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DES TRÉSORS M&TALLIQUES ET DES RÉSERVES

les inconvénients économiques ou moraux qui résultent de la pratique de ces réserves mobilières faites par certains États : risques de perte dans le placement des valeurs; facilité de faire des spéculations peu recomraandables ; tentations de corruption ; trop grande influence donnée au gouvernement sur le marché financier.

Cette pratique de la constitution d*un trésor de guerre ayant été ainsi renouvelée par un État dont la situation intéresse au plus haut poîut la France, il convient de nous y arrêter et de Texaminer sous ses diverses faces. Cette institution a failli être imitée par certains états étrangers. En Autriche, il a été question dans ces dernières années de constituer un trésor de guerre de 60 millions de florins (150 millions de fr.). La plupart des économistes et des financiers modernes ont traité avec un fort grand dédain ces réserves accumulées par les Etats. Quelques-uns cependant ont approuvé, non pas au point de vue économique, mais au point de vue militaire, la préparation et le maintien de ces épargnes métalliques ou mobilières ; Hume notamment, le célèbre philosophe et économiste écossais, contemporain du grand Frédéric, l'Italien Genovesi, le Prussien Ancillon (1).

Tout dépend dans cette question du point dé vue auquel on se place. Il est facile de dire que le rOIe d*un État n*est pas d^amasser, que s'il employait ses excédents de recettes à diminuer les impôts ou à faire des travaux publics, il développerait bien davantage la richesse du pays ; que s'il s'en servait pour amortir et racheter sa dette, il se ferait plus d'honneur et recouvrerait plus de liberté d'allures. On peut ajouter encore que ces épargnes de l'État dormant dans les caisses du Trésor sont des ressources arrachées à la circulation et un capital perdu pour l'industrie nationale. On peut prétendre que l'existence de fonds ainsi disponibles est une tentation pour les gouvernements à faire de folles dépenses, ou même à se soustraire absolument au contrôle des assemblées parlementaires. On peut conclure enfin que l'État qui amasse ainsi des réserves métalliques ou mobilières, s'expose à des pertes certaines et à des périls présents en vue de parer à des éventualités lointaines, et que, s'il avait besoin d'argent en cas de guerre, il obtiendrait aussi promptement les fonds qui lui sont nécessaires en recourant au crédit.

Il est facile de faire des raisonnements de ce genre : ils paraissent plausibles : la plupart sont justes ; non pas tous, cependant. On peut dire que l'existence d'un trésor de guerre est un préjudice permanent à la prospérité nationale en temps de paix^ quoiqu'il y ait peut-être dans une affirmation aussi emphatique quelque exagération. Il est

(1) Rau, Finanzwiuenschaft, U, p. 279.

exact que c*est une teu talion à des dépenses inutiles et que c*est pour le gouvernement un moyen de corruption et de despotisme. Aussi n*y a-l-ii point de doute que si le monde civilisé devait toujours vivre en paix, si les nations ne se trouvaient pas les unes vis-à-vis les autres dans un état de suspicion permanente, il n*y a nul doute enOn que si la fraternité des peuples était un peu mieux établie, Taccumulation ou le maintien d*un trésor national fût une véritable absurdité.

Mais on ne peut nier, d*un autre côté, que Texistence d*un pareil trésor n'ait des avantages en cas de guerre soudaine. La partie de ce trésor qui est en espèces métalliques peut être immédiatement employée en armements, en approvisionnements, en achats au dehors dès le moindre indice de danger. On évite ainsi tous les délais nécessaires pour un emprunt public. Il est vrai que le cours forcé des billets de banque peut procurer à TÉtat un résultat analogue par les avances que les banques lui font en pareil cas. Aussi verrons-nous que Tabsence d*un trésor métallique ou mobilier force en général les États, qui sont surpris par une grande guerre, à recourir an cours forcé ! Encore doit-on dire que la proclamation du cours forcé, dans les pays constitutionnels, demande toujours quelque temps. Il est plus aisé de puiser à un trésor de guerre, on peut le faire avec plus de promptitude et plus de secret. Parfois la constitution permet an souverain ou à ses ministres de recourir de leur propre initiative à ces réserves quand les circonstances leur semblent d'une grande gravité. En tout cas une délibération des Chambres pour mettre ce capital i la disposition du gouvernement est immédiatement suivie d*eSet, ce qui n'arrive pas pour un emprunt. Il y aurait un véritable aveuglement à contester que ce soient là des conditions très propices à une rapide entrée en campagne.

Le trésor dont nous parlons peut consister soit en espèces métalliques, soit en titres mobiliers. La partie qui est en espèces est immé* diatement disponible; mais, dit-on, elle est absolument soustraite à la circulation et c'est un capital dont Fusage est perdu en temps de paix pour le pays. Cela n'est pas toujours exact : certains États, comme la Prusse, émettent des billets au porteur, non remboursables, mais recevables dans toutes les caisses gouvernementales ; le chiffre de ces émissions s'élève à peu près au môme niveau que le trésor métallique de l'État. De cette manière la monnaie, ainsi accumulée, est remplacée dans la circulation par une somme de billets équivalents.

Quant à la partie du trésor national qui est placée en rentes et en titres, elle présente des caractères particuliers. D*abord elle rapporte

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