national.
En résumé, l'accumulation d'un trésor de guerre, soit en espèces métalliques, soit même en valeurs mobilières, nationales ou étrangères, est condamnée par la presque unanimité des économistes. II est certain qu'au point de vue économique il n'y a presque rien à dire en sa faveur et que les objections contre ce procédé sont très nombreuses. Si nous considérons, au contraire, les finances, non pas seulement comme un département de la science économique, mais comme une partie de la science politique, alors nous devons adopter ^une autre conclusion et dire que l'existence d'un trésor immédiatement disponible et d'une réserve mobilière facilement réalisable est une force réelle pour un pays dont le crédit n'est pas bien établi, et que, dans la situation troublée où nous vivons, les États
(Ij Oo pent assimiler également à une réserve mobilière les fonds publics qu'ont possédés divers établissements publics, comme la Caisse de la dotation de l'armée, rÊtat ayant parfois aliéné ces rentes en cas de besoin.
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dont les charges ne sont pas excessives agissent avec prévoyance en s'assurant ce secours.
Quoi qu'il en soit, Texistence d*un pareil trésor ou d'une semblable réserve est un cas rare. La Prusse seule parmi les nations civilisées nous en fournit aujourd'hui et nous en conserve l'exemple. Il a été nif instant question, en Autriche, dans le cours de 1878, de la création d'un semblable trésor de guerre pour une somme de 60 millions de Ûorins. Cet État était alors trop endetté pour garder longtemps disponible une somme aussi forte. Pour en revenir au sujet qui nous occupe spécialement, l'absence ou rinsuffisance de ce trésor et de cette réserve est une des grandes causes des emprunts publics.